PARTAGE VOLUME PRIX ET PRODUCTIVITÉ DU TRAVAIL

La mesure des prix et des volumes consiste à décomposer les valeurs des transactions à prix courants en leurs composantes de prix et de volume. En principe, les composantes de prix doivent inclure les changements résultant uniquement des variations de prix alors que tous les autres changements (concernant la quantité, la qualité et la composition) doivent être inclus dans les composantes de volume. L’objectif consiste donc à déterminer les variations des agrégats qui sont dues à des changements de prix et celles qui sont dues à des variations de volume. Le partage volume-prix de l’industrie, des services et de la construction mérite d’être étudié sur longue période (1995-2018) en relation avec les indices de productivité du travail qui en résultent. Les enquêtes des prix de l’industrie, de la construction et des services marchands se sont améliorés au milieu des années 2000.

Les prix n’évoluent pas au même rythme selon les pays et les produits. Entre 2000 et 2021, les prix dans l’UE ont globalement augmenté de 46 %. Les augmentations les plus élevées ont été enregistrées pour les «boissons alcoolisées et tabac» ainsi que pour l’«éducation», où les prix ont augmenté de plus de 95 %. Le «Logement, eau, électricité et gaz» ainsi que les «restaurants et hôtels» ont suivi avec des taux de croissance supérieurs à 65 %. Les prix des «vêtements et chaussures» sont restés presque stables, tandis que les prix des «communications» ont diminué de 24 %.

En ce qui concerne les produits détaillés, les augmentations les plus élevées ont été observées notamment pour les «combustibles solides» (+ 118 % entre 2000 et 2021), les «gaz» (+ 117 %), les «joyaux, horloges et montres» (+ 116 %) et «l’électricité, le gaz, les combustibles solides et l’énergie thermique» (+ 111 %). Des augmentations plus faibles ont été observées pour les «voitures» (+ 16 %), les meubles et l’ameublement (+ 29 %), les «produits pharmaceutiques» (+ 31 %), les «livres» (+ 33 %) et les «vins» (+ 36 %). D’autre part, les prix des «équipements audiovisuels, photographiques et de traitement de l’information» ont diminué de 73 %, les «équipements et services de téléphonie et de télécopieur» de 28 % et les «jeux, jouets et loisirs» de 20 %.

 

The measurement of prices and volumes consists of breaking down the values of transactions at current prices into their price and volume components. In principle, the price components should include changes resulting from price changes only, while all other changes (in quantity, quality and composition) should be included in the volume components. The objective is therefore to determine which changes in the aggregates are due to price changes and which are due to volume changes. The volume-price split in manufactured goods industry, services and construction deserves to be studied over a long period (1995-2018) in relation to the resulting labor productivity indices. Surveys on manufacturing prices, construction prices and market services prices improved in the mid-2000s.

Prices do not evolve at the same rate depending on countries and products. Between 2000 and 2021, prices in the EU have risen by 46 % overall. The highest increases were registered for ‘alcoholic beverages and tobacco’ as well as for ‘education’ where prices rose by more than 95 %. ‘Housing, water, electricity and gas’ as well as ‘restaurants and hotels’ followed with growth rates of over 65 %. Prices for ‘clothing and footwear’ remained nearly stable, while prices for ‘communications’ decreased by 24 %.

Looking at detailed products, the highest increases were observed in particular for’solid fuels’ (+118 % % between 2000 and 2021), ‘gas’ (+117 %), ‘jewellery, clocks and watches’ (+116 %) and ‘electricity, gas, solid fuels and heat energy’ (+111 %). Lower increases were observed for e.g. ‘cars’ (+16 %), furniture and furnishings (+29 %), ‘pharmaceutical products’ (+31 %), ‘books’ (+33 %) and ‘wine’ (+36 %). On the other hand, prices for ‘audio visual, photographic and information processing equipment’ decreased by 73 %, ‘telephone and telefax equipment and services’ by 28 % and ‘games, toys and hobbies’ by 20 %.

 

« Le taux de croissance en volume » d’une économie  fait l’objet de toutes les attentions. Il est en général issu d’une « division  d’une « évolution en valeur » en monnaie courante, par un « indice de prix », calculé par ailleurs. On sait que ce partage volume-prix a souvent suscité de vifs débats, en raison des difficultés à tenir compte d’un « effet qualité » dans la mesure de l’évolution des prix, notamment pour les ordinateurs (dont la puissance croît très rapidement), ou pour certains services. Ceci a été à l’origine de la polémique soulevée aux États-Unis par le rapport du sénateur républicain Boskin, qui soutenait que, la hausse des prix étant « surestimée » pour cette raison, celle de la croissance en volume est donc « sous-estimée », ce qui a selon lui des conséquences politiques et économiques majeures », Presses des Mines, 2008.

« La productivité est la mesure du progrès technique. » Jean Fourastié, La productivité

 

 

Sommaire

I – RAPPEL THÉORIQUE

II – LES INDICES DE PRIX ET DE VOLUME DU TES FRANÇAIS ET DES TRE ÉTRANGERS SONT-ILS COMPARABLES ?

III – LES INDICATEURS RETENUS

IV – LE RALENTISSEMENT DES GAINS DE PRODUCTIVITÉ .HORAIRE DU TRAVAIL EN EUROPE …

V – … MAIS UN PHÉNOMÈNE GLOBAL ..

VI – LES FACTEURS DE CE FLÉCHISSEMENT DEPUIS 2019

VII– QUASI STABILITÉ DE LA PRODUCTIVITÉ DU TRAVAIL EN FRANCE ENTRE 2019 ET 2025

VIII – COMPARAISONS INTERNATIONALES DES PRIX RELATIFS DES ACTIVITÉS TERTIAIRES

IX – DES ‘ÉVOLUTIONS DES-PRIX DE LA VA DE L’INDUSTRIE ASSEZ DISPARATES SELON LES PAYS

X – PARTAGE VOLUME-PRIX DE LA CONSTRUCTION

 

 

 

 

Introduction

° Certains économistes mettent en avant que le partage volume-prix des services devient plus fiable du fait de nouvelles enquêtes pour  connaitre les prix des services modernes aux entreprises, ceux des services traditionnels aux ménages étant mieux connus depuis longtemps à travers l’indice de prix à la consommation (IPC). Certes il y a des difficultés de partage volume-prix dans une économie tertiaire et numérique. Mais celles-ci ne sont pas toutes nouvelles même si la part de ces services ne cesse de croître. 

° D’autres pensent que la mesure de la croissance est sous-évaluée, notamment à travers l’approche « production » du PIB.  Ils se demandent notamment comment mesurer une économie en pleine « digitalisation » ? Comment faire le partage volume-prix des services modernes voire des biens de plus en plus complexes, qui utilisent l’économie numérique [1], [2] (les nombres entre crochet renvoient à la bibliographie en bas de page).? Comment mesurer tout simplement les nouveautés comme le « cloud computing » ? Comment prendre en compte enfin la partie gratuite de l’économie numérique (publicité, base de données,..), à la fois dans la valeur et le volume de la production [3] ?

 

° Mais n’est ce pas plus complexe que cela ? Pour juger de la qualité du partage volume-prix dans un pays, Eurostat à établi un manuel en définissant 3 niveaux de qualité de celui-ci (voir page Mesure des volumes et des prix). Par un exemple une production déflatée par un indice de coût est souvent une méthode B (qualité moyenne). En revanche dans un équilibre-ressource-emploi (ERE), une production déflaté epar un indice de prix à la production (IPP) enquêté ou un emploi principal (par exemple une coupe de cheveux) déflatée par un indice de prix à la consommation (IPC) est une méthode A (bonne qualité.

° Ici on va raisonner tout autrement. On considère qu’ un partage volume-prix d’un service est correcte dans un pays, par exemple la France, si les gains de productivité horaire du travail évoluent comme dans l UE (premier critère) ou bien si les prix relatifs du produit par rapport aux produits agricoles et industriels (dont on connait un peu mieux les indices des prix) évoluent comme dans les autres pays. On étudiera donc d’abord les gains de productivité des différente branches : tertiaire, industrie et construction. En sachant que le numérateur de ce ratio n’est pas la production mais la valeur ajoutée (VA), ce qui renvoie à la méthode de la double déflation, (calcul de la VA en volume par différence entre la production et la CI) et donc ici  aussi à sa fiabilité dans les comptes nationaux du pays.

° Pour les services modernes aux ménages, il faudrait aussi tenir compte des « résultats » et ne pas se limiter au calcul de la production en volume. Cette approche serait plus dans l’idée de suivre des indicateurs de bien être ou de résultats (santé, éducation,..) pour nuancer ou préciser les évolutions de la production en volume de ces services. Non pas nécessairement pour dire que leur croissance est sous-évaluée. D’autant qu’il n’est nullement prouvé que productions et résultats des services modernes aux ménages évoluent de la même manière depuis une vingtaine d’année. Les avis sont partagés sur l’évolution des résultats des services administratifs ou privés. Il y a certes ceux qui pensent que l’économie numérique apporte des résultats de bien meilleure qualité. Mais il y en a d’autres qui estiment que des services simples aux clients se sont dégradés avec le temps.

 

 

1 – Croissance plus rapide du prix relatif de la VA tertiaire entre 1995 et 2018 en France

° De plus ces difficultés n’interdisent pas des comparaisons internationales aussi bien pour des services aux ménages qu’aux entreprises car ces questions concernent tous les pays sans qu’on puisse dire si un pays les traite mieux qu’un autre. Sur ce plan, les choses ont évolué dans le bons sens en France depuis 2007-2008. Les prix relatifs de la VA des branches tertiaires à la VA des biens augmentent en France (+1,4% par an) plus que dans l’UE  (+0,7% par an) entre 1995 et 2018. Cette divergence est un peu atténuée si on prend l’UE hors Royaume Uni (écart de 0,6 point par an) dont les prix relatifs tertiaires baissent de manière surprenante de 3% sur toute la période.

° On aurait pu croire que ces divergences sont dues à un problème comptable en France lié au délicat partage volume-prix des services aux entreprises, du commerce, des services administratifs (santé, éducation), bref des « services modernes ». Trois branches expliquent la hausse du prix relatif de la VA des activités tertiaires en France entre 1995 et 2017 : administration (dont notamment l’enseignement), activités scientifiques et techniques, activités immobilière. Le fait est que les méthodes de partage volume-prix y étaient assez frustes :

  • pour les premiers (éducation), la méthode « output » (calcul de la production en volume à partir d’indicateurs en quantité) aboutit à une croissance plus faible en France au début de sa mise en place;
  • pas d’enquêtes sur les prix de nombreux services aux entreprises jusqu’à la fin des années 2000;
  • pas de signification claire du partage volume-prix des loyers fictifs.

° Mais en fait, la raison principale serait autre : ces divergences résulteraient d’une baisse du prix de la VA de l’industrie. L’explication viendrait d’une croissance forte du prix des CI des branches industrielles.Mais ce phénomène n’est pas spécifique à la France. Au Royaume-Uni, Belgique, certains pays de l’est de l’UE, les prix de VA de l’industrie baissent aussi entre 2000 et 2019 (voir page  Désindustrialisation pays).

° De plus cette croissance relative des prix de la VA tertiaire ne se situe qu’entre 2000 et 2008. Depuis, les prix relatifs de la VA tertiaire évoluent moins vite en France que dans l’UE. Ils baissent même entre 2010 et 2018, en France plus que dans l’UE.

 

° Notons que la baisse du prix de la VA de l’industrie française entre 2000 et 2017 n’est pas unique. On observe cette baisse au Royaume Uni, Finlande, Suède. Ce prix est quasiment stable en Belgique. Mais il augmente de +13% dans l’UE et +19% aux États-Unis.

° De fait, les prix de la consommation finale (CF) des biens augmentent moins que ceux de la production qui évoluent eux mêmes moins que les prix des CI de ces produits entre 1995 et 2007. On observe ces divergences dans les autres produits industriels (réparation, maintenance,..). De même dans les équipements électriques, les prix de production et des importations diminuent beaucoup moins que ceux de la CF, entraînant par ricochet une légère baisse des prix des CI. Le phénomène est amplifié dans les produits informatiques. Les prix de l’électricité-gaz et du raffinage pétrolier augmentent aussi plus pour la CI que pour la CF.

° En outre, non seulement les prix des CI des ERE de l’énergie augmentent plus que ceux des autres emplois, mais ils augmentent plus quand ces CI sont consommées par l’industrie. Cette divergence observée au niveau de la nomenclature A17 pour lesquels on dispose des TEI en valeur et volume, prix chaînés, résulte toutefois d’une augmentation plus rapide du prix du gaz que de l’électricité  jusqu’en 2007. Or le gaz est d’abord consommé par l’industrie (45% des ventes aux entreprises). Alors que les branches tertiaires consomment surtout de l’électricité.

° Du fait de cette hausse des prix des CI des produits manufacturés et de l’énergie entre 1995 et 2007, surtout consommés par les branches industrielles et énergétiques (80% de leur CI), le prix de la CI par l’industrie augmente de 23% contre +13% pour le prix de la production. Aussi, la production en volume de l’industrie manufacturièrestagne entre 2000 et 2017, quand la VA augmente de près de 14% (écart de 16,5%).

° Ici aussi, cette divergence n’est pas singulière : L’écart de croissance entre les évolutions en volume de la VA industrielle et de la production est parfois proche de 20% (États Unis, Belgique, Suède). Mais l’écart en Allemagne n’est que de 7%. Dans d’autres pays, les agrégats évoluent au même rythme (Pays Bas, Italie,…). 

° De leur coté, les prix relatifs de production du tertiaire par rapport aux prix de production de l’industrie augmentent un peu plus fortement en France, mais d’un écart de l’ordre de 0,1% à 0,2%, et non de 0,7%. Dans certains pays (États Unis, Suède), la croissance des prix relatifs de production des services est même plus forte qu’en France entre 1996 et 2016. Depuis 2007, la France est le pays où les prix relatifs des services augmentent le moins  (+0,2% par an entre 2007 et 2016) contre +0,7% dans la plupart des pays.

° La divergence entre la France et les autres pays pour les activités tertiaires n’existerait donc qu’en terme de prix relatif de VA (+0,7% par rapport aux prix des biens entre 1995 et 2017), mais à peine en terme de prix relatifs de la production (0,1% à 0,2%) et quasiment pas pour la productivité du travail.

° Autrement dit, les évolutions des prix de VA des activités tertiaires et de l’industrie seraient relativement correctes en France entre 1995 et 2018, sauf entre 1995 et 2008 mais de manière assez limitée. Ainsi, les prix des produits électroniques consommés par les branches de l’industrie auraient pu baisser un peu plus entre 1995 et 2007, notamment par les matériels de transport où ces prix augmentent entre 1995 et 2000 de +9% et ne baissent que de -2% entre 2000 et 2007.

 

 

 

2 – Les gains de productivité du tertiaire en France proches de ceux de l’UE

° La productivité est importante pour la croissance et la création de richesses. La France a longtemps affiché de bonnes performances en matière de productivité. Ces dernières années pourtant, la productivité marque le pas. Quelles sont les raisons de ce ralentissement et faut-il s’en inquiéter.

° La productivité, c’est-à-dire le rapport entre la production (output) et les facteurs utilisés lors de son processus de production (input), est un ressort essentiel de l’activité et de la croissance économiques. Depuis une quinzaine d’années, elle ne progresse plus aussi vite qu’avant. Ce phénomène touche, à des degrés différents, tous les pays développés. Ici on observe la productivité du travail. La France (comme l’Allemagne) paraît particulièrement touchée par ce ralentissement même si cette productivité y  reste relativement élevée (graphique suivant) https://ideas.repec.org/a/bla/revinw/v62y2016i3p420-444.html

Productivité du travail par heures travaillées par pays en parités de pouvoir d’achat en dollars US 2020

 

 

 

 

° S’agissant des gains de productivité du travail des branches tertiaires, ils  sont de +0,9% par an  entre 1995 et 2018, presque comme dans l’UE (écart de 0,05 points). Ces résultats ne sont guère modifiés si on ne prend pas en compte les activités immobilières (qui incorporent les loyers « fictifs »), dont les gains de productivité augmentent un peu plus vite en France (+1,4% par an) que dans l’UE (+0,5%). Dans l’industrie-agriculture, ces gains sont de +2,9% en France contre +2,7% dans l’UE mais de -0,5% dans la construction (+0,0% dans l’UE). Cette dernière divergence explique pour partie une moindre croissance pour l’ensemble de l’économie (+1,2% en France par an contre +1,4% dans l’UE). L’autre explication est la croissance à peine plus forte des gains de productivité tertiaires dans l’UE, mais qui aboutit à un écart global de 0,2 points du fait que la productivité du travail est d’un niveau plus élevé que dans l’industrie et que la VA tertiaire est prédominante. Peut-on alors conclure que la croissance de la VA de l’industrie serait surévaluée de 0,1 à 0,2 point par an entre 1995 et 2007 et celle du tertiaire serait sous-évaluée de 0,05 point ?

° Une petite partie de ces divergences s’explique par le fait que la VA de l’industrie est « pure » en France alors que dans les autres pays, elle inclut autour de 10% de VA de services comme activités secondaires dont les prix augmentent plus vite. Nous vérifions dans quelle mesure les indices de prix sont comparables entre le TES français en branche pure et les TRE étrangers en secteur d’activité ? 

 

 

 

3 – Les évolutions de prix dans la construction

° Dans la construction, le prix relatif de la production augmente plus vite que dans les autres pays (écart de 0,4 points par an avec l’Allemagne et de près d’un point avec la Belgique, l’Italie et les Pays Bas). Dans certains pays, la progression est toutefois du même ordre qu’en France (Autriche, Finlande, États-Unis) Peut on conclure  que l’indice de volume de la production, aurait été minoré de l’ordre de 0,1% par an entre 1995 et 2017 (et donc celui de la VA en volume de 0,25% par an), les prix des CI évoluant correctement ? Dans le cas où le prix de VA progresserait de +2,95% au lieu de +3,2% par an entre 1995 et 2018, la productivité horaire du travail ne diminuerait plus que de 2,5% par an au lieu de -0,5%.

Même si chaque logement est différent, le partage volume-prix serait quand même mieux fait depuis 2010 avec le changement de méthode du calcul de l’ICC (méthode « hédonique »), prenant en compte les normes thermiques dans l’indice de volume et non dans l’indice de prix.

  • Toutefois, tout en convergeant, les indices de prix de la production et de la CI de cette branche continuent d’augmenter différemment +1,32% par an an pour la production contre +0,87% pour la CI de la branche (écart de 0,45 points), ce qui est un signe d’une meilleure prise en compte de l’effet qualité. Alors que le premier était nettement supérieur au second entre 2000 et 2010 (écart de 0,9 points).
  • Mais la productivité horaire du travail augmente de 0,1% par an entre 2010 et 2018 contre +0,9% dans l’UE. L’écart s’accroît par rapport à la période 1995-2018. Certes la productivité du travail baisse aussi sur longue période en Italie (-0,8%) et en Espagne (-0,4%). Il reste qu’on ne sait pas si c’est l’indice du prix de la production qui est encore trop élevé ou bien les heures travaillées qui sont mal estimées, à moins que ce soit la réalité. On note d’ailleurs que l’investissement en machines et équipements par la branche construction progresse à peine durant ces 20 dernières années, comme en Espagne, alors qu’il augmente fortement dans les pays du Nord d’ l’Europe (doublement au Royaume Uni et en Suède).
  • Le partage volume-prix du génie civil (construction des infrastructures) reste très délicat.

