Désindustrialisation par pays

Désindustrialisation par pays

La désindustrialisation par pays n’est pas nouvelle; mais elle s’est affermie entre 2000 et 2020 particulièrement en France. L’emploi industriel, y compris énergie, diminue de 2,5 millions de personnes entre 1974 et 2018, du fait de la concurrence étrangère et des délocalisations vers des zones où la main d’œuvre est moins chère La différence entre les emplois délocalisés à l’étranger et les emplois des filiales étrangères en France représente 1,3 millions de personnes en 2018, soit 53% de l’emploi industriel en France. En Allemagne ce pourcentage est de 17%, en Italie 12%,… .

Une situation financière souvent difficile et des fermetures d’usines ont souvent accompagné des désindustrialisations et ont eu des conséquences sur les sous-traitants et sur le bassin d’emploi d’une région entière. L’industrie agro-alimentaire est la seule branche où l’emploi a augmenté entre 1970 et 2019. Celui-ci a diminué de -700 000 personnes dans le textile-habillement, -400 000 dans la métallurgie et le travail des métaux, -200 00 dans les matériels de transport terrestres, etc… La part de l’industrie, hors énergie, dans la valeur ajoutée totale est de 11,5% en 2019 (ratio plus bas que nos principaux partenaires sauf le Royaume Uni).

Mais c’est surtout le solde des échanges extérieurs de biens qui est devenu de plus en plus déficitaire depuis 2004. Au total, et après correction des coûts d’acheminement des importations entre les frontières (correction CAF-FAB), le solde commercial des produits industriels et de l’énergie est de -94 milliards d’euros en 2021 dont -62 Md€ de produits industriels (-10 Md€ par rapport à 2020) et -32 Md€ de produits énergétiques (-17,5 Md€ par rapport à 2020). Le déficit commercial de ces deux biens se creuse de 27,5 Md€. Les données des autres pays de l’UE sont publiées ci-dessous montrant un solde commercial excédentaire.

C’est l’un des principaux points faibles de l’économie française. Notre économie ne peut-elle produire de nouveau des biens qu’elle importe de Chine ou d’Europe, notamment d’Allemagne, Italie, pays de l’Est, etc.. ? Faut-il faire de la réindustrialisation une priorité de la politique économique ?

 

De-industrialisation per country is not new, but it has intensified between 2000 and 2020, particularly in France. Industrial employment, including energy, has decreased by 2.5 million people between 1974 and 2018, due to foreign competition and transfer of production facilities to areas with cheaper labor. Difference of employment between French affiliates located abroad and foreign affiliates in France is about 1,3 million persons in 2018, which equals 53% of employment in manufacturing industries in France. This ratio is about 17% in Germany, 12% in Italy, etc ….

Difficult financial situations and plant closures have often accompanied de-industrialisation which had consequences on subcontractors and employment pool of an entire area. Agri-foods Manufacturing is the only branch where employment had increased between 1970 and 2019. It decreased about – 700 000 persons in textile and clothing, – 400 000 persons in cast and fabricated metal products, more than -200 000 persons in land transport equipment, and so on. The share of manufacturing industries, excluding energy, is 11.5% of total value added in 2019 (a ratio lower than our main partners’ one except United Kingdom).

But above all it’s manufacturing trade balance that has become increasingly in deficit since 2004. Balance of trade CIF-FOB (after adjusting for the costs of transporting imports between borders, i.e..transit) in manufactured and energy goods is – 94 billion euro in 2021 of which– 62 billion euro of manufactured goods ( – 10 billion comparing to 2020) and – 32 billion euro of energy product (- 17,5 billion comparing to 2020). Trade deficit in these two goods increased by 27.5 billion in 2021. Figures of other countries in EU are below showing a positive trade balance.

This is one of the main weak points of French economy. Can’t our manufacturing  industries produce again the goods that are imported from China or Europe, especially Germany, Italy, Eastern Europe, etc….? Should we make re-industrialisation a priority of our economic policy?

« J’ai toujours voulu fortifier et développer l’industrie. Comme si les services pouvaient exister sans l’industrie. Comme si on pouvait faire avancer la recherche sans l’industrie. L’industrie doit évoluer au fur et à mesure des progrès  techniques. Dire que les services remplacent l’industrie, c’est une stupidité formidable. Les allemands ont développé leur industrie ce qui ne les a pas empêché de développer les services qui marchent avec l’industrie. Chaque fois qu’on crée un emploi industriel, ceci crée trois emplois de services. La priorité de la France c’est de lui rendre sa compétitivité. » Edith Cresson

«« Dans les régions en voie de désindustrialisation, les emplois précaires d’aide soignante, femme de ménage ou d’assistante maternelle sont d’ailleurs tristement devenus les seules propositions de reclassement faites aux anciennes ouvrières qualifiées et nouvelles « OS du tertiaire »». Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin – Recherche le peuple désespérément, 2009

 

Sommaire

I – COMPARER LA DÉSINDUSTRIALISATION PAR PAYS AVEC QUELS INDICATEURS ?

II – BAISSE DE L’EMPLOI INDUSTRIEL, QUASI-STABILITÉ DE LA PRODUCTION EN VOLUME DEPUIS 2000

III -LE RECUL INEXORABLE DES OUVRIERS

IV – DES FILIÈRES INDUSTRIELLES DE PLUS EN PLUS FRAGILES

V- LES DÉLOCALISATIONS INDUSTRIELLES PLUS IMPORTANTES EN FRANCE

VI – DÉTÉRIORATION DU SOLDE DU COMMERCE EXTÉRIEUR DÈS 2002

VII – LA SITUATION FINANCIÈRE DANS L’INDUSTRIE SE DÉGRADE DEPUIS 2000

VIII – L’INVESTISSEMENT DANS L’INDUSTRIE

IX – L’INDUSTRIE ET LES SERVICES

X – QUELLE POLITIQUE INDUSTRIELLE POUR UN PAYS AVEC « DES ENTREPRISES SANS USINES »?

 

Résumé

° Selon l’Insee, relèvent de l’industrie les activités économiques qui combinent des facteurs de production (installations, approvisionnements, travail, savoir) pour produire des biens matériels destinés au marché. Certains économistes y rajoutent les produits énergétiques.

° Dans sa définition classique, on considère l’industrie soit comme l’ensemble des activités extractives, manufacturières et liées à l’énergie (tableau suivant), soit comme les seules industries manufacturières. Ici on utilisera les deux classifications pour étudier la désindustrialisation par pays parce que les résultats sont un peu différents selon qu’on adopte une définition plus ou moins restrictive de l’industrie : la France se désindustrialise un peu moins en incluant les branches de l’énergie.

° Le second tableau suivant décompose le premier dans une nomenclature plus détaillée. Parfois on doit utiliser celle-ci pour étudier la désindustrialisation par pays. Par exemple dans les matériels de transport, les évolutions  économiques et financières  sont opposées entre l’industrie automobile et les autres matériels de transport.

Branches industrielles de l’Insee issues de la nomenclature d’activité française (NAF rév.2)

Activités composant l’industrie au niveau des divisions de la NAF rév. 2

 

 

 

1/ Les principaux ratios de la part de l’industrie dans l’économie

° La frontière entre industrie et services s’est en partie estompée et devrait conduire à envisager plusieurs approches pour étudier la désindustrialisation par pays. Mais il est peu aisé de s’affranchir de la classification traditionnelle des activités industrielles pour délimiter un nouveau périmètre tenant compte de l’imbrication croissante entre l’industrie et les  services. 

° En France, la valeur ajoutée (VA) industrielle a progressé de +6 %/an entre 1950 et 1974 (+5,2% pour les services marchands) contre seulement +1,5%/an entre 1974 et 2019 (+2,4 %/an pour les services marchands dans la même période).

° La désindustrialisation par pays consiste en la diminution de la part de l’industrie dans la VA globale et dans l’emploi total.

° La désindustrialisation par pays peut être aussi définie comme la réduction du nombre d’emplois dans le secteur industriel d’un pays : depuis 40 ans, elle s’est affermie en France. De nombreux métiers d’ouvriers ont cessé ainsi que leurs compétences à tel point qu’on est obligé de faire appel à des soudeurs américains pour réparer les fissures des centrales nucléaires. C’est un exemple parmi d’autres. Mais c’est surtout une autre manière d’envisager la désindustrialisation par pays non sur le plan économique mais sur le plan social et humain.

° Des filières industrielles ont éclaté dans les activités de basse technologie provoquant des dégâts en matière de stratégie  (dépendance vis-à-vis de l’étranger pour l’achat de composants et de nombreux autres produits). On cherchera à préciser ces filières et les métiers correspondant.

 

 

 

° Mais c’est au début des années 2000 que l’économie française a perdu en compétitivité, compte tenu d’une forte augmentation du coût du travail et des prélèvements obligatoires, probablement du choix politique des 35 heures, puis du passage à l’euro et enfin de l’entrée dans l’UE des pays de l’Est de l’Europe. Au lieu de faire le choix d’une économie de l’offre, on a privilégié une économie de la demande, financée par la dette et génératrice d’un effondrement de la balance commerciale : nos importations dominant nos exportations. Dans les années 2000, 10 % des voitures vendues en France étaient produites à l’étranger contre 50 % aujourd’hui. Ainsi l’industrie automobile a perdu 100 000 emplois en 20 ans. Au final, du fait de cette contraction de l’offre ce sont des disparitions d’usines, des démantèlements de chaînes de montage et des licenciements massifs d’ouvriers. Moins de 20 % des personnes en emploi exerçaient en 2019 une profession d’ouvrier (dont 60% hors de l’industrie). En 40 ans, leur part a nettement baissé (– 10 points depuis 1982), reflet de la désindustrialisation, des délocalisations et des mutations technologiques (robotisation).

° La dégradation du commerce extérieur est un symptôme de la désindustrialisation par pays : un pays sans industrie doit importer des biens. Mais elle en est également un facteur. L’aggravation du déficit concourt par elle-même à accélérer le mouvement de désindustrialisation. C’est cette accélération qui fait la spécificité de la France et du Royaume-Uni, car si la désindustrialisation par pays est quasi générale, y compris en Allemagne, elle les a touchés dans de moindres proportions.

° Or l’industrie joue un rôle clé dans la création de richesse. La relation existant, dans différents pays, entre leur production industrielle et le PIB par tête des habitants est évidente. C’est ce que montre le graphique ci-dessous où il est pris, en abscisse, pour variable explicative, la production industrielle des pays calculée par habitant, et, en ordonnées, les PIB/habitant de ces pays. On voit que la France avec une production industrielle faible de 6.432 US$ par habitant a un PIB/habitant de seulement 39.030 US$ ; l’Allemagne avec un ratio bien meilleur de 12.279 US$ a un PIB/tête de 46.208 US$, et la Suisse avec un chiffre record de 22.209 dollars en est à un PIB/tête de 87.097 dollars, le plus  fort d’Europe. Notre secteur industriel ne concourt plus que pour 10 % à la formation du PIB,  alors que ce taux devrait se situer pour le moins à 18 % ; l’Allemagne ou la Suisse en sont à 23% ou 24 %.

Corrélation, entre la production industrielle, y compris construction, par habitant en milliards de $ (en abscisse) et le PIB par habitant en milliards de $ (en ordonnée) en 2019

Source : Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD)

 

 

 

 

2/ Principaux ratios et évolutions : lesquels choisir ?

° Plusieurs questions se posent quand on étudie la désindustrialisation par pays :

  • les données sont elles comparables entre les pays ?
  • à quels agrégats se référer : valeur ajoutée, production, emploi, solde extérieur, etc…. ?
  • En valeur ou en volume pour les deux premiers ?
  • faut-il les suivre en niveau ou en part relative de l’ensemble de l’économie ?

° Ces questions sont importantes : entre 1970 et la crise de 2008, la valeur ajoutée en volume de l’industrie a été multipliée par 2 en France. L’emploi a diminué de moitié. la productivité du travail a donc été multiplié par 4. Ainsi désindustrialisation par pays ne signifie pas baisse de la valeur ajoutée en volume. Tout au plus depuis la crise de 2008, la production baisse en volume et la valeur ajoutée ne progresse quasiment plus malgré quelques à-coups. Son indice base 100 en 2010 est le même en 2020 qu’en 2007. Il augmente certes en 2021.

 

 

a) la valeur ajoutée

° Les comparaisons de la part de l’industrie dans la VA sont délicates : le TES français en branche pure minore celle-ci de l’ordre de 1% en 2020. Dans les autres pays,  où le TES est en secteur d’activité, l’industrie inclut les activités secondaires de services et de commerce (voir page Tableau ressources emplois). En France, leur proportion dans le secteur d’activité de l’industrie est de plus de 10% de la production. Certes la VA de la branche industrie en France inclut la VA des secteurs d’activités de services qui produisent de l’industrie comme activité secondaire. Mais cette part est faible : moins de 2% de la production de ces secteurs. Ainsi, la VA du secteur industrie est proportionnellement plus élevée que la VA de la branche pure « industrie » : en Allemagne, la VA du secteur d ‘activité industrie représente 22% en 2018 quand la VA de la branche industrie n’en représente plus que  18,5% (voir page Comptabilité nationale et comparaisons internationales). L’un dans l’autre, il faut rehausser la part de la VA de l’industrie française de 1% pour la comparer aux autres pays (tableau suivant : France corrigé).

° La part de l’industrie hors énergie, dans la VA totale en prix courants est de 11,5% « corrigé »  en 2020 et 12,3% en 2019 (contre 18,1% en 1995), ratio plus bas que la plupart de nos principaux partenaires sauf le Royaume Uni.  Elle est de 21,5% en Allemagne en 2019 presque comme en 1995 (22,7%) et de 16,2% dans l’UE en 2019 (16,4% en Italie). Cette part baisse très peu dans certains pays de l’est de l’UE (24% en Tchéquie soit autant qu’en 1995).

tableau 93 part va industrie eurostat

Part de la VA de l’industrie manufacturière en prix courants dans la VA totale en %

 

° La désindustrialisation par pays en terme d’emplois est plus marquée en France que dans la plupart des économies comparables. La part occupée par l’industrie dans la VA globale en France se révèle plus inférieure à la moyenne européenne en 2020 qu’en 1995. En France, le pays s’est vidé de près de la moitié ses usines. Il y a aujourd’hui 7,8 millions d’emplois dans l’industrie allemande , 2,7 millions dans l’industrie fraçaise. En vingt ans elle a perdu le tiers de ses effectifs quand l’Allemagne est restée stable. Si l’on remonte à 1981 c’est 2 millions d’emplois qui ont été détruits. La France se présente comme l’économie la plus désindustrialisée du G7 en dehors du Royaume-Uni (9,1%) sachant que  la composante énergétique y est plus importante. La part aux États-Unis est comparable à celle de la France mais elle baisse moins depuis 2000. C’est d’ailleurs en 2000 que la baisse de cette part s’accélère en France. Les deux courbes de la France et de l’Espagne sont très proches. Tout au plus, la chute est en partie limitée en France entre 2010 et 2019.

 

° La part de la France dans la VA  de l’industrie-énergie dans l’UE s’est réduite  ainsi de 23% entre 2000 et 2022 (graphique suivant), moins toutefois que celle du Royaume-Uni. Les parts des Pays-Bas, de l’Espagne et du Danemark ont légèrement augmenté, ainsi que surtout celles des autres pays de l’est de l’UE. Celle de l’Allemagne est restée stable. On note aussi que ce déclin relatif est nettement moins prononcé en volume (- 17%) , soit un niveau inférieur au déclin connu par l’industrie italienne (- 23%) et espagnole (- 19%).

° Plusieurs explications sont possibles pour le déclin plus marqué en valeur qu’en volume des parts de marché de l’industrie française. D’abord un contenu en innovation et en qualité des produits qui aurait décroché par rapport à certains concurrents dont l’Allemagne. Ensuite un effet de composition avec une spécialisation française qui aurait évolué vers des produits à moindre valeur ajoutée. Cela peut s’expliquer également par un effort sur les prix pour compenser une hausse plus dynamique des coûts de production en France qu’en Allemagne et d’autres concurrents. Une troisième explication peut résider dans le comportement d’optimisation fiscale de certaines entreprises, qui exfiltrent une partie de la valeur ajoutée de leurs productions vers des pays à faibles taux d’imposition, par exemple à travers des politiques actives de prix de transfert et de localisation des investissements immatériels. 

Tableau 30 valeur ajoutée industrie eurostat 2000-2022

Évolution de la part de la VA de l’industrie-énergie en % de la VA de l’industrie-énergie dans l’UE (28 pays)

 

Évolution de la part de la VA de l’industrie manufacturière  en % de la VA de l’industrie manufacturière dans l’UE (28 pays)


 

 

b) l’emploi et les heures travaillées

° La désindustrialisation par pays est surtout nette en terme d’emplois. En valeur absolue les effectifs de l’industrie française (salariés et non-salariés, à temps plein ou pas) entre 1970 (5,1 millions) et 2018 (2,9 millions) s’effondrent, soit une baisse de 2,2 millions (la baisse annuelle moyenne s’élevant à environ 46 400 personnes), sachant que l’emploi industriel a connu historiquement son plus haut niveau en France en 1974, avec 5,4 millions de personnes (ce sommet a été atteint au milieu des années 1960 au Royaume-Uni et au milieu des années 1950 aux États-Unis).

° En valeur relative, les effectifs dans l’industrie sont ainsi passés de 24 % à 10,3 % de la population active entre 1970 et 2018 (15 % en 2000). Le caractère de cet effondrement est non linéaire : deux paliers pouvant être identifiés au tournant des années 1990 et 2000. La crise de 2007-2008 en a encore aggravé le mouvement.

° Tandis que l’emploi industriel a perdu près de 47 % de ses effectifs entre 1974 et 2018, l’emploi des services marchands a été plus que doublé, permettant à l’emploi global de croître de 1,4 % par an. Le différentiel de croissance entre les deux évolutions s’est maintenu au même rythme depuis 1974. Les heures travaillées dans l’industrie chutent en France entre 2000 et 2017 de – 24 %. L’emploi industriel diminue de 832 milliers d’effectifs entre 2000 et 2017. Tout au plus, observe t on un  ralentissement de cette baisse depuis 2009 (-272 milliers d’effectifs entre 2009 et 2018).

° Le nombre de personnes occupées fait apparaître l’évolution de l’emploi dans le secteur de l’industrie. Il correspond au nombre total de personnes travaillant dans l’unité considérée ainsi qu’aux personnes travaillant à l’extérieur de l’unité tout en faisant partie de celle-ci et en étant rémunérées par elle. Le nombre d’heures travaillées atteste l’évolution du volume de travail effectué. Le nombre total d’heures effectuées représente la somme des heures effectivement travaillées pour assurer la production de l’unité d’observation au cours de la période de référence. Cet indicateur complète donc le précédent. De nouveau la part des heures travaillées dans l’industrie y.c. énergie en France (minorée d’ailleurs de l’ordre de 1%) n’est pas la plus faible 10,8% contre 10,1% au Royaume-Uni. Le pourcentage des Pays-Bas est aussi plus faible (10,3%). Mais il l’était déjà en 1995.

Tableau 99 emploi (Heures) par grands secteurs eurostat 2010

Milliers d’heures travaillées par branches (ou secteurs d’activités) en % du total égal à 100%

Répartition des emplois par secteurs d’activité en France 1950-2022

Source : Insee, https://www.economie.gouv.fr/igpde-seminaires-conferences/Nicolas-dufourcq-la-desindustrialisation-de-la-france

 

 

c) D’autres indicateurs de la désindustrialisation par pays

° D’autres indicateurs existent ainsi pour mesurer la désindustrialisation par pays :

  • Le plus important est le solde de la balance commerciale de biens manufacturés et énergétiques: -3% du PIB contre -0,2% en 2000,
  • les parts de marchés ont reculé notamment depuis 2000, passant de 13 % à 10% en 2019 dans l’UE,
  • Le solde des fermetures et ouvertures d’usines,
  • positionnement sectoriel vers le « haut de gamme » ou le « bas de gamme« ,
  • équipement vétuste, évolution de la FBCF en machines et équipements, robots par employés, part de la R&D dans le PIB,.. : L’effort d’innovation en France (1,94 robots pour 100 emplois industriels en France contre 3,7 en Allemagne) apparaît insuffisant du fait des capacités d’autofinancement dégradées des entreprises françaises , ce qui accroît l’écart de compétitivité hors prix avec les concurrents de la France et rend ses exportations vulnérables à une appréciation de l’euro.

