solde des échanges extérieurs

DÉGRADATION DU SOLDE DES ÉCHANGES EXTÉRIEURS DEPUIS 2004, AGGRAVÉ EN 2020

Le solde des échanges extérieurs est la différence entre la valeur des exportations et celle des importations entre deux pays (ou deux zones). Il peut être relatif à un produit ou à l’ensemble des échanges de produits (biens et services). Le rapport entre ces deux valeurs est appelé taux de couverture. Ce solde est devenu déficitaire pour les biens à partir de 2004 juste après l’introduction de l’euro et au moment de l’ouverture de l’UE aux pays de l’est. Mais l’euro pas plus que l’élargissement de l’UE n’expliquent à eux seuls cette dégradation : l’Italie a un excédent commercial de biens de 60 milliards d’euros en 2020 soit à peu près le même montant que le déficit français; le solde extérieur de biens des 27 pays de l’UE vis à vis des autres pays a progressé depuis 2009, étant excédentaire de près de 200 Mds en 2020; mais pas celui de la France. Le solde des services, en particulier le tourisme, ne compense pas le solde déficitaire des biens comme en Espagne. Cette situation ne s’est pas arrangée avec la crise du Covid. Des biens (aéronautique) ou des services (tourisme, transport aérien) ont vu leur solde extérieur en forte diminution. Ainsi le solde des échanges extérieurs des produits industriels est un point noir de l’économie française d’autant qu’en important autant, les entreprises peuvent subir des ruptures d’approvisionnement comme c’est le cas depuis 2020. Le déficit se creuse encore en 2021.

La balance des Paiements des échanges de biens de l’UE a enregistré un excédent quasi continu (ce qui signifie que les exportations étaient plus importantes que les importations) entre 2001 et 2021, à l’exception de 2006, 2007 et 2008. Cet excédent allait de 19 milliards d’euros en 2005 à 357 milliards d’euros en 2016 à 238 milliards d’euros en 2021. En 2021, les excédents les plus élevés pour les échanges de biens (y compris au sein de l’UE et en dehors de l’UE) ont été enregistrés en Allemagne (+ 192 milliards d’euros), en Irlande (+ 173 milliards d’euros), aux Pays-Bas (+ 63 milliards d’euros), en Italie (+ 52 milliards d’euros) et en Suède (+ 21 milliards d’euros) et les déficits les plus importants en France (– 67 milliards d’euros), en Grèce (– 26 milliards d’euros), en Roumanie (– 23 milliards d’euros) et en Espagne (– 21 milliards d’euros).

Contrairement aux échanges de biens, l’UE a enregistré un excédent continu des échanges de services pour la période 2002-2021. Cet excédent a fortement augmenté, passant de 8 milliards d’euros en 2002 à 154 milliards d’euros en 2018, mais il a diminué depuis pour atteindre 135 milliards en 2021. En 2021, les excédents les plus importants ont été enregistrés en Espagne (+ 39 milliards d’euros), en France (+ 36 milliards d’euros), en Pologne (+ 26 milliards d’euros), au Luxembourg et aux Pays-Bas (tous deux + 25 milliards d’euros) et les seuls déficits en Italie (– 9 milliards d’euros), en Irlande (– 3 milliards d’euros) et en Finlande (– 2 milliards d’EUR).

 

The external trade balance is the difference between the value of exports and imports between two countries (or two areas). It can be relative to a product or to all trade in products (goods and services). The ratio between these two values is called the coverage rate. This balance became a deficit for goods from 2004 onwards, just after the introduction of the euro and when the EU opened up to Eastern European countries. But neither the euro nor EU enlargement alone explain this deterioration: Italy has a goods trade surplus of 60 billion euros in 2020, i.e. about the same amount as the French deficit; the external balance of goods of the 27 EU countries vis-à-vis the other countries has increased since 2009, being in surplus by almost 200 billion in 2020; but not that of France. The balance of services, in particular tourism, does not compensate for the deficit in goods as in Spain. This situation has not improved with the Covid crisis. Goods (aeronautics) or services (tourism, air transport) have seen their external balance fall sharply. Thus the manufactured trade balance is a black spot in the French economy, especially since by importing so much, companies can suffer supply disruptions as has been the case since 2020. Trade balanve deficit is still growing in 2021.

The EU trade in goods balance of payments  recorded a nearly continuous surplus (meaning that exports were larger than imports) between 2001 and 2021, with the exceptions of 2006, 2007 and 2008. This surplus ranged from €19 billion in 2005 to €357 billion in 2016 to land at €238 billion in 2021. In 2021, the highest surpluses for trade in goods (including within the EU and outside the EU) were recorded in Germany (+ €192 billion), Ireland (+ €173 billion), the Netherlands (+ €63 billion), Italy (+ €52 billion) and Sweden (+ €21 billion), and the largest deficits in France (– €67 billion), Greece (– €26 billion), Romania (– €23 billion) and Spain (– €21 billion).

Unlike trade in goods, the EU has registered a continuous surplus in trade in services for the period 2002 to 2021. This surplus increased strongly from €8 billion in 2002 to €154 billion in 2018, however it has decreased since then to reach 135 billion in 2021. In 2021, the largest surpluses were recorded in Spain (+ €39 billion), France (+ €36 billion), Poland (+ €26 billion), Luxembourg and the Netherlands (both + €25 billion), and the only deficits in Italy (– €9 billion), Ireland (– €3 billion) and Finland (– €2 billion).

 

 

« Une économie-monde peut se définir comme une triple réalité : elle occupe un espace géographique donné ; […] une économie-monde accepte toujours un pôle, un centre […] ; toute économie-monde se partage en zones successives. Le cœur, c’est à dire la région qui s’étend autour du centre […] Puis viennent des zones intermédiaires autour du pivot central. Enfin, très larges, des marges, qui, dans la division du travail qui caractérise l’économie-monde, se trouvent subordonnées et dépendantes, plus que participantes. » Fernand Braudel, La dynamique du capitalisme, 1985

« La disparition de certaines activités dans un  pays développé en raison des avantages comparatifs d’aujourd’hui ne pourrait que se révéler demain fondamentalement erronée et désavantageuse dés lors que ces avantages comparatifs disparaîtront. » Maurice Allais, Combats pour l’Europe, 1994

 

Sommaire

I – LES SOURCES POUR ÉTABLIR LE COMPTE DU RESTE DU MONDE

II – LE BESOIN DE COHÉRENCE ENTRE LE COMPTE DU RESTE DU MONDE ET LA BALANCE DES PAIEMENTS

III – ÉVOLUTION DU SOLDE GLOBAL EN FRANCE

IV – ÉVOLUTION DU SOLDE DES ÉCHANGES EXTÉRIEURS DES PAYS DE L’UE

V – NETTE DÉGRADATION DU SOLDE DES ÉCHANGES EXTÉRIEURS DE BIENS MALGRÉ UN REBOND EN 2011

VI – SOLDE EXTÉRIEUR PAR PRODUIT

VII – SOLDE DE BIENS DÉFICITAIRE AVEC LES PAYS DE l’UE

VIII – LES ÉCHANGES EXTÉRIEURS DE SERVICES DANS l’UE

IX – LES ÉCHANGES EXTÉRIEURS DE SERVICES EN FRANCE

X – L’EXPANSION DU COMMERCE INTERNATIONAL DES SERVICES JUSQU’EN 2019

 

Résumé

° Il est indispensable de rappeler les sources du commerce extérieur et leur passage  aux comptes nationaux. On n’insistera jamais assez sur les règles complexes de ce passage. La base 2014, spécificité française, a été mise au point en partie du fait de plusieurs soucis dans l’évaluation du commerce extérieur des services. La mondialisation rend par ailleurs difficile l’enregistrement des échanges extérieurs dans ces sources et à fortiori dans les comptes nationaux (et à partir de ces sources). Le cas du PIB irlandais en est l’illustration (voir page PIB irlandais).

°Divers instruments sont mis à contribution pour mesurer les relations économiques entre la France et l’extérieur (flux d’échanges de biens, de services et de capitaux) et leurs évolutions.  Les données correspondantes sont collectées par les administrations des douanes (pour les marchandises) et de la Banque de France (en ce qui concerne les biens et les services, les capitaux et les flux monétaires), avant d’être récapitulées dans deux principaux documents :

  • la balance des paiements (BdP), d’une part,
  • le compte du Reste du monde de la comptabilité nationale (CN), d’autre part.

 

 

 

 

1 – La complexité des données du commerce extérieur et de leur interprétation

Il existe donc plusieurs sources pour établir les échanges extérieurs de la BdP  et de la CN. Mais l’élaboration de la Balance paiements et des comptes nationaux est très complexe. Leur interprétation l’est encore plus. D’abord, il existe de nombreuses asymétries du commerce extérieur (voir encadré ci-dessous). Que dire des exportations ré-exportées des Pays-Bas et de la Belgique qui peuvent fausser les interprétations des données des échanges extérieurs intra-UE mais aussi extra-UE (Effet Rotterdam)?

° Et enfin les échanges extérieurs de droits de la propriété intellectuelle semblent très complexes à évaluer par exemple entre les États-Unis et la Chine ou à interpréter par exemple dans le cas de l’Irlande qui fait qu’elle exporte et importe plus de services que la France comme l’indique le graphique ci dessous (voir page chaînes de valeur mondiales).

Commerce des services de l’UE (intra-UE et extra-UE), 2022 (% du total pour tous les États membres de l’UE)

 

 

 

 

 

 

° Comme si tout ceci n’était pas assez compliqué, on trouve en plus des incohérences entre la BdP et le compte du Reste du Monde. Ainsi les changements en France apportés par la base 2014 n’ont pas empêché des écarts énormes entre le solde des services de la BdP et celui des comptes nationaux (voire même pour les biens), écarts qu’on retrouve certes en Allemagne mais dans des proportions plus faibles mais pas dans de nombreux pays. Il peut certes subsister des écarts liés à des divergences de classements entre biens et services. Il reste que l’écart du solde des services est bien plus élevé en France que dans les autres pays. En 2019 et 2021 cet écart dépassait  largement 10 milliards d’euros. En 2021, il y avait aussi un écart en Allemagne (voir ci-dessous).

Solde extérieur des échanges de services dans  la Balance des Paiements et le compte  du Reste du Monde en 2019 milliards d’euros

 

 

 

 

2 – Net déficit des échanges de biens et services en France

° Outre les points conceptuels, on présentera surtout des résultats du solde extéreieur des biens et des services. Le graphique suivant montre le solde exportations/importations pour 2021. Plusieurs États membres de l’UE sont des importateurs nets, dont la France, ce qui signifie qu’ils importent plus de biens et de services qu’ils n’en exportent. Être un importateur net pourrait présenter un problème pour certains pays car ils devraient emprunter à l’extérieur pour maintenir la balance des paiements. Cependant, les autres pays de l’UE, ainsi que l’UE-27 dans son ensemble, exportent plus qu’ils n’importent, comme l’indique le graphique suivant, plus explicite en pourcentage du PIB qu’en valeur absolue.

Solde des échanges extérieurs dans l’Union européenne en % du PIB en 2021

Source : Eurostat

 

 

 

 

 

 

3 – Désindustrialisation et commerce extérieur

° Depuis 2001, le solde commercial (biens et services) français ne cesse de se dégrader. Il devient négatif en 2005. En 20 ans la France a perdu plus de parts de marché que l’Allemagne et l’Italie » ; avec la crise du Covid, notre pays a perdu davantage de terrain que les autres pays dans le commerce international. Pourquoi la balance commerciale française est-elle vouée à être déficitaire, un déficit qui, en somme, serait structurel?

° Les raisons seraient de deux ordres : d’une part, une désindustrialisation de plus en plus importante du pays (voir page Désindustrialisation par pays), et d’autre part la faiblesse de plusieurs top secteurs, c’est-à-dire les secteurs d’activité qui constituent les piliers de l’économie française : le terme de top sector est utilisé par le gouvernement des Pays-Bas pour désigner les secteurs qui jouent un rôle d’encadrement dans l’économie du pays.

° Dans tous les pays développés, on note que les produits industriels représentent toujours chaque année entre 70 % et 75 % des exportations : il y a une corrélation étroite entre la part de l’industrie (y.c. construction) dans le PIB des pays et les résultats de leur commerce extérieur (tableau suivant) :

Part de l’industrie et de la construction dans le PIB et part du solde commercial dans le PIB en %

                                    Source : Banque Mondiale

 

° Statistiquement, en faisant une corrélation chiffrée on constate que pour qu’un pays ait une balance commerciale équilibrée son industrie doit représenter 17 % du PIB (hors construction), soit 21 à 22 % du PIB si la construction est incorporée dans la définition de l’industrie. Celle-ci (hors construction) ne représente plus en France que 11 % du PIB. Il ne faut donc pas s’étonner que sa balance commerciale soit en permanence déficitaire. La France importe ce qu’elle ne produit pas. À l’inverse l’Allemagne, les pays de l’est de l’Europe, la Chine produisent beaucoup de produits industriels qu’ils exportent en partie.

°  Dans le cas de pays comme la France ou l’Allemagne, les top sectors sont au nombre de quatre. Dans des plus petits pays, comme les Pays-Bas, ou le Danemark, ils sont au nombre de deux. En Allemagne les quatre secteurs clés sont l’automobile, la chimie, la machine-outil et l’agroalimentaire.

° En France, ce sont l’automobile jusqu’en 2009, l’aéronautique, l’agroalimentaire et l’industrie du luxe. Qu’un seul des ces secteurs en vienne à connaitre des difficultés, et la balance commerciale du pays s’en ressentira fortement et immédiatement. Même si d’autre secteurs ne doivent pas être négligés.

° Dans le cas de la France, deux top sectors sont mal en point : l’agroalimentaire et l’automobile. Celle-ci est quatre fois moins puissante que son homologue allemande. La production de véhicules décline : elle est passée de 3,5 millions de véhicules en 2000 à 2 millions en 2018. La balance commerciale de ce secteur est devenue négative. Durant la période de janvier à septembre 2020 , la France a produit 600 000 véhicules, contre 1 200 000 en 2019 pour la même période. L’Allemagne en a produit 2 400 000. Le solde extérieur se détériore depuis 2004, devient négatif en 2008 pour atteindre  -18 Mds en 2021 (statistiques douanières).

° De son coté, l’agroalimentaire a perdu plus de 20 000 emplois au cours des dix dernières années. La France a régressé dans l’exportation passant du second au quatrième rang mondial, battue par l’Allemagne et par les Pays-Bas. Ce sont toujours les États-Unis qui sont en tête.  Il existe beaucoup trop de très petites entreprises de moins de 10 personnes. Ce secteur a donc besoin de se restructurer pour devenir plus compétitif. En 2018, les exportations françaises se sont élevées à 44 milliards d’euros, contre 72 milliards pour l’Allemagne et 60 milliards pour les Pays-Bas. Pour la première fois, le solde des échanges dans ce domaine avec les autres pays européens est devenu négatif.

° Le troisième top-sector, l’aéronautique, tient une place importante dans les exportations et a été très dynamique ces dernières années, mais s’est trouvé considérablement affecté par la crise du Covid 19.

° Le quatrième secteur, l’industrie du luxe, est un domaine d’activité solide,  dans lequel la France dispose de plusieurs entreprises leaders dans le monde. Ce secteur n’est donc pas menacé car le luxe est devenu une spécialité française. Malheureusement, il est relativement moins important dans l’économie du pays que les trois autres. Il est donc préoccupant que deux secteurs clés sur quatre soient en difficulté.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I – LES SOURCES POUR ÉTABLIR LE COMPTE DU RESTE DU MONDE

Malgré des points communs, la balance des paiements et le compte du Reste du monde ne sont pas tenus selon des méthodes identiques. Les principales différences viennent de ce que le compte du Reste du monde a essentiellement pour objectif de mesurer l’influence des exportations et des importations sur l’activité économique réalisée sur le territoire (et inversement) alors que la balance des paiements a l’ambition d’offrir un recensement exhaustif des flux liés aux relations économiques internationales.

La Balance des paiements (BdP) est « un état statistique dont l’objet est de recenser l’ensemble des opérations économiques et financières donnant lieu à un transfert de propriété entre résidents et non- résidents au cours d’une période déterminée ». Les statistiques douanières ne décrivent que des mouvements de marchandises traversant les frontières. En outre, son champ dépasse très largement celui des seuls échanges de biens : sont retracés, en plus de ces derniers, les échanges de services et les opérations de répartition entre la France et l’étranger, ainsi que les mouvements de capitaux.

 

 

L’Insee, quant à lui, utilise les deux catégories de données précédemment évoquées pour élaborer son propre compte du Reste du monde : celles des douanes, pour les échanges de biens et celles de la balance des paiements, en ce qui concerne les échanges de services, les revenus de la propriété et les autres transferts courants. Avant d’être intégrées dans le compte du Reste du monde, les données douanières, comme celles de la Balance des paiements, sont contrôlées et il est en outre nécessaire, de procéder parfois à des ajustements de manière à respecter au mieux les règles et les recommandations du Système Européen des Comptes (SEC 2010). En particulier, le compte du Reste du monde s’inscrivant dans le tableau économique d’ensemble (TEE) de la comptabilité nationale, et les échanges de biens et de services dans les ERE du tableau des « entrées-sorties » (TES), il est nécessaire de respecter le cadre comptable spécifique de ces tableaux; ceci oblige, dans un certain nombre de cas, à modifier les données puisées dans les sources primaires. Les données de l’Insee et des deux sources de base ne sont donc pas comparables. Leurs différences viennent de ce retraitement des données du commerce international vers les définitions des comptes nationaux (voir ci-dessous).

Il reste que ce retraitement varie fortement selon les pays. Et que dans le cas de la France, des écarts trop importants apparaissent entre les données de la BdP et celle du Compte du reste du monde notamment dans les échanges extérieurs des services (voir ci-dessous). Ces écarts rendent difficiles les analyses économiques, ce qui est d’autant plus dommageable que les services compensent en partie le solde des biens en France.

 

 

1/ Les biens.

a) Les statistiques douanières

En France, la Direction générale des Douanes et des droits indirects (DGDDI) établit la balance commerciale sur la base de deux types de documents :

  • les « déclarations en douane », enregistrant les échanges avec les pays tiers hors UE sur un « document administratif unique » (DAU) ;
  • les « déclarations d’échanges de biens » (DEB), utilisées pour recenser les échanges intracommunautaires entre États membres depuis la suppression des barrières douanières au sein de l’Union européenne, et donc des formalités ; ces échanges sont enregistrés depuis 1992 dans un système d’information spécifique, le système Intrastat. via la base de données Comext de référence d’Eurostat pour les statistiques détaillées du commerce international de biens.

La mesure des échanges de biens dans les comptes nationaux repose presque exclusivement sur ces statistiques douanières. L’unité statistique est le mouvement de marchandises passant la frontière nationale. Tous les mouvements transfrontaliers sont enregistrés en douanes.

Mais ils ne sont pas tous repris dans les statistiques du commerce extérieur. Le cas le plus courant est celui des transactions entraînant un transfert de propriété, effectif ou prévu, contre compensation financière. Il existe aussi des transactions, avec transfert de propriété mais sans paiement, des mouvements de marchandises sans transfert de propriété et des opérations destinées au travail à façon.

On parle de travail à façon lorsqu’un producteur A sous-traite à un producteur B la fabrication d’un produit en lui fournissant les inputs nécessaires. Dans ce schéma le producteur A est propriétaire des inputs comme du bien produit d’un bout à l’autre de la chaîne de production. Le producteur B ne produit donc pas de biens, mais un service industriel.

Lorsque les entreprises sont situées dans des pays différents, on observe des flux physiques d’intrants et de biens finis entre les pays concernés. Ces flux sont enregistrés « bruts » dans les statistiques douanières.

Mais compte tenu du fait que les intrants comme le bien fini restent à tout moment la propriété de l’entreprise donneuse d’ordre, aucun échange de bien entre les deux pays n’est enregistré en comptabilité nationale. En revanche une importation de service industriel par le pays du donneur d’ordre, d’un montant égal à la différence de valeur entre le produit fini et les intrants, est comptabilisée. Conceptuellement, ce traitement ne modifie pas le solde total des échanges extérieurs; mais il diminue les exportations et les importations de biens industriels, et introduit une importation de service (voir page chaînes de valeur mondiales).

Autre exemple, l’activité de négoce international de marchandises, pratiquée par des négociants ou des courtiers résidents qui achètent des biens à des non-résidents pour les revendre à d’autres non-résidents sans que les biens entrent sur le territoire national, fait l’objet d’un enregistrement net. On ne comptabilise en échanges de biens que la différence entre la valeur des ventes des négociants résidents et celle de leurs acquisitions; cette exportation de biens est, de fait, la contrepartie d’une activité commerciale exercée par le négociant résident à l’étranger. Si le négociant n’est pas résident, son activité ne relève pas de l’activité économique nationale.

Eurostat fournit des données détaillées sur les échanges de biens pour les pays de l’Union européenne. Elles sont établies à partir de statistiques douanières des pays de l’Union. Leur collecte est assurée par le système Intrastat, mis en place en 1993 à la suite de la création du marché européen unique et de la suppression des formalités douanières entre pays de l’Union. Les statistiques du commerce communautaire comptabilisent les arrivées et les expéditions de biens mobiliers enregistrées par chaque État membre. Cependant, elles ne comprennent pas les arrivées et expéditions réalisées par les particuliers ou les petites entreprises qui sont dispensées de remettre une déclaration périodique fiscale et celles qui sont exclues en application de dispositions particulières de la réglementation communautaire. Pour chacun des pays, ces statistiques se divisent entre les échanges de biens intra-zone et les échanges extra-zone.

La Douane française établit et diffuse la balance commerciale de la France avec le reste du monde (UE et pays Tiers). Eurostat établit et diffuse la balance des échanges commerciaux entre l’UE et les pays Tiers. Incidemment, Eurostat diffuse les échanges des pays membres selon sa propre méthodologie. La Douane française et Eurostat observe donc le même phénomène sous deux angles différents (voir pour plus de détail https://lekiosque.finances.gouv.fr/site_fr/etudes/methode/UE.asp).

 

 

b) Les asymétries du commerce extérieur des biens

Mais l’utilisation de ces statistiques soulève des problèmes de cohérence : d’une part le total des échanges ne se réconcilie pas avec les comptes nationaux, d’autre part le total des importations intra-zone n’est pas égal au total des exportations intra-zone, comme pour l’ensemble de l’UE (voir exemples ci-dessous). C’est que les importations d’un pays B en provenance d’un pays A ne sont jamais les mêmes que les exportations du pays A vers le pays B que traduit la notion d’asymétries (voir page chaînes de valeur mondiales).

la correction CAF-FAB est l »une des monbreuses explications (voir page Correction CAF-FAB).  On note que les données équilibrées estimées par l’OCDE, bien qu’elles se situent généralement entre les exportations et les importations déclarées, peuvent parfois être supérieures ou inférieures aux deux, en raison des ajustements apportés aux données. Par exemple, lorsqu’un pays signale des flux commerciaux confidentiels importants (qui sont d’abord répartis entre les produits / partenaires concernés), les valeurs finales équilibrées peuvent être supérieures à celles déclarées par le partenaire. Le graphique suivant le montre dans le cas des exportations françaises vers la Suisse.

 

 

 

Commerce de marchandises, échanges sélectionnés 2018 (milliards de $ É-U)

 

 

 

2/ Les services (hors transports)

Les échanges de services s’apparentent aux échanges de biens, mais leur définition ne repose pas sur la notion de transfert de propriété qui perd alors son sens. Une exportation de service correspond à la fourniture, à titre onéreux, d’une prestation de service par un producteur résident à un bénéficiaire non-résident. Cette exportation fait l’objet d’un paiement adressé par le reste du monde à l’économie nationale, comparable au montant perçu par la France en contrepartie de l’exportation d’un bien. Symétriquement, une importation de service se définit comme une prestation fournie par un non-résident pour le compte d’un bénéficiaire résident. Dans le TEE, pour le « Reste du monde », une exportation (ou recette) de services est inscrite en emploi et une importation (ou dépense) de services, en ressource.

Le lien entre la notion de territorialité et celle d’échange, qui demeure fort dans le cas des biens, est beaucoup plus souple pour les services. Certes, dans la majeure partie des situations, le prestataire d’une exportation de services réside en France en permanence et le bénéficiaire dans son pays, et vice versa pour les importations. Mais une exportation de services (conseil en informatique, services d’ingénierie, construction,..) peut aussi être produite hors des frontières nationales par un fournisseur résident en déplacement temporaire, ou au contraire achetée à un producteur résident, par un client non résident, à l’occasion d’un séjour de ce dernier en territoire français. Enfin, les échanges de services touristiques sont le fait d’acheteurs qui se déplacent, qu’il s’agisse des voyages des résidents étrangers en France – exportations de services touristiques – ou des voyages des résidents français à l’étranger – importations de services touristiques. .

Loin d’être marginales, les exportations de services, tourisme inclus, représentaient en 2020 environ 30 % de l’ensemble des exportations de biens et de services, les importations un peu plus de 27 %. Pour les services autres que touristiques, ces parts étaient respectivement de l’ordre de 25% et 24,5 %.

En ce qui concerne l’évaluation des échanges de services, autres que les services de transport, la principale différence de traitement entre le compte du Reste du monde et la Balance des paiements provient de l’utilisation, dans les comptes, d’une autre source pour l’estimation des échanges de services d’intermédiation financière indirectement mesurés. Mais il y a aussi des passages de nomenclature à définir; ou certains postes de la BdP ne sont pas repris dans les comptes comme la construction (du moins en France à tord ; voir page comptes bâtiment travaux publics); ou le poste « voyages » de la BdP est ventilé par produits dans certains pays (exemple Royaume-Uni). Le SEC 2010 recommande par ailleurs de classer en échanges de services certains échanges de biens, dont les montants figurent de ce fait dans les fichiers douaniers. Enfin, la Banque de France révise ses données de « crédits » et « débits » même pour un compte définitif de l’Insee. Celui-ci ne peut les prendre en compte et ne retient, ce faisant, que les évolutions de ces postes pour évaluer les exportations et importations de services.

 

 

3/ Les transports

L’évaluation des échanges de transport de fret nécessite des précautions particulières. En effet, une part importante des coûts de transport des biens importés et exportés est comprise dans la valeur des échanges de biens (voir page Correction CAF-FAB). Il convient donc de s’assurer que les différentes composantes de l’équilibre-ressources-emplois (ERE) du produit « transport » sont bien compatibles avec les mesures des échanges de biens (CAF-FAB ou FAB-FAB). En particulier, le transport d’un bien en cours d’importation ou d’exportation pouvant être assuré par un prestataire résident, il ne donne pas obligatoirement lieu à un échange de transport. Ces problèmes de cohérence sont d’autant plus complexes que deux modes de valorisation des échanges de biens coexistent dans les comptes et ils ne diffèrent, précisément, que par le contenu en coûts de transport (et assurance) de la valorisation des flux de biens. Une attention particulière doit notamment être portée au traitement de la « correction CAF-FAB » des importations de biens puisqu’elle correspond essentiellement à des frais de transport. Mais comme si tout ceci n’était pas assez compliqué, les échanges de transport ne sont pas d’un même montant dans la BdP et le Compte du Reste du Monde en partie du fait des révisions de la Banque de France pour un compte définitif de l’Insee que celui-ci ne peut prendre en compte en niveaux mais seulement en évoluions

 

 

 

a)  Cohérence entre les échanges de biens et les échanges de services au sein du TES

Le SEC 2010 recommande explicitement de distinguer les services de transport des biens échangés selon qu’ils sont fournis par des prestataires résidents, ou produits par des prestataires non résidents, donc par une autre économie. Compte tenu du mode de valorisation CAF-FAB spontané des données douanières et des recommandations ci-dessus, les échanges de biens sont enregistrés dans les comptes de la manière suivante :

 

  • les biens importés sont enregistrés CAF, produit par produit, et en sortie du TES, ils sont mesurés au prix d’acquisition :
    • celui-ci comprend tous les frais de transport, y compris ceux qui ne sont pas inclus dans la valeur de l’échange CAF (correspondant au trajet entre les frontières françaises et le point d’acquisition) ;
    •  ces frais de transport seront traités différemment selon qu’ils relèvent ou non de l’activité domestique ;
    • c’est en particulier le cas du service de transport des importations de biens correspondant au trajet effectué entre les frontières, qui n’est autre que la correction CAF-FAB ;
    • toutefois, globalement, dans le tableau des ressources du TES, les importations de biens sont enregistrées FAB.
  • les biens exportés sont toujours enregistrés FAB ;
    • le transport au-delà des frontières françaises n’entre en ligne de compte que s’il est assuré par un transporteur résident ; dans le cas contraire, il ne relève pas de l’activité domestique et comme par ailleurs il n’est pas compris dans la valeur du bien, il n’intervient nulle part ;
    • le transport en France doit être traité différemment selon qu’il relève ou non de l’activité domestique.