 

 

 

4/ La baisse de la productivité horaire du travail depuis 2019 en France

° La productivité apparente du travail en France, mesurée comme le rapport du PIB à l’emploi exprimé en personnes physiques, a reculé de 3,5 % entre 2019 et 2023 alors qu’elle progressait de +0,5 à +0,6 % en moyenne par an entre 2011 et 2019. Ainsi, par rapport à sa tendance antérieure, la productivité en France accuse un retard d’environ 5,5 points en 2023. Un ralentissement de productivité s’observe ailleurs en Europe, à l’inverse des États-Unis, témoignant de facteurs communs européens comme le prix de l’énergie ou la dynamique d’innovation. Mais le décrochage de la productivité est de l’ordre de 1 point en Europe, ce qui suggère des causes spécifiquement françaises.

° Le PIB par heure travaillée et non par tête mesure la productivité du travail, et l’efficacité avec laquelle le facteur travail et d’autres facteurs de production sont utilisés dans le processus de production. Le facteur travail est le nombre total d’heures travaillées par l’ensemble des individus participant à la production. La productivité du travail ne reflète que partiellement celle exprimée en termes de capacités personnelles des travailleurs ou d’intensité des efforts accomplis par ces derniers. Le rapport entre la production et le facteur travail dépend pour une large part de la présence et/ou de l’utilisation d’autres facteurs (capital, facteurs intermédiaires, évolution technique ou organisationnelle, gain d’efficience, économies d’échelle, par exemple). Cet indicateur est mesuré en USD (prix constants 2010 et PPAs) et indices.

° Plusieurs explications de la perte de 2,3 points en France peuvent être avancées. L’enrichissement de la croissance en emploi et la baisse du chômage observés en France sur la période récente ont ainsi pu contribuer, pour près de 1 point à plus de 2,5 points, au décrochage de productivité. En particulier, le développement massif de l’alternance sur la période récente explique environ le quart de cet affaissement, tandis que l’essor de l’emploi non salarié semble jouer un rôle de moindre ampleur. Par ailleurs, des phénomènes propres à certains secteurs d’activité, notamment de rétention de main-d’œuvre ont aussi fortement contribué, pour un total de 1,3 à plus de 2 points. C’est en particulier le cas dans deux branches dont l’activité a été affectée par des chocs spécifiques à la France : l’énergie, où la production a souffert des fermetures de centrales nucléaires ; l’aéronautique, où les problèmes d’approvisionnement freinent toujours le retour à la normale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I – RAPPEL THÉORIQUE

Nous allons présenter les évolutions du  partage volume-prix en France et à l’étranger entre 1995 et 2018. Le calcul des indices de prix est parfois complexe dans les services modernes et dans l’économie numérique (qui regroupe les biens qualifiés de TIC, comme les ordinateurs et les services numériques, tels les logiciels ou télécommunications) du fait des produits nouveaux et de la mesure de l’effet qualité. On étudiera aussi les évolutions des prix de l’industrie et de la construction.

On rappelle que l’estimation du volume du PIB repose sur une formule de Laspeyres qui conduit à attribuer à des quantités élémentaires le prix qu’elles ont à une période donnée. Par ailleurs, l’amélioration de la qualité d’un bien doit se traduire par un surcroît de croissance du PIB en volume. Par exemple, un vêtement conçu avec un nouveau tissu de très bonne qualité, et vendu au même prix qu’un vêtement « classique », aura probablement une durée de vie plus longue. Le ménage qui achète le vêtement de très bonne qualité voit alors son utilité s’accroître avec l’arrivée du nouveau bien. Cette augmen­tation de l’utilité doit être transcrite dans une croissance du volume, le volume mesurant tout à la fois des évolutions de quantité et de qualité. Ces questions théoriques sont très importantes (voir page Mesure des volumes et des prix).

On se réfère ici aux séries volumes aux prix de l’année précédente chaînés (qu’on appellera souvent en volume, ou prix chaînés), dont la méthode est présentée dans la page Mesure des volumes et des prix. Nous essayons ici d’analyser les mécanismes de comptabilité nationale d’évolution des prix des agrégats. On s’intéresse aux ERE et aux comptes de production. Au delà d’une année, l’évolution de la VA, en volume et en prix, est ainsi obtenue comme enchaînement des indices annuels de la VA elle même. Elle ne résulte pas des résultats des enchaînements respectifs de production et de CI. Si on applique ces trois indices (de P, CI et VA) aux valeurs d’une année quelconque, un écart a évidemment toute chance d’apparaître entre les trois postes du compte de production. De même, la somme de la VA en volume des branches de l’économie n’est pas égale à la VA totale de l’économie en volume.  Compte tenu des sources disponibles (Eurostat distingue 7 branches tertiaires), nous les avons toutefois rendus additives pour le calcul du volume de l’ensemble de ces branches (voir la méthode certes imparfaite ci dessous). Les conclusions restent néanmoins valables.

La VA en volume est calculée par la méthode de la « double déflation » (différence entre la production et la CI en volume). Ce calcul est assez fragile car il est fondé sur des prix de CI estimés par la comptabilité nationale lors de l’élaboration des ERE. Ces prix de CI des produits ne sont pas toujours facilement estimés en volume dans plusieurs produits (matériels informatiques, logement, services aux entreprises,..). A fortiori, les prix des CI des branches sont encore plus fragiles car ils résultent des prix des CI de chaque produit, sans compter les arbitrages possibles lors de l’élaboration du TES. Par ailleurs, la mesure en prix courants de la CI par branche est elle même souvent plus fragile que celle de la production. Plus la VA est petite par rapport à la production et à la CI, plus les erreurs de mesure sur ces éléments, en particulier la CI, peuvent l’affecter fortement à prix constants [3]. Ce peut être le cas dans l’industrie, où la VA représente 30% de la production.

La publication en 2005 du manuel de partage volume-prix d’Eurostat, a largement contribué a faire avancer les choses même si l’Insee avait anticipé d’enquêter les prix du commerce extérieur des biens pour compléter les indices de prix de ventes. En même temps, il mettait en place des enquêtes d’indice de prix des services. Tout ce dispositif est devenu opérationnel vers la fin des années 2000, permettant à la fois de mieux estimer les indices de prix des CI des produits manufacturés et aussi de la production des services. Le manuel d’Eurostat de 2008 « supply and use tables », précisait, lui, que le calcul du PIB en volume doit privilégier l’approche « demande » des EREs. L’approche production du PIB global en volume (somme des VA et des impôts, nets des subventions, sur les produit) doit être ainsi calée sur le PIB global en volume de l’approche « demande ».

Au début des années 2010, les indices de prix des principaux agrégats des ERE étaient bien mieux connus en France que durant la décennie précédente. On pouvait s’appuyer sur les indices de prix à la production (IPP) dans l’industrie et dans de nombreux service, sur les indices de prix du commerce extérieur, (au lieu des indices de valeur unitaire peu fiables au niveau d’élaboration des EREs),  sur ceux de la consommation finale (IPC), voire ceux de la FBCF : indice du coût de la construction (ICC), etc… .

 

 

 

 

 

 

 

II – LES INDICES DE PRIX ET DE VOLUME DU TES FRANÇAIS ET DES TRE ÉTRANGERS SONT-ILS COMPARABLES ?

1/ Peut-on comparer les indices de prix français en branche pure et ceux des autres pays en secteur d’activité ?

La productivité horaire du travail est calculée dans les autres pays comme le rapport de la valeur ajoutée (VA) en volume des secteurs d’activité ou branches d’activités principales aux heures travaillées. En France il le numérateur est la la VA en branche pure.( voir page Tableau ressources emplois). Dans les autres pays, le secteur d’activité de l’industrie comprend par exemple 10% d’activités secondaires de services alors qu’en France la branche industrie est pure. Dans ce cas la  l’indice de prix de la branche (ou de volume) est égal à cleui du produit moyennant les ventes résiduelles et les transferts du vin.

Pour bien faire, ilaurait fallu en effet comparer les indices de prix relatifs de la production des produits  plutôt que ceux des branches.

  • D’une part, le Manuel d’Eurostat s’intéresse surtout à ceux-ci et non aux prix de la branche, encore moins à ceux de la valeur ajoutée [4].
  • D’autre part, les indices de prix des produits ne changent pas entre la méthode française du TES en branche pure et celle des TRE étrangers par secteurs d’activité alors que les indices de prix de production des branches ou des secteurs d’activité ne sont pas les mêmes dans les deux cas (voir ci-dessous).

Mais ces données font défaut sur longue période dans les bases internationales. On dispose toutefois des prix de production de la branche dans la base STAN (analyse industrielle) de l’OCDE.

 

 

 

 

2/ Un premier exemple fictif où l’économie comprend 3 grands secteurs d’activité

Connaissant les matrices de production, ainsi que les évolutions des prix de la production des branches – produits, on reconstitue les productions sectorielles en volume à partir des seuls éléments selon plusieurs méthodes (en appliquant d’abord les indices de prix des produits à la matrice de production de l’année (n+1) d’où on déduit des indices de volumes par secteur (partie gauche du tableau suivant)  ou bien calcul des indices de volumes soit à partir des structures de l’année (n) (méthode 1), soit à partir de structures de l’année (n+1) (méthode 2), soit à partir de nouvelles structures (NS) en appliquant à l’année (n) le différentiel de structure entre les deux matrices (méthode 3)

Nous voyons dans ce premier exemple qu’au niveau des 3 grands secteurs de l’économie (agriculture, industrie, services) les divergences d’indices de volume entre produits et secteurs d‘activités sont assez faibles sauf pour l’industrie qui diversifie sa production vers les services. Néanmoins, l’exemple fictif suivant montre que les choses ne sont pas aussi simples à un niveau détaillé de nomenclature.

Ainsi s’agissant des 3 grands secteurs de l’économie (agriculture, industrie, services) les divergences d’indices de volume entre produits et secteurs d‘activités sont assez faibles mais un peu moins pour l’industrie qui diversifie sa production vers les services. Les divergences sont nettement plus faibles pour les activités tertiaires qui ont une activité secondaire de produits industriels minime. Pour savoir si ce genre de souci serait rencontré souvent et dans de grandes ampleur, on regarde si la matrice Passage secteur-branche (PSB) est ou non très diagonale. Pour les secteurs/branches très diagonaux, les variations sectorielles devraient suivre à peu près les variations branches donc utiliser des indices branches pour estimer un volume en secteur ne doit pas être trop gênant.

Ce calcul est important car il me permet de savoir comment les autres pays font éventuellement les projections du TEI en volume. Ils peuvent être amenés à utiliser parfois la projection des coefficients techniques fautes de cadre achats sauf pour l’année de base.

tableau 10 exemple prix 3 grands secteurs d’activité

Exemple fictif montrant que pour l’industrie , les indices de prix et de volumes peuvent diverger entre secteur d’activité et branche pure

 

 

 

 

 

3/ Un second exemple fictif sur les activités de l’industrie automobile

En revanche, pour des secteurs industriels dans un niveau plus détaillé de la nomenclature, telle par exemple l’automobile, il peut y avoir des divergences plus prononcées entre les indices de volumes des productions sectorielles et par produits. Dans l’exemple fictif suivant, ont été inventées des entreprises appartenant à deux secteurs différents et produisant 4 produits différents. On a donc une invention de la situation à l’an 1 (2013) en valeur, une invention de la situation à l’an 2 (2014) en volume, sachant cette situation est inventée en tenant compte des indices de volume des « produits/branches » de l’an 2 et du passage secteur branche en valeur pour l’an 2 que l’on connaît (tableau suivant).

Connaissant ces matrices, ainsi que les évolutions des prix de la production des branches- produits, on reconstitue les productions sectorielles en volume à partir des seuls éléments selon plusieurs méthodes (en appliquant d’abord les indices de prix des produits à la matrice de production de l’année (n+1) d’où on déduit des indices de volumes par secteur ou bien calcul des indices de volumes soit à partir des structures de l’année (n) (méthode 1), soit à partir de structures de l’année (n+1) (méthode 2), soit à partir de nouvelles structures (NS) en appliquant à l’année (n) le différentiel de structure entre les deux matrices (méthode 3).

On détermine quelle est l’évolution en théorie de la production en volume de chaque secteur. Ainsi, pour le produit 29A, on connaît l’évolution en volume de la production du produit 29A (+4%) et on connait l’évolution en volume de la production de l’entreprise 1 en produit 29A (+2%). On en déduit l’évolution en volume de la production de l’entreprise 2 en produit 29A (+ 7,2%). Pour le produit 29B, on connaît l’évolution en volume de la production du produit 2 :(-0,4%) et l’évolution en volume de la production des entreprises 2 et 3 en produit 2 (respectivement +2% et -2%). On en déduit l’évolution en volume de la production de l’entreprise 4 en produit 29B (-1,3 %). Il en va de même pour les produits 45Z et 72M.

Puis on reconstitue les productions sectorielles en volume à partir des seuls éléments dont on dispose : passage secteur branche en valeur pour l’an 1, PSB en valeur pour l’an 2, indices de volume et indices de prix de chacun des produits/branches, sans connaître la décomposition par secteur de ces indices de volume et de prix.

On observe que l’indice de volume du secteur 29A progresse de  +3,15% contre +4% pour la branche. L’indice de volume du secteur 29B baisse de -1,7% contre une baisse de l’indice de branche de -0,4%.

Mais on peut aussi calculer les indices de volume de la production des secteurs d’activité en tenant compte des matrices de passage secteur branche des années 1 et 2 en valeur. Il apparaît de nouvelles évolutions que celles calculées précédemment

Sur cet exemple:

  • on devrait trouver une évolution en volume pour le secteur 29A de +3.2%. Or,  quelque soit la méthode on ne trouve jamais plus que +2.8%,
  • on devrait trouver une évolution en volume pour le secteur 29B de -1.7%. Or quelque soit la méthode on ne trouve jamais moins de -1,4%.

Le choix de la méthode a un certain impact sur le taux d’évolution calculé (écart de 0,04 pt pour la troisième méthode dans le produit 29B mais il est plus important pour les méthodes 1 et 2). De plus, si le signe est le même que pour les évolutions de la production des branches, l’ampleur des évolutions sectorielles est pour les deux secteurs sous-estimée.

tableau 10 indice prix branche secteur exemple numérique

Exemple fictif montrant que pour l’industrie automobile, les indices de prix et de volumes peuvent diverger entre secteur d’activité et branche pure

 

 

 

 

 

 

 

III – LES INDICATEURS RETENUS

On se réfère à trois indicateurs pour juger de la qualité du partage volume prix en France :

° Les prix relatifs de la valeur ajoutée (VA) et de la production des activités tertiaires,

° Les prix de la valeur ajoutée des activités tertiaires,

° Les gains de productivité du travail des activités tertiaires,

Il faut absolument se référer aux prix de production, autant qu’aux prix de VA.

En effet, les indices de prix de production des branches peuvent être mieux estimés car ils s’appuient sur les enquêtes d’abord dans l’industrie puis dans les services aux entreprises (Indice de prix de production) depuis la fin des années 2000. Mais ceux-ci sont un peu moins disponibles sur longue période que les prix de VA par pays.

En revanche, les indices de prix de VA sont à prendre avec quelque précaution car ils résultent de la méthode de la « double déflation ». Mais ce problème tend à s’estomper  : les indices de prix des CI par produits sont mieux estimés car les prix des importations et exportations sont progressivement enquêtés à la fin des années 2010, complétant ceux sur la production et la consommation des ménages. Il en résulte que les prix des CI des branches évoluent plus correctement. On vérifie cette hypothèse dans la construction.

Choisir la valeur ajoutée permet toutefois de faire la synthèse avec la productivité, puisque celle ci se retrouve au numérateur dans les deux séries (productivité et prix relatifs).

 

On commence donc ici par les prix de VA malgré leurs possibles imperfections. Dans la base de données d’Eurostat, la VA est agrégée en 10 grandes branches dont 7 branches tertiaires en plus de l’industrie, l’agriculture et la construction. Prendre 7 branches tertiaires est idéal pour une première approche. Les prix de la production des branches ne sont par ailleurs pas calculables à partir d’Eurostat, les pays ne transmettant pas les volumes de la production.

Mais du fait des divergences trop fortes entre les prix relatifs français de la VA tertiaire et ceux des autres pays suite à une estimation assez surprenante, non pas tant du volume de la VA des activités tertiaires, mais de la VA de l’industrie entre 1995 et 2007, nous avons consulté la base STAN (analyse industrielle) de l’OCDE [5]. Elle publie les productions en valeur et volume, donc les évolutions des prix, mais pas pour tous les pays de l’Europe. Cette base offre un découpage des activités tertiaires (commerces, services administratifs et d’assistance, santé,..) particulièrement intéressant.

 

De plus, quand des évolutions françaises sont divergentes comme c’est le cas du prix de la valeur ajoutée de la construction, nous avons regardé l’évolution du prix de la FBCF en construction qui lui est calculable à partir des données d’Eurostat. Ceci montre combien les calculs sont parfois délicats en se référant aux prix de valeur ajoutée. Aussi, les calculs de productivités du travail les complètent d’autant plus qu’ils se limitent à des variables absolues des branches tertiaires sans se référer aux évolutions des prix des biens.

 

Il reste à choisir quel indice de prix relatif et de productivité relative comparer à ceux des branches tertiaires :

° industrie-agriculture,

° industrie-agriculture-construction,

° ensemble des branches.

 

 

Comparer les prix et la productivité à ceux de l’ensemble de l’économie a moins de sens sachant que le tertiaire représente 80% de l’emploi et de la valeur ajoutée en 2017 en France. On donne cependant les principaux résultats pour nuancer ceux calculés en se référant à l’industrie-agriculture dans la base Eurostat et à l’industrie dans la base OCDE..

De plus, parce que les comptes de la construction semblent poser problème s’agissant du partage volume-prix (indice de prix relatif de la valeur ajoutée très élevé du fait d’un indice de prix des CI trop faible mais aussi d’un indice de prix relatif de la production plus fort qu’ailleurs alors même que l’indice du coût relatif de la construction n’est pas nettement supérieur à celui des autres pays), nous préférons comparer les évolutions des prix et de la productivité des branches tertiaires à ceux de l’industrie+agriculture en sachant toutefois que le prix de VA de ces derniers diminue en France en 2018 par rapport à 1995, phénomène qui n’est pas exceptionnel, mais qui est quand même assez rare en Europe (voir Désindustrialisation). Nous l’étudions ci dessous de manière détaillée.

 

Autre remarque, avec le chaînage, on sait que les séries en volume (prix chaînés d’une année de base) perdent la propriété d’additivité stricte. Hors les évolutions relatives de prix, quelle est la part de la valeur ajoutée de biens relativement aux services entre 1995 et 2017 ? Pour répondre à cette question, il faut choisir une année de référence pour fixer les niveaux de prix relatifs. En reprenant ensuite les seules évolutions en volume par branche et en recalant sur le volume total chaque année, on peut alors définir une part valeur ajoutée en volume et la faire évoluer au cours du temps. Naturellement, le chiffrage dépend directement de l’année de référence retenue pour les prix. On retient ici comme année 2010. Par définition, les valeurs ajoutées en volume de 2010 coïncident avec celles en valeur de la même année. Mais pour les autres années, elles dépendent des évolutions relatives des volumes. Par exemple, les prix chaînés n’étant pas équilibrés en 1995, on recalcule les valeurs ajoutées en volume de telle manière que la somme soit égale à 100 alors qu’en fait elle était égale par exemple pour la France à 101,5. Pour ce faire on divise toutes les valeurs ajoutées par 1,015. On fait de même pour les autres pays.

Sur le choix des périodes, nous avons pris outre 2017-1995 (disponibilité des séries sur la base Eurostat), 1995-2000, 2000-2007 (2000-2008 pour les prix relatifs), 2007-2010 (2008-2010 pour les prix relatifs), 2010-2018. En fait la croissance de la productivité du travail ralentit à partir de 2003 dans de nombreux pays telle la France [6]. En outre, la moindre croissance des prix relatifs tertiaires en France que dans l’UE commence non en 2007 mais en 2008. De même compte tenu de la baisse surprenante des prix relatifs tertiaires au Royaume Uni (RU), du fait des services aux entreprises, nous avons calculer les évolution des prix de l’UE y compris et hors RU. D’autant que le prix relatif du tertiaire évolue de manière erratique dans ce pays (graphique ci dessous).