° Ces indicateurs permettent d’identifier souvent les causes profondes de la désindustrialisation en France : délocalisations, concurrence étrangère, gains de productivité importants, externalisation des services, dépenses de R&D et d’équipements assez moyennes, rentabilité assez faible. Mais en réalité, ces facteurs sont plus nombreux : désertification, absence de liaisons entre les villes moyennes,  rapports entre sous-traitants et grands donneurs d’ordres plus tendus que dans d’autres pays, PME industrielles très nombreuses en Italie et en Allemagne, relations étroites des entreprises industrielles de ce pays avec celles des pays de l’Est de l’UE, « idéologie très élitiste éloignée de la science et de l’industrie » en France, manque d’anticipation de l’administration française, etc… .

° Des dates marquent cette désindustrialisation comme le déficit extérieur des produits industriels qui apparaît au milieu des années 2000. Mais on retiendra aussi les restructurations (disparitions) des grandes entreprises françaises dans les années 2006-2007, sans oublier les nombreuses délocalisations d’entreprises de taille plus petite.

 

 

 

 

3/ La désindustrialisation par pays est plus marquée en France

° Certes l’emploi industriel baisse presque partout mais avec de fortes nuances. De plus, les indicateurs les plus significatifs sont au vert dans certains pays (Allemagne, Autriche, Suède, Pays Bas,…) avec ici aussi de fortes disparités. La France et le Royaume Uni sont les plus touchés par la désindustrialisation par pays en terme d’emplois et de déficit extérieur. La montée en gamme ne se fait pas en France. Le début des années 2000 marque un tournant. La Chine est entrée dans l’OMC. L’Allemagne s’est redressé grâce à la politique de G. Schröder avec l’ agenda 2003, et va amplifier son industrie. Le déficit de biens industriels France-Allemagne va vite dépasser les 20 milliards d’euros par an.

°  L’Allemagne ne connaît ainsi pas ce phénomène avec une balance commerciale excédentaire même si les effectifs industriels baissent de 5% entre 1995 et 2017, ce qui n’a rien à voir avec la baisse de 25% en France.Les allemands s’implantent en Europe de l’Est puis en Chine. Anticipant sur le traité d’adhésion des dix pays d’Europe de l’Est, signé en avril 2003, leur marche vers l’hinterland centrale est foudroyante à partir de 1995. À partir de 2003, les parts de marché allemandes à l’export explosent à un rythme qu’on n’avait jamais vu. Ses produits s’améliorent. Elle est autoportante sur de nombreuses chaînes de valeur, et à l’export elle bat les français, dont la spécialisation industrielle est très comparable à la sienne mais le mix prix-qualité non compétitif, et qui ratent l’opportunité chinoise

° Que dire des Pays Bas avec un excédent commercial des biens de  87 Mds de dollars même si les exportations de biens sont artificiellement gonflées par les ré-exportations (services logistiques d’entreposage et de groupage à Rotterdam) et par le négoce international (achats de marchandises pour être revendus sans franchissement de la frontière). Comment parler de désindustrialisation en Russie avec un excédent commercial de 193 Mds de dollars même si celui ci provient de l’énergie et des matières premières, et même si de nombreuses d’usines ont fermé depuis la fin de l’ère soviétique ? Dans une certaine mesure, l’Italie avec un solde commercial des biens de +56 Mds de dollars, des effectifs industriels qui baissent de 15% et 185 robots pour 10000 employés dans l’industrie ne subit pas plus ce phénomène de désindustrialisation par pays qu’en France, même si sa production industrielle baisse un peu alors qu’elle stagne en France entre 2000 et 2017.

° Quelques économistes ont analysé cette spécificité [1] (les nombres entre crochet renvoient à la bibliographie en bas de page). « Il existe une histoire spécifique du décrochage industriel français, qui a abouti au recul le plus important au sein de l’Europe. L’Union européenne (UE) reste globalement performante en matière industrielle si on en juge par les parts de marché, les brevets, les spécialisations. C’est la France qui a décroché notamment parce qu’elle n’a pas tiré les conséquences macroéconomiques de son passage à l’euro. L’Hexagone réussit moins bien que les pays de l’Europe du Sud dont la compétitivité coût est meilleure que la sienne, moins bien que les pays d’Europe centrale et orientale qui, forts de leurs atouts en capital humain et de leur proximité avec l’Allemagne, ont une stratégie de pays émergents. La France est également en retrait par rapport à l’Allemagne et aux pays nordiques qui, grâce à leurs efforts de recherche et développement (R&D) et de montée en gamme, ont amélioré leur compétitivité hors coût« .

° « La France s’est donc désindustrialisée, elle a perdu des parts de marché dans les exportations de la zone euro, et ses produits sont devenus moins compétitifs que ceux de ses principaux concurrents. L’exemple de l’automobile illustre ce décrochage spécifique de la France, fait de fermetures d’usines, de délocalisations en Europe de l’Est et en Afrique du Nord, à la différence de l’Allemagne, qui a su maîtriser sa chaîne de valeur, conserver sa production domestique tout en exportant et en s’implantant en Chine. On aurait pu donc s’attendre à ce que la France corrige ses faiblesses de compétitivité, adapte sa politique macroéconomique, s’engage dans les réformes structurelles tant différées et s’inscrive résolument dans une stratégie d’innovation ». Les grands groupes français ont fait le choix de se positionner sur le bas de gamme ou le milieu de gamme en délocalisant les usines et donc en sacrifiant l’emploi sur le territoire national

° Plusieurs phénomènes expliquent le recul de l’emploi industriel , à la fois causes et reflets de la désindustrialisation.

  • la productivité du travail,(voir page Partage Volume Prix),
  • évolutions de la structure de la demande globale (loi d’Engel, 1857) : élasticité-revenu de la demande de services supérieure à 1 (voir page Consommation des ménages),
  • l’externalisation des services (voir page Secteur tertiaire),
  • la concurrence étrangère sur les marchés français et étrangers, (voir page échanges extérieurs),
  • les créations de filiales à l’étranger (voir page chaînes de valeur mondiales),
  • rentabilité assez faible (voir page Financiarisation),
  • faiblesse des investissements en machines et équipements, et aussi en R&D (voire page Compte de recherche développement),
  • impôts de production trop élevés en France,
  • dynamisme des PME et des ETI en Allemagne et en Italie beaucoup plus qu’en France pour de multiples raisons,

 

° Deux études ont tenté de quantifier la contribution des 3 premiers facteurs à la baisse de l’emploi industriel [3]. L’étude de la Banque de France obtient les résultats suivants sur la période 1975-2015 :

  • Le changement dans la structure de la production, qui résulte presque exclusivement du progrès technique, contribuerait au recul de la part manufacturière dans le PIB à hauteur de 47% (dont 26% dus à la hausse des dépenses en services de l’industrie manufacturière).
  • Le changement de la structure de consommation des ménages − qui résulte du progrès technique et des préférences des consommateurs − contribue à hauteur de 39% au recul de la part manufacturière dans le PIB,
  • à quoi s’ajoute une contribution de 13% de la structure de l’investissement hors construction.
  • L’évolution du solde extérieur ne contribue qu’à 13% du recul (dont 9% lié à un effet spécialisation et 3%seulement à un effet épargne nette).

° Une seconde étude de l’Insee vise à évaluer l’importance de trois déterminants structurels de la baisse de l’emploi industriel sur la période 1980-2007  :

  • l’externalisation de certaines tâches de l’industrie vers le secteur des services ;
  • l’évolution de la structure de la demande et des gains de productivité au cours du temps,
  • la substitution de la production domestique par des importations associées à la perte de compétitivité internationale de l’industrie.

° La part de ces 3 facteurs à la baisse de l’emploi industriel a varié dans le temps. Les résultats obtenus conduisent à considérer que les deux premiers facteurs, d’ordre interne, ont respectivement contribué pour 20 % et 30 % aux destructions d’emplois industriels sur la période 1980-2007. Entre 1980 et 2016, le nombre d’emplois externalisés par l’industrie dans les services aux entreprises en France a été quasiment multiplié par deux, passant de 370 000 à plus de 700 000. Après vingt ans de développement quasi ininterrompu, une stabilisation s’est toutefois opérée à partir du début des années 2000, suite à l’explosion de la bulle internet et à la récession de 2009. On peut estimer qu’environ 20% du recul des effectifs manufacturiers depuis 1980 peut être expliqué par un transfert de ces activités de services. Ce constat n’est toutefois pas vérifié pour l’ensemble des sous-secteurs de l’industrie, où de fortes divergences apparaissent quant à l’utilisation à plus ou moins grande échelle de l’externalisation nationale. Ainsi, l’impact de celle-ci aurait été prononcé dans l’industrie pharmaceutique, le raffinage, la fabrication de matériels de transport, l’électronique et la chimie. En revanche, ce phénomène a relativement peu concerné l’agroalimentaire, le travail des métaux et la réparation de machines et équipements. 

° L’évaluation de l’impact de la concurrence étrangère apparaît moins précise puisque son rôle a été estimé entre 13 % (à l’aide d’une approche comptable) et 40 % (à l’aide d’une approche économétrique) des destructions d’emplois observées. Mais depuis la crise de 2009, il semble que les emplois détruits sous les effets de la « concurrence par les coûts » c’est-à-dire par manque de compétitivité et délocalisations diverses, prendraient une part prépondérante.La contribution des 3 premiers facteurs (productivité du travail, évolutions de la structure de la demande globale, externalisation des service) serait moins marquée après 2007 qu’avant.

° D’autres études ont montré enfin l’importance d’autres facteurs plus qualitatifs : formation continue, éducation, organisation managériale des entreprises, poids des ETI et des PME dans le tissu productif, et importance relative de leurs exportations, importance des équipements en TIC,…

° Ainsi  comment peut on produire des biens industriels sans matières premières qu’on ne contrôle plus comme en Afrique, et sans biens intermédiaires qu’on doit importer en grandes quantités comme le montre le graphique suivant ? En France, 61% des produits industriels consommés par l’industrie sont importés. Ce pourcentage est de 49% en Allemagne et en Italie (graphique suivant).

L’industrie française importe 61% des biens industriels contre 49% en Italie et en Allemagne : part des CI importées de produits industriels par l’industrie dans les CI totales de ces produits par l’industrie en 2019

 

 

 

4/ La France mieux placée dans la haute technologie

° Il y a quand même un point positif. L’industrie comprend deux ensembles : les produits de haute et basse technologie. Ces derniers sont constitués de nombreux biens intermédiaires (textile, métallurgie, composants, etc…). Les produits de haute technologie sont répartis en neuf groupes  : aéronautique, ordinateurs et machines de bureau, électronique-télécommunications, pharmacie, instruments scientifiques, machines électriques, chimie, machines non électriques et armement. Ce sont des produits industriels. En 2022dans l’UE, trois catégories détenaient une part supérieure à 10 % dans la production totale vendue de produits de haute technologie (graphique suivant). Il s’agit de l’électronique-télécommunications (26 %), des instruments scientifiques et de la pharmacie (tous deux 22-21 %).

Production vendue par l’UE de produits de haute technologie, par secteur, 2022, (%)

 

° Il apparaît que  que la France est mieux dotée dans ce domaine.  En 2020, l’UE comptait un nombre estimé de 42 848 entreprises dans le secteur manufacturier de haute technologie (tableau suivant), ce qui représente 0,2 % du nombre total d’entreprises dans l’UE. Les fabricants de haute technologie étaient les plus nombreux en Allemagne (9 798), en Italie (5 459) et en Pologne (4 314). Ils affichaient le chiffre d’affaires le plus élevé en Allemagne (211 milliards d’euros), en France (147 milliards d’euros) et en Italie (56 milliards d’euros) et la valeur ajoutée la plus élevée en Allemagne (73 milliards d’euros), en France (39 milliards d’euros) et en Italie (21 milliards d’euros). milliard). Par rapport à la population totale des entreprises, la part des fabricants de haute technologie était la plus élevée en Allemagne (0,4 %), en Tchéquie, au Danemark, en Croatie, en Slovénie et en Finlande (0,3 % chacun). Par rapport au chiffre d’affaires de la population totale des entreprises, la part des fabricants de haute technologie était la plus élevée en Hongrie (5,8 %), en Finlande (5,4 %) et en France (4,0 %).

° Les biens de haute technologie limitent la « casse » de la désindustrialisation. En France, ce sont les productions de biens de basse technologie qui diminuent fortement. Ainsi les gains de productivité du travail restent plus élevés en France que dans l’UE dans l’industrie-énergie (+1,5% par an contre +1,4%) entre 2010 et 2019 du fait de cet effet de structure où les branches à forte valeur ajoutée remplacent progressivement celles à faible valeur ajoutée (voir page Partage Volume Prix). Il existe par ailleurs de fortes liaisons entre les entreprises produisant des biens de haute technologie et celles produisant des services numériques.

° En outre, l’intensification de l’informatisation recouvre des situations contrastées en matière de productivité et d’emploi entre les secteurs de basse technologie et ceux de moyenne voire de haute technologie. Pour les premiers, l’informatisation va de pair avec de fortes hausses de la productivité et une diminution de l’emploi. Parmi les secteurs de basse technologie, les pertes d’emplois liées au recours à l’informatique sont en fait principalement concentrées sur l’emploi peu qualifié. En revanche, pour les seconds, si l’informatisation n’est pas associée à des gains de productivité, elle ne se développe pas au détriment de l’emploi. Partout néanmoins, l’informatisation est plus favorable aux travailleurs les plus qualifiés.

° Cette distinction est importante et elle amène à nuancer la désindustrialisation en France. Mais encore une fois, celle-ci est plus forte que dans les autres pays de l’UE depuis 2000 (sauf au Royaume-Uni), ne serait ce du fait que les biens intermédiaires ont été et restent encore le poumon de l’industrie (sans eux, on ne pas produire des biens de haute technologie) et que la France est ainsi très dépendante de l’étranger pour ces produits.

 

Statistiques de l’industrie de haute technologie, par pays, 2020

 

 

 

 

 

 

 

5/ De la désindustrialisation à la tertiairisation  : vers un mélange des genres ?

° Toutefois la désindustrialisation ne peut s’étudier sans tenir compte des relations toujours plus complexes entre l’industrie et les services aux entreprises [2]. Ne faut-il pas inclure dans l’emploi industriel celui des entreprises de services qui travaillent pour l’industrie, notamment les intérimaires ? Mais ce phénomène se développe dans tous les pays.

°L’industrie a d’abord externalisé certains services. À partir des années 1970 jusqu’au début des années 2000, les entreprises industrielles se sont progressivement recentrées sur leur cœur de métier afin de gagner en efficacité. Ceci les a amenées à confier à des sociétés spécialisées – notamment des services – toutes les tâches s’en éloignant, comme la restauration du personnel, le gardiennage, l’informatique ou encore la comptabilité. On a  ainsi observé un transfert massif d’emplois et de valeur ajoutée du secteur industriel – où étaient autrefois comptabilisées ces activités – vers le secteur des services.

° Mais une autre évolution se renforce depuis 2000 : les groupes industriels externalisent et délocalisent l’activité industrielle pour se recentrer sur des services à forte valeur ajoutée. Aux États-Unis, certains acteurs, les « producteurs de biens sans usines », adoptent une forme extrême de fragmentation de la production en externalisant la totalité du processus de fabrication à des firmes (étrangères ou nationales) spécialisées. Dans le cas de ces entreprises, ce n’est donc pas tant la production de services que celle de biens tangibles qui est externalisée. La firme Apple Inc. a externalisé et délocalisé des activités de production autrefois localisées sur le territoire américain, tout en augmentant leurs activités de recherche et développement, de conception, ou de marketing. Tandis qu’Apple est connue pour ses biens et ses services, et contrôle étroitement tous les aspects d’un produit, presque aucun de ses établissements ne figure dans le secteur manufacturier ». Toutefois ce phénomène touche moins l’Europe, en particulier la France.

° L’émergence de chaînes de valeur mondiales a ainsi favorisé une spécialisation des pays développés sur des services à haute valeur ajoutée, généralement situés en amont et en aval des étapes de fabrication (voir page chaînes de valeur mondiales). Les statistiques de l’OCDE sur les échanges commerciaux en valeur ajoutée illustrent l’importance des services dans les exportations de biens manufacturés (graphique suivant). La part de la valeur  ajoutée issue des services contenue dans les exportations apparaît importante en France (37 % en 2015) par rapport à l’Allemagne (30 %).

Part de la valeur ajoutée (domestique et étrangère) issue des services dans les exportations de biens manufacturés, 2005 et 2015

 

 

 

 

 

 

 

I – COMPARER LA DÉSINDUSTRIALISATION PAR PAYS AVEC QUELS INDICATEURS ?

Que signifie la notion de désindustrialisation par pays ? Il est difficile de l’apprécier et donc d’en faire un diagnostic parfait. Faut-il suivre la VA (en valeur ou en volume), la production ou encore les heures travaillées ?

Avant tout on note que la  désindustrialisation n’est pas nouvelle en France. Notre appareil productif a commencé à disparaître dès les années 80, ce qui s’est traduit par un effondrement de l’offre de produits proposés. Entre 1980 et 2007, l’emploi industriel baisse déjà en France et au Royaume-Uni plus que dans les autres pays (graphique suivant). Toutefois jusqu’à la crise de 2007, l’évolution de l’industrie française se caractérise également par une mutation de sa production vers les industries de hautes technologies comme ses principaux partenaires économiques. Cette mutation s’accompagne d’importantes transformations organisationnelles, où le recours à la sous-traitance s’intensifie, où le rôle des acteurs étrangers dans la production et la capitalisation est de plus en plus prégnant et où la financiarisation des activités productives s’affirme. Certaines singularités proprement françaises sont pourtant déjà à retenir qui s’affirmeront après 2000.

° Les barrières à la croissance des jeunes entreprises pénalisent leur compétitivité. Ces barrières entravent le renouvellement de l’appareil productif et l’introduction des innovations par de nouvelles petites entreprises. La participation future de l’industrie française à l’industrie manufacturière mondiale a dépendu donc fortement depuis 40 ans de la levée de ces barrières à la croissance. En Allemagne ou en Italie, les PME industrielles ont augmenté leur production dans le contexte de la mondialisation.

Évolution de la production de l’industrie manufacturière (en volume) et de l’emploi manufacturier de 1980 à 2007 base 100 en 1980 en %

Source [4] : Économie et Statistique n° 438-439-440 – 2010, Insee, L. Nesta à partir de la base STAN de l’OCDE, https://www.insee.fr/fr/statistiques/1377174?sommaire=1377175

 

 

 

1/ Valeur ou volume ?

On calcule ici les ratios et les évolutions de la seule industrie manufacturière et de l’industrie y.c. énergie pour les pays où les données remontent à 1991 sur la base OCDE-STAN. On présente au chapitre 10, la part de la VA en % du PIB (et non de la VA totale) par pays y compris la Chine dont les données de la Banque Mondiale ne remontent pas si loin du moins pour la seule industrie.  Au chapitre 2, on présente des données d’Eurostat qui remontent à 1995.  Tout ceci n’est pas seulement liée à la disponibilité des données mais aussi aux nomenclatures. Les données de la Banque Mondiale sont établis selon la Classification internationale type, par industrie, de toutes les branches d’activité économique (CITI) des Nations unies. C’est une nomenclature type de toutes les activités économiques productives. Son but principal est d’offrir un ensemble de catégories d’activités susceptible d’être utilisé pour l’analyse statistique. La version actuellement en vigueur est la CITI rev. 4. La NACE et la NAF sont les déclinaisons européenne et française de la CITI. La CITI appelle fabrication ce qu’on appelle industrie. Les données de la Banque Mondiale ne portent que sur l’industrie au sens large, y.c. la construction, et la seule fabrication. Comme il y a déjà tant de difficultés à faire des comparaisons internationales, on met de côté cet aspect.