 

La mise en pratique des spécifications ci-dessus suppose de pouvoir partager le service de transport des biens échangés entre la part produite par l’économie nationale (transporteur résident ou « pavillon français ») et la part de ce service fournie par un transporteur non résident, et cela pour chaque portion du trajet, sur le territoire intérieur, en pays partenaire ou entre les frontières des pays partenaires (zone de transit), à l’importation comme à l’exportation. La faisabilité de cette segmentation se heurte clairement à un problème de source. À défaut d’une mesure objective de ce partage, l’Insee a choisi d’avoir recours à des hypothèses réalistes plutôt que de négliger cet aspect du traitement.

Lecture : Les services signalés par © sont compris dans la mesure des échanges de biens ; les zones grisées correspondent aux portions du service de transport des biens échangés qui, à l’inverse, ne sont pas comprises dans la mesure (CAF ou FAB) de la valeur des échanges de biens. Deux cas se présentent alors : soit ce service est enregistré dans les comptes (zones grisées), soit il échappe à tout traitement dans les comptes nationaux (zones foncées). Dans le premier cas, chaque situation sera étudiée individuellement. 

 

Sans rentrer dans le détail des différents cas, exportations et importations,  le traitement des échanges de services de transport liés à l’acheminement des échanges de biens enregistrés CAF-FAB par produit, et FAB-FAB globalement, est récapitulé dans le tableau ci-dessous (voir https://www.insee.fr/fr/metadonnees/source/fichier/Tome_2_CRM_base_2014_20181022.pdf),.

 

  • On comptabilise en importations de services de transport :
    • la part du service de transport des biens importés, dès lors que ces derniers sont sortis du pays exportateur (à partir du point FAB de ce pays : zone de transit et territoire français) et si l’activité de transport relève d’une autre économie, c’est-à-dire est réalisé par un transporteur non résident (cas1) ;
    • la part du service de transport des biens exportés, tant que ces biens sont français (trajet en France) et si l’activité de transport relève d’une autre économie, c’est-à-dire est réalisée par un transporteur non résident (cas 2).

Dans les deux cas, les biens échangés sont devenus « français » mais le transporteur est étranger.

 

  • On comptabilise en exportations de services de transport :
    • la part du service de transport des biens importés, tant que ces biens sont dans le pays exportateur (avant le point FAB de ce pays : trajet en pays partenaire) et si l’activité de transport relève de l’économie nationale, c’est-à-dire est réalisée par un transporteur résident(cas 3) ;
    • la part du service de transport des biens exportés, dès lors que ces biens ne sont plus français (au-delà du point FAB français : zone de transit et pays partenaire) et si l’activité de transport relève de l’économie nationale ; c’est-à-dire est réalisée par un transporteur résident (cas 4).

Dans les deux cas, les biens échangés sont encore « étrangers », mais le transporteur est français.

 

 

b) de la Balance des paiements au compte du Reste du monde

La BdP distingue explicitement les flux d’échanges de services relatifs à deux grands modes de transport : le transport maritime et le transport aérien, et au sein de ces deux modes, le transport des passagers et le transport de fret. Les services des «auxiliaires de transport» (manutentionnaires, etc.) sont enregistrés sur les lignes « autres » de chacune de ces rubriques. Le transport routier constitue la majeure partie de la rubrique « autres transports », laquelle comporte également le transport ferroviaire, le transport fluvial et le transport spatial.

Les évaluations des échanges de transport de fret de la Balance des paiements, fondées sur les lignes de règlements afférentes et sur des lignes, dites de « fabisation », ne peuvent pas être reprises telles quelles dans les comptes du reste du Monde. Ce diagnostic vise notamment à identifier au mieux le contenu des lignes de « fabisation » et la signification des corrections ainsi pratiquées dans la BdP. Il est apparu que, si le bien fondé de ces corrections n’avait pas lieu d’être remis en cause, il fallait en revanche, en comptabilité nationale, les adapter au cadre comptable du TES.

Les services de transports dans la Balance des Paiements en 2011 en millions d’euros

 

Très spécifiques à la BdP, les lignes de corrections, dites de « fabisation » sont destinées à corriger les règlements de manière à ce que les échanges de transport de fret soient in fine cohérents avec les échanges de biens, enregistrés dans la BdP, comme dans les comptes, CAF-FAB par produit et FAB-FAB globalement. À chacun des principaux modes de transport de fret (maritime, aérien et autres) correspond ainsi une ligne de « fabisation ». Étant donné la part de la « fabisation » dans les flux totaux (28,0 % du montant des importations et 17,0 % du montant des exportations, en 2011), il était essentiel d’en identifier le contenu.

Pour comprendre le mécanisme de la « fabisation », il faut savoir en premier lieu que les coûts de transport des biens échangés sont toujours facturés au donneur d’ordre, c’est-à-dire à l’importateur ; ainsi, ils sont in fine payés par un résident dans le cas des biens importés par la France et par un non-résident dans le cas des biens exportés par la France.

Mais il faut savoir également que ces coûts, qui correspondent à une activité spécifique, ne sont pas toujours directement payés au transporteur par ce donneur d’ordre. En effet, les marchandises  importées, tout comme les marchandises exportées, peuvent être livrées « coûts, assurance, fret » (sous contrat CAF), ou « franco à bord » (sous contrat FAB) au donneur d’ordre.

  • Si elles sont livrées sous « contrat CAF », le donneur d’ordre (l’importateur, qu’il soit non résident ou résident) ne paie pas directement les frais de transport au transporteur. Ceux-ci sont réglés par l’intermédiaire de l’exportateur (résident ou non résident), lequel les reporte sur la facture, payée ensuite par le donneur d’ordre (l’importateur).
  • Si les marchandises sont livrées sous « contrat FAB », c’est au contraire le donneur d’ordre (l’importateur) qui règle directement les frais de transport au prestataire du service.
  • Ainsi, la fabisation, tant en BdP que dans les comptes nationaux, vient corriger pour imputer ou retirer des montants d’échanges extérieurs lorsque les règlements déclarés auprès de la BdP sont incohérents avec le cadre conceptuel des échanges extérieurs, et ceci se produit dans le cas d’un contrat CAF uniquement, où le donneur d’ordre n’est pas le payeur direct du transporteur.
  • A titre d’exemple, si le prestataire du service de transport et le payeur sont l’un résident, l’autre non résident, ces deux modes de paiement des frais de transport s’accompagnent de flux d’échanges de services de transport qui se trouvent enregistrés de fait dans les règlements de la BdP. À l’inverse, si le transporteur et le payeur sont tous deux résidents, ou tous deux non résidents, aucun règlement de transport n’est enregistré en Balance. On  montre que certains des règlements de services de transport ainsi enregistrés sont indésirables, et qu’à l’inverse, des flux d’échanges de services, qui doivent être comptabilisés, sont omis des règlements. Les problèmes surviennent lorsque le payeur n’est pas le donneur d’ordre (marchandises livrées sous « contrat CAF »).

Il ne faut pas confondre la correction CAF-FAB des importations et la « fabisation » de la Balance des paiements. Il ne s’agit en aucun cas de la même opération. Toutefois, les modes de valorisation, dits CAF ou FAB, dans les comptes, dérivent des notions de « contrat CAF » et de « contrat FAB ». Si l’on considère la France comme « l’acquéreur » de ses importations, ces dernières sont valorisées FAB si le service de transport en zone de transit n’est pas compris dans la valeur du flux, comme si la France importait sous « contrat FAB » ; les importations sont valorisées CAF dans le cas contraire, comme si l’économie nationale importait sous « contrat CAF ».

 

 

 

 

 

II – LE BESOIN DE COHÉRENCE ENTRE LE COMPTE DU RESTE DU MONDE ET LA BALANCE DES PAIEMENTS

1/  Synthèse des écarts entre la BdP et le Compte du Reste du monde de l’Insee

En  2021 et 2022, les transports sont la principale cause de l’écart entre le solde extérieur de services du TES (respectivement 3 Mds et 9,4 Mds) et celui de la BdP (respectivement 14,1 Md s et 21,6 Mds) ! Mais il existe d’autres explications (construction, montants différents pour d’autres services tels services financiers et d’information, etc..) de l’écart entre les deux soldes de services (tableau suivant) et sans tenir compte du reclassement de certains échanges de biens en échanges de services (voir ci-dessus). On reprend les rubriques de la BdP et les nomenclatures du TES. Dans certains cas (commerce et réparation et autres services), il convient de sommer ces deux rubriques de la BdP pour se rapprocher du montant du TES. Il y aussi les cas des services de fabrication fournis sur des intrants physiques et de la construction (pas de chiffre dans les comptes de l’Insee dans ce dernier cas).

Solde extérieur des échanges de services dans  la Balance des Paiements et le compte  du Reste du Monde (TES Insee) entre 2019 et 2022 milliards d’euros

 

Cette différence sur le total par exemple n’est pas due à des normes d’enregistrement différentes entre la BdP et la CN car les manuels de compilation de ces données (BPM6 pour la BDP et SEC2010/ SCN2008 pour la CN) sont harmonisés à cet égard. L’incohérence est probablement fondée sur des cercles de révision non harmonisés pour la BDP et la CN, des sources de données et des approches d’estimation utilisées différentes ainsi que des interprétations différentes des manuels par les comptables.

Selon l’Insee, les écarts entre le compte courant en CN et dans la BdP tiennent essentiellement à des différences de calendriers et de méthodologie. Les publications régulières de l’Insee (entre deux révisions de base) s’appuient sur des données semi-définitives de la BdP, qui peuvent être révisées par la suite. Du coup, les données de la BdP sont prises en évolution, et pas en niveau. Et ceci provoque un  décalage d’année en année. Un recalage a été fait au moment de la base 2014.

Par ailleurs, la BdP peut éventuellement mettre en œuvre des révisions majeures des exportations et des importations à chaque publication, alors que l’Insee ne met en œuvre des révisions majeures sur le compte courant que lorsqu’une révision de référence est menée en cohérence avec le reste de la CN. Enfin, pour les exportations et les importations, les comptables nationaux ont corrigé les niveaux des produits pour lesquels il existait des différences significatives entre les deux estimations afin d’obtenir un alignement global avec les données de la BdP en niveaux (mais pas d’alignement pour les séries détaillées).

 

 

 

 

2/ L’analyse d’Eurostat sur les écarts entre les comptes du RDM et la Balance des Paiements (BdP)

Eurostat ne manque pas de rappeler qu’en 2014, les normes méthodologiques pour l’élaboration des statistiques européennes des comptes nationaux (CN) et de la BDP ont été harmonisées. Ainsi, en appliquant les deux méthodologies, le système européen des comptes (SEC 2010) et le Manuel de la balance des paiements et de la position extérieur globale dans sa 6e édition (BMP6)  suggèrent un degré élevé de comparabilité et de cohérence entre le reste du monde. secteur (RdM) dans les statistiques CN et BdP, éliminant les divergences méthodologiques qui existaient dans les éditions précédentes des deux manuels. Par conséquent, les activités économiques saisies dans les deux statistiques devraient conduire l’utilisateur aux mêmes conclusions, car par exemple, une exportation de biens ou de services de l’économie déclarante vers le reste du monde devrait être enregistrée par les deux statistiques comme le même phénomène de l’activité économique. Lorsque ce n’est pas le cas, la lecture économique des données devient difficile et remet en cause la fiabilité des deux statistiques. De tels écarts pourraient découler, par exemple, de l’absence de pratiques de révision synchronisées, de différentes sources de données utilisées dans la compilation, d’une coordination insuffisante des pratiques de compilation ou de lectures différentes des normes méthodologiques par les compilateurs respectifs. En ce qui concerne les particularités nationales dans l’organisation des processus de compilation statistique, certains pays pourraient être plus concernés que d’autres ; en ce qui concerne la complexité, certaines composantes de données pourraient être plus exposées que d’autres.

Depuis 2015, Eurostat et la BCE analysent systématiquement les incohérences, sur la base de rapports de qualité, d’enquêtes de compilateurs ou d’exercices de suivi réguliers et soulignent l’importance de statistiques comparables en Europe, tant au niveau national qu’international. Eurostat a donné en 2023 une vue actualisée de l’état actuel de la cohérence des comptes des États membres de l’UE sur l’année 2022. Cette comparaison est basée sur les statistiques trimestrielles annualisées de la balance des paiements et des comptes nationaux annuels. Cette comparaison a été effectuée en utilisant des données accessibles au public dans la base de données de diffusion d’Eurostat pour la BdP et les CN des États membres de l’UE.

2/ L’analyse d’Eurostat sur les écarts entre les comptes du RDM et la Balance des Paiements (BdP)

a) Les comptes internationaux (BdP) correspondent aux comptes du reste du monde (RdM) de la CN mais avec des points de vue différents

Les comptes de la BdP correspondent aux comptes du reste du monde (RDM) de la CN. Cependant, ils diffèrent en ce que la balance des paiements est exprimée du point de vue des secteurs résidents, tandis que les données des comptes nationaux du reste du monde sont exprimées du point de vue des non-résidents. En d’autres termes, les entrées BdP sont l’image miroir des entrées de la CN relatives au reste du monde. Ainsi, le signe correspondant des soldes des comptes non financiers du secteur RDM doit être changé aux fins d’une comparaison directe avec les données de la BdP. Les sous-éléments des comptes eux-mêmes sont directement comparables dans les deux statistiques  (tableau suivant).

Rapprochement des comptes non financiers de la BdP et du secteur RdM dans la CN

 

Dans la suite du texte on s’intéresse surtout aux commerce extérieur de biens et services même si les incohérences ne concernent pas que ces opérations. Un coup d’œil rapide aux données (annualisées) des statistiques de la BdP et de la CN (compte du RdM) révèle qu’effectivement les ensembles de données semblent similaires, car ils décrivent les mêmes phénomènes économiques (tableau suivant). Les statistiques de l’agrégat de l’UE, compilées par Eurostat, présentent de fortes similitudes dans leurs composantes non financières, tandis que les statistiques par pays des États membres de l’UE enregistrent dans certains cas des chiffres divergents. Ce tableau montre des divergences entre les 2 sources même si les données pour la France du compte du RdM ne sont pas tout à fait les mêmes que celles publiées par l’Insee, le solde extérieur étant ici de – 109 Mds d’euros contre -102,3 Mds dans la source Insee (du fait d’abord d’un traitement difféent de la correction cAF-FAB à Eurostat et à l’Insee)

Pour la France, le solde extérieur des biens est quasiment le même dans les deux sources même si les montants des importations et des exportations sont différents. L’écart du solde global (biens + services) s’explique donc par celui du solde des services. À noter qu’on retrouve pour les services quasiment les soldes du tableau précédent fait à partir des sources françaises  aussi bien celui du compte du RdM que de la BdP.

Bien que les normes méthodologiques soient étroitement alignées, des écarts entre les données BdP et les comptes natioanux  persistent et ont attiré l’attention des chercheurs. Eurostat, en étroite coopération avec la Banque centrale européenne (BCE), a identifié les principales causes d’incohérences dans les comptes non financiers . Pour l’UE, il n’ya toutefois pas d’écarts entre les deux sources.

Transactions du secteur BdP et du secteur RdM dans l’UE, commerce extérieur de biens et services, crédits à payer et débits à recevoir, 2022 (milliards d’euros) source https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php?title=Consistency_between_national_accounts_and_balance_of_payments_statistics#Contradictory_balances_-_severe_limitations_to_statistical_comparability 

 

 

 

 

b) Les services et les revenus primaires sont les plus exposés aux écarts

L’analyse actuelle a confirmé l’existence persistante d’incohérences entre la balance des paiements et la NA dans les statistiques nationales des États membres de l’UE et avec une exposition différente à des composantes spécifiques des comptes non financiers. Selon le tableau suivant, les écarts agrégés absolus entre les États membres de l’UE ont atteint un total de 271,5 milliards d’euros en 2021 (soit 1,9 % du PIB de l’UE) et de 381,1 milliards d’euros en 2022 (soit 2,4 % du PIB de l’UE). Pour la période observée, la valeur des incohérences absolues était la plus faible en 2018 avec seulement 150,5 milliards d’euros (soit environ 1,1 % du PIB de l’UE).

En termes relatifs, l’ampleur des incohérences globales est passée de 1,4 % du PIB de l’UE dans leur moyenne pluriannuelle de 2016-2021 sur la base de l’analyse de l’année dernière à 1,5 % du PIB de l’UE pour la moyenne pluriannuelle de 2017-2022. Pour la période observée, le compte des services a enregistré les écarts absolus les plus élevés, suivi du compte des revenus primaires. En tenant compte des valeurs absolues des transactions pour les biens, les incohérences détectées pour cette composante du compte courant peuvent toujours être considérées comme modérées si elles sont mesurées sur une base relative, cependant, une augmentation significative des écarts de 2021 à 2022 est visible. Pour les opérations de revenus secondaires, les incohérences absolues ont également augmenté, en particulier entre 2020 et 2022. Le solde du compte de capital présentait de loin les écarts les plus faibles.

Écarts entre la  balance des paiements et les comptes du reste du Monde  (somme des États membres de l’UE) par poste des comptes non financiers, 2017-2022 (millions d’euros)

 

c) Trois États membres ont été les principaux contributeurs en termes absolus

Un examen des données nationales individuelles sous-jacentes a révélé une image très diversifiée des écarts existants dans chaque État membre en termes absolus (graphique suivant). L’Allemagne, la France et, dans une moindre mesure, le Luxembourg affichent de loin les écarts absolus les plus élevés au sein de l’UE, contribuant ensemble à plus de 82 % de tous les écarts mesurés au cours de la période observée de 2020 à 2022. Un nombre important d’États membres tels que Le Danemark, l’Estonie, l’Irlande, l’Espagne, Chypre, la Lettonie, la Lituanie, les Pays-Bas et la Finlande n’ont affiché aucune ou très peu d’incohérences absolues dans leurs comptes non financiers.

Les écarts absolus moyens détectés dans les trois pays qui étaient responsables de la plupart des incohérences absolues sont liés à différentes composantes des comptes non financiers. Parmi les États membres, l’Allemagne présente les écarts les plus élevés pour les revenus primaires, les revenus secondaires et le solde du compte de capital, et la France pour les biens et surtout les services (écart de presque 52 milliards !). Les écarts pour les services et les biens en Allemagne ainsi que pour les revenus primaires et les revenus secondaires en France étaient les deuxièmes plus élevés parmi les États membres.

Écarts absolus annuels moyens, comptes non financiers, par État membre, 2020-2022, (en millions d’euros)

 

 

 

d) Soldes contradictoires – graves limites à la comparabilité statistique

Des soldes contradictoires apparaissent lorsque la balance des paiements et la NA publient des statistiques, où le solde nominal pour la même composante du compte courant ou du compte de capital a un signe opposé. Ils reflètent la caractéristique la plus malheureuse des statistiques incohérentes, car des messages contradictoires sont communiqués à l’utilisateur.

Il apparaît que les incohérences ne concernent pas les mêmes pays selon les opérations.  La France présentait ainsi de loin le niveau d’incohérence absolue le plus élevé pour les services et, en outre, le second écart absolu le plus important pour les biens derrière l’Allemagne. Celle-ci a d’ailleurs montré des écarts absolus significatifs en général pour toutes les composantes des comptes non financiers, où les transactions de revenus secondaires et primaires ont été les plus touchées, suivies des services. Pour les autres pays, les deux soldes BdP et CN sont les mêmes pour les biens. Pour le Luxembourg, les écarts absolus les plus importants ont été détectés pour les services et le revenu primaire.

En examinant les écarts agrégés pour le total des transactions nettes du compte financier, Malte (13,9 % du PIB), l’Irlande (6,3 % du PIB) et la Grèce (4,9 % du PIB) ont affiché les incohérences relatives moyennes les plus élevées dans la valeur nette de leur compte financier pour la période étudiée 2020-2022. Le graphique suivant révèle également que pour un nombre total de 20 États membres, les écarts relatifs étaient inférieurs à 1,0 % de leur PIB. Les écarts absolus moyens les plus élevés entre la balance des paiements et la NA ont été signalés par l’Allemagne (71,7 milliards d’euros), l’Irlande (27,3 milliards d’euros) et la France (14,6 milliards d’euros).

Écarts annuels moyens, compte financier, par État membre, 2020-2022 (millions d’euros ; % du PIB)

Source : Eurostat

 

 

 

 

 

 

 

III – L’ÉVOLUTION DU SOLDE GLOBAL EN FRANCE

 

1/ Nette dégradation du solde des échanges de biens mais forte progression de celui des services selon l’Insee

Les échanges extérieurs, très affectés par la crise sanitaire en 2020, rebondissent sans retrouver leur niveau de 2019 : en volume, les exportations progressent de 8,8 % en 2021 (après – 16,8 % en 2020) et les importations de 8,0 % (après – 12,8 %). Au total (biens et services), le solde du commerce extérieur de la France est de -102,7 Mds en 2022 contre –47  Mds en 2021 selon les données de l’Insee (Compte du Reste du Monde) après -49 Mds en 2020 mais seulement -23,3 Mds en 2019.

Solde extérieur de biens et de services par produit à prix courants en milliards d’euros

Source : Insee, comptes nationaux base 2014

 

 

 

 

a) les échanges de biens

Du côté des biens, la situation est à peine contrastée : le rebond est assez marqué dans l’agriculture, le solde passant de 0,7 Mds à 4,8 Mds.  Mais l’industrie agroalimentaire voit son solde diminuer de 2 Mds; il en va de même dans les biens d’équipement (-46,4 Mds contre -42,3 Mds en 2021) mais surtout  dans les autres biens manufacturés (le solde négatif se creuse de 12 Mds en 2022).

Tout au plus, le solde s’améliore dans les véhicules et  matériels de transport mais assez faiblement (+13,3 Mds en 2022 contre +10,5 Mds en 2021).

Mais le déficit CAF-FAB en autres biens industriels, (hors énergie, produits alimentaires matériels de transport), se creuse fortement  : – 84,3 Md€ en 2022 contre – 68,2 Mds en 2021 et – 54,6 Mds en 2020. Cette aggravation est tout au plus moindre en comptabilisation FAB-FAB (graphique suivant).

Les échanges d’énergie (hydrocarbures bruts et raffinés, électricité) se sont particulièrement dégradés : La facture énergétique se détériore nettement en valeur : – 112,5 Mds en 2022 après -44,4 milliards d’euros (Md€) en 2021, et – 16,1 Md€ en 2020, soit un creusement de près de 68 Md€. Pour la première fois les échanges d’électricité, gaz et vapeur sont déficitaires (- 7,5 Mds).

Au total, en euros courants et après correction des coûts d’acheminement des importations entre les frontières (correction CAF-FAB), le déficit commercial FAB-FAB en biens se creuse de 73,8 Md€, passant de – 69,7 Mds en 2021 à – 143,6 Mds en 2022..

 

 

 

b) Les échanges de services

Du côté des services, le solde extérieur passe de 22,6 Mds en 2021 à 41,3 Mds en 2002 après avoir été à l’équilibre en 2020., soit + 18,6 Md€, dont un tiers provenant des services de transport. En 2022 le solde des transports continue de s’améliorer passant de 3 Mds à 9,4 Mds contre -10,7 Mds en 2020, notamment grâce au fret maritime.

Mais ce sont les dépenses des touristes qui repartent très fortement à la hausse : le solde extérieur des dépenses des touristes s’améliore nettement : il s’élève à 24,7 Md€ en 2022, après 9,3 Md€ en 2020 et 15,1 Md€ en 2019. C’est donc ce solde qui contribue pour plus de 80% à la hausse du solde des services.

Signe relativement inquiétant, le solde des services aux entreprises ne cesse de chuter de 5,6 Mds en 2019 à 0,2 Mds en 2022 alors que ces services sont importants dans l’économie d’un pays .

Si on ne retrouve pas les mêmes niveaux du solde global et de ses composantes dans la BdP, on retrouve les principales évolutions dans les deux sources (voir chapitre 9).

 

 

c) Les évolutions sur longue période

Sur longue période, tout se passe à la charnière des années 2004, 2005-2006 [1], [2], [3] (les nombres entre crochet renvoient à la bibliographie en bas de page). Le solde des échanges extérieurs, positif depuis le début des années 90 jusqu’en 2005 après avoir fortement chuté entre 2002 et 2005, devient négatif en 2006 (premier graphique suivant). Le redressement de 2011 reste limité. Le taux de couverture des échanges extérieurs est de 93,2 soit un des plus bas niveaux depuis 1949 (second graphique suivant). De même, le solde des matériels de transport subit un repli encore plus fort bien que toujours positif. Le solde de l’énergie est plus déficitaire en 2021. Au total, le solde du commerce extérieur passe de -23,3 Mds en 2019 à -49,3 Mds en 2020 et -47,1 Mds en 2021 puis -102,3 Mds en 2022 malgré un net redressement du solde extérieur des services. Cette détérioration est un des aspects le plus marquant des crises économiques du Covid 19 puis de celle de l’énergie.

Le taux de couverture des exportations sur les imporations atteint son plus bas niveau depuis 1949 comme en 1982 : 90%.

Tableau 21 solde extérieur France 1949 2020

Solde des échanges extérieurs FAB-FAB des biens et des services par produits en milliards d’euros

Lecture : en 2022, le solde du commerce extérieur s’établit à – 102,3 milliards d’euros (on suppose que la correction CAF-FAB se réparrtit ainsi : 80% de l’industrie, 10% pour les biens-alimentaires et 10% pour les produits énergétiques).

 

Taux de couverture (exportations / importations) des échanges extérieurs de biens et services en %

 

La relation avec l’Europe reste dominante et dégradée (voir chapitre 4). Les sept pays de l’Union européenne parmi nos dix principaux partenaires représentent à eux seuls près de la moitié des échanges français (50%). L’Union européenne dans son ensemble reste notre principal partenaire commercial, représentant près de 60% de nos échanges, malgré une baisse tendancielle de ce poids depuis le début des années 2000.

Ce fort positionnement du commerce extérieur français sur une zone à faible dynamisme jusqu’à récemment a pesé sur la demande adressée à la France, d’autant plus que notre commerce extérieur est peu tourné vers les économies émergentes de l’est de l’UE, à plus forte croissance de long terme.

Au total, la zone euro et l’Union européenne sont les deux seules grandes zones vers lesquelles les exportations françaises n’ont pas encore retrouvé leur niveau d’avant la crise de 2009. Le déficit avec la zone Euro est impressionnant plus élevé qu’avec la Chine :- 40,5 Mds en 2020 selon le Compte du reste du Monde et – 46 Mds selon la BdP. En fait, il devient de plus en plus négatif depuis 2005 malgré quelques rebonds (graphique suivant). Le déficit total avec l’UE est moins important mais sa courbe est assez parallèle au déficit avec les pays de la zone euro. Les deux déficits se stabilisent depuis 2013 puis s’effondrent en 2020.

Échanges extérieurs de biens et services par zone géographique : solde en milliards d’euros

 

 

 

 

 

 

 

2/ Les soldes des transactions courantes (biens, services, revenus) de la Balance des Paiements en 2022

L’année 2022 s’inscrit dans un contexte mondial dégradé, avec l’invasion russe de l’Ukraine, la persistance des tensions sur les chaînes d’approvisionnement, la flambée des cours des matières premières, la hausse de l’inflation et la remontée des taux d’intérêt. Ces facteurs ont contribué à la décélération du commerce mondial.

La dépréciation de 11 % de l’euro par rapport au dollar sur l’ensemble de l’année 2022 a également entraîné une hausse du coût des importations. Cette situation s’est avérée particulièrement néfaste pour les produits énergétiques importés, notamment le gaz naturel liquéfié, le pétrole brut et d’autres produits pétroliers. En outre, les chaînes d’approvisionnement mondiales ne se sont pas totalement rétablies de la période de la pandémie de Covid-19.