 

 

 

 

 

 

 

 

IV – LE RALENTISSEMENT DES GAINS DE PRODUCTIVITÉ DU TRAVAIL EN EUROPE

1/ Tendances de la productivité à l’aide des principaux indicateurs des comptes nationaux dans l’UE

a) Principales tendances de la productivité du travail au niveau de l’ensemble de l’économie

À long terme, l’évolution du niveau de vie (PIB/habitant) reflète avant tout celle de la productivité par tête (PIB/emploi), outre celle du taux d’emploi par habitant. L.a productivité du travail rapporte la valeur ajoutée en volume aux heures travaillées ou parfois aux effectifs. Si l’on examine l’évolution de la productivité du travail dans l’UE, basée sur le PIB réel par personne employée et par heure travaillée, ainsi que le PIB par habitant, depuis 1999 (tableau suivant), la productivité du travail a montré une tendance globale à la hausse selon les deux indicateurs. Les augmentations de productivité ont été plus prononcées en fonction des heures travaillées que du nombre de personnes, les heures travaillées par personne ayant suivi une tendance à la baisse à long terme. Mais le fait marquant est le net fléchissement des gains de productivité horaire du travail depuis 1999 +1,5% par an entre 1999 et 2008 puis +1% entre 2008  et 2019 et enfin +0,5% entre 2019 et 2025.

En 2025, la productivité du travail par heure travaillée, – mesurée ici par le rapport PIB / heures travaillées et non par le rapport valeur ajoutée total / heures travaillées,-  dans l’UE a progressé de 1,4 %, après une hausse de 0,2 % en 2024 (tableau suivant). La productivité du travail par personne a augmenté de 1,0 % en 2025, contre 0,3 % en 2024, tandis que l’emploi total par habitant a progressé de 0,3 % en 2025, après une hausse de 0,5 % en 2024. Seule la durée du travail par personne employée a diminué de 0,3 % en 2025, après une hausse de 0,1 % en 2024. En comparaison, le PIB réel par habitant a progressé de 1,3 % en 2025, après une hausse de 0,8 % en 2024.

Principaux indicateurs de productivité du travail (PIB / heures travaillées), UE (taux de croissance annuel moyen ou variation en % par rapport à l’année précédente, 1999-2025)

 

 

b) Tendances de la productivité du travail au niveau des pays et par branches

La productivité du travail par heure travaillée a augmenté dans presque tous les pays de l’UE entre 1999 et 2025. Les plus fortes augmentations en pourcentage ont été enregistrées en Irlande et en Roumanie, Pologne et  Slovaquie. La France est parmi les pays où la croissance est assez faible (+0,8% par an entre 1999 et 2025) un peu au dessus de l’Espagne (+0,6%) et de l’Italie (tableau suivant). La croissance dans l’UE est de +1,2% par an mais +0,9% pour la zone Euro à peu près comme en France. Mais le plus significatif est la croissance en France de 2019 à 2025 : + 0,3% par an (contre +0,7% dans l’UE). La productivité horaire du travail décroit ainsi en France entre 2019 et 2024 ce qui n’est pas le cas de la plupart des pays et notamment de l’UE et de la zone Euro : respectivement +0,5% et +0,4% par an . La remontée en France en 2025 de +1,5% est à peine significative. Le faible taux de croissance en France depuis 1999 est une des principales caractéristiques de l’économie française.

La productivité du travail croît presque au même rythme en France et dans la zone euro pour l’ensemble des branches tertiaires hors activités immobilières. (+0,6% par an entre 1999 et 2025 contre +0,7% dans l’UE). Les évolutions ne changent quasiment pas si on calcule la productivité du tertiaire (y.c. activités immobilières). Mais ces gains ont ils un sens dans les activités immobilières, dont l’essentiel de la VA provient des loyers « imputés » que se versent à eux mêmes les propriétaires, et pour lesquels, les effectifs sont quasi inexistants ? Cette faiblesse des gains de productivité du tertiaire est aussi la cause essentielle de la dérive du prix de relatif des services.

Les gains de productivité sont plus élevés en France dans les Administration publique, défense, éducation, santé humaine et action sociale avant 2000 (0,6% par an entre 1999 et 2025 contre +0,2% dans l’UE). La méthode « output » n’est pas appliquée en France avant 2000 (calcul des indices de volume à partir d’indicateurs de quantité en essayant d’intégrer un effet qualité). Ainsi depuis 2010, les gains sont nettement plus élevés en France qu’en Europe.

Les baisses de productivité sont les mêmes en France et dans l’UE pour les « activités spécialisées, scientifiques et techniques; activités de services administratifs et de soutien »

Les gains de productivité des activités financières évoluent plus vite en France que dans l’UE, mais avec de fortes disparités (baisse en Allemagne, +1,5% par an en France).

Mais les gains de productivité sont beaucoup plus faibles  dans les branches du commerce, transport, hébergement et activités de restauration : +0,3% par an entre 1999 et 2025 (dont -0,8% par an entre 2019 et 2025) contre +1,1% dans l’UE (dont +0,5% par an entre 2019 et 2025). Une analyse ultérieure montre la chute spectaculaire dans le commerce tandis que les gains sont stables dans les transports et l’hébergement-restauration.

Entre 1999 et 2025.Les gains de productivité sont un peu moins élevés dans l’industrie et en France que dans les autres pays (respectivement +1,8% et 2,3% par an dans l’UE). Mais cette divergence ne concerne pas les pays qui l’entourent. Il en va de même pour l’agriculture (+1,5% en France contre +3,3% dans l’UE) ainsi que pour la construction où la productivité du travail décroît (-0,9% par an en France contre -0,6 % dans l’UE).

L’écart (un peu plus de 0,1 point entre 1999 et 2025) du total économie est beaucoup plus faible avec la zone Euro d’une part parce que la productivité des branches tertiaires évolue au même rythme (+0,6% par an), d’autre part parce que la productivité de l’industrie et l’agriculture évolue moins vite dans la zone euro que dans l’UE mais quand même plus qu’en France.

Enfin ce sont ces plusieurs branches (agriculture, industrie manufacturière, construction) qui expliquent la moindre croissance en France que dans l’UE entre 1999 et 2025. Certaines branches telles l’administration, la santé,.. et surtout le commerce, l’agriculture et l’industrie comme par exemple l’aéronautique entre 2019 et 2025 expliquent une quasi-stagnation en France (+0,3% par an) quand la productivité horaire du travail augmente de +0,7% par an.

tableau-12-productivite-travail-eurostat-base-2020-2 (1)

 

Productivité réelle du travail par heure travaillée  du total de l’économie (croissance moyenne par an en %)

 

Productivité réelle du travail par heure travaillée  de l’agriculture, forêts, pêche (croissance moyenne par an en %)

 

 

Productivité du travail par heure travaillée  de l’industrie manufacturière (croissance moyenne par an en %)

 

Productivité réelle du travail par heure travaillée de la construction (croissance moyenne par an en %)

 

Productivité du travail par heure travaillée du total des activités tertiaires hors immobilier (croissance moyenne par an en %)

 

Productivité du travail par heure travaillée du commerce, transport, hébergement et activités de restauration (croissance moyenne par an en %)

 

Productivité du travail par heure travaillée de l’information et communication (croissance moyenne par an en %)

 

Productivité du travail par heure travaillée des  activités financières (croissance moyenne par an en %)

 

Productivité du travail par heure travaillée des activités spécialisées, scientifiques et techniques; activités de services administratifs et de soutien (croissance moyenne par an en %)

 

Productivité du travail par heure travaillée de l’administration publique, défense, éducation, santé humaine et action sociale (croissance moyenne par an en %)

 

Productivité du travail par heure travaillée des arts, spectacles et activités récréatives; autres activités de services aux ménages (croissance moyenne par an en %)

 

 

 

 

 

 

 

c) Anatomie du ralentissement de la productivité en France depuis 2005

Selon le Conseil d’analyse économique (CAE), l’impression d’une productivité restée forte en France jusqu’en 2019 s’explique par un biais dans la composition de la population employée( https://www.cae-eco.fr/cap-sur-le-capital-humain-pour-renouer-avec-la-croissance-de-la-productivite) : le sous-emploi des moins qualifiés par rapport aux pays voisins. Les intégrer, à l’image d’autres pays, au marché du travail fait baisser mécaniquement la productivité. L’étude du CAE tient compte de ce biais et aboutit à une baisse relative de la productivité par rapport à l’Allemagne (d’environ 5%) et aux États-Unis (de 7%) entre 2003 et 2022.

Les effets de composition au sein de la population employée demandent une attention particulière car ils peuvent biaiser les comparaisons de productivité du travail : le sous-emploi des moins qualifiés en France par rapport à nos voisins crée l’illusion d’une productivité supérieure.  Une hausse du taux d’emploi d’un point de pourcentage réduit la productivité du travail de 0,5 %. En mesurant la productivité des personnes au chômage ou inactives en fonction de leur niveau de diplôme, une autre étude de la Direction générale du Trésor (DGT) estime que si le taux d’emploi de la France augmentait de 10 points, la productivité diminuerait de 2 % environ. On peut donc estimer que le biais de productivité est de l’ordre de 0,2 à 0,5 par point d’emploi, soit 0,35 en moyenne   Le taux d’emploi des 15-64 ans en France étant de 10 points en dessous de l’Allemagne (65 % contre 75 %),.

Les auteurs calculent l’évolution de la productivité ajustée en supposant un biais de 0,35 (au milieu des deux estimations ci-dessus) depuis 2005, soit une perte de 4 points par rapport à l’Allemagne et 6 points par rapport aux États-Unis.  Autrement dit, la productivité du travail mesurée baisserait donc de 2 à 5 % si la France atteignait le taux d’emploi de l’Allemagne. Le graphique suivant présente la productivité du travail ajustée – relativement à l’Allemagne et les États-Unis – en supposant ce biais de 0,35 et en utilisant les données harmonisées de l’OCDE pour mesurer les taux d’emploi, disponible à partir de 2003 pour la France et 2005 pour l’Allemagne.

En 2023, le nombre de personnes employées âgées de 20 à 64 ans dans l’UE s’élevait à 195 708 000, soit 75,3 % de l’ensemble des personnes de la tranche d’âge correspondante. Le taux d’emploi dans six pays de l’UE a dépassé 81 % en 2023 : les Pays-Bas arrivent en tête avec 83,5 %, suivis de la Suède (82,6 %), de l’Estonie (82,1 %), de la Tchéquie et de Malte (81,7 %) et de l’Allemagne (81,1 %). En revanche, la Roumanie (68,7 %), la Grèce (67,4 %) et l’Italie (66,3 %) ont des taux d’emploi inférieurs à 70 %. Ce taux d’emploi était de 74,4% en France soit plus que 7 points en dessous de l’Allemagne du fait des créations d’emplois sous-qualifiés importantes en France. Ainsi l’analyse du CAE s’applique en partie grande partie à la période 2019-2023.

Selon le CAE, la baisse relative de la productivité française par rapport à d’autres pays dont les États-Unis entre 2004 et 2019 a réduit le PIB d’environ 5,8 points. Ceci représente un manque à gagner pour le PIB d’environ 140 milliards d’euros en 2019, soit environ 65 milliards de recettes fiscales avec un taux de prélèvements obligatoires de 46 %, c’est-à-dire le même ordre de grandeur que le budget annuel du ministère de l’Éducation nationale (52 milliards d’euros en 2019, hors contributions aux pensions de l’État) et le service de la dette (40 milliards d’euros en 2019). Le décrochage de la productivité en France entraîne donc des conséquences importantes pour l’activité économique et les finances publiques en particulier depuis 2019.

Productivité du travail ajustée en France du taux d’emploi des États-Unis et de l’Allemagne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

V – … MAIS UN PHÉNOMÈNE GLOBAL

La productivité est mesurée en fonction des deux facteurs de production, le capital et surtout le travail [6] https://www.vie-publique.fr/eclairage/298437-productivite-ou-en-est-la-france-en-2025.

Elle se mesure :

  • en nombre de produits qu’une unité du facteur travail peut produire ;
  • en valeur (elle tient compte du prix de la production) ;
  • par heure de travail (le volume de production qui résulte en moyenne d’une heure de travail) ;
  • par tête (c’est la production annuelle par actif occupé).

La productivité du travail dépend de la qualification des salariés, de leur motivation, de l’organisation du travail, mais également du capital utilisé. Sur le long terme, la croissance est très largement liée à l’évolution de la productivité (elle-même liée au progrès technique et aux innovations), mais également du taux d’emploi, de la durée du travail, de la population.

La relation entre productivité et emploi n’est pas univoque. Une même production réalisée avec moins de main d’œuvre atteste d’une meilleure productivité. À l’inverse, la hausse de l’emploi est susceptible de diminuer la productivité moyenne de l’économie (notamment à cause de l’intégration de personnes plus éloignées du monde de travail). Pour autant, il ne faut pas non plus surestimer l’effet négatif à court terme de l’emploi sur la productivité. Une croissance riche en emplois a des effets positifs sur les comptes de la sécurité sociale et les recettes fiscales. Et, à moyen terme, les nouveaux entrants sur le marché du travail peuvent gagner en efficacité.

En 1987, l’économiste Robert Solow formulait ce qui est devenu le « paradoxe de Solow » : « Vous pouvez voir les ordinateurs partout, sauf dans les statistiques de la productivité« . Dès le milieu des années 1970 un ralentissement de la productivité du travail s’observe dans l’ensemble des économies développées. Il s’est même accéléré depuis la sortie de la crise financière de 2008 et concerne l’ensemble des indicateurs utilisés : indicateurs de productivité apparente (qui ne tient compte d’un seul facteur) du travail, du capital et indicateurs de productivité totale des facteurs.

Variation annuelle de la productivité globale en zone euro et aux États-Unis entre 1890 et 2015 en %

Les économistes expliquent difficilement ce ralentissement. Il s’avère que les nouvelles technologies du numérique apportent moins, ou moins facilement, des gains de productivité que les anciennes inventions, telles la machine à vapeur ou l’électrification. La liste des hypothèses formulées est longue, voici les plus couramment évoquées :

  • facteur temps : la diffusion des effets des innovations est lente. Comme l’électricité et l’invention de l’ampoule qui ont mis du temps à se diffuser, les technologies du numérique nécessiteraient plus de temps avant d’augmenter la productivité ;
  • problème de mesure : aux difficultés de mesure comme la juste prise en compte de l’amélioration de la qualité des nouveaux équipements s’ajouterait une harmonisation toujours insuffisante des approches comptables au niveau international ;
  • politiques monétaires : la surabondance de liquidités dans le cadre de la longue période de l’assouplissement quantitatif après 2008 (avec des taux parfois négatifs) aurait permis à des firmes peu productives d’emprunter et de survivre, pesant ainsi sur la productivité globale ;
  • manque de concurrence : la baisse des gains de productivité pourrait être liée à un déficit de concurrence dans de nombreux secteurs, dominés par de très grandes firmes, moins incitées à innover et améliorer leur productivité ;
  • recul du secteur industriel : l’industrie enregistre traditionnellement des bonnes performances en matière de productivité. Un recul de ce secteur serait ainsi un facteur qui pèse sur la productivité ;
  • problème de compétence : le niveau moyen de compétence de la population, y compris des managers, serait insuffisant pour exploiter le potentiel de la révolution numérique. Les résultats des élèves dans les évaluations PISA semblent soutenir cette hypothèse ;
  • inégalité croissante entre entreprises : les nouvelles technologies augmenteraient l’écart entre les entreprises les plus productives et les moins productives (touchées par une stagnation), ce qui pèserait sur la productivité globale.

 

 

 

1/ Un rebond inégal de la productivité par tête

Après une chute sévère en 2020 liée à la pandémie de Covid-19, la productivité apparente du travail a ensuite renoué avec la croissance pour la zone euro, et plus spécifiquement les grandes économies européennes à l’exception de la France, ainsi que pour les États-Unis.  Cependant, si l’économie états-unienne a rattrapé ses pertes, ce n’est pas le cas des économies européennes, à l’exception de l’Italie et du Royaume- Uni. Plus particulièrement, la France, l’Allemagne et l’Espagne – tout comme la zone  euro dans son ensemble – ont vu leur productivité par tête décrocher par rapport à la tendance pré-Covid. L’Allemagne a à peine atteint en 2023 son niveau de 2019 avant de connaître un retour à la baisse, baisse constatée également dans les autres économies européennes hormis en France où la productivité par tête stagne. De ce fait, la France n’a toujours pas retrouvé son niveau de productivité par tête de 2019. En 2023, celui-ci y était de 3,5 % inférieur à ce qu’il était en 2019. À l’inverse, l’Italie et le Royaume- Uni affichent une meilleure performance : même si leur productivité par tête est repartie à la baisse, ce sont les seules économies européennes à avoir dépassé le niveau d’avant la crise sanitaire [6] (https://www.strategie-plan.gouv.fr/files/files/Publications/2025/2025-04-14%20-%20CNP%20-%20Rapport/CNP-2025-Cinquième-Rapport-15avril.pdf).

Ainsi, comme le montre le graphique suivant, en 2023 la productivité apparente du travail par tête excède son niveau de 2019 de 1,1 % en Italie et de 0,6 % au Royaume-Uni, tandis que l’Allemagne, l’Espagne et la France se situent respectivement 0,6 %, 1,3 % et 3,5 % sous leur niveau de 2019. Par contraste, les États-Unis n’ont connu aucun décrochage. Non seulement le rythme tendanciel de croissance était déjà supérieur à celui des économies européennes depuis 2009, et s’est accéléré au lendemain de la crise du Covid-19 – passant d’un taux de croissance annuel moyen de 0,9 % sur la période 2010-2019 à 1 % sur la période 2019-2023 –, mais la productivité par tête états-unienne se situe désormais 5,3 % au-dessus de son niveau de 2019.

Les variations de la productivité apparente du travail par tête en 2023 confirment les performances relatives des pays depuis 2019 : après un rattrapage partiel en 2021 (+ 4,2 % après une chute de 7,4 %), la productivité par tête en France a très peu évolué (+0,2 % en 2022 et -0,1 % en 2023). Étant donné la mauvaise performance des autres grandes économies européennes, qui affichent toutes un recul en 2023, la France est, pour cette année-là, le pays pour lequel elle recule le moins. À titre de comparaison, le recul a été 1 % dans la zone euro. Ce constat est néanmoins à mettre en perspective avec la croissance de 0,3 % observée aux États-Unis.

Productivité par tête (indice base 100 en 2019

 

 

 

 

 

 

2/ Une évolution de la productivité horaire contrastée

Le constat est légèrement différent en ce qui concerne la productivité apparente du travail par heure travaillée. Premièrement, pour des raisons comptables, on ne retrouve pas la chute liée à la crise du Covid-19 en 2020 pour les économies  européennes. En raison du confinement et du chômage partiel, une grande partie des travailleurs s’est retrouvée toujours employée mais sans participer à la production, c’est-à-dire sans effectuer d’heures : le nombre d’emplois est donc resté stable, pour une production qui s’est effondrée, tandis que les heures travaillées ont également chuté, ce qui explique la relative stabilité de la productivité horaire des économies européennes.

Ensuite, l’Allemagne et l’Espagne, dont la productivité par tête était inférieure en 2023 à son niveau de 2019, ont une productivité horaire supérieure en 2023 à son niveau de 2019, respectivement de 1,6 % et 1,4 %. À l’inverse, la productivité horaire en Italie, après l’avoir dépassé, est redescendue sous son niveau de 2019 à hauteur de 0,3 %, alors qu’en termes de productivité par tête, l’Italie est la seule économie avec le Royaume-Uni à se situer au-dessus de son niveau de 2019.