Large concordance sectorielle avec la CITI

 

 

 

Le processus de désindustrialisation par pays est assez difficile à analyser en se référant aux comptes nationaux : la VA de l’industrie manufacturière en volume augmente de 0,9 % par an entre 2000 et 2019 en France. Mais la production en volume reste stable durant la même période.

Cette divergence, qu’on retrouve dans d’autres pays (États-Unis, Belgique), vient en partie à des évolutions élevées des prix des consommations intermédiaires (CI) par l’industrie, ce qui a pour effet de  faire baisser les prix de la VA de l’industrie et ainsi d’augmenter son volume durant cette période (voir page Partage Volume Prix). Mais de nouveau, on observe que les prix de VA de l’industrie ne diminuent pas qu’en France.

La baisse de la part de la VA de l’industrie dans la VA totale en prix courants (valeur) est  sensiblement freinée en volume (volumes chaînés) du fait d’une hausse relative jusqu’en 2000. Du coup, la part de la VA de l’industrie « corrigée » dans la VA totale en volume diminue légèrement de 12,9% en 1991 à 12,2% en 2020 (12,6% en 2019). Elle était de 13,4% avant la crise de 2008. C’est en 2003 que la part en volume commence à diminuer. La part de la VA en volume se maintient quelque peu après la crise 2009. Mais on ne retrouve pas cette baisse relative dans plusieurs pays : Allemagne, Corée, Japon, États-Unis, Suède,.

Tableau 98 part VA industrie ocde STAN

Part de la VA de l’industrie manufacturière en prix courants dans la VA totale en %Désindustialisation par pays

Part de la VA de l’industrie manufacturière en prix « chaînés » dans la VA totale en %désindustialisation par pays

 

L’industrie, y compris énergie, compte pour 23,5 % de la valeur ajoutée globale en Allemagne en 2020 mais 24,8% encore en 2019, 19,5 % en Italie, 16,1 % en Espagne. La France (14,6% ré-estimé, pourcentage proche de celui des Pays-Bas), ne se présente plus comme l’économie la plus désindustrialisée du G7, la part aux États-Unis étant inférieure (13,9%) comme celle du Royaume-Uni (13%). Le léger frémissement en France entre 2010 et 2019 (la part de la VA est stable autour de 14%) est à relativiser. D’une part, il concerne uniquement l’énergie : la part de l’industrie manufacturière baisse légèrement de 0,3 point. D’autre part, il se retrouve dans d’autres pays : cette part progresse de 0,3 points dans l’UE des 28 pays entre 2010 et 2019.

 

Part de la VA de l’industrie y compris énergie en prix courants dans la VA totale en %désindustialisation par pays

Part de la VA de l’industrie y compris énergie en prix « chaînés » dans la VA totale en %désindustialisation par pays

 

 

 

2/ production ou valeur ajoutée industrielle ?

La comptabilité nationale donne deux mesures de l’activité de l’industrie : la production et la VA de chaque branche. Ces deux mesures répondent à des besoins différents :

— la connaissance de la production (nationale) d’un produit est nécessaire pour équilibrer les emplois et les ressources de ce produit. Schématiquement, production + importations + marges = consommation + formation de capital + exportations ;

— la VA mesure la contribution exacte apportée par une industrie déterminée à la richesse nationale. Elle est égale à la valeur de la production de cette industrie, diminuée de la valeur des biens produits par d’autres industries et consommés au cours de la production considérée. La VA d’une branche est égale à la somme des salaires, des impôts et des revenus des entreprises.

Or pour ces deux variables, des divergences d’évolution sont significatives en volume de l’industrie y compris énergie. En volume, on observe entre 2000 et 2017 pour cet ensemble : Production : +2,5%, VA +12%, CI – 2,5%.

 

Comment interpréter ces  divergences? Tout d’abord, dans les comptes nationaux, la VA en volume est calculée par la méthode de la double déflation (calcul de la production en volume et de la CI d’une en volume, d’où par différence calcul de la VA en volume) (voir page Mesure des volumes et des prix). Dans les branches industrielles où les CI représentent au moins deux tiers de la production, un tel calcul est assez fragile. L’est-elle en France entre 2000 et 2007, compte tenu d’une surestimation des évolutions des prix des CI par l’industrie qui entraînent une baisse des CI en volume de la branche industrie, donc une hausse non négligeable de la VA?

Cette divergence peut s’expliquer aussi par la mondialisation et l’explosion des chaînes de valeur mondiales. Quand une entreprise (a) d’un pays A (par exemple la France, les  États-Unis, l’Allemagne depuis 2010) sous-traite à une entreprise (b) d’un pays B une partie de son activité, la production des 2 entreprises change entre le SCN93 et le SCN 2008 (voir page chaînes de valeur mondiales). Dans ce dernier, la production de l’entreprise (a) inclut la production sous-traitée à l’entreprise (b). Ce n’était pas le cas dans le SCN93. En revanche, la production de (b) ne comprend plus que la valeur de la sous-traitance alors qu’elle incluait la valeur de la production hors marges de (a) dans le SCN 93. Les valeurs ajoutées des 2 entreprises restent les mêmes selon les deux systèmes comptables. Ces traitements expliquent-ils pourquoi la production évolue plus vite que la VA dans les pays de l’Est de l’Europe (pays en partie sous-traitants) et l’inverse en France et en Allemagne ?

Le profilage d’entreprise pose un autre souci à ne suivre que la production pour apprécier l’évolution de l’industrie (voir page Profilage d’entreprise et TES). « Profiler un groupe de sociétés consiste à identifier en son sein des entreprises au sens défini par la loi de modernisation de l’économie (LME) de 2008 : ensemble d’unités légales organisées en vue d’une production de biens et de services et jouissant d’une certaine autonomie de décision, notamment pour l’affectation de leurs ressources courantes. Le profilage comprend la collecte et le traitement de données pour construire une information statistique au niveau des entreprises profilées (EP) : comptabilité consolidée (élimination de doubles comptes entre unités légales du contour) et répartition des activités dans la nomenclature d’activités françaises ».

La VA ne change en théorie pas entre une EP et ses UL de contours. La production, elle, est plus difficile à évaluer et donc moins aisée à comparer entre les pays de l’UE même si Eurostat s’est beaucoup impliqué dans le profilage.

Aussi il faut se référer à la production et à la valeur ajoutée en volume pour juger de l’évolution de l’industrie d’un pays.

Il reste que la VA de l’industrie manufacturière baisse de 3,0 % en volume en France entre 2010 et 2020 (tableau suivant).  Tandis qu’elle augmente de 10,6 % dans l’ensemble de l’Union européenne à 27 pays, hausse un peu gonflée certes du fait de l’Irlande (voir page PIB irlandais.) La désindustrialisation par pays frappe donc particulièrement la France.

tableau 91 VA industrie chainés base 100 2010 Eurostat

VA de l’industrie manufacturière dans l’Union européenne : prix de l’année précédente chaînés, indice base 100 en 2010, en %

 

 

En particulier la baisse très forte du prix de la consommation finale des ménages en matériel informatique et téléphonie mobile (-8% par an entre 1995 et 2017) mériterait d’être confirmée. Elle entraîne une moindre baisse du prix de la CI de ces produits qui se répercute sur les prix de la CI des branches industrielles, lesquels augmentent plus que les prix de production (car les autres prix des produits industriels sont orientés à la hausse). Le cas extrême est celui d’une hausse du prix des matériel informatique et électroniques consommés par la branche « matériels de transports ».

Autre explication, les prix de l’énergie augmente assez fortement jusqu’à la crise de 2007, en particulier les prix des importations (gaz, pétrole,..), autant de produits qui sont surtout consommés par l’industrie et les transports.

Du coup le prix de la VA de l’industrie manufacturière baisse (-0,2% par an entre 2000 et 2019) et son volume augmente. Peut on conclure que la croissance de la VA en volume de l’industrie serait surestimée de 0,1% par an entre 1995 et 2007 ? Ce n’est pas certain.

 

Tableau 90 production VA eurostat OCDE base stan

  • En premier lieu, plusieurs pays (Royaume Uni, Finlande, Suède, certains pays de l’est de l’UE pour l’industrie manufacturière) ont un prix de VA de l’industrie en baisse entre 2000 et 2019. Mais ils ne représentent pas la majorité. De nombreux pays (Allemagne, Italie, Espagne Royaume Uni, États-Unis,…) ont un prix de VA de l’industrie qui augmentent de 0,7% à 1,5% par an durant cette période (+0,7% pour l’UE et les États-Unis pour l’industrie manufacturière, autour de +1% pour l’industrie y.c. énergie).

Évolution annuelle moyenne du prix de la valeur ajoutée entre 2000 et 2019 en %

 

 

  • Ensuite, le tableau suivant montre qu’on retrouve les divergences d’évolution de la production et de la VA en volume dans d’autres pays (États Unis surtout, Belgique, Allemagne depuis 2010) mais pas dans tous (Autriche, Suisse , Italie, ou les pays de l’Est de l’UE). L’Allemagne depuis 2010 ou la Suède se situent entre ces deux groupes : la croissance de la VA de l’industrie manufacturière y est supérieure de 0,5 % par an à celle de la production. En France (comme en Belgique), le contraste est plus saisissant car la VA augmente de presque 1% par an quand la production stagne. Avec l’énergie, les évolutions sont toutefois plus rapprochées. Les États-Unis représentent le cas extrême avec des évolutions respectives de 1,8% et 0,3% par an. Quels sont les rôles  respectifs des prix des CI et de la production d’une part ou de la mondialisation d’autre part dans ces évolutions (voir ci -dessus)

 

Évolution annuelle moyenne de la production et la valeur ajoutée en volume entre 2000 et 2019 en %

 

 

On retrouve cet écart en France pour la plupart des grandes branches industrielles sauf dans les matériels de transport : dans l’automobile, la production baisse de -20% de 2000 à 2017 mais la VA de -36%. L’écart est de -16%, donc dans l’autre sens.  De même, dans les autres matériels de transport que l’automobile, la production augmente de 100% et la VA de 26%, soit un écart de -74%. 

désindustrialisation par pays

Entre 1995 et 2017, ces divergences sont encore plus accentuées dans l’automobile. Rappelons que la VA y représente seulement 22,5% de la production en 2016, soit moins que la moyenne européenne (27%), dont 34% en Allemagne. On retrouve d’ailleurs à peu près le même écart dans les autres matériels de transport : 23,5% en France, 29,5% dans l’UE et 33,5% en Allemagne.

 

désindustrialisation par pays

 

Comment expliquer de telles évolutions ? La relation est loin d’être parfaite ce qui limite la portée de cette seule explication. Mais on observe néanmoins que dans les pays où la VA des matériels de transport a progressé ou stagné (+98% en Allemagne, +1% en Italie), production et VA de l’ensemble de l’industrie évoluent de manière plus rapprochée. En revanche, en France ou en Belgique, où la VA en matériels de transport diminue, l’écart est assez important entre l’évolution de la VA de l’industrie et la production de l’industrie.

En France, les consommations intermédiaires représentent 69 % de la production dans l’industrie manufacturière. On comprend l’enjeu d’en améliorer la productivité. Il semble que les pays où cette productivité des CI ait le plus progressé depuis 2000, soient la France, les Pays Bas, les États-Unis, la Belgique. Cette productivité augmenterait moins en Allemagne, en Italie et en Suède.

 

 

 

Si on se réfère à la production en volume, il y a bien eu désindustrialisation en France depuis 2000, de manière plus prononcée que dans la plupart des pays (du moins ceux pour lesquels on dispose de statistiques sur la production en volume à partir de la base STAN de l’OCDE), à l’exception de quelques pays comme l’Italie et le Royaume Uni, où la production en volume baisse plus qu’ en France.

 

Les évolutions en valeur en France donnent des résultats totalement différents entre 2000 et 2017 : Production + 22,1 %, VA +14,1% , CI : +33,1%. Ce sont donc les évolutions de prix de ces agrégats qui expliquent les divergences avec les évolutions en volume

Entre 1990 et 1999, production et CI en volume évoluent presque au même rythme du fait de la méthode de construction du TEI qui impose une certaine stabilité des coefficients techniques en volume d’une année à l’autre, contrairement à la période 1999-2017.

La méthode a changé depuis la base 2000 : il s’agit de caler la VA et les CI sur la statistique d’entreprise au niveau global et dans une moindre mesure par activités. Ainsi c’est en partie le changement de méthode de la base 2000 qui a provoqué une divergence d’évolution de la production et des CI en volume entre 2000 et 2017.

 

Ainsi, on se réfère à la production en volume et à  la VA en volume, complétée par les évolutions de l’emploi. Mais il est assez difficile de commenter des séries divergentes de VA et de production : certains économistes se référent à la valeur ajoutée. Mais dans les branches industrielles (telle l’automobile) les comités professionnelles commentent plus les données sur la production, par exemple les immatriculations de voitures neuves.

 

 

3/ l’emploi industriel

Pour la productivité du travail ou pour des ratios mesurant la part de l’industrie dans l’économie (compte tenu des doubles comptes liés par exemple à la sous-traitance), voire pour des séries longues par exemple sur plus de 30 ans, on retient la VA. En effet, seules les VA sont additives. On peut ainsi se référer à la part de l’industrie dans la VA globale en volume et surtout en valeur, puis à l’évolution de la VA en volume. On peut ensuite observer les effectifs « en personnes physiques » ou en « équivalents temps plein » (qui prend en compte le temps partiel) en suivant à nouveau, les évolutions ou la part de l’industrie manufacturière dans le total des effectifs. Avec 10,3 % de l’emploi intérieur total par branche en nombre de personnes en 2018, la désindustrialisation semble avérée en France, non seulement parce que ce pourcentage a diminué mais aussi parce qu’il est très bas. 

En évolution, le cas de la France n’est pas le seul (-1,2% par an antre 1995 et 2019). Ainsi, la Belgique, la Suède, (voire l’Espagne entre 2010 et 2020) ont affiché une baisse de l’emploi manufacturier (hors énergie) comparable en valeur relative (tableau suivant). L’effondrement est encore plus spectaculaire au Royaume-Uni (- 1,9 %). Mais la baisse est en revanche plus contenue dans le cas des Pays-bas (- 0,6% entre 2000 et 2019) ainsi qu’en Italie (-0,7%), Elle est même quasi négligeable en Allemagne (-0,1%). On note même une légère hausse en Pologne ou en Tchéquie permettant une baisse de -0,5% dans l’UE (-0,6% dans la zone euro) donc 2 fois moins qu’en France.

tableau 95 effectifs industrie 1995 -2020 eurostat

Évolution annuelle moyenne de l’emploi dans l’industrie manufacturière par pays entre 1995 et 2020 en  %

Évolution annuelle moyenne de l’emploi dans l’industrie y.c. énergie par pays entre 1995 et 2020 en  %

 

 

 

4/ Productivité du travail et structure de la demande

a) La hausse de la productivité du travail dans l’industrie

Elle est de +2,9% par an entre 1995 et 2019 nettement plus forte que dans la plupart des services (voir page Partage Volume Prix). Elle diminue toutefois depuis 2020. Elle entraîne souvent le non remplacement des emplois après départ à la retraite, le  transfert des salariés vers d’autres tâches, et des licenciements dans certains cas. De ce fait, les suppressions d’emplois n’ont rien d’anormales.Les forts gains de productivité enregistrés dans l’industrie conduisent à réduire les besoins de main-d’œuvre dans ce secteur mais induisent, en contrepartie, une baisse des prix relatifs des biens industriels et, par suite, une hausse de leur demande relative.Entre 2007 et 2021 la productivité relative de l’industrie aux services n’augmente que de 0,3% par an. Le prix relatif de la VA des services à l’industrie diminue même de -0,1%. Ces évolutions n’ont rien à voir avec la période allant de 1950 à 2000. De 2000 à 2007, la première augmente encore de 2,3% par an quand le second croît de 3,2%. C’est vers 1980 que les 2 courbes du graphique suivant se croisent. La période 1980-2007 est donc charnière dans la baisse de l’emploi industriel. Durant cette période, les 3 facteurs qui contribuent le plus à la baisse de l’emploi industriel sont bien ceux évoqués ci-dessus.

Tableau 101 consommation des ménages et productivité travail 1950-2021 insee

Évolution de productivité relative de l’industrie-énergie aux services en %

 

L’effet net sur l’emploi dépend du degré de substituabilité entre les biens industriels et les services. À ces effets imputables au différentiel de croissance de la productivité entre industrie et services, s’ajoute l’effet de la hausse du revenu due, quant à elle, à la croissance de la productivité de l’ensemble de l’économie. Cette hausse affecte en effet la demande en biens industriels et en services de manière non uniforme. Une part de la baisse de l’emploi dans l’industrie au cours de la période 1980-2007 peut s’expliquer par la relation entre d’une part, les gains de productivité réalisés dans ce secteur (et plus généralement dans l’économie) et d’autre part, les comportements de demande des agents.

En effet, pour que l’emploi dans l’industrie reste constant deux conditions sont nécessaires :- les gains globaux de productivité dans l’économie doivent être accompagnés d’une croissance équivalente de la demande adressée à tous les secteurs ;- un différentiel de croissance de la productivité en faveur de l’industrie doit être accompagné par un surcroît équivalent de croissance de la demande adressée à ce secteur. Si l’évolution de la demande adressée au secteur industriel ne vérifie pas ces conditions, l’amélioration de la productivité se traduira par un déséquilibre sur le marché des produits qui sera résolu par les entrepreneurs par des destructions d’emplois dans ce secteur (au bénéfice d’autres secteurs si la main d’œuvre est parfaitement mobile). Il en résultera une diminution du poids de l’industrie dans l’emploi total.

 

 

b)…. et la structure de la demande favorable aux services

Les ménages ont réduit la part des biens manufacturés dans leurs dépenses de consommation depuis quarante ans, au profit des services (voir page Consommation des ménages). Cette évolution peut provenir des préférences ou du progrès technique. Les quantités relatives de biens manufacturés et de services dépendent des préférences des consommateurs. Lorsque leur revenu augmente, les ménages consomment plus de services au détriment des biens industriels, conformément à la loi d’Engel. Celle-ci distingue les biens supérieurs (services et produits sophistiqués) dont la part dans le budget augmente avec le temps, des biens inférieurs (alimentation et produits à faible technologie).

Mais la baisse de la part en valeur des biens industriels dans les dépenses des ménages peut aussi être due au progrès technique. Grâce à l’innovation, l’industrie connaît des gains de productivité plus rapides qui se traduisent par une diminution de son prix relatif où le différentiel de productivité entre l’industrie et les services évolue de concert avec le prix relatif des services). Cette baisse des prix entraine un recul en valeur de la part de l’industrie dans la consommation pour peu qu’elle ne soit pas entièrement compensée par la hausse des quantités consommées.

Évolution de la part de la consommation effective des ménages en produits industriel et énergétiques dans le total et de la  part de la FBCF en produits industriels dans la FBCF totale (hors construction) en %

 

Il est en effet dans la logique des choses que les progrès technologiques continuent à détruire encore des milliers emplois par les progrès de la productivité, notamment les moins qualifiés, qui sont les plus faciles à automatiser (mécanisation, robotisation).

 

 

 

 

5/ les autres indicateurs de la désindustrialisation par pays

D’autres indicateurs sont pertinents comme le taux de marge (rapport entre l’excédent brut d’exploitation et la VA), l’évolution des exportations et surtout celle du solde du commerce extérieur (négatif, il traduit une désindustrialisation par pays surtout s’il était positif dix ans plus tôt). L’évolution du contenu en importations des emplois intérieurs (consommation finale, consommation intermédiaire et formation brute de capital fixe) est aussi un indicateur pertinent. Une hausse de ces ratios traduit une désindustrialisation : ce qu’on produisait auparavant est désormais importé.

Ainsi, la désindustrialisation par pays, qui n’est pas récente, se renforce en France entre 2000 et 2021, avec tout au plus une décélération de ce phénomène depuis 2012 : c’est ce qui ressort du faisceau d’indicateurs issus de la comptabilité nationale, en comparant la France à ses principaux partenaires européens.