On constate les faits stylisés suivants en s’appuyant soit sur les données du Compte du reste du Monde de la Balance des Paiements voire des données des Douanes (énergie) [4], [5] : Le solde des transactions courantes (biens, services, revenus) de 2022 redevient, avec un solde de -53,5 Md€, déficitaire, après avoir été excédentaire en 2021 à +9 Md€. En 2022, les excédents constatés en matière de services (+50Md€) et de revenus (+31 Md€) ne suffisent plus à compenser le déficit commercial enregistré sur les biens. Selon la BdP, il atteint -134  Md€.

Ces coûts ont presque triplé par rapport à 2021, passant de 45 à 115 milliards d’euros. En 2022, en effet, les prix de l’énergie à l’importation ont été multipliés par 2,1 par rapport à 2021, sous l’effet de la hausse des prix des approvisionnements énergétiques et de la dépréciation de l’euro face au dollar. En conséquence, la facture énergétique a plus que doublé. Les importations de gaz ont augmenté de 248% à 59 Md€, celles de pétrole brut de 99% à 33 Md€, celles de produits pétroliers de 60% à 38 Md€.

Alors que le commerce des marchandises est à son niveau historique le plus bas, le secteur des services est en nette progression. Il atteint en effet 50 milliards d’euros grâce à l’augmentation des flux touristiques (+14 Mds) , à l’essor du secteur des transports (+25 Mds= et à la croissance du commerce des services financiers (+9 Mds), stimulée par le Brexit — les institutions financières quittant la City de Londres pour l’Europe continentale, notamment Paris.

Sur une plus longue période, le solde des transactions courantes est resté négatif depuis 2007 à l’exception de 2019 où l’excédent avait atteint 12,5 milliards d’euros soit0,5% du PIB, contre 0,4% en 2021. À l’étranger, la situation est similaire chez nos principaux partenaires européens : ceux qui dégageaient un excédent l’ont vu fortement se réduire, ceux qui étaient en déficit l’ont vu s’aggraver.

À côté de la balance des biens déficitaire, on observe ainsi une balance des services excédentaire de 36,2 milliards d’euros en 2021 , dont le dynamisme est porté par les services de transport et les services aux entreprises. Entre 2001 et 2021, les exportations de services ont augmenté de 140 % soit deux fois plus que les exportations de biens, passant de 24 % à 33 % des exportations totales. En outre, services et biens sont intrinsèquement liés puisque 40 % de la valeur ajoutée incorporée dans les exportations de biens est constituée de services .

Mais l’excédent du solde des services ne parvient pas, globalement, à compenser le déficit de la balance commerciale, comme le met en évidence l’évolution du solde des transactions courantes. Même si l’année 2021 est marquée par un excédent de 9 milliards d’euros, les déficits se sont succédé lors des premiers trimestres de l’année 2022 (déficit de 18,3 milliards d’euros au troisième trimestre 2022).

Mais peut-on mettre sur le même plan le solde des revenus et celui de la balance commerciale (biens et services) lequel traduit la compétitivité ?

Solde des transactions courantes et ses composantes (en milliards d’euros et en % du PIB)

Source : Balance des paiements française, 2018-2022 [Banque de France).

 

Solde des transactions courantes et ses composantes (en milliards d’euros et en % du PIB)

 

Solde de la facture énergétique et ses composantes (en milliards d’euros)

 

 

Solde des échanges de services et ses composantes (en milliards d’euros)

Source : Balance des paiements française, 2018-2022 [Banque de France).

 

On dénombre enfin 135 900 entreprises exportatrices françaises en 2021, et 139 400 au premier trimestre 2022, au sein desquelles apparaît un phénomène de forte concentration des exportations . 1 000 entreprises seulement seraient à l’origine de 70 % de la valeur ajoutée exportée. Les ETI apparaissent comme la « force de frappe » aux côtés des grandes entreprises.

Source : Direction générale des douanes et droits indirects, Avril 2021

 

 

 

 

 

3/ Les soldes en 2023

Sur l’ensemble de l’année, le solde des biens s’améliore tandis que les balances des services et des revenus conservent des excédents élevés, bien qu’inférieurs à ceux de 2022.

Le déficit de la balance courante se résorbe partiellement en 2023. Il ressort à -34 Md€ (-1,2% du PIB) après un point bas à -54 Md€ en 2022 (-2,0% du PIB).

Décomposition de la balance courante (arrondis en Md€)

 

 

Les échanges de biens en valeur se normalisent après la dynamique soutenue observée en 2022, dans un contexte de hausse des prix. Les importations de biens reculent de 7,1 % tandis que les exportations poursuivent leur progression (+1,5 %).  Cela se traduit par une amélioration du solde commercial qui passe à -100 Md€ grâce notamment à la baisse de la facture énergétique (qui passe de 116 à 69 Md€) . Hors énergie et hors matériel militaire, le solde commercial s’améliore également. Le déficit s’établit à -54 Md€ après -73 Md€ en 2022.

L’excédent aéronautique, à +31 Md€, retrouve son niveau record de 2019.  Le solde de la chimie redevient positif du fait d’une contraction plus importante des importations qu  des exportations. L’excédent des parfums et cosmétiques atteint un niveau record à +16 Md€.  Le déficit du textile, habillement et cuir se résorbe de 5 Md€ grâce au dynamisme des exportations et à la baisse des importations. L’excédent agricole et agroalimentaire se contracte de 4 Md€ par rapport à 2022 en lien avec la baisse des volumes exportés et le repli des cours mondiaux (voir page Comptes agriculture). Le solde du secteur pharmaceutique se dégrade à +0,4 Md€ en raison d’une hausse des importations de produits immunologiques.

Après avoir atteint un niveau record en 2022, la facture énergétique connaît une réduction marquée en 2023 pour s’établir à 69 Md€. Elle  demeure néanmoins supérieure de 54 % à son niveau de 2021. Cette réduction intervient dans le sillage de la baisse des cours du pétrole (-18 % pour le Brent en 2023) et du gaz (-70% pour le TTF). Les importations de gaz, de produits pétroliers et de pétrole brut ont diminué respectivement de 38%, 25% et 13%. Les échanges d’électricité sont de nouveaux excédentaires alors que l’année 2022 avait été pénalisée par des contraintes sur la production.

Évolution du commerce de biens (Md€, données en valeur)

 

Évolution des soldes sectoriels (Md€, données en valeur, CAF/FAB)

 

 

IV – ÉVOLUTION DU SOLDE EXTÉRIEUR DES PAYS DE L’ UE

En 2022, 19 États membres de l’UE ont déclaré des déficits courants (contre 15 en 2021) et 8 ont enregistré des excédents (voir la figure 3 et le tableau 1). Les déficits relatifs les plus importants mesurés en pourcentage du PIB ont été observés en Grèce (-9,7 %), en Roumanie (-9,3 %) et à Chypre (-9,1 %), tandis qu’au Danemark (13,2 %), en Irlande (8,8 %) et au Luxembourg (5,0 %) ont enregistré les excédents les plus importants par rapport au PIB dans leurs comptes courants. En termes absolus, cependant, L’Allemagne a enregistré de loin le plus grand excédent de compte courant (162,3 milliards d’euros) et la France le plus grand déficit de compte courant (-56,8 milliards d’euros).

Principales composantes des soldes courants, 2022, (% du PIB)

 

Il apparaît que le déficit du compte courant de l’UE avec le reste du monde en 2022 reposait principalement sur des soldes négatifs élevés des comptes des biens et des revenus secondaires et, dans une moindre mesure, des comptes primaires :compte des revenus (respectivement -179,8 Md€, -89,7 Md€ et -2,3 Md€) malgré le solde positif du compte des services (75,4 Md€) (tableau suivant). Le déficit courant de la zone euro (-136,5 Md€ ) a été généré par un énorme déficit du compte des revenus secondaires (-160,9 Md€), un important solde négatif des biens (-84,8 Md€) et un moindre déficit des revenus primaires (-10,2 Md€). Le déficit a été en partie compensé par un excédent du compte des échanges de services (119,4 Md€). En valeurs absolues, l’Irlande (204,4 Md€) et l’Allemagne (111. 9 milliards) ont conservé d’importants excédents dans leurs comptes de biens résultant, entre autres, des activités transfrontalières des entreprises multinationales, des activités de négoce ou de transformation. Les Pays-Bas (58,0 milliards d’euros), la Suède (16,7 milliards d’euros) et le Danemark (12,3 milliards d’euros) figuraient également parmi les exportateurs nets de biens vers d’autres pays (intra-UE + extra-UE), tandis 21 pay de l’UE ont eu des soldes négatifs de leurs comptes de biens en 2022.

Parmi ceux-ci, la France était de loin le plus grand importateur net de biens (-136,7 milliards d’euros), suivie de l’Espagne (-58,3 milliards d’euros) et de la Grèce (-€ 39,0 milliards). Les plus grands exportateurs nets de services en 2022 étaient l’Espagne (77,0 milliards d’euros), la France (48,8 milliards d’euros), la Pologne (36,5 milliards d’euros) et les Pays-Bas (30,8 milliards d’euros). Les importateurs nets de services étaient l’Allemagne (-30,8 milliards d’euros), l’Irlande (-16,8 milliards d’euros), l’Italie (-9,6 milliards d’euros), la Finlande (-6,1 milliards d’euros), la Belgique (-3,9 milliards d’euros) et la Suède (-3 milliards d’euros). .

Principales composantes du solde du compte courant et du solde du compte de capital, 2022, (en milliards d’euros)

 

 

 

L’UE est l’un des principaux acteurs mondiaux du commerce mondial étant le deuxième exportateur mondial de biens après la Chine et le troisième importateur après les États-Unis et la Chine. En outre, l’UE est le premier opérateur mondial de services.

Le commerce international joue un rôle important dans le développement de l’économie de l’Union européenne car il est considéré comme un outil clé pour la croissance économique des économies ouvertes. Le commerce international des biens a traditionnellement été le principal canal d’intégration économique, mais ces derniers temps, le commerce international des services a pris de plus en plus d’importance.

Le graphique suivant présente le ratio exportations/importations pour la période 2012-2023 (biens et services). Au cours de cette période, le ratio variait entre 1,03 et 1,10, ce qui indique une tendance constante selon laquelle l’UE exporte légèrement plus de biens et de services qu’elle n’en importe. En 2023, une forte augmentation du ratio a été observée, indiquant un retour aux niveaux d’avant les événements de 2022 (par exemple la crise énergétique).

l’évolution du commerce international de biens et de services de l’UE en pourcentage du PIB  a retrouvé un niveau plus élevé qu’avant la pandémie de COVID-19, bien qu’il y ait eu une légère baisse en 2023. , avec une valeur des exportations en pourcentage du PIB de 52,7 % et une valeur des importations en pourcentage du PIB de 48,9 % (y compris les biens et les services). Les performances globales pour la période 2012-2023 montrent que l’UE est un partenaire commercial stable et reste un exportateur net vers le reste du monde. Les importations et les exportations comprennent à la fois le commerce intra et extra UE.

 Ratio exportations/importations de l’UE, 2012-2023

 

Une analyse plus détaillée montre que 9 pays de l’UE sur 27 sont des importateurs nets, ce qui signifie qu’ils importent plus de biens et de services qu’ils n’en exportent. Être importateur net pourrait poser un problème pour certains pays, car ils devraient emprunter à l’extérieur pour maintenir leur balance des paiements. Toutefois, les autres pays de l’UE exportent plus qu’ils n’importent.

Bien que dans certains pays plus petits, les importations et les exportations soient mineures en termes absolus , elles peuvent être substantielles en pourcentage de leur PIB. Pour les grands pays et économies, les importations et les exportations constituent généralement un pourcentage plus faible du PIB en raison de la taille des économies nationales. Exprimer le commerce par rapport à la taille de l’économie nationale montre dans quelle mesure les pays sont orientés vers l’importation ou l’exportation. Comme le montre le graphique suivant, les petits pays ont tendance à commercer davantage que les grands pays. Le pourcentage du PIB attribuable aux importations et aux exportations varie considérablement, allant de 29 % en France à 211 % au Luxembourg pour les exportations et allant de 30 % en Italie à 177 % au Luxembourg pour les importations. On note d’ailleurs que l’Italie a un pourcentage plus faible des importations en % du PIB que la France (31%) mais que ses exportations rapportées au PIB sont nettement plus élevées (33%).

Importations et exportations en % du PIB, par pays, 2021

 

 

 

 

 

1/ Les Soldes des échanges extérieurs dans l’UE

a) Le solde des biens et services jusqu’en 2021

En 2021, les principaux partenaires de l’UE pour le commerce total de biens et de services (exportations et importations réunies) étaient les États-Unis (18 % du total des échanges extra-UE), le Royaume-Uni et la Chine (13 % chacun) ainsi que la Suisse (7 %). Entre 2008 et 2021, l’importance de la Chine est passée de 8 % à 13 % et des États-Unis de 14 % à 18 %. La part de la Russie dans ces échanges de biens et de services de l’UE est passée de 7 % à 5 % (tableau suivant).

Tableau 21 échanges UE 27 avec extra EU Eurostat

En 2021, les échanges de biens représentaient 69 % du total des échanges de biens et de services de l’UE. Si l’on examine séparément les biens et les services, les deux ont enregistré des tendances similaires, les valeurs ayant plus que doublé entre 2000 et 2021. Ils ont également enregistré une baisse en 2009 à la suite de la crise financière et, à nouveau, en 2020, avec les effets de la pandémie de COVID-19.

La balance des échanges de biens de l’UE a enregistré un excédent quasi continu (ce qui signifie que les exportations étaient plus importantes que les importations) entre 2001 et 2021, à l’exception de 2006, 2007 et 2008. Cet excédent allait de 19 milliards d’euros en 2005 à 357 milliards d’euros en 2016 à 238 milliards d’euros en 2021.

En 2021, les excédents les plus élevés pour les échanges de biens (y compris au sein de l’UE et en dehors de l’UE) ont été enregistrés en Allemagne (+ 192 milliards d’euros), en Irlande (+ 173 milliards d’euros) ( chiffre à prendre avec précaution, voir page PIB irlandais), aux Pays-Bas (+ 63 milliards d’euros), en Italie (+ 52 milliards d’euros) et en Suède (+ 21 milliards d’euros) et les déficits les plus importants en France (– 67 milliards d’euros), en Grèce (– 26 milliards d’euros), en Roumanie (– 23 milliards d’euros) et en Espagne (– 21 milliards d’euros).

Contrairement aux échanges de biens, l’UE a enregistré un excédent continu des échanges de services pour la période 2002-2021. Cet excédent a fortement augmenté, passant de 8 milliards d’euros en 2002 à 154 milliards d’euros en 2018, mais il a diminué depuis pour atteindre 135 milliards en 2021.

En 2021, les excédents les plus importants ont été enregistrés en Espagne (+ 39 milliards d’euros), en France (+ 36 milliards d’euros), en Pologne (+ 26 milliards d’euros), au Luxembourg et aux Pays-Bas (tous deux + 25 milliards d’euros) et les seuls déficits en Italie (– 9 milliards d’euros), en Irlande (– 3 milliards d’euros) et en Finlande (– 2 milliards d’EUR).

Le tableau suivant montre le solde des biens et services calculé à partir de la Balance des Paiements (Manuel BPM6). Le solde de la France ne cesse de se dégrader depuis depuis 2002. Il est de -31 Mds d’euros en 2021 après -40 Mds en 2020 grâce au redressement du solde des services, le solde des biens continuant de se détériorer. Sans même regarder le solde de l’Allemagne (+192 Mds en 2021) ou des Pays-Bas (+88 Mds), on ne peut s’empêcher de le comparer à ceux de l’Espagne et l’Italie : en 2008, le solde de la France est de -29 Mds quand celui de l’Espagne est de -53 Mds et celui de l’Italie de -13 Mds. En 2021 ces soldes sont respectivement de +18 Mds et +43 Mds. Même le solde du Royaume-Uni, certes plus déficitaire que le solde français avant le Brexit,  a moins plongé (-32 Mds en 2019 comme en 2000) que le solde extérieur français.

Tableau 21 solde biens et services Eurostat Balance des Paiements

Solde des échanges de biens et services des principaux pays de l’UE en milliards d’euros

 

 

b) Les soldes chutent dans plusieurs pays en 2022

On s’intéresse ici au solde du compte courant et pas seulement de la balance commerciale de biens et services. L’année 2022 est une année très particulière avec la hausse des prix de l’énergie. Plusieurs pays excédentaires en biens et services ou à l’équilibre jusqu’en 2021 sont devenus déficitaires comme l’Italie, la Hongrie, la Belgique, la Finlande. On note toutefois un redressement au quatrième trimestre dans certains de ces pays comme l’Italie. D’autres ont vu une réduction drastique de leur solde commercial (Allemagne, France surtout). Seuls les Pays-Bas et l’Espagne s’en tirent bien.

L’excédent enregistré dans le compte des services (+ 36,3 milliards d’euros pour l’UE au quatrième trimestre) s’explique principalement par des excédents dans les télécommunications, l’informatique et les services d’information (+ 42,3 milliards d’euros), les transports (+ 10,3 milliards d’euros), les voyages (+ 7,6 milliards d’euros), les services financiers (+ 3,9 milliards d’euros) et les services de fabrication d’intrants physiques détenus par d’autres (+ 3,2 milliards d’euros), partiellement compensés par des déficits de charges pour l’utilisation de la propriété intellectuelle (- 30,9 milliards d’euros) et d’autres services aux entreprises, qui comprennent la recherche et le développement, les professionnels, les conseils en gestion, les services techniques, commerciaux et autres services aux entreprises (9,9 milliards d’euros).

La France (principalement pour les services de transport et autres services aux entreprises), l’Espagne (principalement pour les voyages), l’Allemagne (principalement pour les frais d’utilisation de la propriété intellectuelle et des services de transport), la Pologne (principalement avec d’autres services d’affaires et de voyages), le Danemark (principalement avec les services de transport), la Suède (principalement pour les télécommunications, les services informatiques et d’information et les services de transport) et les Pays-Bas (principalement pour les services de transport et de fabrication sur des intrants physiques détenus par d’autres) ont le plus contribué à l’excédent. 23 États membres de l’UE ont déclaré des excédents dans le commerce des services avec leurs homologues économiques extra-UE.

Soldes des postes de la balance des opérations courantes  (intra-UE + extra-UE) milliards d’€ 2022

 

 

 

2/ L’évolution du solde des échanges extérieurs des comptes nationaux  depuis 1995

a) données globales

Il s’agit de comparer l’évolution du solde extérieur des biens et services en % du PIB. Le  solde extérieur français en % du PIB ne cesse de dégrader depuis les années 2000. On ne trouve nulle part ailleurs en Europe une telle évolution sauf en Finlande. Même au Royaume-Uni la dégradation est moins prononcée qu’en France. En 1995, la part du solde extérieur dans le PIB est de 1,6% contre 1,2% dans l’UE des 24 pays (hors Irlande, Luxembourg et Pays-Bas – voir encadré). Au Royaume-Uni comme en Allemagne ce ratio est de 0,3%. La ratio en France est devenu négatif depuis 2005 pour atteindre -0,8% en 2009 (et même_1,9% en 2011) contre 0,9% dans l’UE   des 24 pays (+5 % en Allemagne et -1,9% au Royaume-Uni). Jusqu’à la crise de 2009, la dégradation en France et au Royaume-Uni est de même ampleur tandis que partout (sauf en Finlande, Suède et Belgique) le ratio s’améliore.

Puis de 2009 à 2019, le ratio français se redresse très légèrement autour de -1%  avec des à coups selon les années  (-1% en 2019). Mais il se redresse bien plus dans de nombreux pays comme la Belgique, l’Italie, l’Espagne, le Danemark, soit +2,9% dans l’UE des 24 pays (donc un triplement par rapport à 2009). Même au Royaume-Uni, le solde passe -1,6% en 2009 à -1,2% en 2019; il se redresse un peu mieux qu’en France (-1,2% en 2019). Et puis 2020 marque une nouvelle chute : -2% alors que le solde baisse légèrement  dans l’UE des 24 pays (2,6%) du fait de l’amélioration dans plusieurs pays : Italie, Suède, Belgique, voire Allemagne.

Ainsi, toutes les analyses plus détaillées par produits sont bienvenues mais l’évolution principale se situe ici. Le constat que l’on peut ainsi faire est que la France est un pays qui enregistre en permanence un solde négatif de sa balance commerciale et ce depuis 20 ans. Chaque année le même phénomène se produit : en 2020, il s’est agi de 45,4 milliards d’euros de déficit, alors que l’Allemagne avait un solde positif de 192 milliards d’euros, et les Pays-Bas de 83 milliards. Ce qui est particulièrement inquiétant, c’est que la France ne parvient pas à redresser sa balance du commerce extérieur, contrairement à ce que plusieurs autres pays européens ont été capables de faire. C’est ce que montre le tableau suivant où l’on voit que des pays qui enregistraient dans les années 1995 un déficit de leur commerce extérieur sont parvenus à redresser la barre alors que la France a suivi le chemin inverse.

Solde du commerce extérieur de biens et service des comptes nationaux en % du PIB

Solde du commerce extérieur de biens et service en % du PIB

 

 

 

 

Que se passe- t-il du coté des composantes du solde ? S’agissant des exportations elles n’augmentent pas au même rythme selon les pays. Base 100 en 1995, la croissance est de 348% dans l’UE des 27 pays du fait des fortes croissances de celles des pays de l’Est de l’Europe. La croissance est un peu moindre en Allemagne, Danemark, Espagne : autour de 335%. On trouve ensuite quelques pays comme la Suède ou la Belgique : autour de +275%. Et tout en bas la Finlande et la France + 232% et un peu en dessous l’Italie : +220%. Bref  les exportations n’évoluent pas du tout au même rythme selon les pays, la France se situant dans les pays à plus faible croissance.

Mais les importations évoluent presque au même rythme quelques soient les pays : +340% en 2020 base 100 en 1995 pour l’UE mais autour de +300% pour les pays de l’Ouest de l’Europe  (sauf l’Italie: +221%). Il y a bien des différences dans ce groupe, par exemple entre l’Allemagne (+297%) et la France (+267%) soit 30 points d’écarts mais celui-ci n’a rien à voir avec l’ écart de 100 points pour les exportations. Or c’est bien le souci : Le solde extérieur français ne cesse de se dégrader par rapport à celui des autre pays de l’UE parce que ses exportations augmentent beaucoup moins vite que dans les autres alors que ses importations augmentent certes moins vite aussi mais beaucoup moins. Si la France augmentait ses importations un peu plus que l’Italie, la situation du solde serait bien meilleure.

Évolution des exportations dans l’UE base 100 en 1995 en %

Évolution des importations dans l’UE base 100 en 1995 en %

 

 

 

 

b) données des comptes nationaux par produits

Les données des comptes nationaux ne sont disponibles que jusqu’en 2018 sur le site Eurostat. Elle son,t néanmoins utiles car elles sont cohérentes avec le SCN2008  et le SEC 2010. Malheureusement, la correction CAF-FAB n’est pas traitée de la même manière en France et dans de nombreux autres pays (voir page Correction CAF-FAB). Le tableau d’Eurosat ne fait pas apparaître de correction CAF-FAB en Suède. Le Royaume-Uni ne fait pas apparaître de correction territoriale : les produits achetés à l’étranger par des résidents ou sur le territoire par les non-résidents sont inclus dans la dépense de consommation des ménages. D’autre part certaines données sont manquantes dans plusieurs pays (Allemagne, Suède) sur quelques produits. Il est tout de même possible de reconstituer les tableaux pour les différents pays dont la France où on s’est calé sur les données de la base 2014.

Le solde des échanges extérieurs des biens reste à peu près stable : -55 Mds en 2010 et -57,7 Mds en 2018. Au Royaume-Uni il se dégrade (tableaux suivants). Mais dans les autres pays, il s’améliore notamment en Italie où il passe de -32 Mds à +35 Mds. En Espagne, tout en restant négatif, le solde des biens est en amélioration : -55,7 Mds en 2010, -35,9 Mds en 2018.

en France le solde des produits industriels se dégrade entre 2010 et 2018 de -20 Mds à -27 Mds malgré la croissance très forte du solde des autres matériels de transport : 22,4 Mds en 2010, 37,8 Mds en 2018. L’automobile (-2,4 Mds en 2010, -9,7 Mds en 2018), l’informatique, électronique, optique, le textile, habillement, le pétrole raffiné, les autres industries expliquent la dégradation du solde extérieur français. Outre les es autres matériels de transport, quelques produits dégagent un excédent en 2018 : la chimie – pharmacie, les IAA, l’électricité considérée ici comme un bien.

Le solde extérieur est négatif sur toute la période pour les produits informatiques, électroniques et optiques, le textile, les autres industries manufacturières et le bois papier. Il est devenu négatif en 2000 pour la métallurgie et les produits en caoutchouc, plastique et autres minéraux non métalliques. Après des phases de déficit et d’excédent, il est négatif depuis 1998 pour les autres machines et équipements et depuis 2010 pour les équipements électriques. Il reste positif sur toute la période pour les matériels de transport (hors automobile), les IAA, la pharmacie et la chimie.

Du coté des services, on note la croissance impressionnante du solde extérieur au Royaume-Uni  : 86,3 Mds en 2010 et 141,1 Mds en 2018. Du coup, malgré la forte chute du solde des biens, le solde global s’améliore presque : -36,3 Mds en 2010, -28,8 Mds en 2018. En France, si le solde extérieur global reste à peu près stable (-25,8 Mds en 2010, -23,9 Mds en 2018), c’est aussi grâce aux services ainsi qu’aux achats des non-résidents sur le territoire français. Mais dans le même temps, le solde de l’Espagne passe de -11,4 Mds en 2010 à 35,8 Mds en 2018. Que dire des autres pays ? Italie (-29,6 Mds puis 44,5 Mds), Pays-Bas (56,1 Mds puis 88 Mds) et surtout l’Allemagne (132,5 Mds puis 211,4 Mds). Il n’y a qu’en Suède et en Belgique que le solde se dégrade tout en restant positif.

On voit déjà poindre les faiblesses grandissantes du commerce extérieur français axé sur quelques produits : l’aéronautique, la chimie, la pharmacie, le luxe, quelques services aux entreprises et le tourisme, dont certains seront pris dans la tourmente de la crise du Covid 19 de 2020.

Tableau 21 commerce éxtérieur comptes nationaux Eurostat 2010

Tableau 21 commerce extérieur comptes nationaux Eurostat 2018

Solde extérieur (exportations -importations) dans les comptes nationaux en 2010  en milliards d’euros

 

 

 

Solde extérieur (exportations -importations) dans les comptes nationaux en 2018 en milliards d’euros

 

 

 

 

 

 

 

3/ Commerce international de marchandises de l’UE

Les statistiques s’appuient ici sur la base de données d’Eurostat (système Intrastat : statistiques douanières). Ces données présentent l’avantage de remonter jusqu’en 2002. Elles concernent tous les biens y compris l’agriculture et les combustibles. (voir page chaînes de valeur mondiales). Encore une fois, ce ne sont pas celles des comptes nationaux pour les raisons évoquées ci-dessus.

 

 

a) Depuis 2008, la valeur des biens exportés hors de l’UE a augmenté à un rythme plus rapide que la valeur des biens importés dans l’UE

En 2020, le commerce de l’UE a été durement touché par la pandémie de COVID-19, avec une baisse significative observée tant pour les exportations (-9,3 %) que pour les importations (-11,5 %) (graphique suivant). Cependant, les deux se sont fortement redressés en 2021 et 2022, avec des importations de biens augmentant respectivement de 23,8 % et 41,3 %, tandis que les exportations de biens ont augmenté de 12,8 % en 2021 et de 17,9 % en 2022.

En 2022, la balance commerciale des biens de l’UE était déficitaire de 432  milliards d’euros, atteignant son plus bas niveau depuis le début de la série chronologique en 2002. Ce déficit était notamment dû à une forte hausse de la valeur de l’énergie. importations qui ont commencé vers la fin de 2021 et se sont poursuivies pendant la majeure partie de 2022.