Cependant, en ce qui concerne les États-Unis et la France, le constat reste le même : alors que les États-Unis connaissent une accélération de la productivité horaire, celle- ci s’établissant en 2023 à un niveau supérieur de 7,6 % à celui de 2019, la France  connaît un déclin puis une stagnation de sa productivité horaire, se situant en 2023 à 2,4 % sous son niveau de 2019. En effet, pour les États-Unis, la croissance de la productivité horaire a atteint 3,1 % en 2023 par rapport à 2022, tandis qu’en France    cette croissance n’était que de 0,2 %. L’Espagne (+0,6 %) affiche la meilleure performance des grandes économies européennes. De fait, comme pour la productivité par tête, la majorité des autres grandes économies européennes ont connu un recul de leur productivité horaire entre 2022 et 2023, allant de -0,4 % pour le Royaume-Uni à -1,4 % pour l’Italie (graphique suivant).

Productivité horaire (indice base 100 en 2019)

 

 

 

 

 

3/ Une hétérogénéité entre pays liée au temps travaillé mais aussi au taux d’emploi

Selon que l’on observe la productivité apparente du travail par tête ou par heure travaillée, le constat peut être très différent. De fait, dans la mesure où la productivité du travail correspond au ratio de la valeur ajoutée par la quantité de travail effectué, la mesure de ce dernier peut jouer un rôle dans l’évolution de la productivité du travail. À cette fin, Garnier et Zuber (2023) mettent en lumière la contribution de la progression du taux d’emploi au recul de la productivité française. Le taux d’emploi rapporte le nombre de personnes en emploi à la population totale. Dans U.E. des 27 pays ce taux est  de 70,8 % en 2024 pour les  15–64 ans en emploi. En France il est de  68,8% en 2024 et même de 69,3% en 2025 (graphique suivant).

Taux d’emploi des 15-64 ans en France depuis 1975 en %

 

 

Défendant que « une économie où seuls les individus les plus qualifiés seraient employés (les autres étant inactifs ou au chômage) serait faussement plus “productive” que les autres », ils proposent de ne plus rapporter le PIB à la seule population employée ou au total des heures travaillées, mais à la population en âge de travailler. Cette nouvelle mesure change le constat : de celui d’un recul de la productivité horaire française (-1,1 % par an entre fin 2019 et mi-2023), on passe à celui d’une légère augmentation de la production par personne en âge de travailler (+0,4 % par an sur la même période), mettant ainsi en lumière l’effet des évolutions de l’emploi et par conséquent du total des heures travaillées sur les variations de la productivité apparente du travail française. En corrigeant ainsi la mesure de la productivité apparente du travail, la spécificité française disparaît, reflétant le rôle joué par la hausse de l’emploi.

Le graphique suivant illustre le rôle joué par les variations des heures travaillées par travailleur, qui expliquent l’écart entre la productivité par tête et la productivité horaire. Ainsi, entre 2019 et 2023 la France connaît un net recul de la productivité apparente du travail, quelle que soit la mesure de productivité considérée. Du fait du recul des heures travaillées par travailleur sur la période (-1,1 %), la productivité horaire diminue moins que la productivité par tête.

Pour l’Allemagne et l’Espagne, ce phénomène explique que les deux mesures de la productivité n’évoluent pas dans le même sens. Pour les États-Unis et le Royaume- Uni, c’est le recul du temps de travail (respectivement -2,3 % et -0,9 %) qui explique la croissance de la productivité apparente du travail. Celle-ci apparaît plus forte lorsqu’on la rapporte aux heures travaillées que lorsqu’elle est rapportée aux actifs occupés. Enfin, l’Italie est le seul pays du champ d’étude pour lequel les heures travaillées par travailleur augmentent sur la période (+1,4 %). Par conséquent, alors que la productivité par tête croît sur la période, la productivité horaire diminue.

En définitive, la hausse du temps travaillé par travailleur fait plus que compenser la hausse de la productivité par travailleur. À l’inverse, dans les autres économies présentées dans le graphique suivant, c’est l’évolution du temps de travail qui accroît l’efficacité productive des travailleurs. La productivité des travailleurs rapportée au temps passé à travailler est plus grande que la productivité par têt

Contribution de la variation des heures travaillées par travailleur sur la mesure de la productivité apparente du travail : évolution entre 2019 et 2023 (en %)

 

 

 

 

 

VI – LES FACTEURS DE CE  FLÉCHISSEMENT DEPUIS 2019

Plusieurs causes ont été avancées dans la littérature pour expliquer le décrochage européen, comme les différences en matière de prix de l’énergie et d’orientation des politiques budgétaires, ou plus structurellement, les écarts d’investissement en recherche et développement (R&D) et en actifs immatériels, ou bien encore le niveau de régulation, pouvant être notamment le reflet de préférences différentes en matière de tolérance au risque. Ces problématiques étant largement communes à l’ensemble des pays européens, cette rupture de tendance observée en moyenne chez nos voisins, quelle qu’en soit sa cause, explique une partie du ralentissement français. Ici on reprend les analyses de la publication cu Conseil national de productivité (CNP) https://www.strategie-plan.gouv.fr/files/files/Publications/2025/2025-04-14%20-%20CNP%20-%20Rapport/CNP-2025-Cinquième-Rapport-15avril.pdf.

Il est aussi intéressant de voir quelles branches de l’économie sont concernées par la baisse (ou à la hausse) de la productivité horaire du travail. Les trois branches contribuant le plus fortement à la perte de productivité apparente de fin 2019 au premier trimestre 2024. sont le commerce, à hauteur de -1 point de pourcentage (pp), suivi de la construction (-0,9 pp) et des autres branches industrielles, dont la contribution est plus modique, à -0,3 pp. En revanche, parmi les contributeurs positifs à la productivité apparente du travail totale, on retrouve en premier lieu, avec +0,3 pp, les services aux entreprises, qui représentent 15 % de l’emploi total et dont la productivité apparente du travail est en hausse de 2,1 % sur la même période.  Vient ensuite la branche « information-communication » (+0,2 pp), dont l’amélioration de la productivité apparente du travail par tête est pourtant plus importante (+6,2 % entre fin 2019 et le premier trimestre 2024). Cela s’explique par le poids plus faible de cette branche (3 % de l’emploi) relativement aux services aux entreprises. par tête au quatrième trimestre 2019

 

 

 

 

1/ Le cycle conjoncturel explique en partie la baisse de productivité

Parmi les facteurs d’explication possibles de ce ralentissement de la productivité apparente du travail, il y a d’abord le facteur conjoncturel, comme en témoigne le taux d’utilisation des capacités de production.

Après avoir fortement chuté lors de la crise en 2020, le taux d’utilisation des capacités de production est remonté dans tous les pays à la fin de la période de confinement. Aux États-Unis, il surpasse ainsi dès la mi-2022 les niveaux atteints en 2019, avant de reculer ensuite et se stabiliser à un niveau encore élevé. En France et dans la zone euro, le taux d’utilisation des capacités retrouve son niveau d’avant-crise au même moment, avant de décroître également. Les niveaux atteints dans les pays européens (et dans la zone euro dans son ensemble) à la fin de 2023 et du premier trimestre 2024 étaient tous inférieurs de plus d’un point (Italie, Espagne) à près de 3 points (Allemagne, France) à leur niveau de fin 2019. Selon Askenazy (2024), sur l’ensemble du décrochage de productivité du travail en France par rapport à sa tendance d’avant-crise, environ 1 point est commun à l’ensemble des pays européens et peut s’expliquer par des facteurs partagés.

En France après un rattrapage consécutif à une forte chute de l’activité liée aux périodes de confinement lors de la crise du Covid-19 en 2020, le taux d’utilisation des capacités de production dans l’agriculture et l’agroalimentaire diminue depuis le dernier trimestre 2022. Après une légère remontée en 2023, ce taux est reparti à la baisse en 2024, atteignant les 77,2 % en juin 2024, en dessous des 81,6 % atteints en 2021, et des 79 % de février 2020, à l’aube de la crise. À titre de comparaison, la moyenne du taux d’utilisation des capacités de production dans l’agriculture et l’agroalimentaire entre 2010 et 2019 était de 79 %, soit près de 2 points de pourcentage de plus que la situation en juin 2024.

Il en va de même pour l’industrie, où la baisse est plus prononcée encore. Après un rattrapage similaire en 2021 à la suite de la chute de 2020, le taux d’utilisation des capacités de production est reparti à la baisse à compter de 2022. Par contraste avec l’agriculture, cette baisse est continue et atteint 5,5 points entre 2022 et 2024, le taux d’utilisation des capacités de production se situant à 74,5 % en juin 2024, bien en dessous des 77,9 % de moyenne entre 2010 et 2019.

Toutefois, cette composante conjoncturelle n’explique pas à elle seule les évolutions de la productivité de ces secteurs, mais elle en représente un des facteurs. Par ailleurs, cette baisse du taux d’utilisation des capacités de production n’est pas spécifique à la France. Il y a donc une spécificité française dans le décrochage de la productivité du travail depuis 2019 qui va au-delà de sa composante conjoncturelle. En outre, comme le secteur de l’industrie est composé de branches aux situations hétérogènes, il est utile d’examiner les évolutions de la productivité apparente du travail par tête en France à un niveau plus détaillé.

La France n’est pas le seul pays européen pour lequel la productivité apparente du travail décroche par rapport à sa tendance pré-Covid. C’est probablement en partie lié au tassement de l’activité, ainsi qu’en en témoigne l’évolution du taux d’utilisation des capacités de production commune à la plupart des pays européens discutée précédemment. Askenazy et al. (2024) estiment la perte de productivité du travail commune à la France et ses principaux partenaires européens à 1 point de pourcentage (par rapport à la tendance de 2011-2019, que ces auteurs utilisent comme référence). Au-delà de ce choc commun à tous les pays européens, il y a donc bien une spécificité française dans le décrochage de la productivité apparente du travail.

Taux d’utilisation des capacités de production (en %) : Europe et États-Unis

 

 

 

 

2/ Le sous-investissement en capital et en R & D : principal responsable de la faiblesse de la productivité européenne par rapport aux États-Unis

Plusieurs études récentes se sont penchées sur ce décrochage de la productivité du travail en Europe depuis la pandémie de Covid-19. Parmi elles, celle menée par Bock et al. (2024) de l’OFCE s’intéresse aux moindres gains de productivité en Europe par rapport aux États-Unis. Les auteurs expliquent ceux-ci par « une moindre intensité capitalistique en matériel des technologies de l’information et des communications (TIC) d’une part, et en actifs immatériels d’autre part ». À titre d’exemple, en 2019 la quantité de capital en TIC par emploi est cinq fois supérieure aux États-Unis par rapport à l’Europe, et trois fois supérieure en ce qui concerne le capital immatériel par emploi. Ces écarts ont pu induire au moins une partie du récent décrochage européen dans la mesure où « ces écarts béants en 2019 ne l’étaient pas autant en 2000 » . Mais, comme le soulignent Bock et al. (2024), ce gap d’investissement qui se cache derrière l’écart de productivité européen par rapport aux États-Unis ne date pas de 2019, mais est beaucoup plus ancien (voir page PIB mondial pays).

En ce qui concerne la R&D, Bergeaud (2024) met surtout en avant une politique d’innovation inadéquate, caractérisée par un sous-investissement dans la recherche et développement (R & D) de la part des entreprises européennes et une spécialisation dans la « middle-tech » plutôt que dans la « high-tech », porteuse de davantage de gains de productivité. Le sous-investissement européen dans la R & D se manifeste par un écart de taux d’investissement en R & D rapporté au PIB de près de 1 point entre l’Union européenne (avec 2,3 % en 2021) d’un côté et les États-Unis de l’autre (voir page Comptes de recherche développement). Quant à la spécialisation européenne dans la « middle-tech », comme l’automobile, la chimie et les transports, plutôt que la « high-tech », comme les logiciels, les ordinateurs et les biotechnologies, elle est visible dans la structure des investissements : plus de 50 % de l’investissement en R & D des entreprises européennes était situé dans le secteur « Fabrication de produits électroniques et optiques, d’équipements électriques, de véhicules automobiles et d’autres équipements de transport », contre seulement 30 % aux États-Unis. À l’inverse, seulement 9 % de l’investissement des entreprises européennes en R & D concernait les TIC, contre 27 % aux États-Unis. C’est ce qu(on peut qualifier de middle tech trap, correspondant à la spécialisation des entreprises européennes dans des technologies à plus faibles gains de productivité. Enfin, Bergeaud souligne également un manque de collaboration entre l’écosystème universitaire et les entreprises, ainsi qu’un système financier européen plus frileux qu’aux États-Unis à soutenir les innovations à haut risque, l’industrie du capital-risque y étant sous-développée.

 

 

 

3/ En France, la productivité apparente du travail par tête de certaines branches reste bien en deçà de son niveau pré-crise

Si l’on compare le premier trimestre 2024 au dernier trimestre 2019, la  productivité horaire du travail a diminué de 0,9 %. Examiner le détail au niveau des branches le niveau d’agrégation « A17 », permet de mieux  appréhender l’évolution de la productivité apparente du travail, et d’identifier les facteurs qui contribuent à sa baisse sur la période 2019-2024. Notamment, les branches de l’énergie (-14,1 % entre la fin 2019 et le premier trimestre 2024), de la construction (-13,4 %) et du commerce (-7,8 %) sont celles qui affichent un plus fort recul de la productivité sur la période. Parmi les  explications potentielles, il y a certainement l’impact de l’arrêt de certaines centrales nucléaires pour l’énergie et la baisse d’activité pour le secteur de la construction (dans un contexte de ralentissement de cette branche).

À l’inverse, hormis la branche « cokéfaction et raffinage », très volatile et dont le poids dans la valeur ajoutée totale est très faible (moins de 0,1 %), les branches de l’information-communication (+6,2 %), de l’agriculture (+3,8 %), des matériels de transport (+2,7 %) et des services aux entreprises (+2,1 %) sont celles qui affichent la meilleure performance en matière de productivité apparente du travail entre le dernier trimestre 2019 et le premier trimestre 2024. Avec l’hébergement-restauration (+0,7 %), ces six branches sont les seules sur dix-sept à afficher une évolution positive sur la période.

Pour savoir quel est l’impact réel de chacune de ces branches sur la productivité de l’ensemble de l’économie, il faut pondérer les variations de celles-ci par leur poids dans l’économie (que ce soit en matière d’emploi, de valeur ajoutée). De fait, une forte variation au sein d’une petite branche, comme pour la branche « cokéfaction et raffinage », aura un effet moindre qu’une plus petite variation dans une branche importante de l’économie, comme le commerce.

 

 

 

 

4/ La construction et le commerce sont les plus gros contributeurs au recul de la productivité

Pour obtenir la contribution de chaque branche au décrochage de la productivité apparente du travail de l’ensemble de l’économie, on pondère donc les variations de productivité par l’emploi (Encadré suivant).

 

 

 

a) L’effet intra – branche donne la contribution des évolutions de performance des branches

Le graphique suivant présente la contribution intra – branche de chacune des branches à l’évolution de la productivité apparente du travail de l’ensemble de l’économie.  Les deux branches contribuant le plus fortement à la perte de productivité apparente sont donc le commerce, à hauteur de 1 point de pourcentage, suivi de la construction (-0,9 point de pourcentage). Parmi les contributeurs positifs à l’évolution de la productivité apparente du travail totale, les services aux entreprises – qui représentent 15 % de l’emploi total et dont la productivité apparente du travail est en hausse de 2,1 % sur la même période de fin 2019 au premier trimestre 2024 – sont les plus importants, à hauteur de 0,3 point de pourcentage. C’est plus que la branche « information-communication » (+0,2 point de pourcentage), dont la hausse de la productivité apparente du travail par tête est pourtant plus importante (+6,2 %). Cela s’explique par un poids plus faible de cette branche (3 de l’emploi total) par rapport à celle des services aux entreprises. De même, alors que la branche « information-communication » a connu une évolution de sa productivité apparente du travail de même ampleur que celle du commerce, sa contribution est là encore moins importante car son poids dans l’emploi total est inférieur (3 % contre 15 %).

On comprend donc que les gains de productivité agrégés seront d’autant plus importants que des branches ayant un poids important dans l’emploi total gagnent en productivité et inversement. La contribution des services aux entreprises et du commerce à l’évolution de productivité globale est d’autant plus importante que ces branches représentent une part très significative de  l’emploi total. Inversement, les évolutions de productivité des matériels de transport et des services immobiliers ont peu d’effet sur la productivité apparente du travail globale, en raison de leur faible part dans l’emploi total.

Contribution de l’effet intra – branche à l’évolution de la productivité apparente du travail par tête de l’ensemble de l’économie française entre le quatrième trimestre 2019 et le premier trimestre 2024 (en %)

 

Effet intra – branche : évolution de la productivité par tête des branches entre le quatrième trimestre 2019 et le premier trimestre 2024, rapportée à leur poids dans l’emploi total au quatrième trimestre 2019

 

 

 

b) L’effet inter-branches reflète l’effet de composition sectorielle par l’emploi

La méthode de décomposition détaillée dans l’Encadré précédent permet également de distinguer, dans la contribution de chaque branche, ce qui est attribuable à l’évolution de la productivité pondérée par l’emploi (effet productivité intra-branche) et ce qui est attribuable à un effet de structure lié aux mouvements de l’emploi entre les branches  (effet emploi inter-branches). En effet, si des branches à haut niveau de productivité perdent du poids dans l’emploi, ou si des branches à faible productivité gagnent du poids dans l’emploi, les deux phénomènes étant souvent liés, alors l’effet sur la productivité de l’ensemble de l’économie sera négatif.

Des branches à haut niveau de productivité comme les matériels de transport, l’énergie ou encore l’information-communication voient leur importance dans l’emploi total diminuer, tandis que des branches ayant un niveau de productivité plus faible comme l’hébergement-restauration prennent de l’importance dans l’emploi total. Il en résulte un effet de composition sectorielle négatif : l’économie dans son ensemble est moins productive car les branches productives sont moins importantes, tandis que les branches peu productives prennent du poids.

Effets de structure : évolution du poids dans l’emploi des branches entre le quatrième trimestre 2019 et le premier trimestre 2024, rapportée à leurs niveaux de productivité

 

 

 

 

 

 

c) Des branches particulières expliquent la baisse de la productivité ou son infléchissement entre 2019 et 2024

1 – Le commerce

La branche contribuant le plus – négativement – à l’écart global de productivité est donc le commerce, à hauteur de -1,4 point. C’est surtout lié à un recul de la valeur ajoutée de cette branche (environ 1 point sur 1,4), en second lieu en raison d’un supplément de dynamisme de l’emploi, y compris l’alternance.

Ce recul de la valeur ajoutée dans le commerce peut être relié aux transformations en cours dans ce secteur, notamment la réorientation de la demande des ménages. Les volumes de consommation de certains produits fortement distribués par le commerce, en particulier les biens alimentaires, ont en effet baissé. De plus, le secteur est aussi marqué par le développement du commerce en ligne, un changement s’avérant en partie pérenne après la réouverture de l’économie post crise sanitaire . Des emplois excédentaires peuvent se maintenir durant la période de transition, un effet accru par le soutien public durant la crise sanitaire, qui a pu retarder des défaillances. Cela étant, les défaillances sont depuis reparties à la hausse et l’emploi salarié a en effet d’ores et déjà commencé à se replier dans le commerce de détail : début 2024, il diminue de 0,3 % sur un an.