Elle se caractérise par plusieurs critères concomitants :

  • un recul de la part de la branche industrielle dans la valeur ajoutée globale à prix courants ;
  • un recul de l’emploi industriel qui atteint un niveau très bas ;
  • une quasi stabilité de la production en volume depuis 2000;
  • une situation financière assez difficile avec des fermetures d’usine plus importantes que les ouvertures;
  • une dégradation du solde extérieur à partir du milieu des années 2000, marquée par la hausse de la part des importations dans les achats des ménages ou ceux des entreprises
  • la perte de compétitivité sur les marchés étrangers.

La France subit de plein fouet ces phénomènes entre 2000 et 2017 comme dans l’industrie automobile. Sa VA est 10 fois moins élevée en France qu’en Allemagne en 2017.

Ce phénomène n’est certes pas nouveau mais il s’amplifie avec des à coups : la désindustrialisation apparaît au milieu des années soixante-dix. Dès 1975, l’emploi industriel baisse tandis que celui des services marchands continue de croître. À la même époque, la part de l’emploi industriel commence à baisser. En 1980, on note un décrochage entre l’évolution de la valeur ajoutée en volume de l’industrie et celle des services marchands (graphique suivant).

 

Désindustrialisation par pays

Désindustrialisation par pays

 

 

 

 

 

 

 

 

II – BAISSE DE L’EMPLOI INDUSTRIEL, QUASI STABILITÉ DE LA PRODUCTION EN VOLUME DEPUIS 2000

1) La désindustrialisation s’affirme en France : baisse importante des heures travaillées, production table en volume depuis 2000; la valeur ajoutée résisterait mieux

 

a) La valeur ajoutée

En Allemagne, on n’observe pas de désindustrialisation comme l’indiquent les deux graphiques suivants. La part de la VA de l’industrie y.c. énergie en France dans la VA de l’industrie y.c. énergie dans l’UE des 28 pays dépasse à peine les 10% en 2020 contre 14% en 1995. On retrouve des tendances analogues pour la part de la seule industrie en France dans la VA totale des 28 pays. La part de la VA des autres pays de l’UE (essentiellement les pays de l’Europe de l’est) ne cesse d’augmenter de 7,5% en 1995 à 19,4% en 2020.

tableau 92 part de la VA industrie par pays Eurostat

Part de la VA de l’industrie (y.c. énergie) de chaque pays en % dans la VA de l’industrie (y.c. énergie) du total des pays de UE en prix courants

Part de la VA de l’industrie (hors énergie) de chaque pays en % dans la VA de l’industrie (hors énergie) du total des pays de UE en prix courants

 

En 2018, la part de la VA de l’industrie (y compris l’énergie) est quasiment la plus faible en France en monnaie courante : 13,7% (18,9 % en 2000). Cette part est de 25,4 % en Allemagne quasiment comme en 2000 (ce qui témoigne du décrochage français impressionnant avec le voisin d’outre-Rhin – dont elle a été longtemps le challenger -, où ce secteur reste une valeur sûr). Plus inquiétant, la France se situe aussi en retrait par rapport à des pays comme l’Italie (19,7 %), voire  l’Espagne (16 %). Maigre consolation, elle ne devance que celle du Royaume-Uni (13 %) dont la part était nettement plus importante en 1995 parmi les grands pays de la zone.

 

Certes cette VA est sous estimée de l’ordre de 1%, voire même plus en France par rapport à de nombreux pays (Allemagne, Suède,…) : l’industrie est une branche pure alors qu’elle inclut pour un peu moins de 10% des services dans les autre pays. Pour comparer la VA industrielle à celle des autres pays il faut se référer aux TES symétriques disponibles mais jusqu’en 2018 et selon une double approche : produit ou branche (voir page TES Symétrique). Les différences relatives entre la France et les autres pays sont plus faibles : la part de l’industrie-énergie en France y est de 14,5% en 2018 contre 21,4% en Allemagne (l’écart de 7 points est sensiblement réduit par rapport au TES où il est de plus de 11 points : 13,7% en France contre 25,4% en Allemagne). Cette part est de 19,7% en Italie, et seulement 9,8% au Royaume Uni.

Tableau 96 part va industrie TES symétrique TES eurostat

Part de la VA de l’industrie y compris énergie dans la VA totale (le TES symétrique et TES) en 2018 en %


Part de la VA de l’industrie manufacturière dans la VA totale (le TES symétrique et TES) en 2018 en %

 

La VA de l’industrie (y compris énergie) augmenterait de 11,3 % en volume en France (voire même +14% pour l’industrie manufacturière hors énergie), soit nettement moins qu’en Allemagne (+36%), et que dans l’ensemble de l’Union Européenne, hors Royaume Uni (+27%); elle baisse légèrement en Italie et au Royaume- Uni. Mais encore une fois, la croissance française de la VA de l’industrie n’est-elle pas un peu sur-estimée entre 2000 et 2007 ?

Évolution de la valeur ajoutée de l’industrie y.c. énergie en volume base 100 en 2000

Évolution de la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière en volume base 100 en 2000

 

 

b) la production

S’agissant de la production de l’industrie y.c. énergie en volume (on dispose des données de quelques pays en utilisant aussi la base STAN pour les États-Unis), celle ci est moins élevée en France en 2020 qu’en 2000 (-6%). Au contraire elle est bien plus élevée en Allemagne de près de +20% et aux Pays Bas (+19%), voire dans les pays scandinaves (Danemark surtout pour l’industrie manufacturière du fait de la production d’éoliennes) même si la crise de 2008 a fortement affecté l’industrie dans tous ces pays. Les États-Unis ne se démarquent pas de nombreux pays européens avec un indice y.c. énergie de 102 en 2020 base 100 en 2000  et hors énergie de 98. Mais le contraste est surtout marqué avec les pays de l’Est de l’Europe dont l’indice est proche de 200 en 2020. En France, l’indice est encore plus bas pour la seule industrie manufacturière : 88 en 2020 base 100 en 2000

Évolution de la production de l’industrie y.c. énergie en volume base 100 en 2000

Évolution de la production de l’industrie manufacturière en volume base 100 en 2000

 

 

 

 

 

 

 

2) L’emploi industriel chute en France plus que dans les autres pays

Les gains de productivité de l’industrie manufacturière seraient assez élevés en France : +2,6% par an entre 1995 et 2020 (mais cette croissance provient de la période 1995-2000).  Ils sont de +2,5 % dans l’UE, +1,8% en Allemagne et +1,1 % en Italie. Ces derniers pays perdent moins d’emplois en créant des emplois peu rémunérés. Les PME et les PMI s’y sont mieux maintenues qu’en France, faisant subsister un tissu industriel régional. Le déclin relatif de l’industrie en France ne signifie pas faible croissance de la productivité horaire du travail. On note toutefois un très net infléchissement de cette hausse avec les crises entre 2007 et 2010 ainsi qu’en 2020.

 

a) La spécificité française

Ainsi si les gains de productivité sont les mêmes en France et dans l’UE, ni la VA, ni les heures travaillées n’évoluent au même rythme. Ces dernières diminuent de -1,6% par an entre 1995 et 2020 contre -1% dans l’UE. La VA progresse de 1% par en France contre +1,5% par an dans l’UE. La comparaison  France-Allemagne est exemplaire : Les heures travaillées ne diminuent que de -0,6% par an. La VA augmente de 1,2%, soit une hausse de la productivité horaire de +1,8% par an, moindre qu’en France.

Autre exemple, durant la décennie 2010, la VA de l’industrie y.c. énergie augmente de 0,9% par an dans l’UE contre une stabilité en France. Les heures travaillées diminuent de -1,1% en France contre -0,4% dans l’UE. La productivité horaire évolue à peine plus vite dans l’UE.

La comparaison avec le Royaume-Uni est plus délicate. On ne dispose pas des données de 2020. Les tableaux suivants montrent donc une évolution annuelle moyenne entre 2010 et 2019 pour ce pays. Il reste que les heures travaillées augmentent de 0,3% par an durant cette décennie contre +0,5% par an pour la VA de l’industrie, soit une faible hausse de la productivité (+0,2%). Mais il est vrai que ces heures avaient très fortement chuté avant 2010.

En France, les heures travaillées baissent partout (sauf dans la pharmacie) même dans les branches à croissance assez forte de la VA (matériel de transport, chimie). Les heures travaillées diminuent fortement dans le textile habillement. La productivité horaire du travail est en forte hausse dans la plupart des branches (parfois supérieure à +3 % par an depuis 1995). Par contre, elle progresse faiblement dans l’automobile voire dans les IAA, ce qui permet une baisse réduite des heures travaillées.

 

Évolution annuelle moyenne de la VA en volume dans l’industrie manufacturière en %

Évolution annuelle moyenne des heures travaillées dans l’industrie manufacturière en %

Évolution annuelle moyenne de la productivité horaire dans  l’industrie manufacturière en %

Évolution annuelle moyenne de la VA en volume dans l’industrie y.c. énergie  en %

Évolution annuelle moyenne des heures travaillées dans l’industrie y.c. énergie en %

Évolution annuelle moyenne de la productivité horaire dans  l’industrie y.c. énergie en %

Évolution annuelle de la productivité horaire dans  l’industrie y.c. énergie base 100 en 1995 en %

 

 

 

b) Baisse de l’emploi industriel en France depuis plusieurs décennies ….

L’industrie représentait 22 % des heures travaillées en 1974 (point culminant) puis 13,7% en 2000 et enfin 9,6 % en 2020 (qu’on peut estimer à 10,6% quand on compare aux autres pays); soit une baisse du niveau de 44 % entre 1974 et 2020. Les effectifs sont passés de 5,1 millions (5,4 millions en incluant l’énergie) à 2,6 millions (respectivement 2,9 millions) entre les deux années malgré un léger rebond depuis 2018. Les activités déjà en recul ont poursuivi leur diminution, cependant que celles jusqu’alors épargnées sur longue période (industries agro-alimentaires, fabrication de produits informatiques, électroniques, optiques) ont été touchées à leur tour. Ce ne sont pas les quelques milliers d’emplois en plus en 2018 et 2019 qui modifient cette évolution.

Dans le détail, les branches industrielles ont connu des évolutions différenciées. La branche« industries extractives » et « fabrication de textiles, industries de l’habillement, industrie du cuir et de la chaussure » a perdu 88 % de les effectifs entre 1970 et 2019. La part de cette dernière branche dans la valeur ajoutée industrielle s’est effondrée – de 7,5 % à 1,5 %. En effectifs absolus, les deux tiers des destructions nettes d’emplois industriels sont concentrés dans les branches « fabrication de textiles, industries de l’habillement, industrie du cuir et de la chaussure » (– 728 000), « métallurgie et fabrication de produits métalliques, hors machines et équipements » (– 374 000), « autres industries manufacturières » (– 210000) et « fabrication de matériel de transport » (– 209000). Néanmoins, la part de ces branches dans la valeur ajoutée industrielle s’est globalement maintenue et a même sensiblement augmenté dans le cas de la fabrication de matériel de transport.

Emploi intérieur total dans l’industrie manufacturière en nombre de personnes en milliersDésindustrialisation par pays

Variation de l’emploi intérieur des branches en nombre de personnes en milliers entre 1970 et 2019désindustialisation par pays

 

 

 

 

3/  Diversité des évolutions en France

 

a) Depuis 2000, les évolutions de la production en volume ont été fortement ralenties sauf dans la pharmacie, les autres matériels de transport et certaines branches de l’énergie.

D’un coté la production de l’industrie pharmaceutique a augmenté de +3;8% par an entre 2000 et 2019 (+3,5% en 2020).

A l’opposé celle des textiles, habillement, industrie du cuir et de la chaussure a chuté de -3,2% par an sur 19 ans. Celeld e l’automobile a diminué de -0,9%.

Entre ces deux extrêmes, se trouvent la plupart des branches.

Certaines productions sont en hausse :  Autres industries manufacturières : réparation et installation (+0,8% par an entre 2000 et 2019), IAA (+0,4%), fabrication d’autres matériels de transports (+4%).

D’autres stagnent depuis 2000 : chimie (-0,1%); fabrication de machines et équipements électriques (0,1%). Alors que leur croissance était forte avant 2000. Il est vrai qu’il faudrait remonter plus loin dans le temps, les années précédents 2000 étant particulièrement fastueuses.

Beaucoup d’industries ont ainsi subi un net ralentissement de leur croissance après 2007 (voire un arrêt de celle-ci). On retrouve ce fléchissement dans la chimie, les plastiques, la métallurgie, les autres industries manufacturières. Seule la pharmacie n’a pas pas vu sa croissance trop freinée après 2010, de même que certaines branches de l’énergie (électricité, gaz,..). Les IAA sont aussi peu affectées mais leur croissance reste modérée . De 2010 à 2019, les productions de la pharmacie, de la chimie, des IAA, des autres matériels de transport, des machines et équipements, des produits informatiques, électroniques et optiques, et des autres industries manufacturières et réparations -installation augmentent en volume.

Comment la production de l’industrie pourrait augmenter globalement quand de nombreux site sont délocalisés à l’étranger ? Cette production n’est plus comptabilisé en France mais dans les autres pays quitte à être ensuite en partie exportée en France.

Évolution annuelle moyenne de la production en volume des branches  de l’industrie en France en %

 

 

 

 

b) La valeur ajoutée industrielle serait moins affectée que la production

La hausse de 0,9% par an de 2000 à 2019 de la valeur ajoutée (VA) de l’industrie (y c énergie) en volume (prix chaînés) résulte d’évolutions divergentes selon les branches :

Depuis 2000, plusieurs branches manufacturières ont mieux résisté.

Deux branches connaissent une baisse sensible de leur VA : l’automobile et le textile habillement.

Deux autres branches connaissent une hausse : les autres matériels de transport et la pharmacie. Au cours de la décennie 1990, la valeur ajoutée de la pharmacie, du bois, papier, imprimerie et des IAA avait ralenti et la baisse de la valeur ajoutée du textile s’était accentuée. La hausse de l’évolution de la valeur ajoutée au cours des années 2000 précédant la crise a été très variable selon les branches.

La crise de 2007 a peu affecté les industries agroalimentaires (IAA) (mais la croissance de celles ci reste assez faible: +1,1% par an de 1995 à 2017), les matériels de transport hors automobile, la fabrication de produits informatiques, électroniques et optiques, les industries chimiques et la pharmacie  : leur valeur ajoutée en volume dépasse en 2019 leur niveau de 2007, parfois même assez nettement : +58% pour la fabrication de produits informatiques, électroniques et optiques, +25% pour la chimie, autant de croissances qui font plus que compenser les baisses dans d’autres branches. On peut aussi mentionner les industries de-réparation-installation (C33Z) qui sont plus dynamique que la fabrication du meuble dans l’ensemble autres industries manufacturières.

Évolution annuelle moyenne de la VA en volume des branches  de l’industrie en France en %

La hiérarchie des branches manufacturières en termes de valeur ajoutée a peu varié en 22 ans à part pour le textile, habillement, cuir, chaussure (désigné ensuite par textile). Les IAA sont depuis 1980 les premiers contributeurs à la valeur ajoutée manufacturière (21,2 % en 2020). Les autres industries manufacturières (y compris réparation et installation) et les matériels de transport sont les deuxième et troisième contributeurs, respectivement 14% et 11,2%. La métallurgie occupe la quatrième place (10%) mais la troisième jusqu’en 2012. Derrière se trouvent les produits en caoutchouc, plastique et autres minéraux non métalliques, tandis que le textile a chuté de la sixième à la douzième position.

En termes d’emploi en EQTP, les IAA sont également les premiers contributeurs en 2017 (24 % de l’emploi manufacturier). En hausse depuis le début des années 1980, leur poids était alors inférieur à celui de la métallurgie et à celui du textile qui depuis a chuté. La part de l’emploi des autres branches manufacturières a peu varié sur la période

Évolution de la valeur ajoutée en volume en %

 

 

 

 

III – LE RECUL INEXORABLE DES OUVRIERS

Les ouvriers qualifiés représentent 16,7 % des personnes ayant un emploi dans l’UE, très souvent des hommes travaillant dans l’industrie et la construction. La proportion d’ouvriers qualifiés varie de 8,0 % au Luxembourg à plus de 20 % en moyenne dans l’Est de l’UE, les pays baltes et en Croatie. Elle est plus faible en France (14,1 %) qu’en Allemagne (16,4 %).

 

1/ La part des ouvriers en France

En 2019, en France, 5,3 millions de personnes en emploi au sens du Bureau International du Travail (BIT) sont ouvriers  soit 20 % de l’emploi total (graphique suivant). Mais ceux-ci travaillent pour plus de la moitié dans le secteur tertiaire  : historiquement, le travail des ouvriers s’est défini par l’exécution de tâches manuelles, voire mécanisées. Aujourd’hui les métiers des ouvriers sont plus variés et se retrouvent ainsi dans de nombreux secteurs : maçons, électriciens dans le bâtiment, opérateurs dans diverses industries (par exemple la métallurgie, l’agro-alimentaire), ou encore chauffeurs, manutentionnaires dans les transports et la logistique, nettoyeurs et ouvriers du traitement des déchets, cuisiniers, conducteurs de bus, magasiniers, etc… (voir page Secteur tertiaire). Sur longue période, mise à part une stabilisation dans les années 1990, la part des ouvriers dans l’emploi a reculé de façon continue. En 1982, les ouvriers étaient 6,9 million, soit 30 % de l’emploi total. La majorité (60%) de ces ouvriers ne travaille pas dans l’industrie.

Plus de quatre ouvriers sur cinq sont des hommes, tandis que près de quatre employés sur cinq sont des femmes. Les premiers ont peu à peu laissé la place aux secondes alors que, pendant plus d’un siècle, l’ouvrier a été la grande figure de notre société. C’est après la Seconde guerre mondiale que le nombre d’ouvriers croît le plus vite : en 1962, ils sont 7,4 millions (dont 0,8 million d’ouvriers agricoles), soit 39 % de la population en emploi. Aujourd’hui, on ne recense guère plus de 5 millions d’ouvriers, soit un emploi sur cinq. Conséquence du recul de l’industrie, le nombre et surtout la part des ouvriers ont fortement diminué depuis 1974. C’est la composante la moins qualifiée de cette main-d’œuvre qui a été la plus touchée : les mesures d’allègement des charges sociales pour les bas salaires, ainsi que le développement du travail à temps partiel ont favorisé l’emploi non qualifié, employé ou ouvrier.

Signe des temps, les catégories populaires (ouvriers et employés) représentaient un peu moins de 20 % des députés lors de la première législature (1946-1951) de la IVe République, soit 98 députés sur 522, leur représentation la plus forte jusqu’à aujourd’hui et depuis la création de l’Assemblée nationale. Cette situation était due au score du parti communiste dans l’immédiat après-guerre. Par la suite, la représentation des catégories populaires n’a cessé de se réduire, alors que cet ensemble constitue toujours plus de 45% de la population active. Seuls 1 % des députés sont ouvriers ou employés en 2012. On note une légère remontée en 2022, où leur part atteint 6 %. Certes il y a la connaissance complexe des lois et des codes juridiques. mais quand même. Qu’en est-il des dans les autres pays ?

Part des ouvriers dans l’emploi total entre 1982 et 2019 en %

Évolution du nombre d’ouvriers par secteur d’activité en Île-de-France entre 1968 et 2018

 

 

 

 

 

2/ Plus de cadres que d’ouvriers

Le Times évoque un pays de gratte-papier ; “les travailleurs français n’ont jamais semblé aussi rivés à leur bureau. Dans le pays de ce journal, la désindustrialisation est toutefois presque pire qu’en France. En près de quarante ans, la répartition des emplois par catégorie socioprofessionnelle s’est profondément modifiée. Selon l’Insee, entre 1982 et 2021, la part des ouvriers a baissé de 10,8 points et celle des agriculteurs de 6,0 points. Après avoir augmenté jusqu’au début des années 2000, puis s’être stabilisée jusqu’à la fin de la décennie, la part des employés a reculé depuis 2009, retrouvant en 2021 un niveau proche de celui de 1982. Au total, en 2021, pour la troisième année consécutive, la part des cadres dans l’emploi total (21,7%) dépasse celle des ouvriers (19%) qui se stabilise quasiment en 2021 et 2022 (+ 0,1 point, à 19,0 %). En 2020, pour la première fois, les courbes des deux catégories professionnelles s’étaient croisées, faisant suite à une longue décrue du nombre d’ouvriers français et à une augmentation du nombre de cadres. Au début des années 1980, les ouvriers étaient plus de  trois fois plus nombreux que les cadres.