Évolution du commerce international et solde extérieur de biens de l(UE avce les pays extra-UE, 2012-2022
(en milliards d’euros et taux de croissance annuel)

 

 

 

b) Au cours de la période 2002-2022, certains des taux de croissance les plus rapides du commerce de marchandises ont été enregistrés parmi les États membres qui ont rejoint l’UE en 2004 ou plus récemment

Ces statistiques se rapportent aux flux commerciaux totaux (en d’autres termes, à la fois le commerce intra-UE et extra-UE). Les États membres ayant enregistré la plus forte croissance globale du commerce total (la somme des importations et des exportations) ont eu tendance à se caractériser par des taux de croissance des exportations plus élevés (par rapport aux taux de croissance des importations), tandis que les États membres ayant relativement la faible croissance globale des échanges totaux a eu tendance à faire état de taux de croissance des importations plus élevés.

Des taux de croissance de plus de 200 % du commerce total entre 2002 et 2022 ont été enregistrés dans douze des treize États membres qui ont rejoint l’UE en 2004 ou plus récemment (Lettonie, Lituanie, Bulgarie, Pologne, Roumanie, Slovaquie, Slovénie, Tchéquie, Estonie , Croatie, Hongrie et Chypre) qui s’explique, au moins en partie, par leur processus d’intégration à la fois dans les marchés mondiaux et (en particulier) dans le marché unique européen, à la suite de réformes qui ont conduit à passer d’une planification centralisée à une approche fondée sur le marché modèles économiques. Aux Pays-Bas, le taux de croissance était également supérieur à 200 %. Douze États membres (Grèce, Espagne, Belgique, Portugal, Allemagne, Autriche, Suède, Italie, Irlande, Malte, Danemark et Finlande) ont enregistré des taux de croissance compris entre 100 % et 200 %. En France et au Luxembourg, les taux de croissance étaient inférieurs à 100 %.

La Lettonie a enregistré la plus forte croissance globale de la valeur de ses exportations de biens entre 2002 et 2022 (une augmentation de 852 %), tandis que Chypre, la Lituanie, la Bulgarie et la Pologne ont également enregistré des augmentations de plus de 600 %. En revanche, les taux de croissance des exportations étaient inférieurs à 100 % à Malte, au Luxembourg, en France et en Finlande.

La Roumanie (568 %) a enregistré les taux de croissance les plus élevés pour les biens importés, au cours de la même période. La Lituanie, la Lettonie, la Bulgarie, la Pologne et la Slovaquie ont également enregistré des taux de croissance supérieurs à 500 %. En revanche, des taux de croissance des importations inférieurs à 150 % ont été enregistrés en Grèce, au Danemark, en France et au Luxembourg.

 

 

 

c) L’Irlande est le seul État membre de l’UE dont la part de ses échanges de biens avec les pays tiers est plus élevée

La part des importations intra-zone euro varie considérablement d’un membre à l’autre de la zone euro. En 2022, il était supérieur à 60 % au Luxembourg, au Portugal, en Lettonie, en Autriche et en Estonie et inférieur à 40 % en Grèce, aux Pays-Bas et en Irlande. La part élevée du Luxembourg s’explique par le fait qu’il est entouré de partenaires de la zone euro alors que les principaux partenaires commerciaux de l’Irlande sont le Royaume-Uni et les États-Unis.

En 2022, le Luxembourg avait également la part la plus élevée pour les exportations de biens intra-zone euro. L’Irlande avait la deuxième plus petite part, seulement dépassée par Chypre dont le plus grand partenaire pour les exportations était Hong Kong.

Importations de biens extra et intra-zone euro, 2022, (%)

Exportations de biens hors et intra-zone euro, 2022, (%)

 

En 2022, la plupart des États membres avaient une part des exportations intra-UE comprise entre 50 % et 75 %. Le ratio moyen non pondéré pour les États membres des exportations intra-UE aux exportations extra-UE a diminué de 15 points de pourcentage (pp) entre 2002 et 2022 (tableau suivant). Le ratio a diminué dans quatorze États membres. Les baisses les plus importantes ont été observées en Slovaquie (-306 pp), en Slovénie (-129 pp) et en Estonie (-103 pp). Le ratio a augmenté dans treize États membres. Les augmentations les plus importantes ont été observées en Bulgarie, en Roumanie (45 pp chacune) et en Lituanie (41 pp).

Exportations de biens : intra-UE divisées par extra-UE, 2002, 2022 et tendance, (%)

 

 

 

 

 

 

d) Les importations (+46,1 points de pourcentage) et les exportations (+40,7 points de pourcentage) de biens ont augmenté entre 2002 et 2022 malgré des revers en 2009 et 2020

Le graphique suivant étend l’analyse des évolutions du commerce international pour couvrir les indices de volume extra-UE pour les échanges de biens. Les schémas de développement du commerce de l’UE étaient globalement similaires à ceux en valeur au cours de la période 2002-2008. Par la suite, il y a eu une contraction importante du volume des marchandises échangées en 2009, la crise financière et économique mondiale ayant eu un impact sur le niveau des échanges avec les pays non membres ; les exportations extra-UE ont été réduites de 13,5 points de pourcentage tandis que la réduction correspondante pour les importations extra-UE était de 14,2 points de pourcentage. Entre 2009 et 2022, les importations extra-UE ont augmenté de 35,3 points de pourcentage tandis que les exportations ont augmenté de 31,1 points de pourcentage malgré des baisses à la fois des importations (-7,1 points de pourcentage) et des exportations (-9,4 points de pourcentage) entre 2019 et 2020 dues en grande partie au COVID -19 pandémie.

 Indices de volume extra-UE pour les échanges de biens, 2002-2022 (base 100 en 2015) en %

 

 

 

e) Entre 2002 et 2022, les termes de l’échange de l’UE se sont détériorés

Le graphique suivant montre l’évolution des indices de valeur unitaire extra-UE au cours de la période 2002-2022. Les valeurs unitaires des importations et des exportations de l’UE ont augmenté au cours de cette période. La variation globale des importations était de 52,3 points de pourcentage, tandis que celle des exportations était plus élevée, à 78,5 points de pourcentage. En conséquence, l’indice des termes de l’échange de l’UE a globalement baissé de 22,6 points de pourcentage.

 Indices de valeur unitaire extra-UE pour les échanges de biens, 2002-2021, (2015 = 100)

 

Les informations présentées dans lle graphique suivant étendent l’analyse des termes de l’échange aux différents États membres de l’UE. En 2022, seuls deux États membres (Lettonie et Luxembourg) avaient des indices des termes de l’échange supérieurs à la parité (en d’autres termes, leurs indices de valeur unitaire pour les exportations étaient supérieurs à leurs indices de valeur unitaire pour les importations) tandis que les termes de l’échange les plus bas des échanges ont été enregistrés en Italie et en Irlande. Entre 2002 et 2022, la Bulgarie et la Roumanie ont enregistré les améliorations les plus importantes de leurs termes de l’échange respectifs (hausse de 15,8 et 5,4 points de pourcentage respectivement). Vingt-deux États membres ont vu leurs termes de l’échange se détériorer entre 2002 et 2022, avec des baisses de plus de 20,0 points de pourcentage enregistrées pour l’Irlande,

Variation globale des termes de l’échange, 2002-2022, (écart de points de pourcentage)

 

 

 

f) Les termes de l’échange de l’UE se sont détériorés avec des  pays en provenance desquels elle importe une quantité relativement importante de matières premières, de minéraux et de biens liés à l’énergie

Les indices des termes de l’échange de l’UE peuvent également être analysés sur la base d’indices bilatéraux pour des partenaires commerciaux sélectionnés. Étant donné que pour les partenaires extra-UE dans leur ensemble, les termes de l’échange ont chuté de 22,6 points de pourcentage entre 2002 et 2022, il n’est peut-être pas surprenant de constater que les termes de l’échange avec la majorité des partenaires sélectionnés présentés dans la figure 8 se sont également détériorés. Cela a été particulièrement le cas pour un certain nombre de partenaires commerciaux dont l’UE importe une quantité relativement importante de matières premières, de minéraux et de biens liés à l’énergie, tels que la Russie, l’Arabie saoudite, l’Australie, le Nigeria, le Brésil, l’Australie, l’Argentine, la Norvège et l’Ukraine . En revanche, les termes de l’échange de l’UE avec les États-Unis (+1,0 point) et la Chine (+11,0 points) se sont améliorés. Des améliorations à deux chiffres ont également été enregistrées pour les termes de l’échange de l’UE avec la Corée du Sud (+20.

Le graphique suivant présente des informations sur l’évolution globale des termes de l’échange de l’UE pour un certain nombre de produits sélectionnés (sur la base de la CITI) entre 2002 et 2022. Au début de cette période, les indices des termes de l’échange étaient inférieures à la parité pour deux produits seulement — combustibles minéraux, lubrifiants et matières connexes et machines et matériel de transport. En 2022, cette situation avait changé et tous les groupes de produits avaient des termes de l’échange inférieurs à la parité, à l’exception des produits alimentaires, des boissons et du tabac. Les indices des termes de l’échange de l’UE se sont généralement détériorés entre 2002 et 2022, la seule amélioration enregistrée pour les machines et le matériel de transport (+ 4,2 points).

Évolution globale des termes de l’échange de l’UE pour les sections de la CTCI, 2002-2022, (différence en points de pourcentage)

 

 

 

 

 

4/ Évolution du  commerce extérieur des biens des pays de l’UE par produits

On présente ici quelques évolutions des soldes extérieurs par produits et par pays jusqu’en 2019. Le solde des produis alimentaires reste à peu près stable en France. Mais il progresse  sensiblement en Espagne et en Italie, se dégradant au Royaume-Uni. Le solde des Combustibles minéraux, lubrifiants se dégrade dans tous les pays avec des fluctuations liées aux variations du prix du pétrole. Le solde des autres produits manufacturés se dégrade en France et au Royaume-Uni alors qu’il progresse dans la plupart des autres pays avce un excédent très important en Italie et dans une moindre mesure en Allemagne. C’est un peu la mêmr chose avec les machines et matériel de transport mais avec une trçès forte progression en Allemagne d’un solde déjà très excédentaire en 2002. Se dessinaient ainsi avant la crise du Covid les faits marquants de l’évolution du solde global français qui ne pouvait que se détériorait fortement en 2021 et 2022 avec l’explosion des prix des matières premières et de l’énergie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

V – NETTE DÉGRADATION DU SOLDE DES ÉCHANGES EXTÉRIEURS DE BIENS MALGRÉ UN REBOND EN 2011

 

1/ Les données de comptabilité nationale sur le commerce extérieur des biens

Pour avoir une idée plus précise du solde extérieur des biens et de l’industrie en particulier, il faut si possible tenir compte de la correction CAF-FAB, non mentionnée jusqu’à présent (voir page Correction CAF-FAB). L’indicateur « Échanges FAB-FAB » traduit l’évolution globale du commerce extérieur de biens. Cet indicateur économique est établi à partir des échanges de biens, tous comptabilisés en échanges CAF/FAB. Pour calculer cet indicateur, les exportations françaises de marchandises restent comptabilisées au passage de la frontière nationale (FAB). Une correction (taux de passage CAF/FAB) doit être par contre apportée aux importations CAF pour éliminer tous les frais liés à l’acheminement des marchandises depuis la frontière du pays partenaire jusqu’à notre frontière nationale. Une symétrie est ainsi établie dans la comptabilisation des deux flux afin de ne pas biaiser le calcul du solde commercial. Au final, l’ensemble des échanges est ainsi évalué au passage de la frontière du pays exportateur : comptabilisation FAB/FAB. Mais comme si tout ceci n’était pas assez compliqué, cette correction est faite différemment dans les pays, en particulier en France, même si son principe reste celui de  comptabiliser les importations FAB

Le taux de passage CAF/FAB est le résultat d’une enquête statistique menée périodiquement par la douane auprès des opérateurs. Il ne s’applique qu’à l’indicateur économique global. Toutes les autres séries statistiques par produits ou par pays sont diffusées en données CAF/FAB.

En France, l’estimation des coûts de transport et d’assurance de frontière à frontière est réalisée à partir d’une enquête CAF-FAB qui renseigne la décomposition des coûts de transport et d’assurance entre chaque frontière.  Les résultats de l’enquête conduisent à retenir un taux CAF FAB de 3,3 %. Le numérateur de ce taux correspond à la somme des coûts de transport et d’assurance de frontière à frontière des importations et le dénominateur correspond à la somme des valeurs des marchandises à la frontière française. Selon une étude du Ministère de l’économie des Fiances, les coûts de transports et d’assurance sont variables selon la nature des produits. Ils sont plus élevés pour les biens d’équipements (6,9%) que pour les produits agroalimentaires (4,8%), les biens transformés (3,4%), les matières premières (2%) ou les matériels de transport (0,6%). Ils seraient plus élevés pour les produits acheminée par voie maritime (6,1%) que pour les transports routiers (2,5%).

On a estimé approximativement la correction CAF-FAB à apporter aux 3 types de biens : agricoles, énergie et produits manufacturés (industrie). Selon le projet Figaro d’Eurostat, on a appliqué un taux un peu plus élevé aux produits de l’énergie et un peu moins aux produits manufacturés (qu’on a estimé à 80% de la correction CAF-FAB).

 

 

a) les importations CAF ou FAB

On commente ici des résultats jusqu’en 2020, parfois 2021 (voir aussi page Correction CAF-FAB). Les soldes extérieurs FAB-FAB des biens (agriculture, énergie, industrie) et de la seule industrie deviennent déficitaires en 2004 pour le premier, en 2009 pour le second.

Sur longue période, le solde extérieur FAB-FAB des produits manufacturés s’est détérioré au cours des années 1980, devenant négatif en 1987. En amélioration à partir du début des années 1990, il est redevenu positif en 1992 avec un excédent record en 1997 (31,7 Mds d’euros). Il se dégrade fortement à partir de 2002 pour être à nouveau négatif en 2009, avant de connaître une amélioration en dent de scie depuis 2012.

La balance commerciale des biens (y compris l’agriculture) est devenue déficitaire à partir de 2004 du fait des biens intermédiaires (automobile, électronique et informatique, matériels de transport, etc.) qui tiraient jusque-là les exportations (graphique suivant). Cette évolution est due aux importations de plus en plus massives de biens intermédiaires et de consommation en provenance de l’étranger (notamment des pays à bas coûts, mais pas seulement), mais aussi de produits énergétiques dont les prix se sont littéralement envolés de 2002 à 2007 puis de nouveau en 2021 et surtout en 2022.

Le déficit commercial français FAB-FAB des biens s’est ainsi établi à – 25 milliards d’euros en 2016. Celui-ci est cependant en diminution régulière par rapport aux années précédentes (- 52,5 milliards d’euros en 2012 ; et surtout – 59,6 milliards d’euros en 2011, record historique) qui ont été catastrophiques. Mais cette amélioration récente des termes de l’échange était surtout liée aux effets conjoints de la baisse du coût des hydrocarbures sur le marché mondial ainsi qu’à la dépréciation du cours de l’euro plus qu’à une évolution structurelle de l’industrie française à l’export comme le montre la dégradation du solde des produits industriels depuis 2015.

En 2019, le solde des échanges de biens, y compris énergie et agriculture, (mesuré FAB-FAB), s’améliore  : le déficit commercial se réduit de 3,3 Md€ et atteint – 34,9 Md€. Mais il chute de nouveau en 2020 et 2021 : respectivement -49,4 Mds et – 74,2 Mds. A l’exception du Royaume Uni, dont le solde est largement plus déficitaire qu’en France, on reste quand même très loin des soldes positifs des pays qui entourent la France, à commencer par l’Allemagne mais aussi l’Italie et les autres pays dont l’Espagne.

Le taux de couverture des biens en valeur baisse fortement en 2020 et atteint 90,4 %.

 

Solde commercial des biens en milliards d’euros

 

L’indicateur des « Échanges FAB-FAB » en France : Solde des échanges extérieurs de biens et de l’industrie en milliards d’euros (*)

 

 

 

b) Les importations de produits industriels ont fortement augmenté depuis 2001.

Les importations de produits manufacturés augmentent plus vite que la production. De 1974 à 2020, les premiers augmentent de 5,8% contre +3,1% pour la production. De 2001 (avant le passage à l’euro) à 2020, la production manufacturière a progressé en valeur et en volume, mais beaucoup moins que les importations. En valeur, la production s’est accrue de 0,5% en moyenne par an et les importations de 2%. L’évolution de la production reste inférieure à celle des importations avant 2001 : respectivement +6% et  +8,4% par an. Production et importations ont néanmoins ralenti, sauf de 1989 à 2000 ; avec la crise de 2009, la production a même légèrement reculé en moyenne entre 2007 et 2014. Au total, la part des importations dans la production des produits manufacturés atteint 58,5 % en valeur courante en 2020, contre 23 % en 1974. C’est  de 1979 à 1989 que la progression est la plus marquée.

 

 

c) Des exportations trop peu diversifiées en moindre hausse que les importations depuis 2001

Avec la mondialisation des échanges, les exportations de produits manufacturés ont également fortement augmenté de 1974 à 2020 : + 5,8 % en valeur comme les importations. Elles ralentissent cependant au cours de chaque sous-période (sauf de 1989 à 2000 pour les volumes). Les prix, en hausse de 2,8% en moyenne de 1970 à 2014, ont décéléré, jusqu’à diminuer de 1989 à 2000. Ils se redressent ensuite légèrement. Elles progressent plus vite que les importations entre 1974 et 2001 : +9,1% par an. Mais c’est le contraire de 2001 à 2020 : +1,6%.

La croissance des exportations de produits manufacturés est favorable à la production manufacturière et compense partiellement l’impact négatif de la hausse des importations. Sur l’ensemble de la période, elle reste en moyenne légèrement en deçà de la progression des importations, en valeur comme en volume. En revanche, quelle que soit la sous-période, les prix d’exportation augmentent plus, ou sont moins en recul, que les prix d’importation. De 2007 à 2014, avec la crise, l’écart de croissance en valeur courante est très faible.

En 2020, les exportations françaises se contractent (baisse de 15,9 %, après 3,5 % de croissance en 2019), dans le contexte de la crise sanitaire Covid-19. Les importations diminuent également, mais de façon légèrement moins marquée (baisse de 13,0 %, après 2,2 % de croissance en 2019).

Cette évolution de la balance commerciale montre que la France consomme plus qu’elle ne produit; celle-ci est aussi une conséquence directe de la désindustrialisation, suite à la disparition d’entreprises françaises ou de certaines de leurs activités de production, dont les biens vendus en France ou exportés jusque-là ont pu être remplacés par des importations depuis l’étranger . Elle témoigne surtout pour les entreprises restantes de leur perte structurelle de compétitivité. Cette situation, qui révèle la faiblesse de l’industrie française et son affaiblissement graduel, n’est pas récente, mais elle s’est aggravée depuis une quinzaine d’années, au point de s’affirmer comme une évidence.

Au total, si la perte de compétitivité de l’industrie française est bien l’une des principales causes de la désindustrialisation (notamment face à la concurrence étrangère qui a fait perdre de nombreux marchés domestiques), elle explique aussi très largement sa rétrogradation à l’export, dans un contexte inédit où le nombre de pays exportateurs concurrents n’a jamais été aussi important, surtout parmi les pays émergents. Ainsi la France ne représentait plus que 3,1 % des exportations mondiales en 2014 selon le Rapport de l’OMC (ce qui la classait au 8e rang mondial à cette date), contre 4,7 % en 2000 et encore plus de 6 % dans les années 1970 et 1980. De surcroît, la part de marché de la France à l’exportation vers l’Union européenne, son premier débouché (avec 59,5 % en 2016, dont 46,4 % rien que pour la zone euro, loin devant l’Asie,12,7 %, les Amériques, 10,9 %, et 7,2 % pour l’Europe hors UE) a aussi baissé significativement, passant de 12,7 % à 10,5 % entre 2000 et 2014.

Les exportations industrielles françaises sont trop peu diversifiées, si bien qu’elles dépendent dangereusement de quelques secteurs clés comme l’aéronautique et l’agroalimentaire (respectivement premier et second postes excédentaires), qui occupent l’un et l’autre le second rang mondial dans leur domaine ; mais aussi, selon les années, le matériel militaire (avec les succès retentissants des avions rafale du groupe Dassault, ou encore les sous-marins), de transport, les produits pharmaceutiques, les parfums et cosmétiques, etc. Ce constat apparaît particulièrement probant en 2020 avec la crise du Covid 19 (voir ci dessous).

 

 

 

 

 

2/ L’analyse des données douanières des échanges de biens de la France

En 2023, le solde commercial FAB/FAB en valeur augmente de 63,0 milliards d’euros : après avoir atteint en 2022 le niveau record de -162,7 milliards d’euros, il s’établit désormais à – 99,6 milliards [6]. Cette amélioration, inédite par son ampleur, s’explique principalement par l’amélioration du solde énergétique et, dans une moindre mesure, de celui des produits manufacturés. Néanmoins, malgré cette hausse, le solde commercial en 2023 reste bien inférieur à son niveau de 2019

Les importations CAF baissent en 2023 (-7,1 %), après deux années de hausses exceptionnelles, pour atteindre 731,0 milliards d’euros. Cette diminution est presque exclusivement due à la baisse des approvisionnements en énergie, dans un contexte de chute des prix. Malgré cette baisse, le montant des importations d’énergie est, en 2023, plus élevé qu’en 2019, principalement en raison du prix du gaz importé. Les importations de produits manufacturés diminuent légèrement en 2023 : la hausse des importations de voitures électriques et hybrides tempère la baisse dans la chimie et la métallurgie, secteurs intensifs en énergie, ainsi que celle dans le textile-habillement.

Quant aux exportations, elles augmentent légèrement en 2023 (+1,5%), nettement moins vite qu’en 2022 et en 2021, et atteignent 607,3 milliards d’euros. L’essentiel de la hausse s’explique par les matériels de transport qui retrouvent leur niveau de 2019 en valeur. Cependant, leur poids dans les exportations totales a enregistré une baisse de 4 points, portée par l’aéronautique. À l’inverse, les exportations de produits agricoles diminuent, tout comme celles de l’énergie et des secteurs intensifs en énergie, en raison de la chute des prix de l’énergie.

Au total, la France regagne des parts de marché en 2023, à un rythme inédit depuis 2000. Malgré cette hausse, qui est également observée chez ses principaux voisins européens, la part de marché de la France n’a pas retrouvé son niveau de 2019

Évolution des échanges et du solde commercial français des biens en milliards d’euros

Source : DGDDI/DSECE

 

Par produit, la hausse du solde commercial CAF/FAB est principalement due au solde des biens énergétiques qui s’améliore de 46,6 Md€, soit 70 % environ de la hausse du solde CAF/FAB en 2023. Plus de la moitié du rebond du solde énergétique provient de la hausse du solde des hydrocarbures (+25,5 Md€ : tableau et graphique suivant), regroupant le gaz naturel liquéfié, le gaz naturel gazeux et le pétrole brut. La hausse du solde de l’électricité (+11,3 Md€) et celle du pétrole raffiné (+8,6 Md€) contribuent respectivement pour un quart et un cinquième de l’amélioration du solde énergétique.

Mais le solde des produits agro-alimentaires, de 10,3 milliards d’euros en 2022, la différence entre les exportations et importations de denrées agricoles brutes et transformées est tombée à 6,7 milliards d’euros en 2023. Cette diminution est due au seuls produits agricoles bruts en partie du fait d’une baisse des prix.

 

Variation des flux CAF-FAB et des soldes des biens par produit entre 2022 et 2023 en milliards d’euros

 

Variation des flux CAF-FAB et des soldes des biens par produit entre 2022 et 2023 en milliards d’euros

 

Parmi les secteurs les plus dynamiques, l’aéronautique et l’automobile ont vu leurs exportations augmenter de plus de 16% sur un an, les ventes de machines ont progressé de 9%, le textile, les équipements électriques et les parfums ont affiché une forte progression aussi. Les produits agroalimentaires (hors produits bruts) continuent aussi de représenter une part importante des exportations françaises avec 62,7 milliards d’euros l’an dernier (+2,2% sur un an), tout comme la chimie, la métallurgie et la pharmacie. En revanche, le déficit commercial des échanges de voitures en France ne fait que s’accroître du fait de l’importation massive de voitures électriques qui a été multipliée par vingt depuis 2017.

Contributions (*) par produit à l’évolution des exportations en 2023

Contributions (*) par produit à l’évolution des importations en 2023

 

Le solde des écnanges extérieurs  s’améliore avec l’UE de 14,6 Mds titré par le solde avec la Belgique (10,3 Mds) en raison de l’arrêt des importations de gaz russe et de la diminution des imporattions de gaz norvégien qui transite par la Belgique, dernier pays de provenance. mais le solde s’améliore aussi avec l’Espagne et l’Allemagne.

 

Variations des flux et des soldes par zone géographique en milliards d’euros

 

 

En 2023, le solde commercial rapporté au PIB s’améliore dans tous les pays de l’UE après une dégradation inédite en 2022. En dépit de ces améliorations, ce ratio est environ 1,5 points inférieur à son niveau de 2019 sauf en Espagne. Le ratio français reste en dessous des autres. Celui de l’Italie est de nouveau positif. et celuid e l’Allemagne est de 4,5% du PIB.

Solde extérieur des biens rapporté au PIB des principaux pays de l’UE en % (*)

 

 

 

 

 

3/ Parts de marché de la France dans le commerce mondial

a) Les parts de marché (y.c. les services)au niveau mondial

Les parts de marché sont une des deux approches pour mesurer le poids d’un pays dans le commerce mondial. L’autre approche est celled es chaînes de valeur mondiale (voir page chaînes de valeur mondiales). La part de marché relative de la France rapporte les exportations totales françaises de biens et services aux exportations mondiales de biens et services, ce qui permet de prendre en compte les pays émergents, notamment la Chine.

Après s’être dégradée depuis le début des  années 1990, la part de marché en valeur de la France dans les exportations mondiales de biens et services s’est stabilisée depuis 2013, à 3,5 %. Les parts de marché des biens et services étaient de 3,1% en 2021 après 3,3% en 2020 et 3,5% en 2019 (graphique suivant). La France était le 6 ème exportateur de biens et services en 2021. Les parts de marché en valeur de la France s’améliorent pour les biens en 2024, passant de 2,4% du commerce mondial à 2,7% en 2023 (troisième trimestre) grâce aux boissons, aux produits de luxe et à l’éronuatique.

Parts de marché de la France en % du commerce mondial (données en valeur)

Source : FMI (biens) et biens et services (OCDE); calculs DG Trésor, derniers points 2021 (OCDE), 2022 T3 (FMI)

 

Parts de marché des biens de la France en % du commerce mondial (données en valeur)

 

 

 

La crise sanitaite s’est acacopagné d’une baisse relative des parts de marché de la plupart des économies avancées. Dans le même temps, les parts de marché ont augmenté en Chine, passant de 13% en 2019 à 14,1% en 2022.

Principaux exportateurs mondiaux de biens et services (en % du commerce mondial, données en valeur)

Source OCDE, Calculs DG Trésor, dernier point : 2021

 

L’évolution de la part de marché mondiale en valeur d’un pays reflète non seulement les fluctuations des volumes échangés, mais aussi les effets prix (variation relative des prix des marchandises échangées). Ce dernier effet est prépondérant à court terme en cas de fluctuation des différentes monnaies et d’évolution des prix mondiaux des marchandises. Avant que les effets compétitivité n’influent sur les volumes, la part de marché des pays dont la monnaie se déprécie diminue donc mécaniquement, de même que celle des pays qui exportent plutôt des biens dont le prix relatif baisse. Aussi, l’analyse de l’évolution des parts de marché en valeur doit-elle s’accompagner de celle de l’évolution de la part de marché en volume. La part de marché de la France en volume dans le commerce mondial est passée de 3,5% en 2019 à 3,1% en 2021.

Après la hausse de 2015 qui lui avait permis de retrouver son niveau de 2010, la part de marché en volume de la France se stabilise en 2016 à 3,7 %. Toutefois, elle reste bien inférieure au niveau moyen observé durant les années 1990 : au cours des années 2000, les exportateurs français ont notamment été handicapés par l’appréciation de l’euro jusqu’en 2008 et par la montée en puissance dans les échanges mondiaux des grands pays émergents, en particulier de la Chine, ce qui a pesé sur les performances à l’exportation de la plupart des pays de l’OCDE, à l’exception notable de l’Allemagne. Puis la part de marché française continue de diminuer par la suite jusqu’en 2021.