Néanmoins la mesure de l’activité en volume dans la branche commerce est incertaine (voir page Mesure des volumes et des prix). Il n’existe en effet pas d’indicateur direct de prix du service de commerce. La baisse de volume d’activité de commerce retracée par les comptes nationaux reflète dès lors celle des volumes de produits consommés, laquelle renvoie à des baisses de « quantité » mais aussi de « qualité », par exemple l’achat de biens alimentaires d’une gamme inférieure. Cette approche conventionnelle de proportionnalité entre le service de commerce rendu et les volumes de produits, assez plausible en hypothèse générale, pourrait être moins robuste au cas d’espèce. Elle est dans tous les cas neutre sur le PIB : si un déflateur moins dynamique était retenu, cela augmenterait la valeur ajoutée dans le commerce mais diminuerait d’autant celle des autres branches. Au total, compte tenu de cette incertitude, un effet de rétention dans le commerce peut être appréhendé avec une fourchette large, entre 0 et au plus 1 point. Mais il semble plus vraisemblable qu’il soit d’un ordre de grandeur comparable à celui estimé dans l’aéronautique et l’énergie, soit 0,3 à 0,4 point de PIB.

 

 

 

2 – Les services financiers et ceux des  des administrations, santé, éducation,…

Dans les branches principalement non marchandes, la productivité par tête a reculé d’environ 1 % depuis 2019. Par rapport à la tendance moyenne depuis 2011, la productivité de ce secteur est en retard d’environ 3 points contribuant comptablement à hauteur de ‑0,6 point à la perte de productivité globale par rapport à sa tendance. Dans ce secteur, la productivité est notamment en recul dans la santé, en particulier hospitalière : le volume d’activité s’est effondré en 2020 (la crise sanitaire ayant entraîné de nombreuses déprogrammations de soins) et ne s’est que très partiellement rétabli depuis . La question se pose à ce stade de savoir si ce décrochage est spécifiquement français ou commun à tous les pays européens.

La décomposition fait par ailleurs apparaître une forte contribution négative des services financiers et des services immobiliers au décrochage de la productivité, apparue plutôt récemment. Dans les deux cas, la baisse de la valeur ajoutée semble conjoncturelle et liée à la situation du marché immobilier : le volume de crédit et le nombre de transactions reculent fortement depuis deux ans.

 

 

 

3 – L’aéronautique

Dans l’aéronautique, la production est très inférieure à son niveau d’avant-crise (de l’ordre de 15 %) et l’emploi n’a augmenté que sous l’effet de l’embauche d’ingénieurs et cadres probablement dans des activités R&D avec un effet très différé sur la production. L’ensemble de la filière est par ailleurs confronté à de fortes difficultés d’approvisionnement et les carnets de commandes sont jugés supérieurs à la normale. Le phénomène de rétention ne concerne pas cette seule branche comprenant l’aéronautique : selon l’enquête sur la filière aéronautique et spatiale dans le grand Sud-Ouest, l’ensemble des entreprises sous-traitantes (dont la plupart sont classées en « autres industries manufacturières ») sont concernées par ces phénomènes de rétention. Ainsi, il semble que l’on puisse, en borne haute, approximer la contribution de l’aéronautique à la chute de la productivité (y compris fournisseurs classés dans d’autres branches) par la réduction du solde du commerce extérieur en aéronautique entre 2019 et 2023 (-0,3 point de PIB). Les autres économies européennes sont nettement moins concernées par ce phénomène, l’aéronautique y jouant un rôle plus marginal

 

 

 

 

 

 

 

VII – QUASI STABILITÉ DE LA PRODUCTIVITÉ DU TRAVAIL EN FRANCE ENTRE 2019 ET 2025

1/Les évolutions de la productivité horaire du travail en France et dans les autres pays 

Plusieurs pays connaissent une hausse de la productivité horaire en 2020 par rapport à 2019, l’Allemagne et l’Espagne faiblement (moins de 2%), les États-Unis de plus de 7%. La France n’en fait pas partie. Sa productivité horaire connaît une baisse : elle se situe à 2,4% sous son niveau de 2019. Selon la Banque de France, elle s’explique en partie par la hausse du taux d’emploi. Plusieurs secteurs contribuent plus nettement au décrochage de la productivité apparente du travail totale, notamment le commerce, la construction et certaines branches industrielles. En revanche, une des rares branches à avoir enregistré une amélioration est celle des services aux entreprises.  La productivité française semble donc repartir sur une trajectoire durablement plus faible que la tendance observée avant la crise sanitaire.

Pendant la décennie précédant la crise sanitaire (2011 à 2019), les gains de productivité apparente du travail en emploi par tête se sont établis à 0,6 % par an en France. Mais depuis lors, la productivité a baissé en France, pour atteindre en 2023 un niveau inférieur de 3,5 % à celui de 2019 (deux graphiques suivants). En comparant le niveau de la productivité en 2023 à son niveau tendanciel, c’est-à-dire celui qui aurait été atteint si le ratio avait évolué depuis 2020 au rythme annuel moyen observé entre 2011 et 2019, le déficit de productivité est donc de l’ordre de 5,5 points. C’est cet écart que l’Insee tente d’ expliquer dans son étude [6]. Si ce repli pouvait trouver des explications pendant la phase de pandémie, où un écart était apparu entre productivité par tête et productivité horaire moyenne, sa persistance interroge : quelles en sont les causes sous-jacentes ?

Productivité du travail en volume horaire travaillé Base 100 en 2019, données trimestrielles corrigées des variations saisonnières (Dernier point : premier trimestre 2024)

Note : les courbes de tendance correspondent à l’évolution annuelle moyenne observée entre 2011 et 2019. L’agrégat « Zone Euro hors France » est construit en agrégeant les données de l’Allemagne, de l’Italie, de l’Espagne et des Pays-Bas.
Lecture : au premier trimestre 2024, la productivité du travail en France calculée comme le ratio du PIB et du volume horaire travaillé atteint 97,3, en base 100 en 2019. Ce niveau aurait atteint 103,0 si l’évolution annuelle depuis 2019 avait été celle observée en moyenne entre 2011 et 2019.
Source : comptes nationaux Insee, Destatis, Istat, INE, Statistics Netherlands

 

Les évolutions depuis 2019 marquent une rupture française au-delà de ce qui est observé ailleurs en Europe. Dans les autres pays européens comparables, la croissance de la productivité par tête a certes aussi un peu décru, mais elle se situe en 2023 environ 1 point en deçà de sa tendance pré-crise. Ce constat est valable aussi pour la productivité horaire. Il contraste avec les États-Unis : la productivité par tête en 2023 se situe 5 % au-dessus de son niveau de 2019.

Au total, environ un cinquième de la perte de productivité observée en France en 2023 par rapport au niveau de sa tendance est commun avec nos partenaires européens, pouvant renvoyer à des déterminants partagés. En revanche, il resterait environ 4,5 points de perte de productivité spécifiques à la France, et dont l’origine est à rechercher parmi des phénomènes nationaux.

Il faut de nouveau souligner que ce décrochage de la productivité s’accompagne en miroir d’un dynamisme exceptionnel de l’emploi : +6,1 % entre 2019 et 2023 contre +2,8 % en zone euro hors France. Dans le même temps, la croissance du PIB sur cette période a été voisine, à respectivement +2,4 % et +2,5 %. Ces évolutions conjointes peuvent être l’indice de politiques publiques priorisant le relèvement du taux d’emploi et la sortie d’une situation de chômage endémique, au prix d’une moindre performance au moins temporaire des gains de productivité.

 

 

Sur la décennie 2000-2010, la productivité augmentait en France de 0,85 % par an, avec une parenthèse lors de la crise de 2008-2009. Si cette tendance s’était poursuivie jusqu’en 2022, la productivité aurait donc progressé de 2,5 % environ depuis 2019. « L’économie a donc quasiment perdu 5,5 points de productivité en trois ans ». Si la baisse de la productivité est durable, cela induit moins de croissance, moins de revenus notamment au sein de l’entreprise, et donc moins de salaires à redistribuer (et aussi une croissance plus faible donc moins de recettes publiques). Il est difficile en effet pour une entreprise d’augmenter les rémunérations réelles – à partage de la valeur inchangé entre salaires et bénéfices –, si elle ne produit pas davantage. La chute de la productivité en France est d’ailleurs l’un des éléments qui expliquent pourquoi les salaires y évoluent moins vite, en termes réels, qu’aux États-Unis.

Daniel Cohen précisait que le progrès technique continue d’exister mais que la productivité du travail n’augmente quasiment plus. « Pour au moins 50% de la population, le progrès technique fonctionne comme un substitut. Les robots, ordinateurs, remplacent l’homme, ils ne décuplent plus sa force. Cet effet de substitution du numérique à l’emploi est fondamental. La distribution des bénéfices du progrès technique, en termes de capacité à accroître la productivité des gens, est beaucoup plus faible qu’au xxe siècle. Il en résulte une croissance atone. Les distributeurs automatiques de billets rendent les clients des banques plus efficaces, mais celui qui distribuait les billets a perdu son emploi. Il retrouvera un job utile, dans les services à la personne par exemple, mais pas plus productif.  Aujourd’hui, les emplois demandés sont ceux où on se trouve en face à face, où l’ordinateur n’accède pas.  « Au cœur des phénomènes actuels, il y a la substituabilité entre les robots et le travail humain. Ce n’est pas la même chose d’avoir des robots, comme aujourd’hui, et des gens dont la capacité de production est augmentée par le progrès technique, comme au xxe siècle. L’expansion technologique actuelle n’a plus la même signification au regard de la croissance ordinaire du PIB, en termes seulement monétaires…   On pense à une transition de l’emploi dans des secteurs au potentiel de croissance plus faible qu’au xxe siècle. Il y aura des infirmiers à domicile, des emplois dans les loisirs.» On retrouve ainsi certaines idées de Robert Gordon.

 

 

 

 

 

 

2/ Les multiples facteurs de la baisse de la productivité du travail en France depuis 2019

Il existe beaucoup d’études sur la baisse de la productivité du travail en France depuis 2019. Celles-ci mettent en lumière une multiplicité de facteurs dont le principal est peut être celui analysé ci-dessus à savoir les nombreuses créations d’emplois non qualifiés donc peu productifs.

 

 

a) Les analyses des entreprises et des économistes

1 – Le point de vue des entreprises

D’après une enquête menée par la Banque de France en 2023, les entreprises industrielles indiquent que l’amélioration de la productivité passe par une plus grande adéquation entre la main-d’œuvre et leur besoin, nécessitant des formations supplémentaires, ainsi que par des investissements plus massifs dans des équipements plus performants. La pénurie de main-d’œuvre qualifiée au sortir de la crise Covid associée à un manque de capacité financière ont freiné la productivité de l’industrie en France.

En 2023, divers facteurs ont affecté la quantité et la productivité des heures travaillées dans l’industrie manufacturière, notamment l’absentéisme et les emplois vacants. L’alternance a de nouveau progressé dans 27 % des entreprises, et la rétention de main-d’œuvre s’est accrue dans 11 % des entreprises.

Selon les déclarations des entreprises, la baisse de la productivité depuis 2019 découle de nombreux facteurs (cf. graphique 5a infra). Prédomine la hausse des coûts de production liée aux prix des matières premières et de l’énergie, citée par 92% des entreprises de l’industrie manufacturière, tandis que 40% d’entre elles citent également des difficultés d’approvisionnement en
intrants clés (jusqu’à 68% dans le secteur des matériels de transport et 67% dans le secteur des équipements électrotechniques). La hausse des coûts intermédiaires peut en effet réduire la part de la valeur ajoutée dans le chiffre d’affaires. Le secteur de l’industrie est particulièrement exposé aux variations de prix des matières premières et de l’énergie ainsi qu’aux chocs d’approvisionnement, car la production est plus intensive en intrants que dans les autres secteurs (hors services de transport, intensifs en énergie). De plus, les coûts des intrants sont peu ajustables par les entreprises, au moins à court terme.

Parallèlement, les entreprises ont souligné les problèmes de recrutement (81 %) ainsi qu’un manque de compétences (60 %) ou de qualification du personnel recruté (43 %).

Les principaux leviers d’amélioration de la productivité selon les entreprises sont une meilleure adéquation de leur main-d’œuvre et l’investissement dans des équipements plus performants (graphique suivant). Mais certaines s’estiment freinées par le manque de capacité financière, de compétences en interne ou encore l’incertitude réglementaire pour passer à la mise en œuvre.

 

 

2 – L’analyse des économistes de l’Insee

Au total, sur les 5,5 points de décrochage de productivité par rapport à sa tendance d’avant-crise, les facteurs listés permettent d’en expliquer entre 3,2 et 7,0 points. Le haut de fourchette est ainsi supérieur au phénomène à expliquer, suggérant que les effets maximaux ne peuvent valoir pour chacun des effets, que certaines explications se recoupent ou que des facteurs, jouant potentiellement dans l’autre sens, paraissent de nature pérenne. L’Insee conclut que les facteurs identifiés rendent compte de la plus grande part du phénomène :

  • environ 1 point est commun à l’ensemble des pays européens et peut s’expliquer par des facteurs partagés ;
  • environ 2 points proviennent des effets de composition de la main-d’œuvre, la forte hausse de l’emploi récente s’étant traduite par un enrichissement de la croissance en emploi ;
  • environ 1,5 point provient d’effets sectoriels spécifiques, y compris certains phénomènes de rétention propre à la France ; dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, certains secteurs ont fait le choix de conserver leurs effectifs durant les phases plus creuses pour pouvoir répondre à la demande au moment du rebond de l’activité. Quatre secteurs en particulier ont opté pour des rétentions potentielles de main-d’œuvre : la fabrication de matériel de transport, la construction, l’hébergement-restauration et l’information-communication;
  • environ 0,5 point proviendrait d’autres facteurs et seul 0,5 point resterait inexpliqué.

La majorité de ces facteurs explicatifs (alternance, recomposition de la croissance en emploi, entretien plus fréquent des centrales nucléaires, régularisation de l’emploi non déclaré) paraissent de nature pérenne. Certains comportements de rétention pourraient n’être que transitoires, et se dénouer pour partie par rattrapage de la valeur ajoutée, pour partie par baisse des effectifs. Au total, pour l’avenir, une hypothèse plausible mais incertaine est le retour à des gains de productivité plus proches de la tendance antérieure, sans rattrapage de la totalité de la productivité perdue en niveau.

 

 

 

 

b) La composition de l’emploi

Ils y auraient 4 ou 5 facteurs expliquant la baisse en France. D’abord les effets de composition de la main-d’œuvre pourraient expliquer entre 0,9 et 2,7 points du décrochage de productivité.

 

1 – La hausse du nombre d’alternants

Néanmoins, un fait marquant distingue la France des autres pays européens : le recours massif aux contrats d’apprentissage à partir de 2020. Cette mesure phare a soutenu l’entrée des jeunes sur le marché du travail. Selon la DARES, 852 000 contrats d’apprentissage ont été initiés en 2023 dans les secteurs privé et public, représentant une augmentation de 2% par rapport à 2022. Au total, 1 020 000 contrats d’apprentissage étaient en vigueur au 31 décembre 2023. Le nombre d’alternants (contrats d’apprentissage et de professionnalisation) a augmenté ainsi de 60 % entre 2019 et 2023.

Évolution du nombre de contrats d’apprentissage

 

 

 

Les alternants représentent 3,5 % des personnes en emploi en 2023 contre 2,3 % en 2019. La hausse de l’alternance a ainsi contribué pour +1,2 point à la croissance de l’emploi entre 2019 et 2023 (+6,1 %). Le développement de l’alternance se traduit mécaniquement, étant données les conventions actuelles de mesure de la comptabilité nationale, par un ralentissement de la productivité. En effet, un alternant n’est pas présent à 100 % en entreprise alors qu’il est comptabilisé toute l’année dans l’emploi. Au-delà de cet effet comptable, la faible ancienneté des alternants dans les entreprises peut également être un facteur de plus faible productivité de ces derniers, relativement aux non alternants ; enfin, l’apprenti nécessite le plus souvent un accompagnement par un maître d’apprentissage. Selon différentes hypothèses, le développement de l’alternance contribuerait ainsi à hauteur de entre 0,9 point et 1,2 points à l’écart de la productivité au niveau qu’elle aurait atteint en poursuivant sa tendance pré-crise sanitaire.

Au 3e trimestre 2022, la productivité par tête des branches marchandes non agricoles est bien en deçà de son niveau pré-crise
(-3,0 % par rapport au 4e trimestre 2019). Elle est également nettement inférieure à la tendance qui prévalait avant la crise (-6,4 %) ; entre 2010 et 2018, le rythme de la productivité tendancielle se situait autour d’1 % par an. La productivité horaire se situe également très en deçà de sa tendance antérieure, alors qu’elle avait connu des évolutions opposées à celle de la productivité par tête durant la crise en raison d’effets prononcés de composition sectorielle selon une étude la DARES https://dares.travail-emploi.gouv.fr/sites/default/files/13a185dc0db8392304d42d8fd5948f41/Dares_Fovus5_Impact-hausse-alternance-sur-productivite.pdf.

La hausse du nombre d’alternants, a priori moins productifs que le reste des personnes en emploi car étant plus jeunes, moins expérimentés et travaillant un volume d’heures plus faible du fait de leur temps de formation, est une des causes possibles de la baisse récente de la productivité du travail . À la suite de la loi de 2018 pour « la liberté de choisir son parcours professionnel » et de la mise en place, à l’été 2020, de mesures exceptionnelles dans le cadre du plan « 1 jeune, 1 solution », le recours à l’alternance augmente dès la rentrée 2019 (graphique suivant) : au 3e trimestre 2022, 1,1 million de personnes sont concernées (dont 87 % en contrat d’apprentissage), soit une hausse de 400000 par rapport à fin 2018. En conséquence, la part de l’alternance dans l’emploi salarié s’accroit, pour atteindre 4,0 % au 3e trimestre 2022 (contre 2,7 % fin 2018).

Nombre d’alternants et part dans l’emploi salarié

Pour mesurer l’effet de cette forte croissance de l’alternance sur la productivité, il convient de prendre en considération la déformation de la composition de la main-d’œuvre entre les alternants et les autres salariés. Dans cette perspective, un niveau d’emploi salarié « ajusté de la qualité » est estimé, ce qui permet d’en déduire une une productivité ajustée correspondante En « ajustant de la qualité » de la force de travail, la productivité par tête au 3e trimestre 2022 serait 1,3 point au-dessus du niveau observé (graphique suivant). Ainsi, depuis 2019, l’effet de composition lié à la croissance de l’alternance jouerait à hauteur d’un cinquième de l’écart entre la productivité du travail par tête et sa tendance antérieure à la crise sanitaire.

Productivité du travail par tête et productivité « ajustée de la qualité »

 

 

2 – La composition de la main‑d’œuvre

Autre effet, en supposant une élasticité de l’ordre de un quart à un tiers, la hausse de l’emploi salarié marchand hors alternants et l’évolution de la composition de la main‑d’œuvre (l’augmentation proportionnellement plus forte de l’emploi moins qualifié, pour 1,4 pp, la croissance de l’emploi des seniors, baisse du chômage et la hausse des taux d’activité ayant concerné en premier lieu les personnes les plus éloignées du marché du travail,…) se serait traduite par une contribution à la baisse de productivité d’ensemble de l’ordre de -0,7 à -0,9 point. Ces facteurs  sont cependant en partie positifs : ils traduisent davantage une orientation des politiques publiques en faveur de l’emploi – avec une très bonne résilience de celui‑ci – plutôt qu’une diminution du potentiel de création de richesse de la France. Cet effet d’enrichissement de la croissance n’est toutefois pas nécessairement spécifique à la France, car d’autres pays européens (en particulier l’Espagne et l’Italie) ont connu un recul important du chômage sur la période, même si la progression de l’emploi est significativement plus forte en France. Une fourchette de 0 à 0,9 point peut ainsi être retenue.

 

 

 

 

c) Le maintien ou la création d’entreprises peu productives

1 – les entreprises « zombies »

La baisse de la productivité du travail en France pourrait s’expliquer d’abord par les entreprises « zombies » : il faut entendre des entreprises non viables qui ne survivent qu’à grand renfort d’aides et de prêts bancaires déployés pendant la crise sanitaire. Fonds de solidarité des entreprises, prêts garantis par l’ºtat (PGE), reports des dettes fiscales et sociales… L’OCDE indique qu’il s’agit d’une entreprise dont le revenu opérationnel est insuffisant pour couvrir sa charge d’intérêts pendant trois années consécutives.