Statut d’emploi, type de contrat et catégorie socioprofessionnelle en 2022 en %

Catégorie socioprofessionnelle des personnes en emploi de 1982 à 2022 en %

 

 

 

3/ Le recul concerne d’abord les ouvriers peu qualifiés

Il y a des tendances profondes de l’évolution de l’emploi selon les qualifications. Quand on utilise pour estimer le niveau de qualification la nomenclature française des PCS (Professions et catégories professionnelles), on observe en France depuis les années 1980 une croissance sensible de la part des plus qualifiés — soit les cadres et les professions intermédiaires — et un déclin plus tardif des professions de qualification médiane — soit les ouvriers et les employés qualifiés (graphique suivant).

Dans une économie française qui s’est spécialisée dans les services qualifiés aux entreprises, on comprend que la part croissante des diplômés du supérieur parmi les actifs et le progrès technologique aient incité à recruter des professionnels plus qualifiés. Parallèlement, la part des moyennement qualifiés décline. Pour les ouvriers qualifiés, ce déclin tient d’abord à la désindustrialisation. Mais cette baisse relative n’a rien à voir avec celle plus importante des ouvriers non qualifiés.

Catégorie socioprofessionnelle des personnes en emploi de 1982 à 2018

 

On peut aussi expliquer cette baisse drastique des ouvriers non qualifiés par la baisse relative de l’industrie dans l’économie et aussi le développement des robots sur les chaînes de production à partir des années 80. C’est ce qu »on a appelé la première vague de l’intelligence artificielle (IA).

Mais les ouvriers qualifiés auraient aussi enduré l’automatisation, l’externalisation-délocalisation des productions que  la perte de pouvoir de négociation des travailleurs et de la flexibilité croissante de l’emploi.

Les ouvriers en 1982 et 2019 par niveau de qualification en %

 

 

 

 

4/ Le repli concerne surtout les ouvriers non qualifiés de type industriel

Les ouvriers regroupent sept catégories socioprofessionnelles (voir aussi page Secteur tertiaire) :

  • Les ouvriers qualifiés de type artisanal sont les plus nombreux en 2019 (25 % des ouvriers (graphique suivant). Ils travaillent dans des environnements très diversifiés, rarement en usine. Ils sont maçons, agents d’entretien et de maintenance des bâtiments, cuisiniers ou commis de cuisine, bouchers artisanaux salariés, mécaniciens de garage automobile, jardiniers… Depuis 1982, leur part au sein des ouvriers a augmenté de 7 points.
  • Viennent ensuite les ouvriers qualifiés de type industriel (tourneurs fraiseurs, chaudronniers, conducteurs de ligne de fabrication, conducteurs d’engins BTP…), qui regroupent 20 % des ouvriers. La plupart d’entre eux travaillent à la production ou à la maintenance sur des sites industriels (chimie, plasturgie, métallurgie…) ou dans des ateliers de fabrication (composants électroniques, produits agroalimentaires, textile…). Depuis 1982, leur part au sein des ouvriers a légèrement reculé (– 2 points).
  • Les ouvriers non qualifiés de type industriel représentent 16 % des ouvriers. Leur part a fortement reculé depuis 1982 (– 12 points), notamment dans l’industrie manufacturière. Aujourd’hui, cette catégorie regroupe principalement des professions du transport et de la logistique (conditionneurs, manutentionnaires, préparateurs de commandes) ainsi que des manœuvres des travaux publics.
  • Les ouvriers non qualifiés de type artisanal, qui regroupent notamment les ouvriers non qualifiés du bâtiment ou les agents d’entretien et les femmes de ménage des bureaux (ou des locaux), comptent pour 14 % des ouvriers en 2019 ; leur part au sein des ouvriers est stable par rapport à 1982.
  • Les chauffeurs, qu’ils soient chauffeurs routiers, chauffeurs-livreurs, coursiers ou encore chauffeurs de bus ou de car, représentent 12 % des ouvriers en 2019, soit 5 points de plus qu’en 1982.
  • Enfin, deux catégories socioprofessionnelles regroupent chacune moins de 10 % des ouvriers. Il s’agit des ouvriers qualifiés de la manutention, du magasinage et du transport (caristes, magasiniers, conducteurs de train, marins de la marine marchande), dont le poids (8 %) a augmenté de 2 points depuis 1982, et des ouvriers agricoles (qui incluent aussi les bûcherons et marins-pêcheurs), dont le poids (5 %) est le même qu’il y a près de 40 ans.

 

Les ouvriers qualifiés de type artisanal sont les plus nombreux en 2019 (25 % des ouvriers ; graphique suivant). Ils travaillent dans des environnements très diversifiés, rarement en usine. Ils sont maçons, agents d’entretien et de maintenance des bâtiments, cuisiniers ou commis de cuisine, bouchers artisanaux salariés, mécaniciens de garage automobile, jardiniers… Depuis 1982, leur part au sein des ouvriers a augmenté de 7 points.

Viennent ensuite les ouvriers qualifiés de type industriel (tourneurs fraiseurs, chaudronniers, conducteurs de ligne de fabrication, conducteurs d’engins BTP…), qui regroupent 20 % des ouvriers. La plupart d’entre eux travaillent à la production ou à la maintenance sur des sites industriels (chimie, plasturgie, métallurgie…) ou dans des ateliers de fabrication (composants électroniques, produits agroalimentaires, textile…). Depuis 1982, leur part au sein des ouvriers a légèrement reculé (– 2 points).

Les ouvriers non qualifiés de type industriel représentent 16 % des ouvriers. Leur part a fortement reculé depuis 1982 (– 12 points), notamment dans l’industrie manufacturière. Aujourd’hui, cette catégorie regroupe principalement des professions du transport et de la logistique (conditionneurs, manutentionnaires, préparateurs de commandes) ainsi que des manœuvres des travaux publics.

Les ouvriers non qualifiés de type artisanal, qui regroupent notamment les ouvriers non qualifiés du bâtiment ou les agents d’entretien et les femmes de ménage des bureaux (ou des locaux), comptent pour 14 % des ouvriers en 2019 ; leur part au sein des ouvriers est stable par rapport à 1982.

Les chauffeurs, qu’ils soient chauffeurs routiers, chauffeurs-livreurs, coursiers ou encore chauffeurs de bus ou de car, représentent 12 % des ouvriers en 2019, soit 5 points de plus qu’en 1982.

Enfin, deux catégories socioprofessionnelles regroupent chacune moins de 10 % des ouvriers. Il s’agit des ouvriers qualifiés de la manutention, du magasinage et du transport (caristes, magasiniers, conducteurs de train, marins de la marine marchande), dont le poids (8 %) a augmenté de 2 points depuis 1982, et des ouvriers agricoles (qui incluent aussi les bûcherons et marins-pêcheurs), dont le poids (5 %) est le même qu’il y a près de 40 ans.

En définitive, depuis 1982, l’emploi ouvrier s’est très nettement replié dans la filière industrielle, surtout pour les emplois non qualifiés (graphique suivant). Moins soumis à la concurrence internationale, les métiers artisanaux, notamment dans le bâtiment et la restauration alimentaire, ont mieux résisté. Le développement des échanges et de la sous-traitance a soutenu l’emploi ouvrier dans les transports, la logistique et le nettoyage. Cette recomposition des emplois d’ouvriers s’accompagne d’une hausse de l’emploi qualifié en leur sein : en 1982, 53 % des ouvriers étaient qualifiés ; ils sont 65 % en 2019.

Les ouvriers en 1982 et 2019 par catégorie socioprofessionnelle

 

5/ Salaires et conditions de travail

a) Les salaires

En 2021, dans le secteur privé, le salaire net en équivalent temps plein (EQTP) s’élève en moyenne à 2 520 euros par mois. En 2021, les cadres perçoivent en moyenne 4 380 euros nets par mois en EQTP. Le salaire net moyen en EQTP s’élève à 2 460 euros par mois pour les professions intermédiaires, à 1 800 euros pour les employés et à 1 860 euros pour les ouvriers.

Sur cinq ans, le salaire moyen des cadres est resté pratiquement stable en euros constants alors qu’il a progressé pour les professions intermédiaires (+0,4 % par an), les ouvriers (+0,5 %) et les employés (+0,8 %).

Salaires mensuels nets moyens en EQTP selon la catégorie socioprofessionnelle et le sexe

Sur plus longue période, entre 1996 et 2021, le salaire net en EQTP dans le secteur privé a augmenté de 0,6 % par an en moyenne, en euros constants (graphique suivant). Celui des ouvriers a le plus augmenté : +0,6 % par an, contre +0,4 % pour les
employés, +0,2 % pour les cadres et +0,1 % pour les professions intermédiaires. Mais il faudrait faire la aprt des choses entre augmentation réelle et effet de structure lié par exemple à la croissance relative des ouvriers qualifiés dans le total des ouvriers.

Évolution du salaire mensuel net moyen en EQTP selon la catégorie socioprofessionnelle et le sexe

 

 

 

b) Les conditions de travail

En 2019, 64 % des ouvriers déclarent subir au moins trois contraintes physiques dans leur travail, contre 34 % des employés administratifs et 7 % des cadres (tableau suivant).

Les ouvriers et les agents de la fonction publique hospitalière (FPH) cumulent de fortes contraintes de rythme de travail (cadence automatique d’une machine, demandes extérieures, etc.) et un manque d’autonomie. En 2019, 54 % des ouvriers déclarent être soumis à au moins trois contraintes de rythme (contre 34 % de l’ensemble des salariés) et 42 % d’entre eux déclarent ne pas pouvoir régler eux‑mêmes les incidents (contre 31 % de l’ensemble des salariés).

Les cadres, eux, sont soumis à une forte pression temporelle pour effectuer leur travail : 73 % d’entre eux déclarent devoir souvent s’interrompre pour effectuer une tâche non prévue, contre 66 % de l’ensemble des salariés. Cependant, ils disposent de plus d’autonomie : seuls 17 % d’entre eux ne peuvent régler eux‑mêmes les incidents.

Conditions de travail des salariés par catégorie socioprofessionnelle, sexe et type d’employeur en 2019 en %

6/ Des métiers en tension en 2022

En 2022, alors que l’activité économique a retrouvé un dynamisme après la crise sanitaire liée au Covid-19, la Dares observe un niveau de tension inédit sur le marché de l’emploi depuis 2011. C’est ce que révèle l’étude de la Dares publiée en novembre 2023 qui analyse les secteurs concernés et les causes de ces difficultés à recruter.

Au-delà des besoins accrus en main-d’œuvre liés à la reprise de l’activité, deux phénomènes notables en matière de mobilité sont observés :

  • le départ à la retraite des dernières générations du baby-boom ;
  • une vague de démissions de salariés recherchant de meilleures opportunités.

Huit métiers sur dix (87% de l’emploi) sont considérés comme en tension en 2022 contre sept sur dix en 2021.

Les difficultés de recrutement en 2022 sont particulièrement observables dans les secteurs de l’industrie et du BTP, déjà habituellement en tension. Ces deux secteurs regroupent 27 des 30 métiers en tension en 2022. Ces tensions sont elles liées à ?

  • un lien formation-emploi inadéquat dans les métiers très qualifiés avec, pour conséquence, un manque de main d’œuvre disponible (par exemple dans les secteurs de l’informatique ou du BTP pour les métiers de menuisiers ou de techniciens de l’isolation) ;
  • des conditions de travail peu attrayantes en raison de la nature des contrats de travail (contrats courts) ou de conditions difficiles dans l’exercice des métiers ;

Évolution des tensions par grands domaines professionnels depuis 2011

Évolution des tensions dans certains métiers ou famille de métiers du tertiaire depuis 2011

 

 

 

 

 

 

IV – DES FILIÈRES INDUSTRIELLES DE PLUS EN PLUS FRAGILES

Nombre d’économistes estiment que la politique des filières est essentielle dans la ré-industrialisation même si elle ne donne pas de résultats immédiats. Selon l’Insee, la filière désigne couramment l’ensemble des activités complémentaires qui concourent, d’amont en aval, à la réalisation d’un produit fini. On parle ainsi de filière électronique (du silicium à l’ordinateur en passant par les composants) ou de filière automobile (de l’acier au véhicule en passant par les équipements). La filière intègre en général plusieurs branches. Mais la dernière étude importante de l’Insee (https://www.persee.fr/doc/estat_0336-1454_1983_num_151_1_4705) remonte à 1983 à part la filière aéronautique (voir ci-dessous).

C’est à partir des années 1960 que l’emploi de ce terme se diffuse dans le prolongement des outils de comptabilité nationale mobilisés dans la formulation des politiques industrielles d’après-guerre, notamment avec la création de la Revue d’Économie Industrielle en 1977. Le découpage du système productif en filières repose sur la mise en évidence de relations privilégiées entre certains agents économiques, du point de vue technique (relation input-output), organisationnel (intégration, spécialisation) et des formes d’échange (concurrence, monopole).

Dans l’étude des filières industrielles, plusieurs questions deviennent aujourd’hui prégnantes : transition écologique, dépendance aux chaînes de valeur mondiales, commerce extérieur et développement du numérique au delà des aspects sociaux.

 

 

1/ Qu’est-ce qu’une filière de production ?

La filière fait référence à l’idée qu’un produit, bien ou service, est mis à la disposition de son utilisateur final par une succession d’opérations effectuées par des unités ayant des activités diverses. Chaque filière constitue donc une chaîne d’activités qui se complètent, liées entre elles par des opérations d’achats et de ventes. Cette chaîne est décomposable en segments depuis l’extraction de matières premières et la fabrication de biens d’équipement en amont, jusqu’à la distribution et aux services liés au produit en aval. On peut remarquer que la constitution de filières par regroupement de branches sera d’autant mieux assurée que la nomenclature définissant celles-ci aura davantage intégré le critère d’association évoqué précédemment.

La filière s’ajoute alors à d’autres découpages complémentaires de l’activité économique : les branches et les secteurs.  (schéma suivant). une branche regroupe des « unités de production homogènes, qui fabriquent des produits ou rendent des services qui appartiennent à la même catégorie de la nomenclature d’activité économique». Les secteurs regroupent les « entreprises qui ont la même activité principale au regard de la nomenclature d’activité économique», identifiant ainsi les centres effectifs de décision. Ces découpages répondent à des logiques différentes, selon qu’il s’agisse de définir des cadres contractuels pour la négociation des conditions de travail, de décrire l’activité économique sur un territoire ou d’initier des projets [5].

Schématisation du découpage de l’activité économique entre secteur, branche et filière

 

La notion de filière est parfois conçue d’une manière plus restrictive excluant la fabrication des biens d’équipement ou la distribution. La notion présentée ici a l’avantage d’inclure les définitions plus étroites et d’être la plus générale. En outre, sa systématisation permet de structurer l’ensemble du système productif. Les activités auront en principe des relations d’achats et de ventes fortes lorsqu’elles sont dans la même filière, faibles si elles sont dans deux filières distinctes.

L’exemple de la filière agro-alimentaire permet d’illustrer les considérations précédentes (schéma suivant). En amont figurent d’une part la fabrication de matériel agricole, d’autre part l’agriculture et la pêche, qui fournissent les matières premières. Au centre, se placent les activités de transformation des industries agricoles et alimentaires. Enfin en aval se situent les activités de distribution des commerces alimentaires et les services des cafés et des restaurants. Les flèches du graphique I représentent les principaux flux d’achats dans la filière. Ainsi l’agriculture achète du matériel agricole, les restaurants des produits de la pêche. Cet exemple montre la variété des branches qui peuvent figurer dans une filière.

La filière agricole-alimentaire

Source : J. Monfort, À la recherche des filières de production, Insee, Économie et statistique, 1983

 

La constitution des filières se fait à partir de la comparaison des résultats obtenus par différentes méthodes. On recherche d’abord des classes invariantes : ceci permet l’émergence des filières agro-alimentaire, énergie, textile, cuir et bois. Puis l’automobile, le rail, la navigation et l’aéronautique ont été distingués, ainsi que la chimie et le bâtiment-génie civil. Si les classes précédentes apparaissent assez nettement, il n’en va pas de même des regroupements possibles concernant les branches liées à la métallurgie, aux non-ferreux et à la mécanique. Plutôt que d’en faire une seule filière, il est jugé préférable de maintenir la distinction.

L’ensemble des autre branches peut être éclaté en adoptant un critère de type fonctionnel. Dans l’étude de l’Insee, une filière communication avait été dégagée, dont la vocation principale est de décrire l’enchaînement des activités liées à la transmission et à la mobilisation – valorisation de l’information : matériel électronique, presse – édition, postes et télécommunications, enseignement et formation, recherche; on avait aussi mis en évidence une filière santé, ainsi qu’une filière loisirs-tourisme qui correspond à l’utilisation du temps libre par les ménages.

Le découpage du système productif en filières peut reposer sur les données fournies par les tableaux des entrées-sorties (TES). L’Insee avait utilisé la version la plus détaillée qui soit disponible; elle distingue environ quatre-vingt-dix branches. Les tableaux donnent en particulier, pour chaque produit, la valeur de la consommation intermédiaire et de la formation brute de capital fixe de chaque branche.

Chaque filière doit être analysée en fonction de certains critères qui lui sont propres. La filière automobile est en pleine révolution avec la voiture électrique. Mais on suivra surtout les effectifs et le commerce extérieur de la filière. On note que de nombreuses filières comprennent des biens et des services. Ici on s’intéressera aux produits industriels et énergétiques. On étudie la filière des TIC dans la page Économie numérique du fait de l’importance de services dans celle-ci. La filière nucléaire est à part.

Avant d’anlyser les différentes filières de l’industrie, voici les taux de marges (Excédent brut  d’exploitation / valeur ajoutée) en 2021 donc avant la crise de l’énergie et l’inflation de 2022. On observe que les taux de marge étaient faibles dans de nombreuses branches : industries agro-alimentaires,  (voir page Financiarisation), bois-papier, matériels de transport avec des différences notables entre les sous-branches (très faible taux de marge dans l’automobile et le ferroviaire). En revanche, les taux de marge de la chimie et des produits informatiques, électroniques et optiques étaient élevés.

Taux de  marge (Excédent brut  d’exploitation / valeur ajoutée) des branches de l’économie en 2021 en %

Source : Insee

 

 

 

2/ Les chaînes de valeur industrielles en France trop dépendantes de l’étranger

Le gouvernement hollandais dans sa politique d’intervention dans l’économie du pays qualifie de «top- sectors» les secteurs clés qui soutiennent l’activité économique du pays. La construction automobile, l’agro-alimentaire, la construction aéronautique et spatiale ainsi que l’industrie du luxe, dans le acs de la France. Elle est, dans le secteur du luxe, leader au plan mondial, et c’est un secteur qui se remettra sans doute plus facilement de la crise. Il va donc falloir soutenir plus vigoureusement les trois autres filières.

Tout d’abord, l’industrie automobile était déjà en difficulté, avant la crise actuelle. Pour deux raisons: le fait que le marché européen soit entré maintenant dans sa phase de maturité, ce qui signifie une croissance zéro, et la mutation rapide et forcée vers le véhicule électrique où la batterie représente 40 % de la valeur d’un véhicule, un composant clé, qui vient de Chine. Quant à la filière agro-alimentaire, battue à l’exportation depuis quelques années par les Hollandais et les Allemands, elle était en difficulté bien avant l’arrivée du coronavirus. Il faudrait vigoureusement aider ces deux «top-sectors» à se restructurer. Quant au secteur aéronautique, il va devoir passer la crise, étant entendu que la reprise sera très lente. Le secteur automobile est, des quatre «top-sectors», le plus préoccupant. Et il faudrait donc, placer la France au cœur d’une industrie européenne de l’armement, un secteur dans lequel nous disposons de beaucoup d’atouts, et qui pourrait devenir le cinquième «top- sector», les commandes venant abondamment dans les années prochaines des divers autres pays européens. On n’étudie pas ici ce secteur ainsi que celui de l’industrie du luxe. En revanche on s’intéresse à la filière nucléaire dont l’enjeu est déterminant pour l’économie française en terme d’indépendance énergétique.