La France a perdu des parts de marché pour ce qui concerne les biens dans la plupart des régions du monde. En Afrique, par exemple, sa part de marché a chuté de près de 3 points depuis 2010, passant de 7,4 % à 4,5 %. En Europe, la part de marché de la France est passée d’environ 5% au début des années 2000 à environ 2,5 % actuellement, tandis que la part de marché de l’Italie se situe encore au-dessus de 5 %.

Principaux exportateurs mondiaux de biens et services (en % du commerce mondial, données en volume)

Source OCDE, Calculs DG Trésor, dernier point : 2021

 

On observe surtout un recul de l’empreinte de la France dans le commerce international des biens. Les parts de marché (à l’export) de la France sur le périmètre des biens au niveau mondial ont fondu de moitié, en passant de 6,3 % en 1990 à 3 % en 2019 (tableau suivant). Ces parts ont de nouveau reculé en 2022 (2,4%) donc désormais en dessous du ratio de l’Italie.

Les parts de marché de la France au niveau européen ont elles aussi reculé de 8,9 % à 5,1 % sur la même période, tandis que celles de l’Allemagne s’établissaient à 7,9 % en 2019 au niveau mondial  (12,1 % en 1990) et à 14,1 % au niveau européen (18,4 % en 1990).

Parts de marché dans les exportations de marchandises de quelques pays du monde en %

 

 

b) Les parts de marché dans la zone euro

Entre 2021 et 2022, la France aurait légèrement augmenté sa part dans les exportations de biens et de services de la zone euro, sans effacer les pertes enregistrées depuis 2019 selon une étude l’Institut Rexecode. Ses produits manufacturés ont bénéficié d’une hausse des prix de production moins forte que la moyenne européenne et leur classement mondial sur les critères « hors-prix » a légèrement progressé. Mais on avu que le déficit extérieur français a atteint un record en 2022 (près de 4% du PIB), tant d’un point de vue historique qu’au sein de la zone euro. Certes principalement due aux échanges énergétiques, l’aggravation du déficit concerne quasiment tous les secteurs industriels, les services enregistrant au contraire un excédent exceptionnel.

La part des exportations de la France dans les exportations de la zone euro a légèrement augmenté entre 2021 et 2022, tant pour les biens (+0,3 point) que pour les services (+0,2 point) pour s’établir à 12,4% en valeur. Elle reste cependant inférieure de 0,9 point à son niveau de 2019 du fait d’un recul sur les biens (-1,2 point en valeur), et ce sur presque tous les secteurs industriels.

Depuis 2019, l’Espagne, l’Italie et les Pays-Bas ont au contraire conservé ou gagné du terrain dans les exportations de biens (l’Italie reculant de 0,2 point sur l’ensemble biens et services). L’Allemagne a en revanche perdu des parts de marché, mais dans des proportions moindres que la France.

Part de la France dans les exportations de la zone Euro en %

 

 

 

 

 

 

4/ quelques explications de la dégradation en France

Les causes de la dégradation du solde français sont assez bien connues indépendamment des relations avec des pays comme la Chine. Malgré le poids grandissant des économies émergentes dans les échanges mondiaux, l’UE demeure le premier marché de destination des flux commerciaux de biens et le premier marché d’exportation pour la France (55 % des exportations françaises en 2021). Depuis 2002, les échanges de biens à l’intérieur de l’UE ont fortement augmenté (+160 % en valeur entre janvier 2002 et décembre 2021).

La France, comme le Royaume-Uni et l’Italie, n’a pris qu’une part modérée à ce dynamisme : ses exportations en Europe n’ont cru que de 26 % en valeur entre 200 et 2018, et sa part de marché a reculé de 12 % en 2000 à 9 % en 2018. Dans le même temps, l’Allemagne et les Pays-Bas ont réussi à consolider leurs positions, tandis que certains pays d’Europe centrale ont fortement progressé, en particulier la Pologne, la République tchèque et la Hongrie.

L’analyse de la concurrence à laquelle les exportations françaises sont confrontées au sein de l’UE montre que l’Allemagne demeure notre principal compétiteur dans le commerce intra-UE. La concurrence que nous font l’Italie, la Belgique et le Royaume-Uni est en recul, tandis que celle des Pays-Bas et de l’Espagne s’intensifie. Nos exportations sont par ailleurs concurrencées par celles des pays d’Europe centrale depuis leur accession au marché unique, notamment dans le secteur automobile.

La concurrence que subit la France sur ses principaux marchés historiques se renforce, et ses marchés d’exportation se sont moins diversifiés que, par exemple, ceux de l’Allemagne. Cela résulte en partie d’un positionnement géographique plus décentré au sein de l’UE. Les pays frontaliers de la France (Allemagne, Espagne, Italie, Belgique et Royaume-Uni) représentent 70 % de ses exportations intra-UE.

La détérioration, dans les années 2000, de sa compétitivité-coût et la montée en gamme insuffisante de ses produits ont également constitué des freins aux exportations de biens de la France. La forte compétitivité-coût des pays d’Europe centrale a entraîné une recomposition des chaînes de valeur en Europe, dont certains États membres, l’Allemagne en premier lieu, ont su tirer parti pour maintenir leur assise industrielle et renforcer leurs exportations de produits finis.

En  juin 2001, S. Tchuruk, PDG d’Alcatel, déclare : « Nous souhaitons être très bientôt une entreprise sans usines. » Il donne le coup d’envoi à la cession ou à la fermeture de la majorité des 120 usines de son groupe. Alcatel s’achemine vers un groupe sans usines… et sans salariés : en 2003, les effectifs ont été réduits des deux tiers, à 58 000 personnes, et les sites des trois quarts, à 30 usines. » Il  devient ainsi le chantre du « fabless » (sans fabrication), cette stratégie consistant à se concentrer sur la conception des produits tout en déléguant leur fabrication à des sous-traitants. Un concept qui popularisait l’idée que la « valeur ajoutée » est dans la matière grise, dans les centre de R&D et dans les brevets, pas dans les usines qui peuvent tout aussi bien être externalisées en Chine ou en Europe de l’Est.

Observant un nouveau creusement du déficit de la balance commerciale de la France à la fin de l’année 2021, la Délégation aux entreprises su Sénat a confié une mission à trois de ses membres afin de comprendre l’origine de ce phénomène et proposer des pistes permettant de remédier aux difficultés des PME (petites et moyennes entreprises) et ETI (entreprises de taille intermédiaire) en matière de commerce extérieur.

Cette analyse met en évidence une carence dans la conduite des politiques publiques : l’insuffisante identification des risques, dans le passé comme aujourd’hui. Qu’il s’agisse du choix de la désindustrialisation des dernières décennies, des difficultés d’approvisionnement et des enjeux de souveraineté, le sentiment est celui d’un manque d’analyse politique et d’anticipation des risques pour l’économie de la France.

 

 

a) L’engrenage sous-estimé de la désindustrialisation

Les chiffres récents de la balance commerciale ont été certes aggravés par les crises sanitaire et énergétique (-26,7 milliards d’euros entre 2019 et 2021, puis -65,3 milliards lors des trois premiers trimestres 2022, avec un déficit dans le secteur de l’énergie très lourd comme l’illustre le graphique des soldes sectoriels de 2021), mais le phénomène de dégradation continue résulte directement de la désindustrialisation de la France, choix stratégique assumé par de nombreux gouvernements depuis 40 ans et pointé par tous les économistes.

En effet, parmi les causes du déficit français, l’élément central est celui de la désindustrialisation (voir page Désindustrialisation par pays) : « Erreur stratégique », « dérive », « abandon de la stratégie industrielle », « désindustrialisation à déplorer », etc.

La Cour des comptes, dans son rapport thématique d’octobre 2022, confirme que le déficit commercial « s’explique principalement par la désindustrialisation ».

Ainsi, la part de l’industrie dans le PIB a diminué de 10 points pour la France pour atteindre 13,5 % en 2019 contre 24,2 % en Allemagne, 19,6 % en Italie ou 15,8 % en Espagne. En Allemagne, le nombre d’emplois industriels est de 7 millions, soit plus du double de celui observé en France (3,2 millions).

L’erreur des choix stratégiques passés de la France fait l’unanimité, cependant l’identification des conséquences et des solutions ne semble pas si évidente.

La désindustrialisation a des conséquences désastreuses : la multiplication de zones de chômage endémique , un « cercle vicieux » non seulement en matière de processus d’innovation mais également de développement des compétences, bref, un appauvrissement de l’économie française et la forte diminution de notre capacité à rebondir face à des chocs tels que la crise sanitaire. Les modèles de commerce international qu’on dit d’inspiration ricardienne ne s’intéressent pas à la question des déficits extérieurs, parce que ces modèles sont par nature équilibrés, c’est-à-dire que les exportations sont égales aux importations, et donc les déficits commerciaux ne sont pas un objet d’étude, ce qui est assez paradoxal lorsque l’on regarde les modèles macroéconomiques traditionnels, c’est-à-dire néo classiques, qui considèrent, eux, les déficits comme un avantage parce qu’ils permettent de consommer plus que ce que de produire. Le problème de ce type de modèle est qu’il néglige les effets dynamiques des déficits sur les structures de production, en l’occurrence sur la désindustrialisation. »

Pour P. Artus, la France doit faire face à un « triptyque infernal » découlant de la désindustrialisation et constituant des obstacles à toute décision de relocalisation. Ce triptyque se caractérise par :

  • la faiblesse des compétences de la population active : l’enquête PIAAC de l’OCDE sur les faiblesses des compétences des adultes, la France est 21ème sur 24 pays étudiés ;
  • les surcoûts salariaux : même si l’on a vu que l’écart avec l’Allemagne n’est plus aussi fort qu’à la fin des années 1990, on observe néanmoins un surcoût de 20 % pour le salaire horaire — cotisations sociales incluses — par rapport à la zone euro hors France et une multiplication par 3,7 par rapport aux pays d’Europe centrale et orientale;
  • la pression fiscale pesant sur les entreprises : prise au sens large, elle représente 19 % du PIB contre 12 % pour la zone euro hors France. Il faudrait une baisse des impôts de production trois fois plus importante que celle annoncée par le Gouvernement pour ramener la France au niveau des autres pays européens. Cette pression fiscale mérite d’autant plus d’être interrogée que les aides aux entreprises représentent par ailleurs 8,4 % du PIB ; on perçoit l’urgence d’une réflexion relative à la cohérence et à la complexité d’un système qui taxe pour ensuite aider.

Pour F. Bayrou, « nous devrions arriver à la définition d’une stratégie nationale de réarmement des capacités de production et commerciales de notre réseau d’entreprises (…). Peu à peu, nous nous sommes écartés de la préoccupation nationale de la production . Ce qui a été perdu pendant 20 ou 25 ans, c’est une bataille idéologique économique : un certain nombre de décideurs ont tout bonnement considéré qu’une entreprise sans usine était préférable à une entreprise avec usine. On allait acheter sur un rayon, c’était plus facile ! Ce faisant, on oubliait une chose essentielle : lorsque l’on perd un produit, on ne perd pas seulement la production contemporaine du produit et les emplois qui vont avec, on perd également tout l’avenir du produit et tout son historique. On perd la recherche, le design, la commercialisation et peu à peu, on se laisse déporter hors du sillon de la production. »

Si aujourd’hui l’impact négatif de la désindustrialisation sur le commerce extérieur est communément partagé, en revanche la définition du contenu de la stratégie nationale pertinente pour remédier à la situation semble moins évidente.

Certains économistes mettent l’accent sur la compétitivité et la reconquête des productions haut de gamme. Ainsi les rapporteurs ont-ils entendu que « le rapport du Haut-commissaire au Plan est peu efficient économiquement. L’objectif n’est pas de tout produire mais de se spécialiser dans les secteurs à haute valeur ajoutée et définir les produits stratégiques ». Les chiffres du commerce extérieur « illustrent une situation préoccupante, non au regard des valeurs à une année donnée mais davantage concernant la tendance de long terme de perte de marché et de compétitivité. C’est essentiel de regagner en compétitivité concernant des biens manufacturiers haut de gammegénérateurs de forte valeur ajoutée , permettant de compenser notre déficit énergétique qui pourrait continuer de se dégrader avec la transition écologique notamment à moyen terme » .

 

b) Les vulnérabilités d’approvisionnement : un risque minimisé

Plusieurs études ont été publiées pour analyser les risques ou « vulnérabilités » d’approvisionnement de la France , Pour la direction générale du Trésor (DGT), l’approvisionnement depuis l’étranger pour un produit donné ne constitue pas en soi une vulnérabilité, tant que cet approvisionnement n’est pas menacé de perturbation ou de rupture. Elle a ainsi mis au point une grille d’analyse en vue d’identifier ces risques. Environ le quart des exportations françaises correspond à de la valeur ajoutée étrangère (composants, matières premières) qui a été importée, transformée et incorporée dans nos exportations, dans la moyenne des pays de l’OCDE.

L’analyse du Conseil d’analyse économique (CAE) retient une démarche similaire à celle proposée par la DGT, consistant à appliquer des filtres sur les importations d’un pays en fonction de certains critères de vulnérabilité pour établir une liste de catégories de produits vulnérables.

Les deux analyses considèrent comme vulnérables les importations provenant majoritairement de pays n’appartenant pas à l’Union européenne, et concentrées vis-à-vis d’un nombre réduit de pays . Il en découle des stratégies de « sécurisation » ciblées sur les produits importés majoritairement de pays hors de l’Union européenne, et sans diversification des fournisseurs.

Mais  les statistiques ne seraient pas assez fines pour connaître l’origine des composants d’un produit importé depuis un État membre de l’Union européenne, donc jugé non vulnérable.  « Pour les importations de pays tiers à l’Union européenne, on connaît simplement l’origine du bien, mais on n’a pas l’information sur la nationalité d’origine de l’entreprise qui aura exporté depuis un pays tiers jusqu’en Europe.On ne l’a pas davantage pour les importations en provenance de l’Union européenne : il serait impossible de remonter la chaîne depuis l’origine pour un bien qui serait importé de Chine par l’Allemagne et qui serait ensuite exporté vers la France. Ainsi, un bien importé d’Allemagne n’est pas considéré comme « à risque », alors même que 90 % des composants de ce bien peuvent provenir de pays tels que la Chine ou la Russie, ou alors dépendre d’un seul composant importé hors de l’Union, comme c’est le cas des semi-conducteurs.

La «crise des semi-conducteurs» a mis en évidence l’impact très important d’une rupture d’approvisionnement concernant un composant. Ce risque de dépendance n’est pas surprenant alors que plus de 50 % du marché mondial des semi-conducteurs et 85 % de semi-conducteurs mesurant moins de 7 nanomètres sont issus du même producteur, TSMC, entreprise basée à Taïwan. On comprend bien dans ce cas que, même si les voitures électriques allemandes sont jugées, d’un point de vue statistique, comme des importations non vulnérables pour la France, leur approvisionnement est néanmoins risqué ; cette situation soulève en outre la question de la souveraineté technologique de la France (voir page Désindustrialisation par pays).

5/ La faiblesse du commerce extérieur peut-elle être surmontée ?

L’observation des deux composantes du solde commercial (exportations et importations) est éclairante : elle illustre l’évolution de notre économie vers un modèle de consommation et non de production. De 2001 à 2019, alors que les exportations augmentaient d’environ 55 %, les importations faisaient un bond de 76 %. Le graphique suivant illustre la divergence des trajectoires des importations et des exportations de la France. C’est le décalage entre ces deux progressions qui a plongé la France en situation de déficit commercial en constante aggravation depuis deux décennies.

 

Trajectoires des importations et des exportations de biens en France en milliards d’eurosSource : Haut‑Commissariat au Plan, d’après les données de l’outil Trade Map (International Trade Center) et de la direction générale des Douanes et Droits indirects.

 

 

On voit ainsi des raisons pour lesquelles la balance commerciale de la France est en permanence déficitaire. Le pays a aujourd’hui le taux d’industrialisation le plus faible de tous les pays de l’Union européenne, Grèce mise à part, et les difficultés que rencontrent deux des quatre secteurs clés de l’économie ne laissent aucun espoir de voir la balance commerciale française se rétablir rapidement.

Tout se passe comme si mise en service de l’euro en 2002 (qui rend plus chères les exportations par rapport au franc), l’entrée des pays de l’Est de l’Europe dans l’UE en 2004, probablement d’autres facteurs (certains diront la loi sur les 35 heures. Certains diront l’absence de souplesse des syndicats français face à la mondialisation. D’autres critiqueront l’expression d’un patron français au début des années 2000 «l’entreprise sans usines». Certains pointeront du doigt la cogestion d’entreprise en Allemagne qui met  à égalité les représentants des salariés et les représentants des actionnaires au conseil de surveillance de l’entreprise, en donnant toutefois l’avantage aux représentants des actionnaires en cas de blocage. D’autres leur répondront que la loi « Pacte » de mai 2019 accroît la présence des représentants des salariés au conseil d’administration des entreprises.

Autant de facteurs qui ont favorisé en partie l’Allemagne, qui devient le centre névralgique de l’UE avec l’entrée des pays de l’est dans l’UE : La France est « excentrée ». Sa balance commerciale est certes déficitaire vis-à-vis de l’UE, mais largement excédentaire avec les pays extra-UE même si elle se dégrade en 2022. Sa monnaie, l’euro, perd de la valeur par rapport au mark, rendant moins chères ses exportations. Elle, importe des biens intermédiaires des pays de l’est et exporte des biens à forte valeur ajoutée dans l’UE et surtout à l’extérieur de l’UE. Mais des pays comme l’Espagne et surtout l’Italie qui avaient une monnaie moins chère que l’euro s’en sortent aussi bien ou très bien.

 

Ce sont ainsi les délocalisations massives par exemple vers les pays de l’Est de l’UE qui exportent des biens moins chers notamment vers la France), qui ont largement désavantagé la compétitivité de la France. L’élargissement de l’UE aux pays d’Europe centrale et orientale en 2004 a stimulé les échanges intracommunautaires. La France a elle aussi été concernée par ces mouvements. Mais cela n’a globalement pas été favorable à la France.

Certes, les ventes françaises vers les nouveaux Etats membres ont fortement progressé au cours des vingt dernières années. Elles seraient passées de 3,5 % du total des exportations françaises en 2004 à aujourd’hui 5,5 %. Mais ces pays restent des partenaires commerciaux de second ordre. Ainsi, en 2022, la France n’était que le troisième client de la Pologne et son sixième fournisseur, loin derrière l’Allemagne. De même, elle n’était que le onzième partenaire commercial de la Hongrie, septième importateur de produits hongrois, douzième exportateur vers ce pays.

Surtout, les échanges avec les ex-pays de l’Est, qui dégageaient un excédent pour les produits hexagonaux de 1,5 milliard d’euros au moment de leur adhésion en 2004, sont vite devenus déficitaires. Au fil des années, le déficit commercial de la France avec cette zone, qui s’est progressivement élargie à la Roumanie, à la Bulgarie et à la Croatie, n’a cessé de se creuser pour approcher les 10 milliards d’euros en 2023 : 39 milliards d’exportations de biens, principalement vers la Pologne qui représente un tiers du commerce tricolore dans cette zone, et vers la Tchéquie, mais 49 milliards d’euros d’importations.

Si les échanges concernent une grande variété de biens, ils se révèlent particulièrement déséquilibrés sur quelques produits. En premier lieu, l’automobile , où le déficit français s’est élevé à près de 8 milliards d’euros en 2023, avec des importations multipliées par dix par rapport à 2004. Au premier semestre 2023, plus d’une voiture électrique sur cinq importée d’Europe dans l’Hexagone venait de Slovaquie. Le commerce de biens d’équipement se solde lui aussi par un déséquilibre de plus de 3 milliards d’euros, tandis que l’ameublement laisse un trou de 1,5 milliard. Par pays, la Tchéquie est celui avec lequel la France affiche le déficit le plus important (3,3 milliards), suivie de la Slovaquie (2,4 milliards) et de la Pologne (1,9 milliard).

En 2021, les 3.580 filiales des entreprises françaises installées dans les pays d’Europe centrale et orientale employaient 570.700 salariés et réalisaient un chiffre d’affaires supérieur à 105 milliards d’euros (voir page Chaînes de valeur mondiales). En Pologne notamment, la France est devenue le troisième employeur et le deuxième investisseur étranger, derrière l’Allemagne. En un peu moins de vingt ans, son stock d’investissements directs dans cette zone a presque triplé, passant de 13 milliards en 2004 à près de 35 milliards d’euros en 2022 selon la Banque de France.

Ce renforcement des relations s’est accompagné d’un accroissement des échanges de services (R&D, conseil aux entreprises, transports, etc.), ce qui se traduit par un solde négatif pour la France (2 milliards d’euros de déficit avec la Pologne en 2022 par exemple). En revanche, cette stratégie de délocalisation lui permet aujourd’hui de rapatrier des dividendes substantiels. Les revenus tirés des investissements directs ont ainsi fait rentrer dans l’Hexagone plus d’un milliard d’euros de la Pologne, 740 millions de la République tchèque et 475 millions de Roumanie

 

 

 

 

Une chose est sure. Tous les graphiques montrent un déficit grandissant du solde commercial des biens de la France avec le Reste du Monde mais surtout les autres pays de l’UE bien plus qu’avec la Chine. Et ce même si le solde de l’énergie dont les prix augmentent ces dernières années l’explique en partie et même si le solde des services est positif. Et ces graphiques sont aussi importants que les ratios du déficit public (et de la dette publique et des dépenses publiques) par rapport au PIB.

La question des « twin deficits » (déficits jumeaux) alimente depuis 1980 la littérature économique. Cette existence parallèle d’un déficit commercial et budgétaire est la plupart du temps interprétée de la manière suivante. La relance de l’économie par la dépense publique (ou la diminution des taxes) entraîne un rebond de l’activité et une croissance des dépenses des ménages et des entreprises. Celles-ci se traduisent en économie ouverte par une augmentation des importations qui se solde par un déficit commercial. Au départ, se trouve donc l’excès de dépense budgétaire; à l’arrivée, le déficit commercial. De cette analyse, il en découle que si l’État réduit ses dépenses, le déficit commercial s’abaissera naturellement.

Mais la relation de causalité n’irait-elle pas aussi dans l’autre sens ? Il semble y avoir plusieurs causes aux déficits jumeaux sans pour autant que l’on puisse dire si le déficit budgétaire induit le déficit commercial ou inversement. L’Allemagne avec un excédent commercial de près de 200 milliards chaque année n’a-t-elle pas les moyens les moyens de financer ses dépenses publiques?  On ne cesse de s’effrayer à juste titre de la montée de l’endettement public, qui s’élevait à presque 3000 milliards d’euros en France en 2022. À l’inverse, l’endettement extérieur n’a guère été évoqué sauf enfin en 2022 avec le déficit historique de 160 milliards d’euros. À  force d’importer bien plus qu’elle n’exporte et de vivre à crédit, la situation patrimoniale de la France se détériore dangereusement.

La situation va-t-elle s’améliorer à l’avenir ? Certes, le mouvement de réindustrialisation était un peu relancé entre 2017 et 2019. Permettra-t-il à la France de retrouver son industrie et de redresser son commerce extérieur ? Certainement pas à court terme : la dégradation est trop forte à moins de freiner considérablement les importations comme en Italie (voir graphique ci-dessus).

 

 

 

VI – SOLDE EXTÉRIEUR PAR PRODUIT

1/ Le solde commercial par grands produits de la France (CAF/FAB)

Tant pour les hydrocarbures (-29% à 65 milliards d’euros), pétrole, gaz et gaz naturel liquéfié, que pour l’électricité (-63% à 9 milliards d’euros) qui a vu le parc nucléaire français revenir à une capacité plus grande de production, la baisse des importations a été généralisée  (voir page Comptes de l’énergie). En parallèle, les importations de biens manufacturés se sont aussi inscrites en légère baisse, notamment dans la chimie et la métallurgie, sur fond de baisse des prix de l’énergie, ces produits présentant une forte intensité énergétique.

Dans leur ensemble, les importations françaises CAF ont représenté 731 milliards d’euros 2023, ce qui représente un recul de 7,1% sur une année. les exportations françaises ont augmenté de 1,5% en 2023 par rapport à 2022, contribuant plus modestement à l’amélioration de la balance commerciale française.

Le déficit commercial de la France cette année représente 41 milliards d’euros de plus qu’en 2019; c’est considérabledu fait notamment de la dégradation économique et « la déferlante chinoise en automobile ». Les importations d’automobiles ont augmenté de 16,7% en 2023 à 80,4 milliards d’euros, du fait de tensions moins grandes sur les approvisionnements et d’une demande en hausse de véhicules électriques, en particulier venant de Chine.

Parmi les secteurs les plus dynamiques, l’aéronautique et l’automobile ont vu leurs exportations augmenter de plus de 16% sur un an, les ventes de machines ont progressé de 9%, le textile, les équipements électriques et les parfums ont affiché une forte progression aussi. Les parfums, produits de beauté et les sacs à main ont de leur côté affiché des excédents historiques.

Les produits agroalimentaires continuent de représenter une part importante des exportations françaises avec 62,7 milliards d’euros l’an dernier (+2,2% sur un an) (voir page Comptes agriculture), tout comme la chimie, la métallurgie et la pharmacie.

Quelques produits (ce sont toujours les mêmes) sont en excédent en 2023 (en vert dans le tableau suivant qui comptabilise les importations CAF sachant que la correction CAF-FAB raméne le déficit à -99,6 Mds au lieu de -123,6 Mds). Le solde des biens manufacturés (hors produits pétroliers raffinés) retse fortement déficitaire à -55 Mds d’euros

Commerce extérieur CAF-FAB de biens en 2023 en milliards d’euros (trié par solde extérieur)

 

 

 

a) Les produits en déficit (solde CAF/FAB)

Quelques exemples illustrent ce diagnostic : le déficit de la catégorie «produits informatiques, électroniques et optiques» dépasse les 20 milliards d’euros. Les ensembles «équipements électriques et ménagers» et «machines», franchissent quant à eux la barre des 10 milliards d’euros de déficit (respectivement -10,6 et -11,4).

Le déficit des matériels informatiques passerait de 16,5 milliards à plus de 21,6 milliards d’euros en 2022. On en consomme de plus en plus , la France n’en produisant aucun, Les équipements électriques et ménagers est très emblématiques de la désindustrialisation avec les faillites de Brandt, Moulinex et plus récemment la fermeture de Whirlpool. Le déficit augmente de 7,4 milliards à plus de 10,5 milliards d’euros

Le secteur « bois, papier, carton », pour sa part, voit, lui, son déficit se creuser, passant de 4,8 milliards d’euros à 7,6 milliards, reflétant la poursuite des fermetures des entreprises du secteur en France dont la faillite de la société Arjo Wiggins fut un symbole.

La chimie, positive de près de 1,5 milliards d’euros est passée, 5 ans plus tard, à près de 3 milliards de déficit. Dans les plastiques et caoutchouc, le solde continue de se dégrader  de -7,2 milliards en 2021 àautour de  -10.2 milliards d’euros en 2022. Les importations de plus en plus importantes de pneus bon marché de Chine et d’ailleurs constitue une partie de l’explication.

Le déficit de la métallurgie explose de 8,9 milliards à 16,8 milliards d’euros. En cause la hausse des cours de l’acier et des métaux non-ferreux que la France fabrique de moins en moins.

Le secteur très stratégique des machines (machines-outils, robots industriels, machines agricoles subirait un déficit passant de de 5 milliards à plus de 11 milliards d’euros.

Le sort de l’industrie automobile est nettement plus préoccupant du fait des bouleversements technologiques considérables qui s’opèrent à présent avec le passage accéléré du tout électrique : la Chine va très vite être un concurrent redoutable; sa production de véhicules  se monte déjà à 30 millions de voitures par an. Les exportations automobiles retrouvent certes quasiment (à 97 %) leur niveau de 2019. Les produits de l’industrie automobile  voient leur déficit proche 20 milliards, alors qu’en 2000 l’excédent sur cette catégorie avoisinait les 10 milliards d’euros.