On propose ainsi comme explication à cette baisse de la productivité du travail les nombreuses aides accordées au moment de la crise du Covid, peut être plus que dans les autres pays. Elles auraient permis aux entreprises peu productives (entreprises « zombies« ) de se maintenir sur le marché (voir page Financiarisation). Ces entreprises sont, en moyennemoins productives et innovantes que les autres firmes. Dans ce contexte, la question de la pertinence du soutien public, par exemple via des prêts garantis, à destination de ces entreprises se pose. Certains économistes plaident pour une restructuration immédiate et une liquidation des entreprises trop fragiles.

Les entreprises zombies occupent aujourd’hui une place plus importante que par le passé dans les pays développés. Selon des estimations, qui retiennent uniquement les entreprises cotées (nombre d’entreprises zombies cotées sur le total des entreprises cotées), leur part atteindrait 15% en 2017 contre environ 4% à la fin des années 1980. Au cours des trois dernières décennies, cette proportion a eu tendance à progresser à la suite de crises avant de baisser les années suivantes. Le phénomène de « zombification » serait par ailleurs devenu plus persistant.

On peut penser qu’après une année de crise sanitaire qui a vu l’État déverser beaucoup de liquidités, ce taux a pu dépasser les 15%.  Ce ne serait pas irréaliste car une étude finlandaise récente avait calculé qu’à l’issue de toutes les grandes crises économiques et financières de ces vingt dernières années, environ 17 % de sociétés disparaissaient selon plusieurs modalités : faillites, cessions et fermetures. La crise de la Covid ayant été particulièrement brutale, un taux de 20 % est plausible.

Quatre phénomènes sont à l’œuvre. Le premier concerne la forte baisse des taux d’intérêt payés par les entreprises sur leur dette, ces taux étant passés de 4,3 % du PIB de l’OCDE en 2008 à 1,5 % actuellement. La remontée de l’inflation en cours, et donc des taux d’intérêt, pourrait mettre en danger beaucoup d’entreprises, y compris des États (voir page Reprise économique fragile). Le deuxième est lié à l’action des banques centrales qui n’ont pas hésité à racheter de la dette en émettant ex-nihilo des montants énormes de liquidités. Ce qui conforte le risque d’inflation précité.

La troisième raison, très française, est le niveau trop élevé du BFR (besoin en fonds de roulement) et la faible rentabilité moyenne des entreprises issue de charges fixes importantes, de postes clients et fournisseurs peu négociables et de la fiscalité importante pesant sur les entreprises. Enfin, la quatrième raison est le fait que, sous la pression des crises des dix dernières années, la notation minimale (Banque de France) autorisant un concours bancaire a été abaissée (à la note 5 + qui est l’apanage de sociétés fragiles) : l’accès au PGE très soutenu par l’État a rendu théoriquement éligibles 80 % des entreprises. Les autres 20 % sont donc, de fait, considérées comme des zombies.

Il reste que la situation financière des sociétés non financières (SNF) européennes s’est globalement améliorée depuis la crise de 2008, au regard de leur taux d’endettement. Celui-ci a baissé dans quasiment tous les pays européens (sauf en France), après une forte hausse avant la crise de 2008. Ce constat d’amélioration vaut jusqu’en 2019. En 2020, la dette des SNF est repartie à la hausse, et ce sensiblement, dans le contexte de la crise, en lien notamment avec les larges garanties d’État mises en place par les gouvernements. Une partie de la hausse de la dette des SNF européennes en 2020 est à corréler dans certains pays, notamment en France, avec la hausse concomitante des dépôts, certaines entreprises ayant thésaurisé ces financements pour faire face à des dépenses ultérieures.

 

 

 

 

 

2 – Les créations de nombreuses petites entreprises et l’explosion des non-salariés

La démographie d’entreprise est un terme utilisé pour étudier les caractéristiques de la population des entreprises. La création (ou la naissance)  de nouvelles entreprises et la fermeture  (ou décès) d’entreprises sont des indicateurs importants de la dynamique des entreprises. En 2021, le taux de création d’entreprises dans l’UE (le nombre de naissances en pourcentage du nombre d’entreprises actives) dans l’économie marchande était de 10,7 % dans l’UE. Ce  taux variait de 20,2 % en Lituanie à 3,1 % en Estonie. Mais il était aussi très élevé en France (16,7%).

Les décès d’entreprises concernent la fermeture définitive d’une entreprise. En 2021, le taux de mortalité  dans l’économie des entreprises de l’UE était de 8,5%, allant de 23,4 % et 22,6 % en Estonie et en Lituanie respectivement, jusqu’à 2,2 % en Grèce. L’écart entre les taux de natalité et de mortalité des entreprises en 2021  était de loin le plus important en Estonie, avec un taux de mortalité  supérieur de 20,3 points de pourcentage au taux de de naissance. En revanche, à Malte, le taux de création d’entreprises était supérieur de 9,2 points au taux de mortalité.

Avec l’introduction du statut d’auto-entrepreneur en 2008, la part de l’emploi non salarié dans l’emploi total a augmenté, passant de 8,7 % à 11,0 % de l’emploi en quinze ans. Cet essor de l’emploi non salarié est de nouveau spécifique à la France : entre 2019 et 2023, l’emploi non salarié y a progressé de 13 % alors qu’il a reculé en Allemagne et en Italie et a progressé deux fois moins vite en Espagne (second graphique suivant). La plupart des micro-entrepreneurs, même parmi ceux qui ne sont pas multi-actifs, occupent un emploi avec une faible activité et un faible revenu d’activité, en moyenne 740 euros par mois en 2021. Or, la part de micro-entrepreneurs dans l’emploi non salarié a augmenté rapidement et représente l’essentiel des créations d’emplois non salariés depuis 15 ans.

L’essor de l’emploi non salarié sur la période contribuerait  pour -0,6 point environ à l’écart de la productivité d’ensemble à son niveau pré-crise sanitaire. Cependant, la baisse de la productivité des non salariés était déjà à l’œuvre sur la décennie précédente et ne s’accentue pas. Autrement dit, si le développement de l’emploi non salarié pèse sur les gains de productivité, il ne semble pas être un facteur déterminant du décrochage de la productivité d’ensemble par rapport à sa tendance 2011-2019.

Au niveau du l’UE, on observe une hausse de la part des non salariés en France entre 2000 et 2024  dans des branches comme la construction ou le commerce-transport-hébergement, ceux là mêmes où la productivité du travail augmente faiblement voire diminue comme dans la construction. À tel point que la part des non salariés tend à rejoindre celle de l’UE dont la part diminue de 4 points entre 2000 et 2024 alors qu’elle augmente de 2,5 points en France (tableaux suivants). Il s’agit d’une évolution importante en termes d’emplois.

Évolution de l’emploi non salarié en personnes physiques base 100 en 2019, données trimestrielles corrigées des variations saisonnières

 

Tableau 10 non salariés eurostat

Part des indépendants dans le total de l’emploi en milliers en 2000 et 2024 en %

 

 

 

 

d) Des rétentions de main‑d’œuvre dans certains secteurs,

Au-delà des phénomènes évoqués et pouvant affecter l’ensemble de l’économie, des facteurs spécifiques à certaines branches d’activité peuvent être identifiés, notamment de rétention de main-d’œuvre. Ils expliqueraient entre 1,3 et 2,3 points de perte de productivité. Le graphique suivant suggère que ce peut être le cas pour l’aéronautique, l’énergie, le commerce et les services non marchands.

Lorsque le recul observé de la productivité provient d’un choc identifié sur le numérateur (la production) et d’un emploi (au dénominateur) plus ou moins stable ou faiblement croissant on peut s’interroger sur l’existence de phénomènes de rétention de main-d’œuvre : confronté à un choc jugé temporaire, les entreprises conservent leur personnel pour répondre à une hausse future de la demande. Ces types de phénomènes seraient avérés dans deux secteurs industriels particuliers, qui comportent par ailleurs peu d’apprentis et de non-salariés ce qui rend les effets calculés directement sommables avec ceux précédemment mis en exergue.

Dans l’aéronautique, la production est très inférieure à son niveau d’avant-crise (de l’ordre de 15 %) et l’emploi n’a augmenté que sous l’effet de l’embauche d’ingénieurs et cadres probablement dans des activités R&D avec un effet très différé sur la production. L’ensemble de la filière est par ailleurs confronté à de fortes difficultés d’approvisionnement et les carnets de commandes sont jugés supérieurs à la normale. Le phénomène de rétention ne concerne pas cette seule branche comprenant l’aéronautique : l’ensemble des entreprises sous-traitantes (dont la plupart sont classées en « autres industries manufacturières ») sont concernées par ces phénomènes de rétention. Ainsi, il semble que l’on puisse, en borne haute, approximer la contribution de l’aéronautique à la chute de la productivité (y compris fournisseurs classés dans d’autres branches) par la réduction du solde du commerce extérieur en aéronautique entre 2019 et 2023 (-0,3 point de PIB). Les autres économies européennes sont nettement moins concernées par ce phénomène, l’aéronautique y jouant un rôle plus marginal.

Dans l’énergie, la valeur ajoutée se trouve en 2023 toujours très en deçà de son niveau d’avant-crise (de l’ordre de 15 %),ce qui contribue comptablement à une perte de productivité agrégée de l’ordre de -0,4 point. La baisse de production entre 2019 et 2023 reflète l’indisponibilité structurellement plus fréquente des centrales nucléaires et la fermeture, dans l’intervalle, des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim. En outre (et plus marginalement), le remplacement du gaz russe par du gaz naturel liquéfié (GNL), plus complexe à traiter, se traduit par une baisse structurelle en volume de la valeur ajoutée de la branche distribuant du gaz. Ces soucis n’existent pas aux États-Unis. La contribution de -0,4 point serait ainsi pour -0,25 point pérenne et pour -0,15 point transitoire. Si le gaz peut concerner tous les pays, la question de la production électrique apparaît comme spécifiquement française.

La branche contribuant le plus – négativement – à l’écart global de productivité est le commerce, à hauteur de -1,4 point. C’est surtout lié à un recul de la valeur ajoutée de cette branche (environ 1 point sur 1,4), en second lieu en raison d’un supplément de dynamisme de l’emploi, y compris l’alternance. Ce recul de la valeur ajoutée dans le commerce peut être relié aux transformations en cours dans ce secteur, notamment la réorientation de la demande des ménages. Les volumes de consommation de certains produits fortement distribués par le commerce, en particulier les biens alimentaires, ont en effet baissé. De plus, le secteur est aussi marqué par le développement du commerce en ligne, un changement s’avérant en partie pérenne après la réouverture de l’économie post crise sanitaire. Des emplois excédentaires peuvent se maintenir durant la période de transition, un effet accru par le soutien public durant la crise sanitaire, qui a pu retarder des défaillances (voir ci-dessus). Cela étant, les défaillances sont depuis reparties à la hausse et l’emploi salarié a en effet d’ores et déjà commencé à se replier dans le commerce de détail : début 2024, il diminue de 0,3 % sur un an.

 

 

 

 

e) La délicate mesure des prix des activités tertiaires

Néanmoins la mesure de l’activité en volume dans la branche commerce est incertaine. Il n’existe en effet pas d’indicateur direct de prix du service de commerce (voir page Mesure des volumes et des prix). La baisse de volume d’activité de commerce retracée par les comptes nationaux reflète dès lors celle des volumes de produits consommés, laquelle renvoie à des baisses de « quantité » mais aussi de « qualité », par exemple l’achat de biens alimentaires d’une gamme inférieure.

De même dans la la santé, la productivité est notamment en recul dans la santé, en particulier hospitalière : le volume d’activité s’est effondré en 2020 (la crise sanitaire ayant entraîné de nombreuses déprogrammations de soins) et ne s’est que très partiellement rétabli depuis. La question se pose à ce stade de savoir si ce décrochage est spécifiquement français ou commun à tous les pays européens. Mais de nouveau se pose la question de la mesure du partage volume prix de la production et donc de la valeur ajoutée (voir page Compte de la santé).

 

 

 

 

f) L’emploi non déclaré pourrait avoir reculé

L’inexpliqué en matière de productivité pourrait a priori recouvrir une question de mesure de l’emploi, en particulier de l’emploi non déclaré. En France, les statistiques de l’emploi salarié ainsi que sa mesure dans les comptes nationaux, sont construits à partir des sources administratives (déclaration sociale nominative). Si une partie de l’emploi non déclaré a été régularisé sur la période, cela conduit à amplifier la hausse apparente de l’emploi, et à abaisser la productivité mesurée.

La comptabilité nationale rend compte de l’emploi total et comprend une estimation de l’emploi non déclaré, par nature imprécise : en France, on estime qu’environ 1 million de personnes effectueraient des heures non déclarées sans occuper un emploi déclaré par ailleurs, soit environ 3 % de l’emploi (voir page PIB mondial par pays).

La crise sanitaire a pu révéler et accroître les coûts associés à la non déclaration, notamment car une grande partie des aides sont versées sur la base des déclarations. De plus, certaines études étrangères mettent en évidence une baisse assez marquée de l’emploi non déclaré sur la période récente : c’est le cas en Italie où l’INS estime qu’il est passé de 12,6 % de l’emploi total en 2019 à 11,3 % en 2021 (soit un recul de plus de 10 %). De même, en Espagne, le dynamisme marqué des créations d’emploi serait pour partie dû à une régularisation de travailleurs non déclarés.

Par construction, la quantification d’un tel phénomène est délicate, y compris car la fraude concerne aussi bien la valeur ajoutée que l’emploi. On peut néanmoins supposer que les entreprises fraudent plus facilement sur les emplois et/ou les heures que sur leur valeur ajoutée. A titre purement illustratif compte tenu des fragilités d’une telle méthode, si on retenait l’évolution estimée par l’INS italien depuis 2019 en l’appliquant à l’estimation française du travail non déclaré, et en supposant que la régularisation est sans impact sur la valeur ajoutée déclarée, l’impact de ce phénomène serait de l’ordre de -0,3 point sur la productivité agrégée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

VIII – COMPARAISONS INTERNATIONALES DES PRIX RELATIFS DES ACTIVITÉS TERTIAIRES

Ici on exclut les prix des activités immobilières (dont les prix n’ont guère de sens pour les loyers »imputés) et des services à la personne. On s’intéresse au tertiaire moderne, celui du commerce-transport-hébergement, des services numériques, des activités financières, des services aux entreprises et des services principalement non marchands (administration, éducation, santé), bref 95% du tertiaire où les problèmes de partage volume-prix sont complexes (partage volume-prix des marges commerciales, du SIFIM, des assurances) partage volume prix des services numériques parfois à partir des méthodes hédoniques, partage volume des prix des services modernes aux entreprises (enquêtés progressivement) et enfin partage volume prix de la santé ou l’éducation (« méthode output ») (voir page Mesure des volumes et des prix).

Les analyses des prix relatifs des des activités tertiaires permettent d’apprécier en partie la mesure du partage volume prix et la productivité du travail en France. Par cette analyse on sera conduit à étudier aussi le partage volume prix des produits industriels (chapitre 7).

Si l’évolution des prix relatifs de valeur ajoutée tertiaire par rapport à ceux de la valeur ajoutée industrielle diffère des autres pays ceci n’implique pas un mauvais partage volume prix en France. Ce sont les prix de production qu’il faut d’abord regarder.

En prenant comme référence l’évolution du prix relatif des activités tertiaires à l’industrie (dont on suppose les prix biens suivis),  il n’y aurait plus de mauvais partage volume prix des activités tertiaires en France depuis le milieu des années 2000 en tout cas pas plus que dans les autres pays de l’Europe pour lesquels, on dispose des séries en volumes chaînés de la production dans la base de l’OCDE.

 

 

1/ l’observation du prix relatif de la valeur ajoutée tertiaire (hors activités immobilières)

Si on s’en tient au premier indicateur, les prix relatifs des activités tertiaires (évolution des prix de la valeur ajoutée des activités tertiaires rapportée à l’évolution des prix de la VA de l’industrie) sont à l’indice 146 en 2010 soit bien plus que dans l’UE (126) mais à peine plus qu’en Belgique et aux Pays-Bas qui connaissent eux même une croissance assez forte des prix relatifs tertiaires jusqu’en 2010. Entre 2010 et 2018, les prix relatifs stagnent en France alors qu’ils augmentent un peu dans l’UE . Mais la forte hausse entre 2018 et 2021 est compensée par une forte baisse entre 2021 et 2023 laissant l’indice à 138 en France base 100 en 1995 soit en dessous des Pays-Bas (142) et de la Belgique (147). Certes l’indice de l’Espagne est à 112, celui de l’Italie à 99 et celui de l’124 Allemagne à soit un peu dessous de l’UE : 128.

Depuis 2010, les évolutions sont bien inférieures en France marquant une baisse des prix relatifs tertiaires :  -0,4% par an en France contre +0,1% dans l’UE. Il faudrait pouvoir faire la part exacte des choses en France : cette baisse depuis 2010 peut traduire une meilleure prise en compte de l’effet qualité dans les services aux entreprises du fait d’une quasi généralisation des enquêtes de prix. Mais elle est surtout le reflet d’une hausse du prix de la VA des biens.

Jusqu’en 2018, le prix relatif de l’ensemble des branches tertiaires au total de l’économie augmente très peu en France (à peine +0,1% par an) à peu près comme dans l’UE. Depuis 2021, la baisse est si forte en France que le prix relatif des le l’ensemble des branches tertiaires au total est stable entre 1995 et 2023. À ce stade, on ne voit pas bien où il y aurait un souci de partage volume prix des branches tertiaires surtout depuis 2010, moment où le prix de services aux entreprises sont enquêtés et où la méthode output de l’éducation et de la santé est plus fiable qu’avant 2000.

tableau 20 prix tertiaires Eurostat

Évolution des prix relatifs de la valeur ajoutée tertiaire à l’industrie en Europe en %

 

La plupart des branches tertiaires expliquent l’écart de 0,3 points par an entre 1995 et 2023 du prix relatif tertiaire-industrie entre la France (+1,15% par an) et l’UE (+0,85% par an). Les prix relatifs à l’industrie  baissent en France au même rythme que dans l’UE pour les services d’information (-1,65% par an). Ils diminuent sensiblement dans les services financiers alors qu’ils augmentent dans l’UE.

Trois branches expliquent l’écart à la hausse des prix relatifs de la VA tertiaire:

  • les « Services principalement non marchands » qui correspondent au regroupement des « Administration publique », « Enseignement », « Santé humaine et action sociale » (+1,85% en France contre +1,45% dans l’UE)).
  • les activités spécialisées, scientifiques et techniques; activités de services administratifs et de soutien (+1,5% en France contre +0,9% dans l’UE)).
  • Les prix relatifs à l’industrie augmentent plus que dans l’UE entre 1995 et 2023 pour le commerce, les transports et l’hébergement (+0,95% en France contre +0,65% dans l’UE).
Évolution des prix relatifs de la valeur ajoutée du commerce à l’industrie en Europe en %
Évolution des prix relatifs de la valeur ajoutée des services aux entreprises à l’industrie en Europe en %

Évolution des prix relatifs de la valeur ajoutée de l’administration-santé-éducation-action sociale à l’industrie en Europe en %

Évolution des prix relatifs de la valeur ajoutée des services d’information-communication à l’industrie en Europe en %

Évolution des prix relatifs de la valeur ajoutée des services financiers à l’industrie en Europe en %

 

 

 

La structure des activités tertiaires explique aussi cette hausse relative.

Les activités spécialisées, scientifiques et techniques; activités de services administratifs et de soutien sont relativement importantes en France comme aux Pays Bas (respectivement 14% et 15% de la valeur ajoutée globale).