Auparavant on présente une méthode pour mesurer le poids des filières industrielles en France par rapport à l’Italie et l’Allmagne qui s’en sortaient beaucoup mieux dans le domaine de l’industrie en 2019. C’est le TES symétrique notamment le tableau des entrées intermédiaires (TEI) qu’on reprend ici en distinguant celui de la production intérieure et celui des importations pour montrer la dépendance à l’étranger de nombreuses industries françaises (voir page TES Symétrique). Certes les méthodes de construction de ces matrices ne sont pas parfaitement homogènes entre les 3 pays : France, Italie, Allemagne. Mais les chiffres parlent d’eux mêmes.

 

 

a) La comparaison France-Italie-Allemagne des filières industrielles à partir du TES symétrique

La politique des filières, nouvel outil de la politique industrielle, apparaît être une novation intéressante dont l’objectif est de répondre au défaut de solidarité au sein d’une même chaîne de valeur entre donneurs d’ordre et sous-traitants. Cependant, force est de constater qu’à ce jour, elle n’a pas entièrement rempli ses objectifs concernant notamment la filière automobile au sein de laquelle subsistent des tensions fortes dues à la pénurie de semi-conducteurs. Des critiques s’élèvent également concernant leur manque de moyens et d’ancrage au sein des territoires.

En outre, des tensions apparaissent clairement au sein des filières, en particulier de la filière automobile, car les deux donneurs d’ordre sont concurrents. « il ne faut pas oublier que l’exemple de la filière aéronautique tient aussi au fait que les deux donneurs d’ordres ne sont pas concurrents entre eux, mais engagés dans une relation client-fournisseur. À l’inverse, les deux donneurs d’ordre du secteur automobile sont frontalement en concurrence, de même que les équipementiers. Travailler collectivement en est d’autant plus compliqué.

Ainsi, « plus que les secteurs, il faut identifier des filières ou groupements de secteurs. Il existe des indices de variété permettant de mesurer à l’intérieur de l’industrie, ou entre industrie et services, les relations qui s’opèrent entre les composantes du tissu productif. Par exemple, le photovoltaïque fait intervenir les secteurs de l’électronique, de l’agriculture, des transports, ou encore la filière silicium. 

 

Le TEI français de production aux prix de base se décompose entre un TEI en production intérieure et un TEI des produits importés. Le premier a des cases non diagonales beaucoup plus faibles en France qu’en Italie et en Allemagne. En revanche, le TEI des produits importés a des cases beaucoup plus élevées. On le voit d’abord à la part des produits importés qui vont en consommation intermédiaires (CI) des branches de l’industrie dans la CI totale de ces branche (graphique suivant) : 38% en France contre 33% en Italie et en Allemagne, signe d’une première dépendance (voir aussi résumé).

Part des consommations intermédiaires (CI) importées par l’industrie dans le total de ses CI en % en 2019

 

 

 

On le voit aussi à travers les coefficients techniques de produits industriels par les branches de l’industrie [6]. On peut les calculer (hors l’intra-consommation) ou y compris. On a choisi cette dernière option car les TEI d’Eurostat sont en 64 produits-branches de la NAF et qu’il peut donc y avoir des échanges entre sous branches par exemple au niveau 138 de la NAF où est élaboré le TEI français.

Le coefficient technique des produits industriels intérieurs rapporte des CI en produits industriels issues de la production intérieure à la production de la branche. Pour l’ensemble de l’industrie ces coefficients techniques sont de 8,7 % en France, 9,7 % en Allemagne et 12,2% en Italie pour la production intérieure et respectivement de 11,1%, 7,1% et 8,9% pour les importations en 2019 (tableau suivant). L’industrie du luxe n’est pas isolée à ce détail de nomenclature.

Seules 2 branches sous-traitent relativement plus en France qu’en Italie et en Allemagne en s’adressant à des entreprises nationales: l’agro-alimentaire, le papier-carton. Les résultats ne seraient pas très différents si on faisait les mêmes calculs en excluant l’intraconsommation (traitée parfois différemment selon les pays, en particulier la sous-traitance) au niveau 64 de la NAF  : le bois et la pharmacie feraient alors partie des branches où les coefficients techniques de production intérieure sont supérieures en France à ceux des 2 autres pays.

Tableau-30-TEI-domestique-et-importe-France-italie-Allemazgne

Coefficients techniques des produits industriels par les branches de l’industrie pour la production intérieure et les importations en 2019 en %

Coefficients techniques des produits industriels (hors intra-consommation) par les branches de l’industrie pour la production intérieure et les importations en 2019 en %

 

On peut prendre comme exemple deux produits types de l’industrie : L’industrie des produits métalliques, à l’exclusion des machines et équipements et celles des produits informatiques, électroniques et optiques. On obtient le même résultat : dépendance forte des importations de produits industriels en France tandis qu’en Italie et en Allemagne les coefficients techniques issus de la production intérieure sont plus élevés que ceux des importations.

Pour la branche des produits métalliques, à l’exclusion des machines et équipements, ces coefficients sont de 20% en France contre 26,4% en Allemagne et 32,6% en Italie. Dans le même temps, ceux des importations sont de 19% en France contre moins de 12% dans les 2 autres pays.

 

Coefficients techniques des produits industriels par les branches de l’industrie des produits métalliques  pour la production intérieure et les importations en 2019 en  %

 

Coefficients techniques des produits industriels par les branches de l’industrie informatique, électronique et optique pour la production intérieure et les importations en 2019 en %

 

Ces ratios ne traduisent-ils pas la désindustrialisation de la France par rapport aux autres pays et la faiblesse des chaînes d’approvisionnement? En France, on a souvent une seule entreprise pour fabriquer un produit industriel classique (essieux ferroviaires, compresseurs d’air, etc…) acheté par une entreprises industrielle ou de services là où il y a 15 entreprises en Allemagne et 10 en Italie. Ne faut il pas autant assurer le maintien de ces entreprises uniques fabricant des biens intermédiaires au cœur  des chaînes de valeur mondiales que d’en créer dans des secteurs porteurs (semi-conducteurs, batteries électriques, …) ?

« C’est ce qui explique l’insertion importante de la France dans les chaînes globales de valeur mondiales et ces aller-retours de produits pour l’assemblage de composants avant d’obtenir le produit final. Toutefois, cela accroît la dépendance aux transports et à la logistique et expose donc à d’éventuelles ruptures dans les chaînes d’approvisionnement » comme dans l’industrie automobile depuis 2021.

À contrario, la filière du luxe, qui a connu des difficultés similaires, notamment dues à la menace récurrente de la contrefaçon pour la première, a choisi d’adopter une charte de bonne conduite pour renforcer le fonctionnement de sa filière. Ainsi, l’objectif de cette charte est-il de rapprocher les sous-traitants des donneurs d’ordre et de lutter contre les délocalisations des façonniers.

Mais pour la plupart des produits de l’industrie à l’exception de quelque-uns (aéronautique, IAA, parfums et cosmétiques, pharmacie), les déficits des échanges extérieurs sont trop importants par rapport aux autres pays de l’UE, l’Allemagne bien entendu, mais aussi comparés à bien des pays (Italie, Espagne, Pays-Bas, Belgique, Danemark, pays de l’est de l’UE, etc..). Le Royaume-Uni est la seule exception et encore son déficit a un peu moins diminué que celui de la France entre 2002 et 2022 dont le solde était d’ailleurs positif en 2002 (voir chapitre 6).

Tableau 100 échanges extérieur eurostat

 

 

 

b) La filière automobile en grandes difficultés

Regroupant les constructeurs, les grands équipementiers, les carrossiers et les aménageurs, le « cœur » de la filière automobile représentait avant la crise sanitaire environ 50 milliards d’euros d’exportations, soit 10 % des exportations de biens, pour ¾ à destination de l’UE, et générait 21,4 milliards d’euros de valeur ajoutée en 2019 (soit 8 % de la valeur ajoutée manufacturière), en employant 212 000 salariés [6].

Mais la filière automobile a un poids plus important dans l’économie française. Avant la crise sanitaire, elle représentait, dans son ensemble, environ 400 000 salariés, plus de 10 % des exportations de biens.

Le schéma-dessous présente la chaîne de valeur traditionnelle de la filière automobile (activités dans la boîte grisée numérotée « 1 »), ainsi que les activités également intégrée dans la chaîne mais plus en amont (R & D sur les matériaux et composants, puis production de ces intrants de la chaîne de valeur automobile) et en aval (services connexes, y compris services de mobilité, crédit auto et assurances, et entretien réparation). Une quatrième filière se dégage aujourd’hui, toujours reliée à la filière principale, celle de la collecte-démantèlement, recylage-valorisation et/ou broyage. Plus ou moins liée à la filière production, cette filière de traitement des véhicules en fin de vie est en cours de constitution, et présente des caractéristiques spécifiques également traitées dans ce chapitre.

Si ces filières et leurs dérivés amont et aval sont aujourd’hui présents partout, les années à venir pourraient voir des segmentations et recoupements différents, selon le type de véhicule produit. La filière « location » n’implique en effet pas les mêmes acteurs que la filière « premium ». De nouvelles configurations émergeront de l’analyse prospective.
De manière plus complète, la chaîne de valeur de l’industrie automobile comprend quatre familles d’acteurs de différents niveaux :

  • Les constructeurs donneurs d’ordres : cette catégorie regroupe les grandes marques automobiles.
  • Les équipementiers de rang 1 : les entreprises de cette catégorie ont en général fait des efforts importants d’internationalisation et d’innovation pour accompagner les constructeurs. Les équipementiers de « rang 1 » constituent des partenaires privilégiés pour les constructeurs automobiles. Leur activité est exclusivement consacrée à la fabrication d’équipements ou de modules destinés aux véhicules. Ils jouent un rôle essentiel au sein de la filière économique. En France, les équipementiers de rang 1 occupent aujourd’hui le quatrième rang mondial et le deuxième rang européen.
  • Les équipementiers de rang 2 qui regroupent des entreprises de taille et de positionnement très variés, à savoir des fournisseurs de sous-ensembles, de pièces ou d’équipements, des sous-traitants de spécialité et des sous-traitants de capacité dans des secteurs d’activité de dynamiques différentes. À l’exception de l’électronique, peu dépendante jusqu’à présent du secteur automobile, la grande majorité du secteur de la sous-traitance en France ont pour premier client l’automobile.
  • Les entreprises de rang 3 qui regroupent à la fois les sous-traitants de capacité et des fournisseurs de composants intégrant les sous-ensembles qui sont ensuite montés par les fournisseurs de rang 2.

 

Chaîne de valeur de la filière automobile

Source : BIPE

 

 

1 – Depuis les années 2000, l’industrie automobile française a réduit ses capacités de production nationale et a vu son solde commercial se contracter

Plus de dix ans après la crise de 2008-2009, l’industrie automobile est aujourd’hui confrontée à des difficultés qui viennent s’ajouter aux nombreuses mutations déjà à l’œuvre.

  • D’une part, les volumes de vente et la production se sont effondrés en 2020 du fait des mesures de confinement et de ses conséquences sur l’approvisionnement en semi-conducteurs et sur le coût des matières premières.
  • D’autre part, la transition vers les motorisations électrique et hydrogène, accompagnée du déclin rapide des motorisations thermiques, a été engagée pour atteindre l’objectif de neutralité climatique à l’horizon 2050.

Le développement croissant ces dernières années  de la voiture à chaîne de traction électrique ou hydrogène, autonome et connectée, marque ainsi l’entrée de nouveaux acteurs dans la filière, comme les fabricants de batteries, de moteurs électriques, de logiciels, de semi-conducteurs ou de composants pour véhicules à hydrogène.

Parallèlement, pour rester compétitive face aux constructeurs étrangers, l’industrie automobile française doit faire évoluer ses modes de production et son offre. En effet, l’émergence des véhicules automatisés et connectés va entraîner un changement profond des sources de création de valeur dans l’automobile. De plus, de nouvelles formes de mobilité se développent depuis plusieurs années, pour répondre à des impératifs de protection de l’environnement côté offre, et à de nouveaux modes de consommation côté demande.

Or depuis 2004, le secteur automobile a globalement vu sa production se contracter sur le sol national : la production de véhicules en France a baissé de 40 % depuis 2004 (de 3,7 millions à 2,2 millions en 2019). La crise du Covid a provoqué une dégringolade de très grande ampleur de la production hexagonale, est tombée à 1,3 million en 2020. Cette double chute n’a guère été rattrapée depuis puisque la production était toujours sous la barre  de 1,4 million de véhicules en 2022.

L’Europe dans son ensemble a été secouée par le Covid. Mais les parts de marché de la France  n’ont cessé de s’effriter bien avant la pandémie, passant de 15% en 2011 à 13% en 2021. En 2019, la France n’avait toujours pas retrouvé son niveau de production d’avant la crise de 2008-2009, contrairement à plusieurs autres pays européens.

Le solde des échanges extérieurs du secteur est passé d’un excédent de + 13 milliards d’euros en 2004 à un déficit de – 17 milliards d’euros en 2021, reflétant une baisse des parts de marché à l’exportation. La baisse du solde commercial a d’abord concerné les échanges de véhicules automobiles, qui sont devenus déficitaires dès 2008, avant de concerner les équipementiers dans les années 2010. La stabilisation du solde commercial des véhicules automobiles autour de – 8 milliards d’euros sur la période 2009- 2019 (puis de – 15 Mds entre 2019 et 2021) reflète notamment le moindre dynamisme de la production de véhicules en France par rapport à  son niveau d’avant-crise financière. À titre de comparaison, l’industrie automobile allemande a accru son excédent commercial de près de 30 milliards d’euros entre 2004 et 20191 tandis que sa production a cru de 19 % sur la même période.

 

Solde commercial des échanges de produits de l’industrie automobile entre la France et le reste du monde entre 2000 et 2021 en milliards d’euros.

 

La crise de la Covid-19 et ses conséquences ont eu un impact significatif sur l’industrie automobile, avec une nouvelle diminution de la production en France à 1,3 million de véhicules en 2020 au plus fort de la crise14, et une chute des exportations (en valeur) de respectivement 19 % et 11 % en 2020 et 2021 par rapport à 2019. En France, la sortie de la crise sanitaire a été perturbée par les difficultés des fournisseurs à s’approvisionner en matières premières pour faire face à la demande. Le graphique suivant des soldes de la plupart des pays de l’UE en 2019 se passe de tout commentaire.

Solde extérieur des produits de l’automobile dans l’UE en 2019, milliards d’euros

 

 

 

 

2 – L’industrie automobile est confrontée au triple défi de la décarbonation, de la digitalisation et des nouvelles mobilités.

La transition environnementale va radicalement transformer la filière dans les quinze prochaines années. Les nouveaux objectifs de réduction de CO2 du paquet  législatif « Fit for 55 » imposent une baisse de 100 % des émissions de CO2 des nouveaux véhicules légers d’ici 2035, ce qui correspond de facto à la fin de la production des véhicules thermiques à cette date. Dans ce contexte, l’industrie automobile européenne continue et intensifie les investissements pour accélérer la transition des usines vers la production de véhicules électriques et atteindre les objectifs fixés.

En France, les véhicules électriques et hybrides rechargeables représentent près de 18 % des immatriculations en 2021, alors qu’ils n’en représentaient que 3 % en 2019. Le cumul des données mensuelles fournies par l’Avere-France, l’Auto-Journal a compilé ci-dessous les chiffres à l’année 2023 pour les meilleures vendeuses en France.

  • Tesla Model Y : 27 458 immatriculations
  • Dacia Spring : 21 103 immatriculations
  • Peugeot e-208 : 19 074 immatriculations
  • Fiat 500e : 17 441 immatriculations
  • Renault Megane e-Tech : 12 649 immatriculations
  • MG 4 : 12 199 immatriculations

Source : Avere-France, CCFA

 

 

 

Le nombre de véhicules électriques (VE) vendus dans le monde atteint 7,66 millions d’unités en 2022. La Chine accapare près de 65,73% des ventes avec 5,03 millions d’unités vendues. Au cours de la même période, l’Europe a vendu 1,57 millions VE alors que les États-Unis se sont limités à 733 346 VE.

À l’horizon 2030, les véhicules électriques légers devraient représenter 50% des ventes du marché automobile. Toutefois, l’industrie automobile pourrait faire face à une pénurie de lithium, matériau essentiel pour la fabrication des batteries.

Classement des pays selon le nombre de véhicules électriques vendus en 2022

La Chine (54 %) était la principale origine des importations extra-UE de voitures électriques. La Corée du Sud (19 %) et le Royaume-Uni (10 %) détenaient également des parts à deux chiffres (graphique suivant). Les États-Unis et le Royaume-Uni (23 %) étaient les principales destinations des exportations extra-UE de voitures électriques, suivis par la Norvège (20 %).

Importations et exportations extra-UE de voitures électriques, 2022, (% de la valeur)

 

 

 

3 – Le Plan Automobile II du programme France 2030, doté d’une enveloppe de 2,6 milliards d’€ de nouveaux crédits suffira-t-il ?

Dans le cadre du programme France 2030, l’État mobilise près de cinq milliards d’euros pour l’ensemble de la filière automobile. Ces investissements devraient permettre d’une part de soutenir la recherche et le développement, d’assurer la production des véhicules et de leurs composants en France, et d’autre part d’accompagner les entreprises en particulier les sous-traitants, les salariés et les territoires dans cette révolution industrielle et technologique. Il s’agira :

  • D’abord de garantir la maîtrise technologique : l’objectif est de soutenir les investissements productifs pour l’industrialisation des véhicules électriques et les principaux composants de leur chaîne de valeur, ainsi que l’installation de nouvelles usines de batteries : pour le véhicule électrique et les projets structurants de sa chaîne de valeur, il s’agit de permettre à la filière de maîtriser d’ici 2026 le développement de l’ensemble des composants de la chaîne de traction électrique pour produire en France au moins 2 millions de véhicules électrifiés par an à l’horizon 2030 (voir carte suivante) ;
  • Ensuite d’accélérer les investissements de modernisation et de diversification des sous-traitants automobile (environ 1 milliard d’euros bénéficiera directement aux sous-traitants). En 2022, l’appel à projet « Soutien aux projets de diversification des sous-traitants de filière automobile » du plan France 2030 a permis de prolonger l’action de France Relance avec notamment le soutien de 16 projets de diversification dans l’automobile et 30 projets de diversification en dehors du secteur automobile, à destination de différents secteurs, en particulier le médical, l’aéronautique et les mobilités douces.
  • Enfin d’accélérer le déploiement des infrastructures de recharge sur le territoire (300 millions d’euros). L’objectif est de déclencher une dynamique de déploiement en zone urbaine et dans les territoires d’infrastructures de recharges pour véhicules électriques de tous types pour atteindre au moins 100 000 bornes ouvertes au public dans les prochains mois.

 

Sites d’affectation des actuels et futurs véhicules électriques produits en France

 

 

 

 

 

c) La filière aéronautique et spatiale

La  englobe à la fois les grands constructeurs têtes de filière (Airbus, Dassault, ArianeGroup, etc.) et la chaîne d’approvisionnement constituée des sous-traitants, fournisseurs et prestataires de services : fabricants de pièces, d’équipements électriques et électroniques, consultants en ingénierie (mécanique, informatique, etc.), éditeurs de logiciels, bureaux d’études, etc. En 2020, en France hors Guyane, cette filière regroupe 4 480 sociétés. Seulement une trentaine d’entre elles font partie des grands constructeurs. Plus des trois quarts appartiennent à des  (PME). L’ est prépondérante par rapport au  (90 % du chiffre d’affaires dédié à la filière et 88 % des ).