 

Variations des soldes sectoriels CAF-FAB par produits entre 2021 et 2022 en milliards d’euros

Source : DGGDI/DSECE

 

 

 

 

b) Les produits en excédent (solde CAF/FAB)

Certains secteurs font mieux que résister : l’excédent du aéronautique et spatial (+23 milliards d’euros) continue sa reprise en 2022 (+ 11 % environ), mais sans retrouver son niveau d’avant-crise (graphique suivant); on note aussi un record d’excédent pour les «parfums et cosmétiques» (+15,4 milliards d’euros).  Le solde des produits agricoles s’améliore, atteignant un record historique (+4,8 milliards d’euros). Soutenues par un cours des céréales en hausse, les exportations de blé ont augmenté en volume. Toutefois, il faudrait affiner l’analyse concernant ce solde positif, l’augmentation des exportations françaises étant fortement tirée par les céréales (environ 10 milliards d’euros d’excédent) et les boissons (+16 milliards), tandis que le déficit des fruits et légumes (-3,7 milliards d’euros), des poissons (-4,2) et de la viande (-2,7) s’aggrave, rappelant la menace de «désagricolisation».

Évolution du commerce extérieur aéronautique et aérospatial en milliards d’euros

Source : DGGDI/DSECE

 

Au total le solde des matériels de transports s’améliore après deux années de baisse. Les matériels de transport ont été particulièrement affectés par la crise sanitaire de 2020 et les mesures de restriction. Leurs solde global s’est dégradé de +15,3 Mds d’euros en 2019 à l’équilibre en 2020. Contrairement à d’autres produits qui ont rebondi vivement en 2021, le total des exportations et importations de matériels de transport se situait à 78% de son niveau d’avant crise, fortement pénalisé par les produits aéronautiques. En 2022 ce pourcentage était de 90%. Le solde des matériels de transport reste toujours à l’équilibre en 2021.

Le solde des matériels de transports redeevient positif en 2022 puis en 2023 (+5,6 Mds) du fait d’une hausse plus vive des exportations que des importations . Mais il est loin de retrouver son niveau de 2019 du fait de la chute continue et spectaculaire du solde de l’automobile (-24 Mds en 2023).

Le solde de l’aéronautique s’améliore sensiblement (31 Md€ en 2023) pour sa part compte tenu d’un accroissement des exportations très supérieur à celui des importations. Il retrouve son niveau d’avant  la cride du Covid. Du fait de la structure du groupe Airbus, l’aéronautique est un secteur qui est fortement importateur en composants issus des autres pays européens.

Les navires, et en particulier les paquebots de croisière fabriqués aux chantiers de l’Atlantique sont exportés pratiquement tous, puisque qu’il n’y a pratiquement plus de croisiériste français. L’excédent est variable selon les années, de 1 à 2 milliards d’euros annuels, (-1,3 Mds en 2023).  Cette industrie est menacé par la hausse des coûts de l’énergie et le fait que les croisiéristes ont déjà acheté de nombreux navires.

Solde des matériels de transports depuis 2000 en milliards d’euros

Les parfums, cosmétiques sont en progression avec un solde de 2 Md€ à +15 Md€ en 2022, reflétant le succès à l’exportation des produits de luxe; les boissons à +16 Md€

La pharmacie évolue négativement sur 5 ans avec un excédent qui montait de 4,3 milliards d’euros en 2018 jusqu’à 6 milliards d’euros en 2019. Il baisse ensuite à 3 milliards d’euros en 2022 avec la crise Covid et les importations massives qui en ont découlé, l’industrie française étant incapable de suivre.

Les industries agro-alimentaires afficheraient un excédent stable à environ 6 milliards d’euros.

 

 

 

 

 

2/ L’analyse plus détaillée des chiffres du commerce extérieur

À partir des données issues de la direction générale des Douanes et Droits indirects, publiées selon sa nomenclature la plus détaillée (la nomenclature NC8 32) et relatives aux importations et aux exportations, le Haut-Commissariat au Plan a dressé pour l’ensemble des postes/produits, au nombre de 9 304, les soldes commerciaux pour les années 2019 et 2022 [7]. On compléte cette étude par des données d’Eurostat d’échanges extérieurs par produits.

 

a) 10 % des postes/produits représentent à eux seuls de l’ordre de 80 % des déficits

Il en ressort que sur ces 9 781 postes/produits, 6 588, soit plus des deux tiers (environ 67 %), sont en déficit  commercial, pour un total de -400 milliards d’euros. Ces déficits signalent une consommation intérieure très largement insatisfaite par la production nationale. Ces produits en déficit pourraient en effet guider nos axes d’effort et correspondre aux domaines de reconquête de notre appareil productif dès lors que notre industrie présente des avantages comparatifs en la matière.

Plus de 11 % de l’ensemble des postes/produits représentent à eux seuls de l’ordre de 87 % des déficits. En effet, en 2022, 1 110 postes/produits affichent un déficit commercial de plus de 50 millions d’euros, pour un total de -347 milliards d’euros, hydrocarbures inclus67. Si l’on exclut les postes « énergie » (hydrocarbure, électricité…) en déficit de plus de 50 millions d’euros, qui sont au nombre de 31 et représentent à eux seuls -121 milliards d’euros, alors ce sont 1 079 postes/produits qui présentent un déficit commercial de plus de 50 millions d’euros, pour un total de -226 milliards d’euros, soit environ 81 % de la somme de tous les déficits hors hydrocarbures (226 / (400-121)). En lien avec le constat du creusement du déficit commercial sur les produits manufacturés (cf supra), il faut relever ici que le nombre de produits en déficit commercial de plus de 50 millions d’euros a augmenté de presque 200 unités (195, + 22 %), passant de 884 produits en 2019 à 1 079 en 2022. Il en résulte que la prise en considération des seuls produits en déficit commercial de plus de 50 millions d’euros permet déjà de traiter une part très substantielle du déficit total (de l’ordre de 80 %).

Source : Tableau du Haut-commissariat au Plan, d’après les données de la direction générale des Douanes et Droits indirects

 

Même si le solde de certaines catégories comme les produits du secteur aéronautique s’améliore45, la dégradation du solde commercial des biens  manufacturés peut être étayée plus finement par produits (en valeur et en volume) et par grandes catégories de produits :

 

Exemples de catégories de produits manufacturés dont le solde commercial se dégrade (CAF/FAB)Source : Le chiffre du commerce extérieur, Direction générale des Douanes et Droits indirects, extraction de mars 2023 ; tableau du Hautcommissariat au Plan.

 

 

 

 

b) Ces différents produits peuvent être répartis en huit catégories :

Produits agricoles et agroalimentaires
143 postes/produits en déficit de plus de 50 millions d’euros,  représentant au total environ 22 milliards d’euros de déficit cumulé en 2019. On y retrouve de nombreux fruits (tomates, avocats, kiwis, fraises, clémentines et mandarines…), légumes (courgettes, concombres, poivrons…) et produits transformés (ketchup, chips, biscuits et gaufrettes…)…

– Les véhicules et équipements de transport(routier, aérien, maritime…)
75 postes/produits en déficit de plus de 50 millions d’euros ,représentant au total environ 33 milliards d’euros de déficit cumulé en 2019.On y retrouve différentes cylindrées de voitures à essence ou diesel, les bateaux de plaisance ou de sport à moteur, certains types de motos ou de tracteurs agricoles et forestiers, les vélos et vélos électriques, les jeux de fils pour bougies d’allumage, les indicateurs de vitesse pour véhicules terrestres, des pneumatiques en caoutchouc…

– Les équipements et objets de la maison et du bureau et les outils domestiques
183 postes/produits en déficit de plus de 50 millions d’euros , représentant au total environ 42 milliards d’euros de déficit cumulé en 2019. On y retrouve fours et cuisinières électriques, aspirateurs, brosses à dents, certains types de tondeuses à gazon, de machines à laver le linge et de jouets pour enfants, éléments de cuisines, ordinateurs et téléphones portables..

– Les machines, outils, équipements professionnels…
101 postes/produits en déficit de plus de 50 millions d’euros , représentant au total environ13 milliards d’euros de déficit cumulé en 2019. On y retrouve machines à traire, fibres optiques, faisceaux et câblesde fibres optiques, groupes électrogènes à énergie éolienne, circuits imprimés, accumulateurs au lithium-ion, moissonneuses-batteuses…

– Les matériaux, matières premières et produits chimiques(organiques et inorganiques)
243 postes/produits en déficit de plus de 50 millions d’euros,  représentant au total environ 34 milliards d’euros de déficit cumulé en 2019. On y retrouve certains antibiotiques, des minerais de fer, du cuivre affiné, des alliages d’aluminium, différents types d’objets en plastique, certains types de bois.

– Textile, vêtements et accessoires
108 postes/produits en déficit de plus de 50 millions d’euros ,représentant au total environ17 milliards d’euros de déficit cumulé en 2019. On y retrouve T-shirts, anoraks, chaussures de sport, pulls et chandails, pantalons, chemises, casquettes, sacs et malles, bijoux fantaisie, montures de lunettes…

– Les produits pharmaceutiques et dispositifs médicaux
31 postes/produits en déficit de plus de 50 millions d’euros ,représentant au total environ 7 milliards d’euros de déficit cumulé en 2019. On y retrouve les aiguilles, cathéters, et canules, les antisérums, les stimulateurs cardiaques, des articles et appareils de prothèse dentaire, les bandes et pansements, les instruments et appareils d’anesthésie, les prothèses auditives, les pansements adhésifs, l’héparine (un anticoagulant).

– Hydrocarbures
30 postes/produits en déficit de plus de 50 millions d’euros ,représentant au total environ 50 milliards d’euros de déficit cumulé en 2019. On y retrouve les huiles brutes de pétrole ou de minéraux bitumineux, le gaz naturel, à l’état gazeux ou liquéfié, le propane liquéfié, les essences pour moteur.

 

 

 

 

3/ Le solde extérieur de quelques produits dans l’UE en 2022

Les statistiques présentées ci-dessous concernent les importations et les exportations produits entre les territoires nationaux, quel que soit le propriétaire des installations de production où ces produits sont fabriqués.

 

 

a) Les véhicules automobiles

L’industrie automobile a subi des changements considérables ces dernières années, avec une augmentation de la production de nouveaux producteurs sur les marchés émergents, tandis que les constructeurs automobiles traditionnels ont été confrontés à des problèmes structurels liés à la baisse des ventes intérieures et à la surcapacité. L’industrie reste dominée par un petit nombre d’acteurs mondiaux qui ont tendance à être présents sur la plupart des continents à la suite de rachats, de coentreprises, d’alliances et d’autres formes de collaboration. L’industrie automobile est souvent considérée comme un pionnier des nouvelles méthodes d’organisation industrielle et est l’un des principaux représentants des chaînes de valeur mondiales, s’approvisionnant en intrants intermédiaires dans le monde entier et les livrant « juste à temps » pour l’assemblage.

L’industrie automobile européenne est concentrée entre les mains d’un petit nombre de groupes, dont Volkswagen, Daimler, BMW, Fiat Chrysler, PSA et Renault. En outre les constructeurs automobiles étrangers sont très présents dans la fabrication de voitures au sein du marché unique européen, par exemple : General Motors en Allemagne et en Autriche ; Ford en Espagne ; ou Hyundai en Tchéquie.

L’UE est le plus grand exportateur de voitures au monde, et l’orientation vers l’exportation de l’industrie est soulignée par son excédent commercial croissant, qui a atteint 96 milliards d’euros en 2022 (alors que dans le même temps, l’UE avait un déficit de 430 milliards d’euros pour le total des biens). L’augmentation des exportations de voitures automobiles vers les marchés établis et émergents peut être considérée comme une réponse des constructeurs automobiles européens au problème de la baisse de la demande intérieure.

En 2022, les États-Unis (23,1 % du total) et le Royaume-Uni (16,9 %) étaient les principales destinations des exportations de voitures automobiles de l’UE, tandis que la Chine (15,4 %) était la troisième destination la plus élevée. La part des exportations de l’UE destinée aux États-Unis et au Royaume-Uni a diminué de 6,4 pp et 17,5 pp respectivement entre 2002 et 2022, la part des exportations destinées à la Chine a augmenté de 14,1 pp.

Près des quatre cinquièmes des importations de voitures automobiles de l’UE en 2022 provenaient de six pays: la Chine (15,2 % du total), le Royaume-Uni (14,8 %), les États-Unis (14,0 %), la Corée du Sud (12,7 %), le Japon (12,3 %) et la Turquie (10,2 %). Il est intéressant de noter le déclin rapide de la part des importations automobiles de l’UE en provenance du Japon (-19,5) et du Royaume-Uni (-19,9 pp). Ces évolutions reflètent la délocalisation japonaise au sein de l’UE, ainsi que les parts croissantes de la Chine (+15,2 pp).

L’Allemagne était, de loin, le premier exportateur de voitures automobiles parmi les États membres de l’UE en 2022 (tableau suivant). Près des trois cinquièmes (58,5 %) de toutes les voitures exportées de l’UE provenaient d’Allemagne, loin devant la Slovaquie (5,8 %), la Belgique (5,3 %), l’Espagne (5,2 %) et l’Italie (5,1 %) ; aucun des États membres restants ne représentait plus de 5,0 % des exportations. Les États-Unis étaient le principal marché pour les voitures exportées d’Allemagne, tandis que l’Allemagne était le principal partenaire d’exportation pour la majorité des États membres.

Le solde commercial total de la France est de -15,7 Mds quand ceux de l’Allemagne et de l’Espagne sont de +83,3 Mds et de +14,8 Mds. D’autres pays de l’est de l’UE (Tchèquie, Solvaquie,…) ont des soldes positifs proches de + 20 milliards. Avec la fabrication en grande quantité de voitures électriques chinoises à coût raisonnable, on ne peut pas dire que l’industrie française ait un avenir radieux.

Commerce extérieur de voitures automobiles (CITI 781), 2022 en milliards d’euros

 

 

 

b) Les médicaments et les produits pharmaceutiques

Les exportations extra-UE de médicaments et de produits pharmaceutiques étaient évaluées à 286 milliards d’euros en 2022, contre des importations extra-UE de 111 milliards d’euros ; ainsi, l’UE avait un excédent commercial de 175 milliards d’euros.

Les États-Unis étaient le principal partenaire commercial de l’UE pour les exportations de médicaments et de produits pharmaceutiques. Un peu moins d’un tiers (32,6 %) des exportations de l’UE en 2022 étaient destinées aux États-Unis ; légèrement supérieur à celui de 2002, lorsque les États-Unis représentaient 30,9 % des exportations de médicaments et de produits pharmaceutiques de l’UE. Les autres marchés d’exportation les plus importants de l’UE étaient la Suisse (12,9 % de toutes les exportations en 2022), le Royaume-Uni (7,2 %) et la Chine (5,9 %).

Les importations de médicaments et de produits pharmaceutiques dans l’UE ont été encore plus dominées par les principaux partenaires commerciaux de l’UE, puisque près des quatre cinquièmes des marchandises importées en 2022 provenaient des États-Unis (35,4 %), de la Suisse (34,0 %) et du Royaume-Uni ( 9,1 %) combiné ; la part la plus élevée suivante a été enregistrée pour les importations en provenance de Chine (5,2 %).

Parmi les États membres de l’UE en 2022, les exportations extra-UE de médicaments et de produits pharmaceutiques étaient relativement concentrées en Allemagne (23,9 % des exportations de l’UE), en Belgique (19,7 %), en Irlande (14,6 %) et aux Pays-Bas (7,5 %) ; L’Allemagne, la Belgique et l’Irlande avaient les États-Unis comme principale destination des exportations, tandis que l’Allemagne était la principale destination des exportations des Pays-Bas. Pour l’Irlande, les produits médicinaux et pharmaceutiques représentaient près des deux cinquièmes (38,9 %) de leurs exportations totales.

La Belgique (18,7 %), l’Allemagne (17,5 %) et les Pays-Bas (16,1 %) ont enregistré les parts les plus élevées d’importations extra-UE de médicaments et de produits pharmaceutiques en 2022.

Le solde commercial total de la France est de +3,1 Mds quand ceux de l’Allemagne et du Danemark sont de +42,6 Mds et de +15,4 Mds. Que dire de l’Irlande (+67,4 Mds) à moins qu’ils ne s’agissent de grandes multinationales déglarant des exportations très élevées sans que les produits y soient fabriqués (voir page PIB irlandais).

Commerce extérieur de médicaments et de produits pharmaceutiques (CITI 54), 2022 en milliards d’euros

 

 

 

c) Les produits de la sidérurgie

L’industrie sidérurgique est souvent perçue comme ayant une importance stratégique. Au cours des deux dernières décennies, il y a eu une tendance des pays industrialisés à délocaliser certaines de leurs installations de production de fer et d’acier vers les pays en développement ; cela a été motivé, au moins en partie, par un désir de déplacer les installations de production plus près des approvisionnements en charbon et en minerai de fer.

En même temps que la quantité de production de fer et d’acier diminuait dans l’UE (la production étant recentrée sur les produits haut de gamme), il y avait des investissements massifs dans de nouvelles usines à travers la Chine ; en effet, selon l’association mondiale de l’acier, en 2022, la Chine produisait plus de la moitié de la production mondiale d’acier . Les autres principaux producteurs mondiaux d’acier sont l’UE, l’Inde, le Japon et les États-Unis.

Parallèlement à une évolution rapide de la production mondiale de fer et d’acier, des changements majeurs ont également été apportés à la structure des échanges. Celles-ci ont été particulièrement évidentes au cours des dernières années, alors que la croissance économique chinoise ralentissait, entraînant une réorientation de la capacité chinoise excédentaire vers les marchés étrangers. En 2002, la Chine ne représentait que 2,1 % des importations de fer et d’acier de l’UE. En 2022, la part des importations de l’UE en provenance de Chine avait bondi à 12,0 %, devenant ainsi la principale origine des importations de fer et d’acier devant la Turquie (10,4 %), l’Inde (9,3 %) et la Russie (9,1 %).

L’UE avait un déficit commercial de 17,5 milliards d’euros en 2022 (tableau suivant). En 2022, le premier exportateur parmi les États membres de l’UE était l’Allemagne (37,2 milliards d’euros), viennent ensuite l’Italie (27,9 milliards d’euros) et la Belgique (22,9 milliards d’euros).

Commerce extérieur de fer et d’acier (CTCI 67), 2022 en milliards d’euros

 

 

 

d) Les vêtements et accessoires vestimentaires

L’industrie de l’habillement et des accessoires vestimentaires est une autre étude de cas intéressante en termes d’impact de la mondialisation. Elle se caractérise par des chaînes d’approvisionnement éloignées, avec des sous-traitants fabriquant de grandes quantités de vêtements produits en série (souvent avec des coûts de main-d’œuvre très faibles) ; même la production haut de gamme, comme les vêtements de créateurs, est principalement fabriquée en dehors de leur pays de conception, bien que leur fabrication puisse être plus proche de chez eux (par exemple, dans d’autres pays européens où les coûts de main-d’œuvre sont inférieurs).

Les consommateurs sont généralement considérés comme ayant bénéficié de l’impact de la mondialisation dans l’industrie de l’habillement, car les prix ont été maintenus extrêmement bas et une large gamme de modes en constante évolution sont rapidement disponibles. D’autre part, la délocalisation de l’industrie de l’habillement vers les économies émergentes puis en développement, principalement en Asie, a entraîné des pertes d’emplois généralisées en Europe (et en Amérique du Nord).

A l’instar de la sidérurgie, le secteur de l’habillement se caractérise également par des surcapacités, que certains fabricants peuvent utiliser à leur avantage pour exercer une pression à la baisse sur les prix convenus avec les sous-traitants. Alors que la Chine et l’Inde étaient à l’avant-garde de la relocalisation initiale de l’industrie du vêtement, la situation a évolué par la suite, l’Inde se spécialisant dans les textiles haut de gamme et les investissements chinois étant souvent orientés vers l’établissement de nouvelles installations de fabrication dans des pays comme le Bangladesh, le Sri Lanka. , Vietnam, Laos ou Cambodge (voir page chaînes de valeur mondiales).

La Chine était la principale origine des importations de l’UE pour les vêtements et accessoires vestimentaires, sa part du marché des importations de l’UE est passée de 23,4 % en 2002 à 30,4 % en 2022  ; La Turquie était le seul autre partenaire à enregistrer une part à deux chiffres (10,9 %), tandis que l’Inde (4,8 %) avait la troisième part la plus élevée. Une part relativement élevée des importations de l’UE (48,5 %) provenait du reste du monde, ce qui suggère que la fabrication de vêtements était délocalisée vers un large éventail de pays en développement.

La Chine était la principale origine des importations de vêtements et d’accessoires vestimentaires pour onze des États membres de l’UE, dont l’Allemagne, la France, l’Espagne, les Pays-Bas et l’Italie, qui étaient les seuls États membres à importer plus de 10 milliards d’euros de vêtements et d’accessoires vestimentaires en provenance de pays hors UE, en 2022 (tableau suivant)). Si l’on ne considère que les partenaires extra-UE, la Chine était la principale origine pour 22 des États membres de l’UE.

Commerce extérieur d’articles d’habillement et vêtiments (CITI 84), 2022 en milliards d’euros

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

VII – SOLDE DE BIENS DÉFICITAIRE AVEC LES PAYS DE L’ UE

1/  solde extérieur entre la France et les différents pays

a) analyse des échanges de biens et services entre la France et les autres pays

Selon les données de la Balance des Paiements, la Chine représentait déjà en 2020 le premier déficit commercial bilatéral de la France avec 22 milliards d’euros, après 28,1 milliards dans un contexte de très forte hausse des exportations et des importations, de respectivement 16% et 19% par rapport à 2019.

Hors Union européenne, la France enregistre de solides excédents avec trois pays : les États-Unis (surplus de 14,7 milliards), le Royaume-Uni (10,1 milliards) et la Suisse (5,1 milliards).

Au sein de la zone euro, l’évolution la plus notable porte sur les échanges avec l’Allemagne qui affichent un déficit de 17 milliards d’euros, après 19,4 milliards en 2020 et 26,2 milliards en 2019. Le déficit commercial de la France vis-à-vis de la zone euro reste relativement stable (46,5 milliards en 2021, 43,5 milliards en 2020 et 42,3 milliards en 2019).

Concernant les échanges avec les pays hors zone euro, l’excédent commercial ne se réduit que légèrement de 2019 à 2021 (respectivement 20,9 milliards et 15,5 milliards d’euros). Les exportations comme les importations restent inférieures à leur niveau pré-Covid : respectivement de 3,5% et 2,4% en 2021 par rapport à 2019.

Ventilation géographique des échanges de biens et de services en 2020 (selon l’origine, en milliards d’euro)

                                          Source : Banque de France.

 

Ventilation géographique des soldes des biens et services en 2020 (en milliards d’euros)

Source : Banque de France.

 

 

 

 

b) analyse des échanges de biens entre la France et les autres pays

La France est en situation de déficit vis-à-vis de la plupart de ses partenaires européens en 2021. À l’exception notable du Royaume-Uni, pays qui a connu une désindustrialisation encore plus marquée, et de la Suisse, avec laquelle notre balance commerciale est tout juste à l’équilibre, tous nos voisins réalisent des excédents commerciaux vis-à-vis de la France dans leurs échanges de biens. L’excédent (importations CAF-exportations FAB) de l’Espagne à l’égard de la France s’élevait à 4,6 Mds, celui de l’Italie à 7,1 Mds, et celui des Pays-Bas à 8,7 Mds. Quant à l’Allemagne, son excédent commercial vis-à-vis de la France a atteint 12,3 Mds d’euros en 2021. Ce déficit a presque doublé en deux décennies.

Le déficit commercial de biens avec la Chine se creuse à 39 milliards d’euros en 2021, lié en particulier à de fortes importations de produits informatiques, électroniques, électriques et textiles. Malgré une stabilisation de nos exportations vers la Chine, toujours portées par l’aéronautique du moins jusqu’en 2019 (qui en représente 30%) et la bonne tenue de certains secteurs (vins et spiritueux notamment), la place de ce pays dans les chaînes de production industrielles mondiales et son fort positionnement sur les produits informatiques, électroniques, électriques et mécaniques (49% de nos importations en provenance de Chine), ainsi que sur le textile habillement (22%), produits fortement recherchés par les consommateurs français, expliquent notre déficit bilatéral.

Mais il y avaient quelques pays avec lesquels la France était en excédent (États-Unis, Royaume-Uni,…)

Principaux partenaires de la France à l’exportation FAB et à l’importation CAF en 2021 en milliards d’euros

 

En 2022, il n’y a plus aucune zone géographique avec laquelle la France dégage un excédent. par partenaire économique, le solde CAF/FAB baisse avec toutes les zones, particulièrement celles d’où proviennent des importations de produits énergétiques. C’est le cas de l’Amérique du Nord où le solde redevient déficitaire.

Mais, le solde avec l’UE se détériore aussi avec un déficit de – 63,6 Mds après -54,7 Mds.

Soldes commerciaux des biens par zone géographique CAF-FAB (hors matériel militaire) en milliards d’euros

 

 

 

 

2/  solde extérieur de biens entre la France et les pays de l’UE selon la base de données COMEXT

Attardons nous sur les échanges de biens depuis 2002 au moment de la création de l’euro. La valeur corrigée des variations saisonnières des exportations mensuelles totales de biens des États membres de l’UE vers d’autres États membres est présentée dans le graphique suivant. Entre janvier 2002 et décembre 2021, les exportations de biens sont passées de 121 milliards d’euros à 314 milliards d’euros. Il y a eu une forte baisse de la valeur des exportations de biens de septembre 2008 à mai 2009. Suite à cette baisse, la valeur des exportations de biens a recommencé à augmenter. En raison de la pandémie de COVID-19, les exportations ont chuté de façon spectaculaire entre février 2020 et avril 2020. Cependant, en décembre 2021, elles étaient bien supérieures aux niveaux d’avant la pandémie.

Exportations intra-UE de biens, janvier 2002 – décembre 2021, (en milliards d’euros)

 

 

 

 

a) Commerce intra-UE de biens par État membre

La valeur des exportations de biens par État membre vers des partenaires au sein de l’UE varie considérablement (graphique 2a). En 2022, la valeur des exportations de biens au sein de l’UE variait de 863 milliards d’euros pour l’Allemagne à un peu plus d’un milliard d’euros pour Chypre. Sept États membres (Allemagne, Pays-Bas, Belgique, Italie, France, Pologne et Espagne) ont exporté plus de 200 milliards d’euros de biens vers des partenaires de l’UE en 2021, soit 73 % de la valeur totale des exportations intra-UE. exportations de marchandises. Loin derrière l’Allemagne, mais aussi les Pays-Bas et la Belgique, la France arrive en 4°ème position, au même niveau que l’Italie.

Il peut être difficile d’interpréter les chiffres en termes absolus pour chaque État membre. En particulier, leurs balances commerciales de biens doivent être interprétées avec prudence pour le phénomène de quasi-transit. .On sait que le négoce international est monnaie courante en Belgique et surtout aux Pays-Bas. Quand du poisson produit au Danemark transite par Rotterdam chez un négociant pour être vendu en France, les comptes nationaux néerlandais enregistrent une exportation de poissons vers la France (voir page chaînes de valeur mondiales). Sans compter aussi le travail à façon ou même le transit du fait d’une bonne logistique.

Exportations de biens vers les autres États membres, 2022, (en milliards d’euros)

 

Entre 2002 et 2022, la valeur des exportations de biens vers les partenaires de l’UE a augmenté de plus de 10 % par an en moyenne dans quatre pays : la Lettonie (11,9 %), la Lituanie (11,5 %), la Bulgarie (11,3 %) et la Pologne (10,8 % ). Dans 13 des 23 États membres restants, la croissance moyenne annuelle se situait entre 5 % et 10 % et dans 10, elle était inférieure à 5 %. Les États membres d’Europe orientale ont eu tendance à avoir des taux de croissance plus élevés (tableau suivant). La France arrive avant-dernière (+2,6%) juste devant le Luxembourg (+2,%).

Exportations de biens vers les autres États membres, 2002 et 2022, (milliards d’euros et %)

 

 

 

b) Balance des échanges intra-UE de biens

Il peut être difficile d’interpréter les chiffres en termes absolus pour chaque État membre. En particulier, leurs balances commerciales de biens doivent être prises avec prudence pour les phénomènes de quasi-transit dans les entrepôts (ré-exportations) ou de négoce international (voir ci dessus).