La valeur ajoutée des services principalement non marchands représente 25,5% de la valeur ajoutée globale en 2017 en France contre 19,7% dans l’Union européenne, (UE). Avec une hausse des prix relatifs de 2,2% par an, plus que dans l’UE (+1,4% par an), cette hausse contribue de manière non négligeable à la hausse des prix relatifs des activités tertiaires en France, plus forte que celle des autres pays. Les graphiques précédents résument ces évolutions.

 

 

 

2/ l’observation du prix relatif de la production tertiaire

Mais pour juger du partage volume-prix des activités tertiaires il ne faut pas se référer au prix de valeur ajoutée qui résultent du calcul de la méthode de la double déflation mais il faut se référer aux prix à la production. Ce sont ces prix qui sont enquêtés ou calculés par la méthode « output » dans la santé et l’éducation.

Le tableau suivant montre que les prix relatifs à la production des activités tertiaires (par rapport à ceux de l’industrie) n’augmente sont stables entre 1995 et 2023 comme en Allemagne, diminuant aux Pays Bas, Belgique, de – 0,2% par an. On est donc très loin d l’écart de 1% observés pour les prix de VA (qui étaient aussi comparés à ceux de l’industrie). Par ailleurs, les prix relatifs des activités tertiaires diminuent en France entre 2010 et 2019 (-0,3% par an)  alors qu’ils augmentent dans les autres pays (autour de +0,3%). Entre 2019 et 2023 les prix relatifs du tertiaire diminuent fortement en France de -2,2% par an se situant dans la moyenne des autres pays (-2,7% aux Pays-Bas et en Belgique mais -0,9% en Allemagne).

Les prix relatifs des activités tertiaires augmentent seulement en France de +0,8% entre 1995 et 2010 contre une quasi stabilité en Allemagne et une hausse de +0,2% par an en Belgique et aux Pays-Bas. On en conclut qu’il n’y a plus de souci de partage volume-prix des activités tertiaires depuis le milieu des années 2000. Ou si il y a un souci il se trouve dans tous les pays.

Tableau 20 OECD prix total

Évolution annuelle moyenne des prix à la production de l’industrie (1) des activités tertiaires (2) et des prix relatifs (2) / (1) dans différents pays en % (*)

 

L’analyse par branches tertiaires précise ces évolutions. Les transports, les services aux entreprises et et enfin l’administration expliquent la hausse un peu plus forte en France. On note une stabilité du prix relatif de nombreuses activités tertiaires en Allemagne entre 1995 et 2010, probablement à rapprocher des modérations salariales dans la fonction publique du gouvernement Schroder. On note aussi que le prix relatif de l’administration augmente en France plus faiblement que dans les autres pays entre 2010 et 20019.

Dans la santé et l’éducation (« méthode « output ») on n’observe pas dévolution particulière en France, tout au plus une hausse du prix relatif un peu plus forte dans la santé par rapport à l’industrie (+0,5% par an entre 1995 et 2023) contre +0,1% en Allemagne, Belgique et Pays-Bas. Mais cette évolution est due à la période 1995-2010 et en y regardant de plus près aux années avant 2000 où la méthode « output » était en rodage en France (voir page Mesure des volumes et des prix). À noter quand même une baisse du prix relatif de la santé entre 2019 et 2023 moins forte en France (-1,1% par an) que dans les autres pays ‘-1,6% en Allemagne) voire encore plus en Belgique et aux Pays-Bas.

 

 

Évolution annuelle moyenne des prix à la production de l’industrie (1) des transports (2) et des prix relatifs (2) / (1) dans différents pays en % (*)

Évolution annuelle moyenne des prix à la production de l’industrie (1) des activités professionnelles, scientifiques et techniques (2) et des prix relatifs (2) / (1) dans différents pays en % (*)

Évolution annuelle moyenne des prix à la production de l’industrie (1) de l’administration (2) et des prix relatifs (2) / (1) dans différents pays en % (*)

 

Évolution annuelle moyenne des prix à la production de l’industrie (1) de la santé (2) et des prix relatifs (2) / (1) dans différents pays en % (*)

Évolution annuelle moyenne des prix à la production de l’industrie (1) de l’éducation (2) et des prix relatifs (2) / (1) dans différents pays en % (*)

 

Dans deux branches (services de l’information et communication, et activités financières), les prix relatifs en France baissent, quasiment dans la moyenne pour les premiers, de manière inattendue pour les seconds. Dans les deux branches, les prix relatifs par rapport aux prix de l’industrie évoluent quasiment comme dans les autres pays.

Évolution annuelle moyenne des prix à la production de l’industrie (1) de l’information-communication(2) et des prix relatifs (2) / (1) dans différents pays en % (*)

 

Évolution annuelle moyenne des prix à la production de l’industrie (1) des activités financières (2) et des prix relatifs (2) / (1) dans différents pays en % (*)

 

 

 

 

3/ Le diagnostic du  partage volume-prix à partir de la productivité du travail

Les deux approches précédentes (prix et productivité du travail) ne donnent pas un diagnostic parfait du partage volume prix des activités tertiaires en France car les taux d’inflation varient selon les pays. Entre 1995 et 2023, les prix de valeur ajoutée de l’ensemble des branches tertiaires augmentent de 24% en Allemagne, 38% en France, 28% dans l’Union européenne, 11% en Espagne mais plus de 40% en Belgique et aux Pays-Bas.

En fait, l’évolution des prix relatifs en terme de VA est bien moins significative que celle des prix relatifs à la production : certes les prix des activités tertiaires augmentent moins en France que dans la plupart des pays, mais comme l’inflation globale.

Le partage volume-prix des activités tertiaires serait aussi bien fait en France que dans les autres pays entre 2000 et 2017 voire 2023 dans les EREs et les comptes de production (Production, CI, VA). Mais entre 1995 et 2000, le partage volume-prix des services principalement non marchands n’est pas pas bien rodé (« méthode output ») tandis que les indices de prix des services aux entreprises ne sont pas encore enquêtés. Toutefois certains économistes estiment que ce partage serait aussi mal fait, pour qui la croissance serait sous-estimée (voir https://laviedesidees.fr/La-croissance-est-elle-vraiment-si-faible). 

Les gains de productivité du tertiaire progressent ainsi de 0,6% par an en France contre 0,7% dans l’UE entre 1995 et 2023 mais de 0,7% contre 0,6% entre 2000 et 2019.

Trois activités tertiaires contribuent surtout à la hausse des prix relatifs de la VA jusqu’en 2010 :

  • les transports,
  • les activités spécialisées, scientifiques et techniques, activités de services administratifs et de soutien,
  • administration publique, défense, éducation, santé humaine et action sociale.

Or pour ces branches, les gains de productivité sont quasiment les mêmes que dans l’UE entre 1995 et 2019. Soit ils diminuent un peu moins (activités spécialisées, scientifiques et techniques); soit ils progressent un peu plus (administration publique, défense, éducation, santé humaine et action sociale).

 

 

4/ Les variations des prix relatifs

On observe aussi que les prix relatifs de production ne progressent pas autant (de l’ordre de 0,1%) que les prix relatifs de la VA, du moins dans les pays où on a pu les calculer.

Y a-t-il une sous-estimation de la croissance du prix de la VA de l’industrie de 0,1% par an avant 2007 (la croissance de la VA en volume de l’industrie serait -t-elle surévaluée de 0,1% par an) ? Si oui, elle serait due à une croissance sensible des prix des CI par l’industrie, du fait d’une hausse surprenante de 8% des prix des produits électroniques consommés par la branche « matériels de transport ». Qu’en est-il ? cette croissance impacte-t-elle l’évolution de la VA des branches tertiaires ?

Ces conclusions résultent à la fois des comparaisons internationales, et de l’analyse qu’on a pu faire sur le partage volume-prix dans les comptes français dans l’industrie et les activités tertiaires.

Par rapport aux autres pays de l’UE, il n’y aurait donc plus de problème de partage volume prix dans 95% de services  du point de vue de l’offre (« output ») des producteurs sauf pour quelques services : R&D, auxiliaires financiers,…

L’appréciation de la qualité reste néanmoins une question importante s’agissant des résultats pour l’usager (« outcome ») (voir page Mesure des volumes et des prix). Elle l’est notamment dans les services des télécommunications, des services d’assurance et financiers, des services d’éducation et de santé. S’est elle améliorée en France ? On n’en sait rien. Ceci est un autre sujet très important auxquelles les comparaisons de productivité entre pays ne peuvent répondre qu’à moitié.

De nombreux usagers déplorent le manque de qualité de plusieurs services qu’ils s’agissent des services publics ou privés. Dans les premiers (santé, éducation, police,…)  l’offre ne suivrait pas la demande même si celle-ci diminue )parfois comme le nombre d’heures élèves. Dans les seconds, on déplore la baisse de la qualité liée à l’externalisation de tâches à l’étranger qui fonctionne souvent très mal. On n’est pas sûr que les indicateurs de prix et de productivité reflète cette baisse de la qualité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IX – DES ÉVOLUTIONS DES PRIX DE LA VA DE L’INDUSTRIE ASSEZ DISPARATES SELON LES PAYS

1/ croissance plus rapide du prix des CI que du prix de la VA de l’industrie

On observe une croissance bien plus rapide des prix de la CI de la branche industrie que des prix de production, et donc à une baisse du prix de la VA entre 1995 et 2010 et une légère hausse jusqu’en 2023 (+6% par rapport à 1995).

Ainsi, la CI en volume de l’industrie baisse de 9% entre 2000 et 2023 malgré une croissance de la CI en valeur plus forte que la production et donc que la VA. Au total, la VA en volume augmente de 18% entre 2000 et 2023 quand la production en volume baisse de -2%.

Tableau 20 Indice de prixindustrie construction France Insee

Indices des prix de la production, CI et valeur ajoutée de l’industrie manufacturière base 100 en 1995 en %

Indices des volumes chaînés de la production, CI et VA de l’industrie manufacturière base 100 en 1995 en %

 

 

 

2/ Baisse des prix relatifs de l’industrie dans tous les pays notamment en France

La base STAN de l’OCDE fournit des données de la production en volume chaînés pour quelques pays. Les bases Eurostat et OCDE montrent que la légère baisse du prix de la VA de l’industrie française entre 1995 et 2021, n’est pas unique : on observe une baisse analogue en Finlande, Suède jusqu’en 2021. Il y a néanmoins hausse  très forte des prix  dans plusieurs pays tel l’Italie, le Danemark ou la Belgique (+20% dans l’UE entre 1995 et 2021).

Il est donc difficile d’en tirer des conclusions : les TEI des autres pays en volume ne sont pas disponibles. On ne peut ainsi juger de la réalité (fiabilité) de cette très faible hausse du prix de VA de l’industrie en France du fait notamment d’une baisse de -9% jusqu’en 2007.

Le second graphique suivant rapporte l’évolution du prix relatif de la VA de l’industrie à la VA de l’ensemble de l’économie montre une baisse dans tous les pays mais plus ou moins forte : de – 7% en Italie entre 1995 et 2023 à – 32% en Suède en passant par – 12% en Allemagne et – 28% en France

tableau-20-OECD-prix-industrie (1)

Évolution des prix de la valeur ajoutée (VA) de l’industrie manufacturière (base 100 en 1995) en %

Évolution des prix relatif de la valeur ajoutée (VA) de l’industrie manufacturière à la VA de l’ensemble de l’économie (base 100 en 1995) en %

 

Le prix à la production de l’industrie manufacturière évolue presque même rythme en France et en Allemagne entre 1995 et 2023 (respectivement +45% et +51% dans le graphique suivant) alors que le prix de la VA augmente de 36% en Allemagne contre une hausse de 8% en France (graphique précédent). Les prix des CI par l’industrie augmenteraient plus en France permettant une moindre croissance du prix de la VA.

D’un côté ces divergences n’auraient rien d’anormales vu que les prix des CI évoluent différemment selon les pays comme les taux d’inflation. Mais d’autre part, le calcul de la VA en volume par la méthode de la double déflation est-il fiable dans les branches industrielles où les CI représentent entre le tiers et les 3/4 de la production ?

Évolution des prix de la production de l’industrie manufacturière (base 100 en 1995) en %
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

X – PARTAGE VOLUME-PRIX DE LA CONSTRUCTION 

1/ le partage volume prix

La production de l’ensemble des branches (presque 100 % des ressources) de la construction (qu’on appelle ici aussi BTP) est estimée directement en valeur à partir des ventes branches issues de la statistique d’Esane. Le partage volume-prix de la production résulte de l’équilibrage des différents emplois d’un produit caractérisé par le type de construction, le type de travaux ainsi que les secteurs institutionnels. Le prix de production résulte de la moyenne pondérée des différents indices intervenant pour les emplois (voir page comptes bâtiment travaux publics).

L’indice du coût de la construction (ICC) est un indice de prix sur la construction de logements neufs à usage d’habitation, à qualité constante, permettant de suivre trimestriellement, l’évolution des prix dans ce secteur [7]. Il s’agit du prix, TVA incluse, payé par les maîtres d’ouvrages aux entreprises de construction. Il ne couvre donc pas le non-résidentiel.

L’indice des prix de production de la construction neuve à usage d’habitation – référence 100 en 2010 (contre référence 100 en 1953 pour l’ICC) – qui est utilisé comme déflateur des comptes nationaux de la construction, est dérivé de l’ICC.

Le terme « indice du coût de la construction » est impropre, même s’il est consacré par l’usage. L’ICC ne s’attache pas à l’évolution des coûts supportés par les entreprises de construction mais à celle des prix.

L’ICC s’attache exclusivement aux travaux de construction, c’est-à-dire qu’il exclut les prix et coûts liés au terrain (viabilisation, fondation spéciale,…) ainsi que le prix de revient des logements (charge foncière, frais annexes de promotion, frais financiers, etc.). Les opérations d’entretien ne sont pas non plus prises en compte par cet indice.

L’Insee a qualifié les méthodes de partage volume-prix de la construction de type « A » sauf pour les travaux publics (méthode de type « B » donc de moins bonne qualité) selon les critères d’Eurostat (voir https://www.insee.fr/fr/metadonnees/source/fichier/Tome_1_partage_volume_prix_base_2014_20181022.pdf).

 

 

 

a) L’effet qualité de l’ICC

Il n’est pas vraiment possible, pour le secteur de la construction, de traiter les effets qualité via les techniques classiques de remplacement en équivalence, d’imputation ou consistant à faire des relevés concomitants de l’ancien et du nouveau produit, dans la mesure où chaque ouvrage est unique. Or le renchérissement des logements consécutif à l’augmentation de la surface des pièces ou encore à l’installation d’équipements perfectionnés est représentatif des améliorations de qualité des logements qui doivent être exclues de l’évolution des prix [8].

Par conséquent, et comme les prix dans la construction dépendent d’un grand nombre de paramètres (configuration de la construction, matériaux employés, équipements installés, localisation et ampleur de la réalisation…), une méthode d’évaluation des prix à partir de modèles hédoniques est mise en œuvre depuis 2010.

Elle consiste à établir à partir d’un modèle économétrique, une relation entre le prix du marché de construction et les caractéristiques de l’ouvrage, ceci permettant d’évaluer la valeur implicite de ces différentes caractéristiques. L’évolution temporelle du prix est captée dans le modèle à l’aide de variables indicatrices de la date. L’effet qualité est supposé être capté en mesurant l’évolution des caractéristiques entre deux périodes : par exemple, lorsqu’un composant, matériaux ou autre, est remplacé par un composant plus performant, ou sujet à des normes plus strictes, une augmentation de coût peut s’ensuivre. Or, une augmentation de coût de la construction consécutive à une augmentation de qualité ne doit pas en principe apparaître dans l’ICC. Diverses méthodes sont disponibles pour effectuer cette correction. Les recommandations d’Eurostat sont d’utiliser une méthode implicite, c’est à dire que lorsqu’un nouveau produit remplace un ancien produit, on suppose que le rapport des prix entre le nouveau et l’ancien reflète le gain en qualité (qu’il s’agisse de performances supérieures ou de normes plus exigeantes) et on neutralise cette différence sur l’indice de prix. Ces méthodes sont dites implicites par opposition aux méthodes dites explicites, qui estiment au contraire l’impact monétaire du changement de qualité entre l’ancien et le nouveau produit sur la base des différentes caractéristiques des produits.

 

Toutefois, le prix des logements varie souvent en fonction d’un trop grand nombre de caractéristiques, parfois difficilement observables dans les données (la proximité d’une voie de chemin de fer par exemple), si bien que la mesure de l’effet qualité dans l’évolution des prix des logements demeure un exercice délicat.

Afin de rendre compte de l’hétérogénéité des constructions, un modèle hédonique est défini pour chaque type de construction : l’individuel pur, l’individuel groupé (maison individuelle comportant plusieurs logements individuels ou un seul logement avec des locaux) et les logements collectifs. Pour chaque type de construction, le logarithme du prix moyen de la construction est modélisé selon différentes variables explicatives : le logarithme de la surface moyenne, la localisation de la construction, nombre de niveaux habitables. L’ICC hédonique pour l’ensemble de la construction de logements neufs est le résultat de l’agrégation des trois sous-indices proportionnellement à l’importance de chaque type de construction.

Le changement de méthode du calcul de l’ICC en 2010 a quand même porté ses fruits. Les données de l’évolution de l’ICC dans l’UE le montrent : de 2004 à 2010, l’ICC croît nettement plus vite en France que dans les autres pays. Ce n’est plus le cas entre 2010 et 2022 (tableau suivant). La comparaison est très nette avec l’Allemagne : l’ICC y est de 112 en 2010 base 100 en 2000 contre 120,7 en France. Ces chiffres sont respectivement de 184,1 et 159 en 2022. La croissance annuelle moyenne de l’indice des prix de l’UE  est de +2,7% entre 2004 et 2010 contre +3,2% en France. Mais entre 2010 et 2022 ces évolutions sont respectivement de +2,8% et +2,3%, permettant ainsi une évolution un peu moins forte en France que dans l’UE de 2004 à 2022. Il reste que la productivité du travail décroît en France dans la construction mais comme dans  d’autres pays, un peu plus toutefois que dans l’UE (voir ci-dessus).

Tableau-140-ICC-Construction_prices_costs_2023_

Taux de croissance annuels, indices des prix à la production des bâtiments résidentiels neufs, données non corrigées base 100 en 2004 et croissance annuelle moyenne en %

 

 

b) La promotion immobilière (GF41A)

La FBCF en promotion immobilière de logements (41A1) correspond à des investissements réalisés par le secteur institutionnel des ménages : elle est estimée en valeur à partir de clés appliquées aux ressources de l’ERE, et déflatée à partir de l’indice de prix des logements neufs qui suit la commercialisation des logements neufs aux particuliers.

La FBCF en autres activités de promotion immobilière (41A2) correspond à des investissements réalisés par les autres secteurs institutionnels (sociétés non financières, institutions financières, ISBSLM). Elle est évaluée en valeur à partir de clés appliquées aux ressources de l’ERE, et déflatée par l’ICC, faute d’indice de prix sur la commercialisation des bâtiments non destinés à des particuliers.

Si jamais l’ICC connaît une évolution de prix atypique, liée principalement à des facteurs du logement résidentiel, il est remplacé dans l’ERE 41A2 par l’indice du coût de production du bâtiment (ICP-BT), pendant de l’index bâtiment (BT01). Le partage volume prix réalisé sur la FBCF est donc repris pour chacun des agrégats de l’ERE, en particulier pour la production et les consommations intermédiaires.

 

c) La construction de bâtiments résidentiels et non résidentiels (GF41B)

La production (presque 100 % des ressources) est intégralement investie (la FBCF représente presque 100 % des emplois), et en toute logique, le partage volume-prix de la construction de bâtiments résidentiels et non résidentiels est lié aux emplois, c’est-à-dire à la FBCF.

Dans ce produit, il faut différencier ce qui relève du résidentiel et du non-résidentiel mais aussi du neuf et de l’entretien. Ainsi, environ les trois-quarts de la production de ce produit correspondent à du neuf et un quart correspond à de l’entretien.