En 2020, le chiffre d’affaires des sociétés de la filière atteint 186 milliards d’euros (tableau suivant). Mais certaines d’entre elles sont également présentes sur d’autres marchés tels que l’automobile, le ferroviaire, l’énergie, etc. Le chiffre d’affaires résultant uniquement de leur activité aérospatiale s’élève à 106 milliards d’euros. L’industrie génère à elle seule 87 % de ce chiffre d’affaires. La part du tertiaire est plus élevée dans le spatial (50 %) en raison de l’importance des activités d’ingénierie.

Le solde du commerce extérieur des produits de la construction aéronautique et spatiale CAF-FAB repart à la hausse en 2021 et 2022 après la chute de 2020. Mais il reste (+23,5 Mds en 2022) en dessous du niveau de 2020 (+30 Mds).

Chiffre d’affaires selon le secteur d’activité

 

Fin 2020, les sociétés de la filière emploient 691 000 salariés, dont 263 000 sont dédiés à leur activité aérospatiale (tableau suivant). La majorité de ces effectifs sont concentrés dans l’industrie, ils représentent 7 % des emplois salariés industriels français.La filière emploie 7 % des salariés de l’industrie française.

Effectif salarié selon le secteur d’activité

Commerce extérieur des produits de la construction aéronautique et spatiale CAF-FAB en milliards d’euros

Source : Douanes

 

 

 

 

d) La filière ferroviaire

En dehors du transport ferroviaire qu’on n’étudie pas ici, la filière ferroviaire s’appuie sur deux activités bien distinctes et complémentaires : les matériels roulants d’une part, les infrastructures de circulation d’autre part (schéma suivant). Dans chacun de ces deux domaines, la maintenance tient une place à part entière, tout aussi importante que la fabrication, compte tenu du coût initial, de la durée de vie des véhicules et des voies et de la sécurité afférente. Certaines études ne portent que sur les premiers; d’autres incluent la maintenance des voies et la construction des voies (qui font normalement partie de la branche construction-génie civil) sans toutefois prendre en compte la construction des gares.

 

 

1 –  les activités de la filière ferroviaire

La filière s’articule autour de cinq segments. En Bourgogne-Franche-Comté par exemple où la filière ferroviaire est emblématique de cette région du fait de la présence de grands établissements d’envergure internationale comme Alstom et Eurovia, filiale du groupe Vinci, près des trois quarts des effectifs sont employés sur les matériels roulants, constitués de deux segments : la fabrication et la maintenance des trains de voyageurs urbains (tramways, métros) ou interurbains, mais aussi de trains de fret. Les trois autres segments, plus petits en termes d’emplois, concernent les infrastructures de circulation : d’une part, la construction de voies ferrées, d’éléments au sol (ballast, rails, traverses) ou hors-sol comme les caténaires, d’autre part, la maintenance de ces voies. Un dernier segment composite regroupe la fabrication d’équipements fixes comme les équipements de signalisation ou d’alimentation électrique des voies ferrées, et de matériels de pose, de contrôle et d’entretien des voies.

Près des trois quarts des effectifs de la filière ferroviaire travaillent aux matériels roulants en Bourgogne-Franche-Comté en 2015

 

En 2015, la France se situe au deuxième rang des constructeurs ferroviaires européens avec 17 % de la production européenne, derrière l’Allemagne (26 %), mais devant l’Italie et l’Espagne. Parmi les sept principaux constructeurs européens (en y ajoutant la Pologne, le Royaume-Uni et la République tchèque), la production française est atone. Sur la période 2009-2015, le chiffre d’affaires réalisé dans la construction de matériel ferroviaire augmente dans les cinq autres pays, hormis en Espagne. L’écart se creuse notamment vis-à-vis de l’Allemagne.

Dans l’Union européenne, sur la période, la fabrication de matériel roulant constitue 61 % de la production, les parties de véhicules pour voies ferrées 32 %, le reconditionnement 4 % et les appareils mécaniques de signalisation 3 % (graphique suivant).

En France, la production est plus axée sur la fabrication de matériel roulant (76 %). Tel est aussi le cas de l’Espagne, du Royaume-Uni et de l’Italie. En revanche, l’Allemagne, la Pologne et la République tchèque ont une activité plus orientée vers la fabrication de parties de véhicules pour voies ferrées et la rénovation de matériel ferroviaire.

Structure de la construction de matériel ferroviaire dans l’Union européenne sur la période 2009-2015 en %

 

 

 

 

2 – Le partage marché intérieur / exportation

Le recentrage d’Alstom en 2016 et le projet de sa fusion avec Siemens ont mis le secteur de la construction de matériel ferroviaire au cœur de l’actualité . En 2015, ce secteur regroupe en France 29 , formées de 79 unités légales (sociétés ou entreprises individuelles). Les sept principales entreprises (Alstom, Barat, Bombardier, Compin, Faiveley Transports, MG-Valdunes et la Société française de construction de matériel ferroviaire) concentrent 95 % du chiffre d’affaires du secteur. La construction ferroviaire est moins concentrée que l’industrie manufacturière. En effet, dans l’industrie manufacturière, ce taux de couverture est atteint avec moins de 10 % des entreprises.

Le  du secteur est de 4,3 milliards d’euros en 2015, soit 0,5 % de celui de l’ensemble de l’industrie manufacturière. Après des variations à la hausse comme à la baisse entre 2009 et 2015, il retrouve en 2015 son niveau initial (tableau suivant). Le commerce extérieur est lui égal équilibré en 2021 mais +0,8 Mds en 2022.  Le solde CAF-FAB était positif en 2000 et 2010 (+0,5 Mds).

Chiffre d’affaires des entreprises du secteur de la construction de matériel ferroviaire de 2009 à 2015 en milliards d’euros

 

 

 

3 – L’emploi dans la filière

Les entreprises de la construction de matériel ferroviaire emploient 13 400 salariés en équivalent temps plein (ETP) en 2015, soit 0,5 % de l’emploi manufacturier.

L’emploi de la filière se distingue du profil général de l’emploi industriel (tableau suivant). En 2015, 59 % des postes sont à vocation industrielle, contre 51 % dans l’industrie manufacturière. Les postes liés aux services constituent 27 % des emplois salariés. Les emplois de commerce et de transports et entreposage sont donc relativement moins présents que dans l’industrie manufacturière (respectivement 7 et 6 % contre 10 et 11 %). Par ailleurs, les cadres et ingénieurs sont proportionnellement plus nombreux dans la construction de matériel ferroviaire (40 % des salariés) que dans l’industrie manufacturière (19 %). Par exemple, les ingénieurs et cadres techniques de l’industrie ou les personnels d’étude et de recherche y sont, en proportion, trois fois plus nombreux. Les professions intermédiaires y sont également plus présentes (27 % contre 21 %).

Le salaire brut annuel moyen en équivalent temps plein s’élève à 74 100 euros en 2015 dans la construction de matériel ferroviaire contre 52 900 euros dans l’industrie manufacturière. L’écart est dû à une plus grande qualification de la main-d’œuvre. De plus, la construction de matériel ferroviaire offre des salaires de 10 à 20 % plus élevés que ceux de l’industrie manufacturière aux ouvriers qualifiés ou non, aux techniciens et agents de maîtrise des métiers de l’industrie occupant un poste en contrat à durée indéterminée à temps complet. Plus qualifiés, avec plus d’ancienneté, les salariés du ferroviaire gagnent donc davantage que ceux de l’industrie : 15,40 euros de salaire horaire moyen net contre 14,10 euros. En revanche, les cadres perçoivent en moyenne des rémunérations un peu plus faibles (tableau suivant).

Des salariés plus âgés et mieux payés en Bourgogne-Franche-Comté en 2015

 

 

4 – La rentabilité et les difficultés financières

Tous les indicateurs économiques se sont redressés depuis 2011 dans la construction de matériel ferroviaire. Cette amélioration est directement liée à la progression de la valeur ajoutée.

Malgré l’importance des commandes obtenues et l’amélioration des ratios économiques entre 2011 et 2015, la situation du secteur de la construction de matériel ferroviaire en France était encore fragile en 2015, avec des résultats inférieurs à ceux de l’industrie manufacturière.

Le  du secteur est volatil. Du fait du niveau relativement élevé des salaires, il est bas au regard de celui de l’industrie manufacturière : 13 % en 2014 (contre 19 %), 6 % en 2015 (contre 22 %). L’excédent brut d’exploitation a d’ailleurs été négatif durant la période 2011-2013. De même, le  se situe bien en deçà de la moyenne de l’industrie manufacturière : 1,2 % contre 7,5 % en 2015.

Entre 2013 et 2015, douze entreprises du secteur étaient déficitaires, c’est-à-dire présentent un résultat net comptable négatif ; contre sept à huit sur la période 2009-2012. Parmi elles, cinq étaient détenues par des capitaux étrangers. Quatre entreprises déficitaires avaient par ailleurs des capitaux propres négatifs : le montant de leurs dettes était plus important que le montant de leurs actifs.

Seule entreprise produisant en France des roues et essieux pour le ferroviaire, l’entreprise métallurgique MG Valdunes et ses deux sites industriels situés dans le Nord sont au cœur des enjeux environnementaux et de souveraineté industrielle. En 2023, le groupe industriel chinois, MA Steel, unique actionnaire de Valdunes, a annoncé qu’il « n’injecterait plus d’argent » dans l’entreprise. MA Steel avait été choisi en 2014 par le tribunal de commerce de Valenciennes pour la reprise des activités de Valdunes, alors en redressement judiciaire. La SNCF achète surtout acheter des roues de train à l’étranger.

Illustration de l’usine Valdunes, à Trith-Saint-Leger, dans le Nord

 

 

 

 

 

e) La filière agro-alimentaire

Les industries agro-alimentaires font partie d’une filière. En amont se trouve la branche agriculture. En aval, se trouvent les activités de restauration lesquelles achètent aussi des produits agricoles (plus quelques autres branches) et les ménages. Il y a des échanges internes importants entre les industries agro-alimentaires. par exemple, une UL française fabrique des salades de fruits dont elle sous-traite la mise en boîte à une entreprise française ou étrangère.

On s’intéresse ici aux branches de l’agriculture et des IAA. On parle alors des filières par produits (voir aussi page Comptes agriculture). Par exemple, les grandes cultures désignent un ensemble de productions agricoles qui correspond à la quasi-totalité des terres arables et occupe 55% de la surface agricole utile  (SAU) française avec 16 millions d’hectares (Mha). Les céréales, oléoprotéagineux, fourrages annuels, prairies artificielles et betteraves à sucre sont les principales cultures.

Maquette retenue pour l’évaluation de la filière agro-alimentaire

 

 

 

1 – Le secteur agricole et agroalimentaire est le 3e poste d’excédent commercial français

En 2021, l’excédent commercial agricole et agroalimentaire français augmente de 31% par rapport à 2020 (6,1Md€) et de 3,4% par rapport à 2019 (7,7Md€). La nette amélioration du solde commercial, que ce soit avec l’Union européenne (+28% par rapport à 2020) ou avec les pays tiers (+7% par rapport à 2020), est en grande partie imputable aux vins et spiritueux dont les exportations ont repris en 2021, après une année 2020 particulièrement difficile pour ce secteur.

En 2021, la France reste le 6e pays exportateur de produits agricoles et agroalimentaires mondial avec une part de marché de 4,5%, derrière les États-Unis (9,6%), les Pays-Bas (6,9%), le Brésil (5,4%), l’Allemagne (5%) et la Chine (4,5%). Les exportations de l’UE représentent 37,3% des exportations mondiales. Concernant les produits agroalimentaires, incluant les vins et spiritueux, la progression des exportations est de 18% en 2021 pour atteindre 53,5Md€. Ces résultats placent la France au 4e rang mondial pour les exportations de produits agroalimentaires.

Le solde extérieur des industries agro-alimentaire est certes posituf (7 Mds en 2019, 8Mds en 2019). Mais d’autres pays comme les Pays-Bas et la Pologne, voire l’Espagne, avaient des soldes supérieurs, et pour cause ce sont des pays avec lesquels nos échanges sont déficitaires (voir grahique ci-dessous). Pour une fois le solde extérieur allemand est inférieur à celui de la France.

Solde extérieur des produits de l’industrie agro-alimentaire dans l’UE en 2019, milliards d’euros

 

Évolution des importations, exportations et du solde des échanges agro-alimentaires en milliards d’euros

Source : Douanes

 

Échanges par zone des échanges agro-alimentaires en milliards d’euros

Source : Douanes

 

Les principaux excédents et déficits de la France des échanges agro-alimentaires en milliards d’euros

Source : Douanes

 

Polarisation des excédents/déficits commerciaux autour de certaines filières

Source : Les performances à l’export des filières agricoles et agroalimentaires françaises : situation en 2021, FranceAgriMer,

 

 

 

 

 

2 – L’ancrage territorial de l’agroalimentaire français

La crise sanitaire de 2020-2021, puis la crise due à la guerre russo-ukrainienne de 2022, ont remis en avant l’importance de l’ancrage territorial des activités de production agricole et alimentaire. Les termes de «relocalisation», «reterritorialisation» ont fait florès dans les médias et les discours politiques français. Cette tendance préexistait déjà depuis plusieurs années et les sondages d’opinion montrent que les consommateurs sont de plus en plus sensibles à l’origine locale des produits. En effet, une étude Opinion Way de 2018 indique que 82% des Français font confiance aux produits des petits producteurs et 67% aux produits origine française.

Le terme d’ancrage territorial de l’alimentation fait référence au fait que les consommateurs d’un territoire donné ont un lien privilégié avec les produits alimentaires issus d’un territoire auquel ils s’identifient. Une telle définition reste très générale et très floue, la notion de territoire d’origine de l’alimentation étant elle-même nécessairement variable selon l’aliment considéré. Mais d’abord, cette recherche d’accroissement de l’origine locale est-elle justifiée?

 

 

 

f) La filière bois

1 – En France

La France est le 4 ème pays européen le plus boisé avec un taux de boisement de 31% et 16,7 millions d’hectares de forêt en France Métropolitaine. Cette ressource est à la base de la filière forêt-bois, une filière dont la valeur ajoutée s’élève à 26,0 milliards d’euros, soit 1,1 % du PIB en 2018. À titre de comparaison, l’ensemble de l’industrie française représente 12,7% du PIB (2018). La filière bois représente donc 8,6% de la VA de l’industrie française. La filière forêt-bois inclut la sylviculture, l’exploitation forestière, le travail du bois (sciage, charpente et menuiserie, plaquage, panneaux, parquets et pâte), les secteurs de l’énergie, le secteur de la construction, le secteur de l’ameublement et de l’agencement, et le secteur industriel par la production de papier, carton, emballage, palettes etc. (schéma suivant). Elle porte ainsi 392 700 emplois directs et 62 000 emplois indirects, soit 454 700 emplois au total. Cela représente 1,4% de la population active et 12,4% des emplois industriels français. Selon les chiffres du Conseil National de l’Industrie (CNI), la filière forêt-bois porte davantage d’emplois que la filière du nucléaire ou de l’aéronautique, qui portent respectivement 220 000 et 300 000 emplois, en incluant les emplois indirects.

La filière bois

 

On estime des chiffres un peu différents à partir des données de l’Insee et d’autres sources : soit 360 500 emplois en 2018 et 409 300 en 2018 dont 123 600 emplois induits par le bâtiment et travaux publics et 286 000 emplois directs, mais toujours 1,4% de l’emploi global (tableau suivant). La méthode précédente (calcul des emplois directs et indirects) est plus utilisée dans la littérature, les emplois indirects correspondant aux intrants des branches du bois en différents produits (en aval). Du coup on ne comptabiliserait pas les emplois en amont dans la construction.

Estimation de l’emploi intérieur de la filière bois en nombre de personnes en milliers

Le commerce extérieur est déficitaire et l’a toujours été depuis 1999. Ce sont surtout les meubles qui contribuent à la hausse de ce déficit qu’on retrouve toutefois pour l’ensemble des produits industriels. En 2021, le déficit du commerce extérieur de la filière française bois s’établit à -12,4 milliards d’euros, en hausse de 26% par rapport à 2020. La balance commerciale s’améliore pour les bois ronds (+ 38 %) et reste stable pour les pâtes, papiers et cartons. Le déficit commercial se creuse de 50 % pour les produits des industries du bois et de 31% pour les meubles.

Ici encore le solde des échange exstérieurs n’est guère favorable comparé aux autres pays de l’UE, excepté le Royaume-Uni dont le solde est fortement déficitaire pour les produits du bois. Et cette situation est encore plus défavorable pour les produits des industries du papier-carton avec un déficit en France de – 3Mds d’euros quand l’UE dégage un excédent de 15 Mds.

Solde extérieur CAF-FAB de la filière bois en milliards d’euros en 2021

Solde extérieur CAF-FAB de la filière bois en milliards d’euros de 1999 à  2021

Solde extérieur des produits de l’industrie du bois dans l’UE en 2019, milliards d’euros

Solde extérieur des produits de l’industrie du papier-carton dans l’UE en 2019, milliards d’euros

 

La filière forêt-bois a la spécificité de transformer et gérer une ressource durable, naturelle, renouvelable et recyclable. Avant même que la ressource ne soit prélevée, celle-ci séquestre du carbone pendant sa croissance. L’ONF estime que 14,7 millions de tonnes de carbone sont stockées dans les forêts françaises.  De plus, 1 m3 de bois (forêt, bois et produits du bois) séquestre 1 tonne de CO2. Ainsi, les meubles, bâtiments, palettes et tout autre produit en bois stockent du carbone tout le long de leur cycle de vie. À la fin de ce cycle, lorsque l’objet a déjà été recyclé en palette, en papier etc., il est alors transformé, en granulé ou en plaquette, et utilisé pour produire de l’énergie. Le bois énergie (en granulé, plaquette et bûche) est une alternative durable face à d’autres énergies non renouvelables. Celle-ci représente 9 millions de tonnes d’équivalent pétrole5. Ainsi le bois énergie valorise les sous produits issus de l’exploitation forestière et de la transformation du bois, adoptant de ce fait une démarche de recyclage zéro déchets.

Cette filière a également l’avantage d’être une filière dite sèche, c’est-à-dire que  sur toute la chaîne de transformation et valorisation du bois (à l’exception de l’industrie papetière), la consommation d’eau est très faible. De plus, en provoquant l’abattement du transfert des polluants, elle joue un rôle important dans la préservation de la qualité de l’eau en tant qu’épurateur. La forêt est également un réservoir de biodiversité pour la faune et la flore. Enfin, elle stabilise les sols, limitant de ce fait les risques naturels d’érosion, d’éboulements, d’avalanches, etc.

 

 

 

2 – Produits du bois – production et commerce dans l’UE

Les industries de la filière bois de l’UE couvrent une série d’activités en aval, notamment les industries du bois, une grande partie de l’industrie du meuble, les industries de fabrication et de transformation de pâte et papier et l’industrie de l’imprimerie. Au total, quelque 393 000 entreprises étaient actives dans les industries du bois dans l’ensemble de l’UE en 2020 ; elles représentaient une entreprise manufacturière sur cinq (19 %) dans l’ensemble de l’UE, ce qui souligne que – à l’exception de la fabrication de pâte et papier qui se caractérise par des économies d’échelle – de nombreuses industries du bois comptaient un nombre relativement élevé de petites ou moyennes entreprises. entreprises.

En 2020, la valeur ajoutée brute (VAB) des industries du bois dans l’UE s’élevait à 136 milliards d’euros, soit 7,2 % de l’industrie manufacturière totale, donc un peu moins qu’en France (8,6%) mais la définition d’Eurostat est plus restrictive. La répartition de la VAB entre chacune des quatre activités liées au bois en 2020 est présentée dans le tableau 2. Au sein des industries du bois de l’UE, la plus grande VAB a été enregistrée pour la fabrication de pâte à papier, de papier et de produits en papier (34 % ou 46 milliards d’euros). . En ce qui concerne les trois autres secteurs, les activités d’impression et de services liés à l’imprimerie représentaient 16 % de la VAB des industries du bois, tandis que la fabrication de meubles et la fabrication de bois et d’articles en bois représentaient chacune entre 23 % et 27 %.