En 2022, dix États membres affichaient un excédent commercial. L’excédent était le plus élevé aux Pays-Bas (328,6 milliards d’euros) dont 200 milliards de ré-exportations comem déjà dit : Les marchandises sont importés du reste du Monde (hors UE) pour être ré-exportées en Europe. Cet excédent était également de 64,4 milliards d’euros en Belgique dont ici aussi une partie des biens sont ré-exportés du port d’Anvers. Ainsi pour ces deux pays, le solde vis à vis de l’UE n’a aucun sens. On ne l’a pas mis dans le graphique suivant.

Le solde est positif en Irlande (32,0 milliards d’euros dont une partie grâce aux multinationales installées en Iralance), en Pologne (27,7 milliards d’euros), en Tchéquie (25,5 milliards d’euros) et en Espagne (16,3 milliards d’euros). Il y avait 17 États membres avec un déficit commercial. Le déficit était le plus élevé en France (150,0 milliards d’euros). Il était également d’au moins 10 milliards d’euros en Allemagne (48,1 milliards d’euros), en Autriche (25,5 milliards d’euros), en Roumanie (22,9 milliards d’euros), au Portugal (20,7 milliards d’euros), en Suède (20,2 milliards d’euros), en Finlande (14,6 milliards d’euros) , la Croatie (12,8 milliards d’euros) et le Danemark (12,5 milliards d’euros). Dans 12 États membres, la balance commerciale se situait entre +10 milliards d’euros et -10 milliards d’euros (graphique suivant).

Balance des échanges intra-UE de biens par État membre, 2002-2022, (en milliards d’euros)

 

En 2002, 18 États membres avaient un déficit commercial pour les échanges intra-UE de biens (tableau 2). En Bulgarie, en Espagne, en Pologne et en Slovénie, ce chiffre était passé à un excédent en 2022. En 2002, neuf États membres affichaient un excédent commercial pour les échanges de biens intra-UE. En Allemagne, au Danemark et en Finlande, cela s’est transformé en déficit d’ici 2022. Mais la France avait enregistré un déficit s’aggravant de manière assez régulière de -19 Mds en 2002 à -130 Mds en 2021.

 Balance des échanges intra-UE de biens, 2002 – 2022, (en milliards d’euros)

 

 

En 2022, les Pays-Bas, qui avaient l’excédent commercial le plus élevé en termes absolus, avaient également le ratio exportations/importations le plus élevé (199), suivis de l’Irlande (167) voir tableau 3. La France, qui avait le déficit commercial le plus élevé en termes absolus, classé 22 e pour son ratio exportations/importations. Son ratio de 69 était supérieur ou égal à celui de la Lettonie (69), du Luxembourg (58), de la Croatie (56), de Malte (29) et de Chypre (16) qui avaient tous un déficit en valeur absolue inférieur à celui de la France. Ici encore, les chiffres sont en partie faussés par le négoce international, le transit ou lle travail à façon. Mais la France n’est pas plus concerné par ces phénomènes que ses grands voisins (Allemagne, Italie, Espagne) où le retio est de 95 en Allemagne en 2022 et où il augmente en Italie et en Espagne alors qu’il dimine en France (91 en 2002, 69 en 2022).

Biens intra-UE : exportations divisées par importations, 2002-2022, (%)

 

Le tableau suivant examine les relations commerciales des différents États membres avec des partenaires non membres de l’UE pour ajouter un contexte supplémentaire à l’interprétation des soldes des échanges intra-UE de biens. Il montre le ratio des «exportations de biens divisées par les importations de biens» par État membre pour les échanges avec des partenaires non membres de l’UE. En 2022, ce ratio était le plus élevé au Danemark (134), en Irlande (131) et le plus bas en Grèce (46), aux Pays-Bas (50) et à Malte (51). En France, il est inférieur à 100% (86) ce qui n’était pas le cas en 2021; il diminue depuis 2002.

Biens extra-UE : exportations divisées par importations, 2002-2022, (%)

 

En comparant les deux tableaux précédents, il y avait neuf États membres (Grèce, France, Croatie, Italie, Chypre, Lituanie, Malte, Portugal et Roumanie) avec un déficit commercial à la fois intra- et extra-UE en 2022, indiqué dans les deux tableaux précédents par une valeur inférieure à 100 %. Neuf États membres (Belgique, Tchéquie, Espagne, Hongrie, Pays-Bas, Pologne, Slovénie et Slovaquie) affichaient un excédent – indiqué par une valeur supérieure à 100 % dans le tableau des échanges intra-UE, mais un déficit dans les échanges extra- UE. Huit États membres (Danemark, Allemagne, Estonie, Lettonie, Luxembourg, Autriche, Finlande et Suède) affichaient un déficit dans le commerce intra-UE, mais un excédent dans le commerce extra-UE. Enfin, seule l’Irlande avait un excédent commercial dans les deux tableaux.

 

c) Commerce intra-UE de biens comparé au commerce extra-UE de biens

En 2022, 15 États membres avaient un ratio des exportations totales sur les importations totales compris entre 80 % et 120 % (tableau suivant). Huit États membres (Grèce, France, Croatie, Chypre, Luxembourg, Malte, Portugal et Roumanie) affichaient un ratio inférieur à 80 %, tandis que seule l’Irlande affichait un ratio supérieur à 140 %.(tableau suivant). La France, qui avait le déficit commercial le plus élevé en termes absolus, est classée 22 e pour son ratio exportations/importations. Son ratio de 75était supérieur à celui dde petits pays : u Luxembourg, Croatie, de Malte et de Chypre qui avaient tous un déficit en valeur absolue inférieur à celui de la France.

Que s’est-il ainsi passé depuis 2002 dans le commerce européen des marchandises ? L’Allemagne affiche un déficit dans son commerce avec les pays de l’UE. D’un excédent en 2002 de près de 53 Mds d’euros, elle est certes passée à un déficit de quelques 47 Mds d’euros. Son ratio « exportations/ importations » a diminué avec les pays intra-UE de 117% à 95%. Dans le même temps celui de la France est passée de -18 Mds d’euros à -150 Mds d’euros, soit un ratio « exportations/ importations » qui s’écroule de 91% à 69%. Mais l’Allemagne s’en sort bien malgré la crise de l’énergie et les importations en provenance des États-Unis car son ratio « exportations/ importations »reste supérieur à 100% (122) avec les pays extra-UE quand celui de la France diminue de 116% à 86%. Du coup le ratio « exportations/ importations » toutes zones confondues diminue certes en Allemagne mais reste positif (105% en 2022 contre 126% en 2002) quand celui de la France, négatif, ne cesse de se détériorer ; 75% en 2020 contre 101% en 2002, où la balance commerciale des biens était légèrement positive. Que dire des ratios de l’Espagne : 76% en 2002, 85% en 2022 voire de l’Italie : 103% en 2002, 95% en 2022, en nette baisse par rapport à 2021 du fait des importations énergétiques.

 

Total des biens de l’UE : exportations divisées par les importations, 2002-2022, (%, intra-UE et extra-UE)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

VIII – LES ÉCHANGES EXTÉRIEURS DE SERVICES DANS L’UE

Il y a deux manière de mesurer les échanges extérieurs de services outre les questions de calage entre le compte du Reste du Monde et la Balance des paiements. Soit on s’appuie sur ces données. Soit on s’appuie sur l’offre internationale de services (ISS) ventilées par modes d’offre (MOS) issues du General Agreement on Trade in Services (GATS,  AGCS en français) de 1995.  Dans l’AGCS, l’offre de services est définie en fonction de la localisation du fournisseur et du consommateur au moment de la transaction. Cette dimension élargie du commerce international des services, également appelée offre internationale de services, est très importante du point de vue de la politique commerciale, car les conditions d’accès aux marchés varient selon les quatre modes de fourniture de services à l’échelle internationale.

Autrement dit, le commerce des services ne devrait pas être envisagé uniquement en termes d’échanges transfrontaliers; les affiliés établis à l’étranger devraient également être pris en considération.

Mais d’abord quels sont les ervices les plus échangés ?

1/ Commerce international des services – évolutions générales

a) En 2022, les autres services aux entreprises représentaient la part la plus élevée du commerce des services de l’UE

En 2022, les valeurs les plus élevées du commerce international de services de l’UE (tableau suivant) – telles que mesurées par la somme des exportations et des importations vers/depuis les pays tiers – ont été enregistrées pour :

  • autres services aux entreprises (cette catégorie diversifiée comprend, entre autres, la recherche et du développement (R&D), le conseil professionnel et en gestion, les services techniques et liés au commerce, les services d’architecture, d’ingénierie et scientifiques, les services de sécurité et d’enquête, l’immobilier et autres services aux entreprises) ;
  • services de transport;
  • services de télécommunications, d’informatique et d’information;
  • services de voyage;
  • frais d’utilisation de la propriété intellectuelle (par exemple, redevances et licences);
  • services financiers.

L’UE a exporté les autres services aux entreprises pour une valeur de 297 milliards d’euros en 2022, soit près d’un quart (22,9 %) de l’ensemble de ses exportations de services. Les autres parts les plus élevées des exportations de l’UE ont été enregistrées pour les transports (22,4 % ; 291 milliards d’euros) et les services de télécommunications, d’informatique et d’information (19,1 % de toutes les exportations de services ; 249 milliards d’euros) ;

La structure des importations de l’UE était légèrement plus concentrée : en 2022, les autres services aux entreprises représentaient près d’un tiers (31,9 % : 359 milliards d’euros) des importations totales de services de l’UE, suivis des services de transport (20,0 % ; 225 milliards d’euros) et redevances pour usage de la propriété intellectuelle (16,4 % ; 185 milliards d’euros).

 Valeur du commerce extra-UE de certains services, UE, 2012 et 2022, (en milliards d’euros)

 

b) Entre 2012 et 2022, la part qui a augmenté le plus rapidement dans le commerce des services de l’UE a été représentée par les télécommunications, les services informatiques et d’information, et les redevances pour l’utilisation de la propriété intellectuelle

La part des services de télécommunications, d’informatique et d’information dans la valeur totale des exportations de services de l’UE vers les pays tiers a augmenté de 6,4 points de pourcentage entre 2012 et 2022. La deuxième augmentation la plus importante (2,3 points de pourcentage) a été enregistrée pour les redevances liées à l’utilisation de la propriété intellectuelle, suivis des services d’entretien et de réparation (0,4 point de pourcentage), des services non attribués (0,3 point de pourcentage) et des services personnels, culturels et récréatifs (0,2 point de pourcentage).

En revanche, l’importance relative des services de voyage dans les exportations extra-UE a diminué de 4,8 points de pourcentage au cours de la même période, tandis que la part des services financiers a diminué de 1,8 point de pourcentage. Il convient de noter que les services de voyage ont été durement touchés par la crise du COVID-19 et se sont généralement rétablis plus lentement que la plupart des autres services. En valeur absolue – en prix courants – la construction et les biens et services publics ont été les seules catégories de services à enregistrer un niveau d’exportations inférieur en 2022 à celui de 2012.

Exportations extra-UE de services, UE, 2012 et 2022, (% du total des services)

 

Une analyse similaire portant sur l’évolution de la structure des importations de services extra-UE (graphique suivant) révèle qu’une proportion croissante des importations de l’UE était constituée de redevances pour l’utilisation de la propriété intellectuelle : leur part dans le total de l’UE a augmenté de 8,6 points de pourcentage entre 2012 et 2022, tandis que la part des autres services aux entreprises a également augmenté relativement rapidement (+ 2,1 points de pourcentage). En revanche, comme pour les exportations, la contribution relative des services de voyage et des services de transport a diminué, reculant respectivement de 6,5 et 2,2 points de pourcentage. En valeurs absolues, les importations de services non répartis, de biens et services publics et de services personnels, culturels et récréatifs ont été plus faibles en 2022 qu’en 2012.

Importations extra-UE de services, UE, 2012 et 2022, (% du total des services)

 

 

 

 

 

 

c) En 2022, l’UE avait un excédent commercial pour toutes les 12 principales catégories de services sauf 3

L’UE a enregistré un excédent commercial en 2022 pour 9 des 12 catégories de services détaillées dans le tableau suivant. Les trois services déficitaires étaient les redevances pour l’utilisation de la propriété intellectuelle (90,5 milliards d’euros), les autres services aux entreprises (62,1 milliards d’euros) et les services d’assurance et de retraite (1,3 milliard d’euros). L’excédent commercial le plus important de l’UE concernait les services de télécommunications, d’informatique et d’information (150,4 milliards d’euros), suivis des services de transport (66,6 milliards d’euros) et des services de voyage (49,5 milliards d’euros).

Le taux de couverture fournit une mesure alternative pour analyser la différence relative entre les exportations et les importations ; elle est calculée comme la valeur des exportations divisée par la valeur des importations et exprimée en pourcentage. En 2022, la valeur des exportations de l’UE de services de télécommunications, d’informatique et d’information était 2,5 fois plus élevée que la valeur des importations de l’UE des mêmes services (un taux de couverture de 253,0 %). Les déficits enregistrés pour trois services se sont traduits par des taux de couverture inférieurs à 100 %. Le taux de couverture pour les services non attribués (catégorie résiduelle avec un niveau d’échange relativement faible) était inhabituel en ce qu’il était négatif, en raison d’une valeur négative pour les importations.

Balance commerciale extra-UE et taux de couverture pour une sélection de services, UE, 2012 et 2022

 

 

 

 

 

2/ Les données de la Balance des Paiements

On s’appuie ici encore sur les données de la Balance des Paiements (BdP) qui sont différents de ceux des comptes nationaux pour des raisons statistiques et méthodologiques. Il reste qau’il n’est pas simple de faire une analyse de l’évolution du solde des services en France car les deux sources ne sont pas cohérentes : stabilité du solde selon les CN entre 2012 et 2021, hausse importante selon la BdP. C’est d’autant plus dommage vue l’importance des services dans la balance commerciale française (graphique suivant). L’écart principal entre ces deux sources pour les échanges de services en France proviendrait des transport du fait du mécanisme de « fabisation »  (voir ci-dessus). Les écarts existent en 2021 mais sont nettement plus faibles pour la plupart des autres pays (Allemagne, Espagne, Italie, Belgique, Pays-Bas, etc….). On note toutefois que les données pour certains de ces pays ne sont pas cohérentes durant les années plus anciennes : 2012 par exemple pour les Pays-Bas.

Normalement on devrait s’appuyer sur les données des comptes nationaux pour la France pour mesurer le solde des échanges de services et le comparer à celui des biens. Mais les écarts entre le solde des services de la BdP et du Compte du Reste du Monde sont énormes. On suit quand même les deux sources. Mais qu’il est difficile de suivre les échanges extérieurs de services et de biens en France entre la correction CAF-FAB (dont la méthode de calcul est différente de celle des autres pays), la correction territoriale, – qui ne sont pas des notions simples – , et les écarts des échanges de services entre la BdP et le Compte du Reste du Monde.

 

 

 

a) Les échanges de services par pays dans l’UE

Ils occupent une place croissante dans le commerce extérieur français. Entre 2000 et 2019, ils ont crû de 156 % selon la BdP (graphique suivant), soit deux fois plus vite que les échanges de biens (+ 75 %) ou que le PIB (+ 64 %) [7]. Ils ont en outre engendré un excédent moyen de plus de 20 milliards d’euros par an. La nature des services échangés a également évolué : la part des services aux entreprises, intervenant en amont (recherche et développement, échanges de propriété intellectuelle) ou durant le processus de production (conseils, services informatiques), a augmenté (de 65 % à 78 %), au détriment des services aux consommateurs finaux (voyages, loisirs).

La crise sanitaire a fortement affecté les échanges de services. Les exportations françaises ont diminué de 16 % en 2020, et les importations de 14 %, conduisant à un excédent de 16 milliards d’euros,  inférieur à celui de 2019 (24 milliards).

Le solde global des services reste largement inférieur à celui du Royaume-Uni (118,1 Mds en 2019). Sa croissance est d’ailleurs bien plus importante entre 2005 et 2019 (+124%) que celle du solde français. Le solde de l’Espagne est aussi légèrement supérieur à celui de la France en 2021 du fait du poste « voyages ». Les Pays-Bas dégagent aussi un solde de 25,3 Mds, Ce pays est spécialisé dans les transports, les services aux entreprises, les services de télécommunications, services informatiques et services d’information.

Tableau 21 solde services comptes nationaux Eurostat

tableau 21 solde services balance des paiements Eurostat N

Solde du commerce extérieur de services dans les comptes nationaux en milliards d’euros

Solde du commerce extérieur de services dans la Balance des Paiements en milliards d’euros

Soldes les plus importants dans l’UE et au Royaume-Uni du commerce extérieur des services dans la Balance des Paiements en milliards d’euros

 

 

 

b) Depuis 2012, les flux du commerce international de services de l’UE ont considérablement augmenté; l’excédent commercial de l’UE pour les services était évalué à 175 milliards d’euros en 2022

Au cours de la période allant de 2012 à 2015, la valeur des exportations et des importations de services de l’UE à destination et en provenance de pays tiers (appelées commerce extra-UE) a augmenté régulièrement. Le rythme de croissance de la valeur des exportations et des importations a ralenti en 2016, avant de s’accélérer à nouveau jusqu’en 2019. L’impact de la crise du COVID-19 en 2020 a entraîné une baisse substantielle de la valeur des exportations (baisse de 14,3 %) et les importations (en baisse de 10,9 %) depuis et vers l’UE ; Il y a eu un fort rebond en 2021 pour les exportations de l’UE, qui sont presque revenues aux niveaux d’avant la pandémie. Cependant, une tendance différente a été observée pour les importations de l’UE, car elles ont augmenté à un rythme modeste en 2021. En 2022, l’augmentation s’est accélérée : les exportations et les importations de services de l’UE étaient clairement évaluées au-dessus des niveaux observés avant la pandémie en 2019.

En 2022, la valeur des exportations de services de l’UE (1 300 milliards d’euros) était plus élevé que la valeur des importations (1 126 milliards d’euros), ce qui s’est traduit par un excédent commercial de 175 milliards d’euros ((graphique suivant). D’un niveau initial de 116 milliards d’euros en 2012, l’excédent commercial de l’UE pour les services est passé à 122 milliards d’euros en 2013, puis est retombé à 74 milliards d’euros en 2016, la valeur des importations de services ayant augmenté à un rythme plus rapide que la valeur des exportations. L’excédent commercial s’est ensuite creusé (une nouvelle fois) pour atteindre un pic de 135 milliards d’euros en 2018, avant qu’une accélération rapide de la valeur des importations ne le fasse chuter à 51 milliards d’euros en 2019. L’excédent s’est encore contracté en 2020 pour atteindre 9 milliards d’euros. car les exportations et les importations de services ont été affectées par la crise du COVID-19. Avec un rebond rapide de la valeur des exportations et une croissance plus modeste de la valeur des importations en 2021 et 2022,

Commerce de services extra-UE, UE, 2012-2022 (en milliards d’euros)

 

 

 

 

c) En 2022, l’Allemagne et l’Irlande avaient les valeurs les plus élevées d’exportations de services extra-UE alors que la valeur des importations irlandaises de services extra-UE était encore plus élevée

La structure du commerce des services peut être analysée plus en détail, en distinguant les flux commerciaux à destination des pays tiers (commerce extra-UE) d’une part, et les flux commerciaux avec d’autres États membres de l’UE (commerce intra-UE) d’autre part. autre. Il existe des différences considérables entre les États membres quant à l’importance relative des échanges intra- et extra-UE. En termes absolus, l’Allemagne et l’Irlande affichaient les valeurs les plus élevées d’exportations de services extra-UE (respectivement 237 milliards d’euros et 230 milliards d’euros en 2022), ce qui équivalait à 18,2 % et 17,7 % des exportations de l’UE vers les pays tiers (voir Figure 4). La part la plus élevée suivante a été enregistrée pour la France (13,6 %).

En 2022, l’Irlande avait la valeur la plus élevée d’importations de services en provenance de pays tiers : 298 milliards d’euros (26,5 % des importations de l’UE en provenance de pays tiers). Les centres financiers offshore étaient la principale origine des importations de services dans l’économie irlandaise; ces centres sont généralement de petits pays/juridictions qui fournissent des services financiers aux non-résidents à une échelle disproportionnée par rapport à la taille et au financement de leur économie nationale. L’Allemagne (18,3 %) et la France (11,2 %) avaient les deuxièmes parts les plus élevées d’importations de services extra-UE en 2022.

 Transactions extra-UE de services par États membres de l’UE, 2022, (% du total de l’UE) (1)

 

 

 

d) En 2022, les valeurs les plus élevées d’importations et d’exportations intra-UE de services ont été enregistrées en Allemagne

L’Allemagne avait la valeur la plus élevée des exportations de services vers les autres États membres de l’UE (170 milliards d’euros en 2022), ce qui équivaut à 13,8 % du total pour les 27 États membres. États. La France (11,6 %) était le seul autre État membre à représenter une part à deux chiffres des exportations intra-UE de services en 2022, même si l’Irlande (8,8 %) et le Luxembourg (6,3 %) avaient des parts particulièrement élevées par rapport à la taille de leurs économies.

L’Allemagne était également le plus grand importateur de services en provenance d’autres États membres de l’UE, avec des importations évaluées à 228 milliards d’euros en 2022, soit quelque 20,2 % du total pour les 27 États membres. La deuxième part la plus élevée a été enregistrée en France (12,9 %).

La part cumulée des sept États membres de l’UE affichant les valeurs les plus élevées d’exportations de services extra-UE en 2022 était égale à près des trois quarts (72,5 %) du total de l’UE, tandis que la part cumulée des sept États membres avec les valeurs les plus élevées d’exportations de services intra-UE était considérablement plus faible, à 62,4 %. Ces chiffres suggèrent que les échanges de services extra-UE sont plus concentrés entre quelques nations commerçantes.

 

Transactions intra-UE de services par États membres de l’UE, 2022 (% du total de l’UE) (1)

 

 

 

e) Principaux partenaires commerciaux

En 2021, la répartition du volume total des échanges de services (somme des importations et des exportations) entre les échanges avec les pays tiers d’une part et les échanges avec les autres États membres de l’UE d’autre part variait considérablement entre les États membres de l’UE (graphique suivant). Cela reflétait, dans une certaine mesure, soit la proximité géographique, soit les associations commerciales historiques. Ainsi, l’Irlande (77 %) affichait une forte proportion de transactions internationales de services réalisées en dehors de l’UE, tout comme la Grèce et Chypre (64 % chacune).

À l’autre extrémité, 75 % des transactions commerciales internationales de services de la Slovaquie ont été enregistrées avec d’autres États membres de l’UE, suivis par la Slovénie et l’Autriche, toutes deux à environ 74 %. Pour 2021, la moyenne de l’UE montre que 49 % de toutes les transactions internationales de services ont eu lieu au sein de l’UE et 51 % avec des pays tiers. Ces pourcentages sont les mêmes pour la France.

En 2021, les États-Unis et le Royaume-Uni étaient la principale destination des exportations de services de l’UE, avec des échanges évalués à 238 milliards d’euros et 205 milliards d’euros respectivement, représentant 22 % et 19 % de toutes les exportations vers les pays tiers. Les autres destinations les plus importantes étaient la Suisse (11 %) et la Chine (6 %).

S’agissant des pays d’origine des importations de services de l’UE , les États-Unis représentaient la plus grande valeur des services importés, quelque 326 milliards d’euros, ce qui équivalait à 34 % des importations totales en provenance des pays tiers. Viennent ensuite le Royaume-Uni avec 19 % et la Suisse avec 7 %.

 Répartition des échanges intra-UE et extra-UE (exportations plus importations) de services, 2021, (%)

 

 

 

 

3/ Les soldes extérieurs par type de services dans l’UE

Tableau 71 solde extérieur services (biens) eurostat

Après une chute en 2020, les échanges de services en France ont connu un rebond assez marqué en 2021 avec un excédent record s’établissant à +36,2 milliards d’euros (257,4 milliards d’euros d’exportations et 218,4 milliards d’euros d’importations).

Ce chiffre est principalement le fait des services de transports en lien avec la forte augmentation des prix du fret maritime qui a profité aux grands armateurs français. Les services fournis aux entreprises ont aussi contribué à cet excédent (services techniques, services professionnels et services de conseil en gestion). Les services de télécommunications, services informatiques et services d’information enregistrent en revanche un solde négatif

 

Soldes extérieurs par type de services dans des pays de l’UE en milliards d’euros

Source : Eurostat, balance des paiements

 

La France dégageait un excédent important en 2019 avec les pays hors UE, notamment avec les États-Unis, la Chine et le Royaume-Uni. Par contre le déficit est conséquent avec les pays de l’UE. Ce n’est pas le seul produit où on retrouve de telles oppositions (voir page Comptes agriculture). Toutefois de nombreux pays de l’UE (Allemagne, l’Italie, Belgique, Suède, Finlande, Danemark)  se trouvent dans cette même situation. Mais les Pays-Bas, eux, dégagent un fort excédent avec l’UE avec un léger déficit avec les pays hors UE

Soldes extérieur des services dans des pays de l’UE par zone géographique en milliards d’euros en 2019

 

 

 

 

4/ Solde extérieur des services dans le monde

a) Solde par pays ou zone

Les États-Unis ont enregistré le plus grand excédent commercial pour le commerce des services parmi les nations commerçantes présentées dans le tableau 2 – quelque 233 milliards d’euros en 2022 – tandis que l’UE a enregistré le deuxième excédent (175 milliards d’euros), suivi du Royaume-Uni ( 168 milliards d’euros) ; En dehors de ceux-ci, quatre autres pays parmi ceux indiqués dans le tableau suivant ont enregistré des excédents commerciaux pour le commerce international des services en 2022, à savoir l’Inde, la Turquie, Singapour et Hong Kong.

En 2022, les taux de couverture les plus élevés – la valeur des exportations divisée par la valeur des importations, exprimée en pourcentage – pour les échanges de services ont été enregistrés pour la Turquie (223,4 %), l’Inde (174,9 %) et le Royaume-Uni (156,1 %) , ce qui donne à penser que l’importance relative des exportations de services était particulièrement élevée pour chacune de ces économies. Les services de voyage et les services de transport étaient particulièrement importants en Turquie, les télécommunications, les services informatiques et d’information en Inde, et les services d’assurance et de retraite et les services financiers au Royaume-Uni.

En revanche, le plus gros déficit du commerce international de services a été enregistré par la Chine (88 milliards d’euros en 2022). Cet écart commercial se traduit également par le taux de couverture chinois relativement faible pour les services (80,0 % en 2022). Cinq pays (parmi ceux pour lesquels les données sont présentées dans le tableau 2) avaient des taux de couverture des services inférieurs à ceux de la Chine : Australie (77,1 %), Mexique (76,4 %), Afrique du Sud (69,6 %), Russie ( 68,6 %) et le Brésil (49,6 %).

 Indicateurs dérivés du commerce international des services, pays sélectionnés, 2012 et 2022

 

 

 

 

 

 

 

5/ Statistiques du commerce des services par « modes de fourniture« 

Un modèle Eurostat-OMC a été mis au point pour produire des premières estimations de l’offre internationale de services selon 4 modes de fourniture sur la base des statistiques existantes. Les premiers résultats ci-dessous doivent être considérés comme étant de nature expérimentale.

L’AGCS définit le commerce des services comme «la fourniture d’un service par 4 modes de fourniture». Les services ventilés par mode de fourniture donnent une indication du lieu et de la manière dont les services sont fournis à des clients étrangers. Par exemple, les services juridiques peuvent être fournis au client par :

  • courrier électronique (fourniture transfrontalière ou «mode 1»)
  • ou par le client se rendant dans le pays de l’avocat (consommation à l’étranger ou «mode 2»).
  • Toutefois, ces services peuvent également être fournis au client par l’avocat, en personne, se rendant dans le pays de résidence du client (présence de personnes physiques ou «mode 4»)
  • ou par une société affiliée établie de l’avocat dans le pays de résidence du client (présence commerciale ou «mode 3»).

 

Vue synthétique des modes de fourniture de services de l’économie B vers l’économie A

 

 

En pratique, les services peuvent être produits, distribués, commercialisés, vendus et livrés à l’international par une combinaison de modes. Les services informatiques peuvent ainsi être fournis soit par voie électronique (mode 1) et/ou par des personnes physiques voyageant à l’étranger pour fournir ces services (mode 4). Pour les services informatiques, le modèle a utilisé des hypothèses de proportionnalité pour répartir les flux de services. Par exemple, le modèle a supposé que 75 % des services informatiques étaient échangés par le mode 1 et 25 % par le mode 4.