Pour la construction de bâtiments neufs :

– s’agissant de la construction résidentielle neuve, le partage volume-prix est effectué à partir de l’ICC, qui suit la construction de logements destinés à l’usage principal d’habitation. Celui-ci peut être remplacé par l’indice du coût de production du bâtiment (ICP-BT) en cas d’évolution atypique.

– s’agissant de la construction non-résidentielle neuve, le partage volume-prix est effectué à partir de l’ICP-41B.

En ce qui concerne les travaux d’entretien, l’indice des prix d’entretien-amélioration des logements (IPEA) est privilégié.

 

 

d) Le génie civil (GF42Z)

Cet ERE recouvre les activités de génie civil (construction d’infrastructures, de routes, bâtiments et travaux publics…). Les CI des SNFEI hors sous-traitance correspondent en valeur aux deux tiers de 18,5 % des ventes. Les CI et la FBCF des administrations publiques proviennent du compte des administrations publiques. La FBCF des ménages est estimée à partir du cadre « clients particuliers et syndicats » de l’enquête Esa. Enfin, la FBCF des SNFEI est déterminée de façon à ce que l’évolution des consommations intermédiaires de sous-traitance évoluent comme les ressources de l’ERE.

La construction dans ce produit correspondant à des travaux publics, c’est l’index indice du coût de production du 42Z (ICP-42) pour chacun des différents emplois : CI et la FBCF. Cependant, cet indice est parfois arbitré si les prix et les coûts ont évolué de manière différente. Il est considéré comme de méthode « B ». De fait, les évolutions de cet indice sont assez surprenantes, comme par exemple une forte hausse en 2017 (+4,9%).

 

 

e) Les travaux de construction spécialisés (GF43Z)

Le partage volume-prix des travaux de construction spécialisés (travaux de bâtiment à 93 % environ) est lié aux emplois. Cependant, pour chaque emploi, il est nécessaire de différencier le type de construction, le type de travaux et les secteurs institutionnels. La FBCF est constituée par la construction neuve et le gros entretien du logement, du non-résidentiel et des travaux publics (TP). La Consommation finale (CF) correspond au petit entretien de leur logement par les ménages. La CI correspond au petit entretien (bâtiment et TP) des secteurs institutionnels hors ménages ainsi qu’à la sous-traitance. Le partage volume-prix est donc pondéré par le type de construction et le type de travaux pour chaque emploi. Les indices de prix utilisés sont les suivants :

• Construction neuve de bâtiments résidentiels et non résidentiels : ICC (ICP-43BTC pour le non résidentiel quand l’évolution de l’ICC est atypique)

• Gros entretien de bâtiment résidentiel : IPEA

• Gros entretien de bâtiment non résidentiel : ICP-43BTR

• Petit entretien de leur logement par les ménages (CF) : IPC

• Travaux publics (neuf et entretien) : ICP_43TP

 

On trouve ci dessous le tableau ce calcul du partage volume -prix du produit F43Z. Il montre que l’indice des prix des ventes de la branche est calculé à partir des indices de prix des emplois, y compris la CI et la sous-traitance. On a mis les flèches des principaux indices notamment l’ICC, l’IPEA, l’lPC, etc..  Il en ressort un indice de prix des ventes de la branche à 101,6 en 2017 qui s’applique largement aux autres agrégats des ressources comme la PEFP.

 

 

 

 

2/ divergence des prix relatifs de la construction (BTP) entre la France et les autres pays

On essaie d’analyser ici les évolutions des variables de la construction en valeur, prix et volume. On rappelle que la production est largement estimée à partir des ventes d’Esane (moyennant l’ajout de la PEPF et du travail au noir). Le profilage d’entreprises modifie t – il les évolutions de la production, notamment en 2017 ? Nous n’en savons rien. Par contre, on peut observer que du coté des évolutions en valeur, les évolutions de la production, la CI et la VA semblent correctes, la CI de la branche augmentant de 123% et la VA de 104%. Depuis la base 2000, les évolutions des comptes de production et d ‘exploitation sont plus robustes, calées sur celles de la statistique d’entreprise. Surtout, la part de la CI en valeur dans la production n’augmente pas plus en France que dans les autres pays : elle passe de 58,7% à 60,6% entre 2015 et 2016, évolution proche des autres pays sauf aux États-Unis. Il n’y aurait pas de souci sur les évolutions en valeur.

En suivant les évolutions de la production en valeur et en volume ainsi que celle de la CI de la branche et de la VA, on ne peut que constater la divergence très marquée entre l’évolution de la VA en volume en France (stabilité entre 1995 et 2023 malgré le pic de 2007) et celle de la CI en volume qui augmente de presque 60% sur la même période (second graphique suivant).

Du coté des évolutions en valeur, les divergences sont plus faibles : production + 167%, CI +177% et VA +151%.

Ceci entraîne une croissance très forte du prix de la VA donc +150% pour aboutir à une stagnation de la VA en volume chaînés, une croissance plus modérée du prix à la production +100% et encore plus faible du prix de la CI de la branche (+70%) premier graphique suivant).

Tableau 20 Indice de prixindustrie construction France Insee

Indices des prix de la production, CI et valeur ajoutée de la construction base 100 en 1995 en %

Indices des volumes chaînés de la production, CI et VA de la construction base 100 en 1995 en %

 

Nous nous référons aux indicateurs suivants en les comparant surtout aux autres pays en commençant par le prix qui se calcule en dernier parce qu’il est permet de calculer la productivité horaire du travail en évolution  :

  • prix de la valeur ajouté,
  • prix de la production,
  • prix de la CI de la branche
  • prix de la FBCF en logement et en BTP (non encore disponible)

 

 

 

a) une évolution des prix de la valeur ajoutée du BTP bien plus forte en France que dans les autres pays

  • Prix relatif de la VA 

La plupart des méthodes de partage volume prix du BTP sont de type A et pourtant le prix relatif de la valeur ajoutée augmente bien plus vite en France que dans les autres pays. Il augmente plus fortement que le prix de l’ensemble des branches. Si on prend comme référence l’UE, la croissance du prix relatif de la VA à l’ensemble de l’économie est de 65% en France contre 47% dans l’UE. Mais la progression en Allemagne est bien plus forte : +90% du fait d’une accélération peu compréhensible depuis 2019. À l’époque l’indice allemand était de +38% contre +56% en France et +33% dans l’UE.

On constate surtout que la croissance plus rapide des prix relatifs de la construction se situe entre 1995 et 2010. Les prix relatifs de la VA augmentent moins vite en France qu’en Allemagne entre 2010 et 2018 et même que dans l’UE, respectivement +76%, +19% et +20%. Que s’est il donc passé après 2010 ?

Tableau 20 OECD prix construction

Évolution du prix de la VA en construction base 100 en 1995 en %

Évolution du prix relatif de la VA en construction au prix de la VA de l’industrie base 100 en 1995 en %

 

 

  • Productivité horaire du travail

La productivité horaire du travail de la construction baisse en France de -0,9% par an entre 1999 et 2025 alors qu’elle diminue de -0,6% dans l’UE et dans la zone Euro (tableau du chapitre 4). Elle baisse dans d’autre pays parfois autant qu’en France (Allemagne, Finlande, Espagne, États Unis, Tchéquie : -0,7% à -1,1% par an). Entre 2008 et 2019, la productivité du travail a diminué de -0,8% en France contre -0,2% dans l’UE. Mais entre 2010 et 2019, les évolutions sont respectivement de – 0,2% et – 0,1% donc très proches. Autrement dit le différentiel de productivité entre la France et certains pays s’est quelque peu réduit après 2010 avec les nouvelles méthodes de calcul de l’ICC mises en place.

On note toutefois que la productivité horaire du travail en France diminue de – 2,2% par an entre 2019 et 2025  avec la chute de l’activité, soit un rythme nettement supérieur à celui des autres pays (- 1,6% dans la zone Euro). La productivité horaire du travail en France est à peine plus élevée que la moyenne de la zone Euro et que l’Allemagne dont la productivité horaire a d’ailleurs plus chuté qu’en France entre 1999 et 2025.

Ainsi on distingue 3 groupes de pays en se référant à la productivité du travail : d’un côté certains pays de l’Europe de l’est où elle augmente de l’ordre de +1% par an entre 1999 et 2025 ; ensuite les Pays Bas, Belgique,   où la productivité de la construction augmente autour de +0,6 % par an depuis 1999; enfin plusieurs pays (Tchéquie, France, Italie, États-unis, Espagne) où elle décroît autour de – 0,7% à -0,9% par an. La décroissance de la productivité dans l’UE de -0,6% par an résulte de ces divergences.

 

Productivité horaire du travail (VA / heures travaillées) dans la construction en euros par heures travaillées

 

 

 

 

 

 

b) prix à la production

Entre 1995 et 2019, le prix relatif de la production de la branche construction, y compris travaux publics (qu’il aurait fallu pouvoir isoler) à l’ensemble de l’économie, augmente en France à peu près comme dans  d’autres pays (Autriche, États-Unis, Italie, Suède, Finlande). On le voit d’abord sur le graphique suivant . Le prix relatif en Allemagne augmente toutefois plus fortement : +41% en 2023 contre +30% en France. On observe aussi que le prix en France augmente plus qu’en Allemagne jusqu’en 2007. La tendance s’inverse ensuite voire s’accélère à partir de 2021.

Ces constats amènent à conclure que l’ICC en France s’est amélioré avec la méthode hédonique, et plus généralement le partage volume-prix à partir de 2010. Une autre observation est la chute du rapport entre le prix à la production de la construction et le prix de VA à la construction. Les indices proches de l’Allemagne et de la France sont proches en 2023 base 100 en 1995. Mais ils sont plus bas que la plupart des pays et leur profil d’évolution est différent.

Évolution du prix à la production de la branche construction dans des pays d’Europe (base 100 en 1995) en %

 

Évolution du prix relatif à la production de la branche construction rapporté à la production totale dans des pays d’Europe (base 100 en 1995) en %

 

Évolution du prix relatif à la production de la branche construction rapporté à la valeur ajoutée branche construction dans les pays d’Europe (base 100 en 1995) en %

 

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c) prix de la CI de la branche (en base 2014)

Le tableau excel suivant reprend tous les indices de prix, de valeur et de volume disponibles sur le site de l’INSEE. Il présente par ailleurs une méthode de calcul de l’indice de prix des CI par la branche construction, décomposé en 3 composantes : matériaux de construction, sous-traitance, services. Il présente aussi les évolutions en volume de la production et de la valeur ajoutée des branches de l’industrie (voir ci dessus).

 

tableau 13 évolution des prix des produits et des branches

Le prix de valeur ajoutée augmente fortement en France parce que le prix des CI de la branche évolue assez faiblement et que le prix à la production augmente quand même assez fortement. Plus précisément le prix de production de la branche augmente de 65% entre 1995 et 2017, quasiment comme tous les prix des emplois de l’ERE, qui eux évoluent au même rythme, (du fait du calcul implicite de la production en volume). L’indice de prix des CI est beaucoup plus faible : +46%; donc l’indice de prix de la VA augmente fortement : +99%. Ces évolutions se retrouvent sur la VA en volume qui baisse de -2% en 22 ans contre une hausse de la production en volume de +23%. Ces divergences en volume amplifient par ailleurs celles en valeur : production de la branche + 104%, CI de la branche +110%, VA de la branche : +95%.

On ne voit pas une évolution anormale du prix des CI (graphique suivant). L’essentiel des CI est constitué de produits industriels, mis à part la sous-traitance et certains services . En effet, l’indice de prix des CI peut être recalculé en décomposant celle ci en trois blocs (CI de  en produits industriels, en sous traitance et en services). Aux premières, on peut appliquer l’index « Materials costs in construction of buildings (group 41.2) » de l’Insee; à la sous traitance, l’indice de prix de la CI du produit construction; aux services, les indices de prix des CI pondérés des 4 principales CI de services par le BTP (transports, services financiers, services juridiques, activités de services administratifs et de soutien). Ces dernières représentent 90% des CI de services par la construction. Le premier indice ne commence qu’en 1998; on l’a estimé pour les 3 années antérieures. Les deux courbes évoluent quasiment en parallèle. Leur indice en 2017, base 100 en 1995, sont les mêmes. L’indice de prix de la CI de la branche construction dans les comptes nationaux ne poserait donc pas de problème.

 

 

 

 

d) synthèse générale des évolutions des prix

En conclusion, le prix de la VA augmente sensiblement en France entre 1995 et 2023 (+4% par an) parce que le prix de la CI de la branche évolue assez faiblement (+2,5% par an) et que le prix à la production augmente de +3% par an. Ces évolutions se retrouvent sur la VA en volume qui est quasiment la même en 2023 qu’en 1995 contre une hausse de la production en volume de +1,3% par an. Ces divergences en volume amplifient ainsi celles en valeur.

La méthode « hédonique » de 2010 a permis de mieux capter l’effet qualité, non dans les évolutions de prix, mais de volume : l’indice de prix de la production entre 2000 et 2010 augmente de  3,1% par an; celui de la CI de la branche de +2,2% (écart : 0,9 point). Entre 2010 et 2019, le premier n’augmente plus que de 1,28%; le second de 0,84%. L’écart a diminué de moitié. Autrement dit, le partage volume-prix serait correct depuis 2010 sauf pour les travaux publics où l’ICP (indice des coûts de production) ne semble pas de très bonne qualité avec de fortes variations d’une année à l’autre (méthode « b » voir ci-dessus). Au vue de tous ces résultats, on estime que le prix de la production du BTP aurait été surestimé de 0,1% par an entre 1995 et 2019 mais surtout avant 2007.

S’agissant de la valeur ajoutée de la construction en volume, faut il admettre qu’elle aurait du augmenter de 0,20% de plus (soit une moindre croissance de son prix de 0,20%) ? Son prix relatif à la VA de la construction par rapport à  l’ensemble des branches augmente plus que dans les autres pays (mais pas dans tous) jusqu’en 2010 (pas après). Comme les prix des CI évolueraient correctement, ceci reviendrait à dire que le prix de production aurait augmenté de 0,1% de trop par an entre 1995 et 2019, donc le prix des emplois, en particulier celui de la FBCF.

Ainsi, la productivité du travail du BTP baisserait-t-elle  de -0,85% par an au lieu de -0,9% entre 1995 et 2023 (voir page comptes bâtiment travaux publics).

 

 

 

 

e) les conclusions d’une mission sur l’ICC

Le rapport de mission « Diagnostic sur les indices statistiques des coûts de construction et sur les marges des entreprises du secteur » de l »Inspection générale des finances, avril 2014) se demande si l’effet qualité » de l’ICC est il bien pris en compte en France ?

« S’agissant de l’indice de prix qu’est l’indice du coût de la construction (ICC), il apparaît que son mode de calcul n’incorpore pas à ce stade tous les ajustements requis pour tenir compte des rapides évolutions réglementaires qu’a connues le secteur de la construction depuis 2005 ».

« Dans les faits, la rapidité des évolutions réglementaires n’a pas à ce jour permis la complète exploitation de la méthode. L’Insee a ainsi indiqué que la réglementation thermique RT 2012, largement anticipée par de nombreux maîtres d’ouvrage par le recours au label « Bâtiment Basse Consommation », n’avait pu encore être prise en compte ».

« Depuis 2012, l’ICC apparaît surévalué par rapport à l’évolution des coûts de construction de l’échantillon retenu par la mission ».

 

 

f) Des évolutions inadéquates des coûts (en particulier du poste matériaux), avant 2008 expliqueraient une croissance plus rapide de l’ICC en France.

Y a t il une croissance plus rapide des coûts que l’ICC ? C’est ce que semble conclure une étude de la Fédération Française du Bâtiment [9], [10].

Outre plusieurs évolutions comparatives de l’ICC et des coûts, montant une contribution forte de ces derniers, du fait d’une hausse plus forte qu’en Allemagne du coût des matériaux de construction entre 2005 et 2012 (qu’il faudrait néanmoins vérifier mais les données d’Eurostat ne le permettent pas vraiment), deux remarques y sont faites :

– « premièrement, les évolutions de l’ICC Insee (« bonne » mesure des évolutions de prix) ont été, à de nombreuses reprises, sur la période récente, très critiquées par nombre d’experts (on peut citer, à titre d’exemple, la hausse de 10,5 % observée au troisième trimestre 2008 par rapport au troisième trimestre 2007) ».

– « deuxièmement, la méthodologie d’Eurostat précise que l’indice du prix de construction en Allemagne prend en compte les prix de la construction neuve, mais également ceux de la réhabilitation. Or, l’ICC ne concerne que le neuf en France. Pour que les données soient comparables, il conviendrait donc d’introduire l’indice des prix d’amélioration-entretien (IPEA) des logements en France, qui progresse moins vite que l’ICC. On peut ainsi définir un indice composite d’évolution des prix du bâtiment en France, formé sur la base de l’ICC Insee et de l’lPEA pondérés selon les parts de marché du neuf et de l’amélioration-entretien ».

En utilisant cet indicateur de prix pour la France, les écarts d’évolution ressortiraient sensiblement moins marqués : Base 100 en 2005, cet indice recalculé serait à 124 au second trimestre 2012, contre 128 pour l’ICC, soit un différentiel de croissance avec l’Allemagne de 7% contre 11% si on retient l’ICC.

 

 

 

 

 

 

 

Michel Braibant


BIBLIOGRAPHIE

[2]  document « La croissance est elle sous estimée ? Dossiers de l’économie française 2018, INSEE », https://www.insee.fr/fr/statistiques/3614240?sommaire=3614262

[2] Une comparaison de déflateurs pour les services de télécommunications, M. Abdirahman, D. Coyle, R. Heys et W. Stewart, Insee, https://www.insee.fr/fr/statistiques/4770254

[3] « Une histoire de la Comptabilité nationale  » A. Vanoli, collection Repères, la Découverte, 2002 (chapitre 9),

[4] Handbook on prices and volumes measures in national accounts, 08/02/2016, mise à jour du manuel de 2001, Eurostat, https://ec.europa.eu/eurostat/fr/web/products-manuals-and-guidelines/-/KS-GQ-14-005

[5] https://stats.oecd.org/Index.aspx?DataSetCode=STANI4_2016

[6] Économie et statistiques de l’INSEE , 494-495-496 2017, « Stagnation de la productivité en France : héritage de la crise ou ralentissement structurel »? (Gilbert Cette, Simon Corde et Rémy Lecat). https://www.insee.fr/fr/statistiques/3135045?sommaire=3135098, voir aussi https://blog.insee.fr/la-productivite-du-travail-fr-depuis-la-crise-sanitaire/ voir aussi https://www.strategie-plan.gouv.fr/files/files/Publications/2025/2025-04-14%20-%20CNP%20-%20Rapport/CNP-2025-Cinquième-Rapport-15avril.pdf voir aussi https://www.strategie-plan.gouv.fr/files/files/Publications/2025/2025-04-14%20-%20CNP%20-%20Rapport/CNP-2025-Cinquième-Rapport-15avril.pdf.

[7] https://www.cae-eco.fr/cap-sur-le-capital-humain-pour-renouer-avec-la-croissance-de-la-productivite

[8] https://www.insee.fr/fr/metadonnees/source/indicateur/p1626/description

[9] L’ICC, indice du coût de la construction, Insee, https://www.insee.fr/fr/metadonnees/source/fichier/indice_cout_construction_courrier_stat108.pdf

[10]  » Analyse de l’évolution comparée des prix et des coûts dans le bâtiment. Préconisations en matière de simplifications réglementaires », juillet 2013. Fédération Française du Bâtiment. http://docplayer.fr/1101057-Analyse-de-l-evolution-comparee-des-prix-et-des-couts-dans-le-batiment-preconisations-en-matiere-de-simplifications-reglementaires.html

 

Tableau entrées-sorties mondial (T.E.S.)