Répartition par défaut des modes de fourniture (modèle Eurostat-OMC) des échanges de services entre pays partenaires de la nomenclature de services EBOPS de l’OCDE (total = 100)

 

 

Les statistiques sur les services fournis par les quatre modes sont notamment utilisées pour l’analyse économique et la politique économique, car elles fournissent un tableau plus complet de la façon dont les entreprises fournissent et achètent des services à l’échelle internationale, en combinant les services échangés de part et d’autre de la frontière (par un non-résident à un résident), comme le fait par la balance des paiements (BdP), avec les services fournis par l’intermédiaire de filiales étrangères.

Les informations sur l’offre internationale de services sont fournies par deux cadres statistiques différents.

– Les statistiques du commerce international de services, issues de la BdP. Elle enregistre les transactions entre résidents et non-résidents en fonction du centre d’intérêt économique (résidence) d’une unité institutionnelle. En tant que tel, elle couvre principalement les modes 1, 2 et 4 de l’AGCS par l’intermédiaire des statistiques du commerce international des services (ITSS).

– Les statistiques  sur les filiales étrangères couvrent un certain nombre d’indicateurs sur l’activité des filiales étrangères contrôlées. Elles fournissent des informations sur la fourniture de services par l’intermédiaire du mode 3 de l’AGCS. Les exportations sont estimées à l’aide des données OFATS, tandis que pour les importations sont utilisées IFATS (voir page chaînes de valeur mondiales).

 

 

 

 

 

a) Compétitivité des exportations de services et de biens

La compétitivité commerciale de l’UE peut être décrite en comparant le rapport entre le commerce net (exportations moins importations) et le commerce total (exportations plus importations). Le tableau suivant présente ces résultats tant pour les biens que pour les services. Le ratio de compétitivité commerciale de l’UE pour l’ensemble de la fourniture de services (en tenant compte des quatre modes de fourniture) était de 3,1 %, contre 5,5 % pour les biens.

En 2021, le solde de l’UE (exportations moins importations) de la fourniture internationale de services (en tenant compte des quatre modes de fourniture) s’est élevé à un excédent de 181 milliards d’euros. Le «solde ITSS» a affiché un excédent de 144 milliards d’euros, tandis que le solde des biens a affiché des valeurs plus élevées et s’est élevé à un excédent de 235 milliards d’euros (tableau suivant).

Balance commerciale de l’UE avec les pays tiers, prestation de services par rapport aux biens, 2021

 

Si l’on examine les soldes par mode de fourniture pour 2021, le seul déficit a été enregistré pour le mode 2 (-1 milliard d’euros), avec une proportion par rapport au total des échanges.[(exports- importations)/(exportations + importations)]de -0,5 % (tableau suivant). Pour le mode 1, l’excédent s’est élevé à 17 milliards d’euros, avec une proportion de 1,0 % par rapport au total des échanges. Le mode 3 a enregistré l’excédent le plus important avec 128 milliards d’euros, tandis que le mode 4 a enregistré un excédent de 39 milliards d’euros (tableau suivant).

Commerce de services de l’UE avec les pays tiers, ventilé par mode de fourniture, 2021

 

 

 

b) Exportations et importations de services de l’UE en 2020 ventilées par modes d’approvisionnement

Le graphique suivant présente les exportations de services de l’UE vers des pays tiers (pays partenaires non membres de l’UE), ventilées selon les quatre modes de fourniture en 2021. Si l’on compare les exportations totales de services de l’UE (les quatre modes) avec les exportations réalisées par l’intermédiaire des modes 1, 2 et 4 (calculées à partir de l’ITSS), le montant passe de 1 127 milliards d’euros (somme des modes 1, 2 et 4) à 2 988 milliards d’euros (y compris le mode 3, exportations par l’intermédiaire de filiales étrangères). En d’autres termes, 62 % (soit 1 861 milliards d’euros) des exportations de services de l’UE sont fournies par l’intermédiaire du mode 3.

Exportations de services de l’UE vers des pays tiers, 2021

Le graphique suivant présente les importations de l’UE en provenance de pays tiers, ventilées selon les quatre modes de fourniture. Si l’on inclut les «importations» par l’intermédiaire de filiales étrangères (mode 3), les services importés de pays tiers passent d’environ 1 073 milliards d’euros (somme des modes 1, 2 et 4) à 2 806 milliards d’euros, respectivement. Par conséquent, le mode 3 représentait 62 % de la prestation de services importée vers l’UE.

La part relative du mode 2 n’est que de 4 % pour les exportations et de 5 % pour les importations. Cette part relativement faible du mode 2 est due à une diminution significative des services de voyage en 2021 (par rapport aux montants déclarés avant 2020), en raison de la pandémie de COVID-19 et des mesures connexes. Les services de voyage sont le principal contributeur au mode 2.

Importations de services de l’UE en provenance de pays tiers, 2021

 

Le mode 1 joue un rôle important dans la fourniture de services en raison du rôle croissant et du développement de nouvelles technologies. Si on observe les exportations de la fourniture de services de l’UE acheminée par le mode 1, ventilées par type de service, les principaux contributeurs sont: les «autres services aux entreprises» représentent 24 %, les «services de transport» 21 %, les «services de télécommunications, d’informatique et d’information» 20 %, la «propriété intellectuelle» 11 % et les «services financiers» 11 %.

En outre, le commerce des services ne devrait pas être considéré uniquement en termes de commerce transfrontalier; les filiales établies à l’étranger devraient également être prises en considération. En 2021, les types de services suivants ont apporté les contributions les plus importantes pour les services fournis par l’intermédiaire du mode 3 (présence commerciale): Les «autres services aux entreprises» (y compris les services de R&D, les services comptables, juridiques et d’ingénierie) représentaient 39 %, les «services de transport» 14 %, les «services de distribution» 13 % et les «services financiers» 10 %

Le graphique suivant présente les exportations de l’UE pour la fourniture de services, ventilées par mode et type de service. Cela montre que les «autres services aux entreprises» (y compris la R&D, la comptabilité et les services juridiques) occupent la première place, avec près de 987 milliards d’euros exportés vers des pays tiers. Environ 73 % (718 milliards d’euros) des exportations de l’UE d’«autres services aux entreprises» ont été fournis par l’intermédiaire du mode 3. La deuxième catégorie la plus importante est celle des «services de transport», avec 481 milliards d’euros, dont 55 % ont été fournis via le mode 3. Viennent ensuite les «services de télécommunication, d’informatique et d’information» (374 milliards d’euros, 39 % fournis via le mode 3) et les «services de distribution» (309 milliards d’euros, 78 % via le mode 3). En revanche, les volumes d’exportation des «services manufacturiers» et des «services d’entretien et de réparation» sont marginaux.

Exportations de services de l’UE vers les pays tiers, par mode de fourniture et par type de service, en milliards d’euros, 2021

Source : Eurostat

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IX – LES ÉCHANGES EXTÉRIEURS DE SERVICES EN FRANCE

La France est bien plus compétitive en matière de services que de biens. L’excédent des services atteint 52 milliards d’euros en 2022 (tableau suivant). La part de marché de la France dans les exportations mondiales dépasse 5% en 2021, soit presque le double que pour les biens.

 

 

 

1/ L’évolution jusqu’en 2022 (source : Balance des Paiements)

a) Les évolutions globales

Les échanges de services (exportations et importations) occupent une place croissante dans le commerce extérieur français. Entre 2000 et 2019, ils ont crû de 155 %, soit deux fois plus vite que les échanges de biens (+ 75 %) ou que le PIB (+ 64 %). Ils ont en outre engendré un excédent moyen de plus de 20 milliards d’euros par an atteignant jusqu’à 30 Mds  en 2012 et en 2013 (et 25,5 Mds en 2019). Ils dépassent les 500 milliards d’euros en 2019, La nature des services échangés a également évolué : la part des services aux entreprises, intervenant en amont (recherche et développement, échanges de propriété intellectuelle) ou durant le processus de production (conseils, services informatiques), a augmenté (de 65 % à 78 %), au détriment des services aux consommateurs finaux (voyages, loisirs).

La crise sanitaire a fortement affecté les échanges de services. Les exportations françaises ont diminué de 16 % en 2020, et les importations de 14 %, conduisant à un excédent de 18,7 Mds d’euros, inférieur à celui de 2019 (25,6 Mds) (graphique suivant). Mais en 2021, elles sont repartis à la hausse plus que les importations permettant de dégager le solde le plus élevé depuis 2000 (36,5 Mds en 2021).

La reprise des échanges de services s’est accéléree en 2022 (+20,8% après +14,7% en 2021). Les solde des services enregistre un nouvel excédent record (+52 Mds). Les transports expliquent 40% de cet excédent, principalement le transport maritime. Le solde des services des voyages atteint 17,4 Mds d’euros, son niveau le plus élevé depuis 2015, bénéficiant de la reprise du tourisme. Les transports contribuent aussi à la hausse du solde des services à hauteur de plus de 7 Mds. Au total le solde des services augmente de +17 Mds entre 2021 et 2022. Bien que le niveau du solde ne soit pas le même que celui de la CN qui lui est de 41,3 Mds, l’accroissement des 2 soldes est proche (+18,6 Mds dans la CN).

Balance des paiements de la France : solde des transactions courantes

 

(a) Données annuelles brutes

(1) Les données sur les échanges de biens sont FAB/FAB, c’est-à-dire hors frais de transport et d’assurance qui sont classés en services. Elles se composent des données d’échanges de marchandises publiées par la Direction générale des Douanes et des droits indirects d’une part, du négoce international et d’ajustements méthodologiques calculés par la banque de France, d’autre part. Les modifications des données douanières permettent d’assurer la conformité de la balance des paiements de la France aux normes internationales édictées par le FMI et de ce fait la comparaison avec les autres pays. Le motif conceptuel de ces retraitements est de considérer qu’il y a échange international lorsqu’il y a transfert de la propriété économique, et d’assurer ainsi la cohérence avec la comptabilité nationale puisque celle-ci est également fondée sur la notion de propriété économique.

Source : Banque de France – DGSEI

 

Échanges extérieurs de services de la France en milliards d’euros

 

 

b) L’excédent des services atteint un niveau exceptionnellement élevé en 2021 et 2022

Le solde des échanges de services augmente fortement à 36,4 milliards d’euros en 2021, après 18,7 milliards en 2020, ce qui constitue le meilleur résultat sur les vingt dernières années (voir page Comptes des services). Légèrement en retrait, en moyenne, par rapport à leurs niveaux d’avant-crise (– 3,5% pour les exportations et – 8,5% pour les importations), les échanges de services ont progressé nettement en cours d’année (après une baisse de 18% en 2020). Trois grands produits composent les services.

Les échanges de services de la France en 2021 en milliards de dollars EU

Source : OMC

 

  • Les services de transport enregistrent un surplus exceptionnel de 16,5 milliards d’euros, premier excédent depuis plus de vingt ans de ce poste des transactions courantes qui affichait généralement des déficits annuels de plusieurs milliards. La composante maritime explique en particulier ce résultat très inhabituel puisqu’elle est à l’origine à elle seule d’un excédent de 21,4 milliards (+ 16,4 milliards par rapport à 2020, année marquée par l’amorce de cette hausse). Celle-ci résulte de la conjonction de la présence sur le territoire national d’un leader mondial du transport maritime de conteneurs – qui a bénéficié de la très forte hausse du tarif du fret maritime à la suite de la crise sanitaire et de la désorganisation du marché – et d’un coût de transport des importations en moindre progression. Le solde des autres modes de transport reste plutôt étale avec, en général, un déficit annuel de plusieurs milliards (7 milliards en moyenne sur les dix dernières années).
  • Le solde des échanges des autres services (hors voyages et transports) évolue peu. Il enregistre un excédent de 14,9 milliards d’euros, après 15,2 milliards en 2020. Les échanges de services d’assurance se distinguent toutefois avec un déficit qui se creuse à près de 4 milliards, contre 0,6 milliard en 2020, à la suite de la signature de plusieurs gros contrats passés à des compagnies non résidentes par des entreprises françaises. Cette dégradation est compensée par des améliorations sur quelques autres postes, en particulier sur les services techniques aux entreprises dont l’excédent atteint 8,7 milliards, en hausse de 1,9 milliard par rapport à 2020, en raison d’exportations plus dynamiques (+ 11%) que les importations (+ 8%).
  • Les services de voyages affichent un excédent de 5,1 milliards d’euros, en hausse d’environ 1 milliard par rapport à 2020. La crise sanitaire a brutalement réduit l’excédent des échanges de voyages en 2020 alors qu’il s’était déjà contracté depuis le point haut de 2012. Le tourisme intra-européen domine l’activité de ce secteur depuis le démarrage de la crise sanitaire : les touristes originaires des pays lointains sont en effet restés pour l’essentiel absents du marché français tandis que les touristes français ont privilégié la France ou des destinations proches. Un retour partiel vers une situation plus normale est observé au cours du second semestre de l’année.

Recettes et dépenses de voyages de la France (en milliards d’euros)

 

 

 

 

 

Les avancées technologiques dans le domaine de information et des télécommunications, et les efforts de libéralisation des secteurs de services dans le monde, ont fortement accru la quantité d’activités commercialisables a delà des frontières nationales. En outre, depuis la conclusion de l’Uruguay Round en 1994, le commerce de services bénéficie à l’instar  du commerce de biens d’un accord, le General Agreement on Trade in Services (GATS), visant à faciliter les échanges internationaux.

Au cours des vingt dernières années, la France a su pleinement bénéficier de cette nouvelle donne en intensifiant ses échanges de services avec le reste du monde et en s’intégrant aux chaînes de valeur mondiales [8]. La part des flux touristiques a diminué, et les entreprises françaises sont devenues davantage importatrices et exportatrices de services aux entreprises. En outre, les échanges de services ont engendré un excédent commercial pour la France sur toute la période concernée.

Les services de voyages, qui enregistrent les exportations et importations au titre du tourisme international, en étaient un point fort, avec des excédents entre 10 et 15 Mds par an avant la crise. Leur poids tend cependant à diminuer. Alors qu’ils représentaient le tiers des échanges de services au début des années 2000 (35% des exportations et 27% des importations), ils n’en constituent plus que le cinquième en 2019 (21% des exportations et 19% des importations). En outre, alors que l’excédent des autres catégories de services a progressé régulièrement sur les vingt dernières années, celui des voyages s’est quant à lui détérioré depuis 2013 de sorte qu’en 2019 l’excédent des services hors voyages (12,4 Mds) a dépassé celui des voyages (11,6 Mds pour ce dernier) avec  surtout une chute importante en 2020 et 2021 : respectivement 4,2 Mds et 5,6 Mds (tableau suivant).

Soldes des échanges extérieurs en France par type de services en milliards d’euros

 

 

 

 

 

 

 

c) Les échanges entre la France et les autres pays

À l’instar des échanges de biens, les échanges de services hors voyages de la France se font majoritairement vis à vis des pays de l’Union européenne et du Royaume-Uni. Après avoir stagné,  voire diminué en ce qui concerne les exportations, la part de l’UE dans ces échanges a augmenté à partir de 2010. L’UE et le Royaume-Uni représentait 57 % des exportations et 66,5  %des importations, contre respectivement 54 % et 59 % en 2000 (graphique suivant). Néanmoins, depuis vingt ans, les échanges avec l’UE ont enregistré un déficit systématique, qui a eu tendance à se creuser pour atteindre 14 milliards d’euros en 2020, tandis qu’à l’inverse l’excédent vis à vis  de l’extérieur de l’UE a progressé jusqu’à 26 milliards d’euros.

Commerce des services de la France en milliards de dollars EU

Source : OMC

 

Les États-Unis, l’Allemagne et le Royaume-Uni sont les premiers partenaires de la France pour ce qui concerne les services hors voyages. Les États‑Unis sont le premier client de la France (25 milliards d’euros en 2019). En particulier, ils représentent presque un cinquième des exportations françaises liées à la rémunération de la propriété intellectuelle et à la recherche et développement (R&D). Le Royaume‑Uni est quant à lui le premier partenaire de la France pour ce qui est des échanges de services financiers, à la fois pour les exportations françaises mais plus largement encore pour les importations. L’Allemagne enfin est le premier fournisseur de services hors voyages (27 milliards en 2019), totalisant presque le tiers des importations de la France au titre de la rémunération de la propriété intellectuelle et de la R&D.

Ce trio était déjà à la tête des échanges de services hors voyages en 2013. Dans le détail, des évolutions peuvent néanmoins être soulignées. Concernant les frais d’usage de la propriété intellectuelle, la part des importations venant des États‑Unis a fortement reculé, de 30 % en 2013 à 15 % en 2019, au bénéfice principalement de l’Allemagne. Dans les services de télécommunications,  d’informatique et d’information, la part des importations en provenance de l’Irlande a nettement augmenté,  passant de 10 % à 18 %, en lien avec les stratégies de localisation d’activités des multinationales. Enfin, dans les services financiers, la part du Luxembourg dans les exportations est passée de 11 % à 17 %, du fait de son rôle majeur en matière de services financiers au sein de la zone euro.

 

 

On retrouve ces structures dans les tableaux suivants mais en soulignant que les États-Unis, l’Allemagne et le Royaume-Uni étaient en 2017 aussi les 3 principaux exportateurs de services dans le monde, devant la Franc, puis la Chine et les Pays-Bas.

Principaux clients des exportations de services de la France et parts de marché mondiales des exportations de services dans le monde en 2017

 

 

 

 

 

 

 

2/ Les soldes des échanges extérieurs de services des comptes nationaux

a) Le solde global des échanges de services

En 2021, les exportations des services (hors tourisme) représentent 189,4 milliards d’euros, les importations 172,0 milliards d’euros selon les comptes nationaux de l’Insee. La part des exportations de services dans les exportations totales de biens et services est de 25,7% soit plus de 10 points au dessus de 2000  (14,3%). Le solde des services permet ainsi de limiter la chute vertigineuse du solde des biens depuis 2000. En 2021, le solde du commerce extérieur s’élève à – 48,6 milliards d’euros : – 74,2 milliards d’euros pour les échanges de biens et + 25,7 milliards d’euros pour les échanges de services.

Échanges extérieurs de services en 2021 en milliards d’euros

Part des exportations de services dans les exportations totales de biens et services en France en %

 

Dans le graphique suivant, les importations de services comprennent la correction territoriale (voir page Chaînes de valeur mondiales). Celles de biens excluent la correction CAF-FAB. Autrement dit, les importations de biens sont évaluées FAB ce qui a pour effet de les diminuer par rapport à une évaluation CAF moins pertinente. En 2017, les importations de biens CAF sont de 552,6 Mds; pour une correction CAF-FAB de -17,6 Mds, celles FAB sont de 534,9 Mds (voir page Correction CAF-FAB). Le solde des biens est de – 37,2 Mds avec des exsportations de biens de 497,8 Mds.

La chute du solde des échanges extérieurs de services en 2020 s’excplique pour une partie importante par celle de la correction territoriale. Mais la forte reprise du solde extérieur des services en 2021 ne s’explqiue pas vraiemnt par celle-ci qui augmente de 2,4 Mds.

Solde du commerce extérieur de la France en milliards d’euros

 

 

b) Les soldes des échanges extérieurs de services de la France

Les services, notamment le tourisme et dans une moindre mesure les services aux entreprises, comblent en partie le déficit des biens (hors matériels de transport) jusqu’en 2019. La situation se dégrade en 2020 mais se redresse nettement en 2021.Le solde des services principalement marchands devient fortement positif en 2021 (17,4 Mds contre -2,8 Mds en 2020). Ceci compense en partie la forte dégradation du solde des biens : -93,5 Mds en 2021 contre -65,9 Mds eb 2020. Le solde total des biens et services diminue ainsi de plus de 23 Mds d’euros en 2019 et de -3 Mds en 2021

Mais le tableau suivant ainsi que les deux graphiques justifient les propos pessimistes où les soldes (positifs) des deux produits (tourisme et aéronautique inclus ici dans la Fabrication de matériels de transport) qui permettaient de limiter le déficit extérieur, sont en chute libre en 2020 (-29 Mds) et ne redressent pas vraiment en 2021. La correction territoriale des exportations représente les dépenses des non-résidents en France et celle des importations représente les dépenses des résidents à l’étranger.

Échanges extérieurs de biens et services par produit : solde en milliards d’euros

Commerce extérieur de produits des services aux entreprises en milliards d’euros

 

 

c) Les soldes par pays

Pour terminer, on peut reprendre les soldes extérieurs à partir des ERE en 2016 sans corrections des asymétries (source : Eurostat). On note un écart avec le solde de la Balance des Paiements pour l’Allemagne du fait notamment du poste «voyages». Déficitaire de -21 milliards dans la BdP en 2018, il est légèrement positif dans les ERE en 2016. Les écarts sont plus faibles dans les autres pays. Par exemple, ces montants sont respectivement de 24 milliards et 20,5 milliards en France. Outre que les années ne sont pas les mêmes (2016 pour les ERE, 2018 pour la BdP), ces écarts s’expliquent surtout par des rubriques différentes : On a repris ici 2/3 de l’ERE de la PCHTR attribuable aux services (comme le montrent les données de Figaro en 2010 et du compte satellite du tourisme), le reste étant des achats de biens, alors que le poste « voyages » est comptabilisé entièrement dans les services dans la Balance des Paiements.

En se référant aux ERE, le solde positif français des services ne compense pas celui négatif des biens, ce qui n’est pas le cas de l’Espagne dont le solde est largement positif (4% du PIB). Tandis que l’Italie dégage aussi un solde positif proche de celui de l’Espagne en proportion du PIB, mais avec un solde excédentaire des biens, le solde des services étant équilibré. C’est la même situation en Allemagne mais avec un solde positif de 8% du PIB et surtout aux Pays Bas (10%); Seul, le Royaume-Uni a un solde total (biens et services) négatif plus élevé qu’en France en proportion du PIB (-7,5% pour les biens; +5,5% pour les services).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

X – L’EXPANSION DU COMMERCE INTERNATIONAL DES SERVICES JUSQU’EN 2019

Les services représentent une part essentielle de l’économie mondiale, génèrent plus des deux tiers du produit intérieur brut (PIB) mondial, attirent plus des trois quarts de l’investissement direct étranger dans les économies avancées, emploient la plus grande partie des travailleurs et créent la plupart des nouveaux emplois dans le monde. Les services ont toujours fait l’objet d’échanges. Le transport international est aussi ancien que le commerce lui-même, et les services financiers et d’assurance ont suivi peu après [9].

Au fil des ans, de nouveaux services ont vu le jour dans l’économie mondiale grâce aux progrès des technologies de communication. C’est le cas par exemple des services juridiques, d’ingénierie, et d’autres services professionnels comme l’informatique et les télécommunications, pour n’en nommer que quelques-uns.

Les activités de services peuvent s’échanger soit sur le marché mondial, comme l’ingénierie ou l’informatique, soit entre filiales du même groupe localisées dans des pays différents, comme la recherche et développement ou l’administration d’entreprises.

L’accord général dur le commerce des services (AGCS) de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) apporte aux 7]7]7marchés de services la certitude conférée par un système mondial fondé sur des règles. Il définit les services comme une transaction entre un résident et un non-résident. En fonction de la présence du fournisseur et du consommateur sur le territoire au moment de la transaction, l’AGCS répartit les échanges de services en plusieurs catégories selon la manière dont ils ont été délivrés.

 

 

1/ Les échanges mondiaux de services

Les services, qui représentent déjà 50 % du revenu mondial et 70 % des emplois, deviennent aussi un élément important du commerce international. Sur la planète, la croissance du commerce des services continue à dépasser celle des échanges de biens et de marchandises. Les exportations de services, qui comptent pour presque un quart de l’ensemble des exportations (près de 30% dans l’UE et en Amérique du Nord, 28,5% en France mais 43% au Royaume Uni), jouent désormais un rôle central dans l’économie mondiale grâce, en grande partie, aux progrès de la technologie [10]. La baisse rapide du coût des télécommunications, l’expansion d’Internet dans le monde et la prolifération des services Internet à haut débit permettent de fournir des services très éloignés des prestataires. Beaucoup de services comme l’assurance ou les diagnostics médicaux n’exigeraient plus tout à fait que le prestataire soit à proximité de son client.

Avec la pandémie et les restrictions sanitaires, la diminution très forte du commerce international des services en 2020 est très brutale du fait de celle des services de transport et de la chute vertigineuse des « voyages » (voir page chaînes de valeur mondiales).

Dans le classement des pays exportateurs de services, la France maintient son rang de 4ème avec une part de marché (PDM) de 5% soit plus de 249 milliards d’euros d’exportation (en hausse de 5%) mais devant la Chine (5ème) avec 230 milliards d’exportation. La France est toujours derrière l’Allemagne, classé à la 3ème place avec plus de 290 milliards d’exportation. Les États-Unis sont toujours leaders avec presque 14% de PDM pour une valeur de 700 milliards d’euros. Le Royaume Uni vient en second (336 milliards). On note aussi le dynamisme et le niveau élevé des exportations des Pays Bas (210 milliards).

 

 

Selon les Balances des Paiements du site de l’OCDE, le solde extérieur des services est le plus élevé aux États Unis (+220 milliards d’euros en 2018) suivi par celui du Royaume Uni (+118 milliards). L’Espagne est bien placée (+62 milliards), la France venant loin derrière (+24 milliards).

 

 

Le graphique suivant analyse les différences selon les services. Les États-Unis sont très compétitifs dans 5 domaines : la réparation-maintenance, les voyages, les services financiers, les produits de propriété intellectuelle et les services aux entreprises. Le Royaume Uni dégage des soldes importants dans les services financiers et d’assurance, les services aux entreprises, voire les services numériques; l’Espagne dans les voyages. La France ne dégage un solde important que dans les voyages, mais 3 fois moins que l’Espagne, et du même ordre de grandeur que l’Italie et le Japon. Elle dégage aussi un solde net de +7 milliards dans les services aux entreprises, mais sans commune mesure avec le Royaume Uni (+37 Mds) et les États-Unis (+46 Mds).

 

 

 

 

2/ Comparaisons internationales des soldes des échanges des transactions courantes

Contrairement à l’Espagne, les services ne compensent pas le solde négatif des biens.

L’Allemagne aurait un excédent des échanges de biens (y compris énergie) de 272 milliards de dollars en 2018 contre – 62 Mds pour la France (sans tenir compte de la correction CAF-FAB). Dans une moindre mesure, les pays scandinaves, mais surtout l’Italie et les Pays-Bas, s’en tirent correctement avec des produits en excédent comme l’informatique, électronique, optique ou l’automobile. L’excédent de la Chine est encore plus élevé (395 Mds de dollars). L’avènement de l’euro en 2002 puis dans une moindre mesure l’entrée des pays de l’Europe de l’Est dans l’Union Européenne en 2004 n’ont pas profité à l’industrie française contrairement à l’Allemagne. Cette dernière a un très faible déficit du solde des services. L’excédent total des transactions courantes de l’Allemagne (291 Mds de dollars) est impressionnant, le solde des revenus étant lui même positif (52 Mds). C’est le plus grand excédent au monde du fait du déficit du solde des services en Chine. A l’inverse, le plus grand déficit est celui des États Unis (-491 Mds de dollars dont -887 Mds du fait de la seule balance des biens). Mais ce montant absolu global doit être rapporté au PIB : le ratio des États Unis est alors entre celui de la Grèce et de la France.

En pourcentage du PIB, le solde total des transactions courantes (biens, services et revenus primaires et secondaires) est en baisse en France. Il devient négatif en 2007. D’autres pays connaissent toutefois un déficit plus important en proportion du PIB : le Royaume Uni, la Grèce surtout au moment de la crise de 2007, et récemment l’Argentine. A l’inverse, le solde atteint plus de 10% du PIB aux Pays Bas, plus de 7% en Allemagne, en Slovénie et en Russie, 4% en Corée, plus de 2% en Italie, et près de 1% dans la plupart des pays de l’Europe de l’Est.

La situation financière de la France se rapprocherait presque de celle la Grèce, l’Espagne et le Portugal. Mais dans ces pays, le tourisme permet de rétablir largement le solde des transactions courantes. En revanche, ce solde est largement plus déficitaire au Royaume Uni (comme pour celui des biens).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tableau entrées-sorties mondial (T.E.S.)