Principaux indicateurs économiques des industries du bois, UE, 2020

 

Traditionnellement, la production de bois rond dans l’UE a été dominée par les conifères. En 2022, leur part représentait 69 % de tous les bois ronds récoltés dans les forêts des pays de l’UE. Bien que la production de bois ronds de conifères présente des fluctuations mineures, la production de bois ronds de non-conifères est restée stable au cours des 20 dernières années. Dans l’ensemble, la part du bois rond de conifères est restée stable au cours de la période 2000-2022 (graphique suivant).

Production annuelle de bois rond, UE, 2000-2022, (1 000 m 3 )

 

Le bois est de plus en plus utilisé comme source d’énergie renouvelable. Près d’un quart (24 %) de la production de bois rond  de l’UE en 2022 était utilisé comme bois de feu, le reste étant constitué de bois rond industriel principalement utilisé pour les sciages et les placages ou pour la production de pâte et papier. La production de bois de feu a légèrement augmenté en 2022 (3,6 %) et la production de bois rond industriel a diminué de 1 %. Leur ratio est resté stable autour de 24%. Cela représente une augmentation de 7 points de pourcentage (pp) par rapport à 2000, lorsque le bois de feu représentait 17 % de la production totale de bois rond. Dans certains États membres de l’UE, notamment aux Pays-Bas, le bois de chauffage représentait la majorité de la production de bois rond (plus de 70 %) en 2022. En revanche, la Slovaquie et la Suède ont déclaré que plus de 90 % de leur production totale de bois rond était du bois rond industriel. Même si la part du bois de feu dans la production de bois rond diffère selon les pays de l’UE, la plupart des États membres ont signalé une augmentation depuis 2000. La plus forte augmentation a été enregistrée aux Pays-Bas (63 % ), comme le montre le graphique suivant.

Évolution de la part du bois de feu dans la production totale de bois rond dans l’UE, 2000-2022 (%)

 

La production totale de sciages dans l’UE a augmenté d’environ 15 % entre 2000 et 2022, pour atteindre 108 millions de m 3 en 2022. L’Allemagne et la Suède étaient les principaux producteurs de sciages de l’UE en 2022, représentant environ 24 % et 18 % du total de l’UE. production de sciages, respectivement (Figure 4). Pour les deux pays, leur part a augmenté de 1 % au cours de l’année dernière.

Production de sciages, 2000 et 2022, (1 000 m 3 )

 

Les produits secondaires comprennent les produits en bois et en papier sur-transformés (par exemple, les sciages sur-transformés, les matériaux d’emballage et d’emballage en bois, les meubles en bois, etc.). Dans le cadre d’une nouveauté, Eurostat et ses institutions partenaires ont commencé à collecter des données sur la production de bois lamellé-collé, de bois lamellé-croisé et de poutres. L’Autriche et l’Allemagne sont les principaux producteurs de ces deux produits en Europe, atteignant un total de 2,5 et 2,1 millions de m 3 en 2022.

Production de bois lamellé-croisé et lamellé-collé en 2022, (1 000 m 3 )

 

 

 

 

g) La filière chimie-pharmacie

À travers le septième programme d’action pour l’environnement jusqu’en 2020, l’UE définit des politiques en matière de gestion des produits chimiques, dont REACH (enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des produits chimiques) est l’élément central. L’objectif principal de REACH est d’assurer un niveau élevé de protection de la santé humaine et de l’environnement contre les risques que peuvent présenter les produits chimiques. Cela comprend la promotion de méthodes alternatives pour évaluer les dangers des substances, la libre circulation des substances sur le marché intérieur et le renforcement de la compétitivité et de l’innovation dans l’industrie chimique de l’UE.

En fournissant des connaissances sur les propriétés dangereuses des produits chimiques et des informations de sécurité appropriées, REACH devrait améliorer la communication et la mise en œuvre de conditions d’utilisation sûre dans les chaînes d’approvisionnement et le remplacement des substances dangereuses par des substances moins dangereuses. En outre, par le biais de différents types de mesures concernant les substances hautement dangereuses, les politiques de l’UE visent à réduire les risques pour la santé humaine et pour les écosystèmes au niveau de l’UE.

Mais en décembre 2019, la Commission européenne a présenté un plan pour atteindre ses objectifs en matière de climat et de développement durable : le pacte vert pour l’Europe. Le pacte vert comprend un objectif visant à « réduire de 50 % l’utilisation et les risques des pesticides chimiques et l’utilisation de pesticides plus dangereux d’ici à 2030 ». Cet objectif de réduction a été repris dans plusieurs stratégies européennes ultérieures, notamment la stratégie « De la ferme à la table », qui précise : « [L’UE] coopérera activement avec ses partenaires commerciaux, notamment les pays en développement, pour accompagner la transition vers une utilisation plus durable des pesticides afin d’éviter les perturbations des échanges commerciaux et de promouvoir d’autres produits et méthodes de protection des végétaux. »

L’accord UE-Mercosur est incompatible avec ces objectifs. Il réduirait les droits de douane sur les exportations de pesticides de l’UE vers l’Amérique du Sud, encourageant ainsi une augmentation de leur production, de leur commerce et de leur utilisation. Il s’agit notamment de pesticides qui ne sont pas approuvés par l’UE ou qui sont interdits sur son territoire parce qu’ils sont trop dangereux pour la santé humaine ou l’environnement.

Les partisans de l’accord UE-Mercosur ferment les yeux sur les effets dévastateurs de cet accord sur les populations et la nature dans les pays du Mercosur. En Amérique du Sud, l’utilisation des pesticides est déjà une cause de mortalité, porte atteinte aux moyens de subsistance et à la biodiversité et pollue des cours d’eau. L’accord UE-Mercosur ne ferait qu’aggraver la situation.
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La population européenne est également concernée, car elle consomme des fruits et légumes importés des pays d’Amérique du Sud qui contiennent des pesticides originaires de l’UE, mais dont l’utilisation n’y a pas été approuvée. L’utilisation massive de pesticides détruit la nature et contribue au dépassement des limites planétaires, ce qui met tout le monde en danger / ce qui menace l’humanité entière.

Les 5 premiers pays de l’UE exportant des pesticides vers le Mercosur (dont le Brésil), 2018-2022, en poids 32 et en valeur (classés par poids)

Source GreenPeace, https://www.greenpeace.fr/accord-ue-mercosur-un-cocktail-toxique/

 

 

 

 

 

Eurostat s’appuie sur une vision large de la filière chimie-pharmacie: Les produits chimiques sont classés selon la Classification type pour le commerce international (CTCI) des Nations Unies. La section 5 « Produits chimiques et produits connexes, NES » de la CTCI Rév. 4 est composée des divisions suivantes :

  • 51 Produits chimiques organiques;
  • 52 Produits chimiques inorganiques;
  • 53 Matières pour la teinture, le tannage et la coloration;
  • 54 Produits médicinaux et pharmaceutiques;
  • 55 Huiles essentielles, résinoïdes et matières parfumées;
  • 56 Engrais (autres que ceux du groupe 272);
  • 57 Matières plastiques sous formes primaires ;
  • t58 Matières plastiques sous formes non primaires ;
  • 59 Matériaux et produits chimiques, NDA.

C’est cette vision qu’on retient ici tout en s’efforçant de mettre en avant les différentes composantes, surtout la chimie et la pharmacie.

 

 

 

1 – La filière chimie-pharmacie en France

L’industrie chimique au sens strict comprend la transformation de matières premières organiques et inorganiques par un procédé chimique et la formation de produits. Elle distingue la production de produits chimiques de base, qui constitue le premier groupe, de la fabrication de produits intermédiaires et finis produits par transformation de produits chimiques de base, qui constituent les autres classes. Elle comprend notamment l’industrie cosmétique qui propose une grande variété de produits destinés à maintenir l’apparence du corps ou à mettre en valeur une partie particulière de celui-ci. Sachant qu’en 2020, environ neuf Français sur dix utilisaient régulièrement des produits d’hygiène personnelle , un avenir prospère pour le marché des cosmétiques et des produits d’hygiène semble inévitable.

Les industries chimique et pharmaceutique sont parmi les seuls produits dégageant un excédent commercial. En 2022 les exportations de produits chimiques (NAF 20)  atteignent 82 milliards d’euros contre 62 milliards en 2019. Le solde extérieur diminue en 2022 (14 Mds d’euros) mais reste largement positif (graphiques suivants). Il est de plus en hausse par rapport à 1999 alors que celui des produits pharmaceutiques reste quasiment stable. Mais la chime (NAF 20) comprend deux ensembles de produits dont le solde extérieur n’est de même ampleur2,2 Mds : la chimie (C20A, C20C) (+2,2 Mds en 2021) et parfums et cosmétiques (C20B) (+13 Mds en 2021. C’est uniquement ce dernier qui progresse fortement atteignant 15,4 Mds en 2022 pendant celui de la chimie devient négatif (-3,5 Mds en 2022) après avoir stagné autour de +2 Mds entre 2000 et 2021.

Du coup, le solde extérieur français est parmi les plus élevés de l’UE, à peu près au même niveau que celui des Pays-Bas mais bien entendu moins élevé que celui de l’Allemagne grâce notamment à la chimie, industrie très puissante en Allemagne avant la crise de l’énergie.

 

Commerce extérieur des produits chimiques (NAF 20) depuis 1999 en milliards d’euros

Solde extérieur des produits chimiques dans l’UE en 2019, milliards d’euros

 

La pharmacie dégageait un solde extérieur de près de 8 Mds d’euros en 2019 même si des petits pays (Danemark, Belgique) avait des soldes plus élevés. Mais la situation s’est vite détériorée à partir de  2020 avec l’importation massive de masques et de vaccins, soire d’autres médicaments et ce malgré une certaine pénurie dans les pharmacies.

Commerce extérieur des produits pharmaceutiques (NAF 21) depuis 1999 en milliards d’euros

Solde extérieur des produits pharmaceutiques dans l’UE en 2019, milliards d’euros

 

 

 

Commerce extérieur des différents produits de la chimie CAF-FAB en milliards d’euros

Source : Douanes

 

 

Contrairement à la plupart des autres branches de l’industrie, l’emploi ne diminue plus depuis la crise de 2009 (graphique suivant). La part des femmes y est plus importante que dans le reste de l’industrie. Les ouvriers en représentent qu’un tiers des emplois de la branche. En retenant une vision large de la filière (chimie, pharmacie, certaines matières plastiques liées à la chimie), On estime l’emploi global à un peu plus de 200 000 salariés dans les branches en 2019 et 206 000 en 2021.

Emploi intérieur total de l’industrie chimique (NAF 20) en nombre de personnes

 

La Chimie alimente la plupart des secteurs de l’économie (schéma suivant). La consommations des ménages représente un tiers et les secteurs des matériels de transport un tiers aussi. Viennent ensuite l’agriculture avec les engrais, pesticides et autres produits  (10%) (voir page Comptes agriculture). puis la construction et l’énergie (respectivement 5% et 6%).

 

Les grands enjeux de la Chimie en France sont un peu les mêmes que pour de nombreux secteurs industriels et économiques : localisation des activités clés pour la sécurité sanitaire, transition écologique et énergétique, le numérique, la compétitivité, les marchés du futur ‘schéma suivant)

 

 

 

2 – La filière chimie-pharmacie dans l’UE

La valeur des importations de produits chimiques de l’UE est passée de 97 milliards d’euros en 2002 à 363 milliards d’euros en 2022, ce qui équivaut à une croissance annuelle moyenne de 6,8 % (graphique suivant). Au cours de la même période, les exportations sont passées de 152 milliards d’euros à 553 milliards d’euros, soit une croissance annuelle moyenne de 6,7 %. L’UE a enregistré un excédent commercial croissant dans le secteur des produits chimiques tout au long de la période 2002-2022. L’excédent est passé de 55 milliards d’euros en 2002 à 190 milliards d’euros en 2022.

Au sortir de la crise du COVID-19, les importations (+16 %) et les exportations (+11 %) de produits chimiques ont fortement augmenté en 2021. Alimentée par la hausse des prix, la croissance a été encore plus forte en 2022 avec une augmentation des importations de 33 % et des exportations de 33 %. 21 %.

La part des produits chimiques dans le total (importations + exportations) du commerce extra-UE est passée de 12,8 % en 2002 à 16,4 % en 2022, soit une augmentation de 3,6 points de pourcentage (pp). La part des importations a augmenté de 1,8 pp tandis que les exportations ont augmenté plus fortement de 6,3 pp.

Commerce de produits chimiques de l’UE vers l’extra UE, 2002-2022, (milliards d’euros)

 

Six États membres ont exporté plus de 30 milliards d’euros de produits chimiques vers des pays tiers en 2022 (tableau suivant). Il s’agit de l’Allemagne (142 milliards d’euros), de la Belgique (81 milliards d’euros), de l’Irlande (71 milliards d’euros), de la France (53 milliards d’euros), des Pays-Bas (49 milliards d’euros) et de l’Italie (42 milliards d’euros).

L’Allemagne (72 milliards d’euros), les Pays-Bas et la Belgique (53 milliards d’euros chacun) ont été les trois seuls États membres de l’UE à importer plus de 30 milliards d’euros de produits chimiques en provenance de pays tiers en 2021.

En 2022, l’Allemagne a enregistré l’excédent commercial dans le secteur des produits chimiques le plus élevé de tous les États membres de l’UE (69 milliards d’euros), suivie par l’Irlande (45 milliards d’euros), la Belgique (28 milliards d’euros) et la France (26 milliards d’euros). Les déficits les plus importants ont été enregistrés en Espagne et en Pologne (4 milliards d’euros chacun).

En Irlande (57 %) et en Slovénie (55 %), les exportations de produits chimiques représentaient plus de la moitié des exportations totales. La Slovénie (41 %) détenait également la part la plus élevée de produits chimiques dans les importations totales, suivie par l’Irlande (28 %).

En 2021 et 2022, le groupe de produits le plus important dans les importations extra-UE de produits chimiques était celui des « Produits médicaux et pharmaceutiques ». La valeur des importations est passée de 100 milliards d’euros à 112 milliards d’euros, soit un taux de croissance de 12 %. Le deuxième groupe en importance est celui des « Produits chimiques organiques », qui est passé de 63 milliards d’euros à 104 milliards d’euros, soit un taux de croissance de 64 %. Le taux de croissance le plus élevé a été enregistré dans le groupe des « engrais », dont les importations ont doublé, passant de 6 milliards d’euros à 12 milliards d’euros, en raison de la hausse des prix suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

En 2021 et 2022, le groupe de produits le plus important dans les exportations extra-UE de produits chimiques était celui des « Produits médicaux et pharmaceutiques ». La valeur des exportations est passée de 235 milliards d’euros à 287 milliards d’euros, soit un taux de croissance de 22 %. Le deuxième groupe en importance est celui des « Produits chimiques organiques », qui est passé de 51 milliards d’euros à 64 milliards d’euros, soit un taux de croissance de 26 %. Le taux de croissance le plus élevé a été enregistré dans le groupe « Engrais », dont les exportations ont augmenté de 50 %, passant de 6 milliards d’euros à 9 milliards d’euros.

Commerce extra-UE de produits chimiques par États membres, 2022, (en millions d’euros et %)

La production totale vendue de produits chimiques en termes de valeur  (872 milliards d’euros en 2022) a augmenté de 335 milliards d’euros entre 2011 et 2022 , ce qui équivaut à une croissance annuelle moyenne de 4,5 %. La croissance a été particulièrement forte entre 2020 et 2021. Le graphique suivant montre que la production vendue a augmenté entre 2021 et 2022 dans tous les groupes. Tant en termes absolus que relatifs, la plus forte augmentation a concerné les produits chimiques inorganiques, passant de 38 milliards d’euros en 2021 à 61 milliards d’euros en 2022, soit une augmentation de 61,5 %.

Production de produits chimiques vendue par l’UE par groupe, 2021 et 2022, (milliards d’euros)

 

Le tableau suivant montre le niveau de production vendue pour les 20 principaux produits chimiques de l’UE. Les « autres médicaments composés de produits mélangés ou non » arrivent en tête de la liste des produits chimiques les plus vendus dans l’UE en valeur en 2021 avec 67 milliards d’euros, suivis par les « antisérums, autres produits immunologiques directement impliqués dans la régulation des processus immunologiques et autres fractions sanguines » (29 milliards d’euros), « Vaccins contre les coronavirus liés au SRAS » et « Béton prêt à l’emploi » (tous deux estimés à 24 milliards d’euros). Aucun autre produit n’a vendu une production supérieure à 20 milliards d’euros

Production vendue par l’UE des 20 principaux produits chimiques, 2022, (en millions d’euros)

 

 

 

 

 

h) La filière électronique

On distingue plusieurs grands types d’acteurs intervenant aux différents maillons de la chaîne de valeur de l’électronique.

En amont de la filière, se trouvent les fabricants de composants électroniques qui conçoivent les semiconducteurs, les composants passifs et les composants d’interconnexion.

Au cœur de la filière, la production d’équipements électroniques est opérée par deux catégories d’acteurs :

  • Les équipementiers : ces entreprises généralement de grande taille, représentent environ 80 % de la production mondiale. Elles réalisent la production des équipements (assemblage et interconnections de composants sur une carte électronique) ainsi que le développement des produits et leur commercialisation. Elles sont généralement les détentrices de la marque des produits.
  • Les sous-traitants de production : ces entreprises représentent environ 20 % de la production électronique mondiale. Ces acteurs sont spécialisés dans le report de composants sur les cartes et peuvent, dans certains secteurs, réaliser le développement des équipements.

En aval de la filière, l’intégration des équipements dans des plateformes (avion, voiture, train…) est quant à elle effectuée par des architectes/systémiers, tandis que des installateurs sont en charge de l’installation et de la maintenance des réseaux. L’électronique n’est toutefois pas le cœur de métier de ces deux derniers acteurs.

 

La filière électronique

Source : étude PIpame

 

 

 

 

1 – La production de l’électronique

La tendance est à une omniprésence de l’électronique dans les matériels électriques, qu’il s’agisse d’objets du quotidien à destination du grand public ou d’équipements destinés à l’outil industriel. Ainsi, la tendance globale est porteuse et les projections sont à l’augmentation de la demande en électronique : « C’est un marché en croissance mondiale (entre +5% et +10% par an depuis 10 ans.

Illustration de la croissance mondiale de la production électronique

En France, sur un périmètre stabilisé après une fuite massive vers l’Asie dans les années 2000, la situation décrite par les experts de l’offre reste bonne. Ainsi malgré le contexte économique difficile, la majorité des acteurs de la filière ne décrit pas de baisse d’activité significative à court terme. Naturellement, la situation décrite est différente selon les acteurs et leur positionnement.

Dans les faits donc, si quelques fabricants de composants spécialisés dans des secteurs brutalement impactés (ex : aviation civile) ont connu une baisse temporaire d’activité, c’est plutôt un phénomène de forte demande des donneurs d’ordres qui est décrit, d’abord dans les équipements de communication avec l’essor des marchés informatiques qui ont pesé sur les commandes et mobilisé des capacités très tôt, puis au redémarrage des secteurs automobile ou aéronautique, où après un arrêt presque total durant trois à six mois selon les régions, la demande a de nouveau augmenté dès juin 2020 pour les marchés asiatiques. D’autres marchés grand public ont également explosé, notamment pour l’équipement de la maison (tableau suivant).

Au total on estime à +9,3% la croissance en volume de la production en 2020 (+9% pour la branche Produits informatiques, électroniques et optiques selon l’Insee ) qui se décompose ainsi : très forte hausse pour l’équipement informatique : +18,2% et le petit électroménager +11,2%. La production des seuls produits électroniques tourne autour de 20 Mds d’euros en faisant la somme des 4 composantes du tableau suivant.

Croissance des marchés de l’équipement de la maison en France en 2020

 

 

2 – Le marché de l’électronique

La filière de l’électronique se caractérise ainsi par ses liens étroits avec d’autres secteurs d’activité. On distingue généralement le marché professionnel (incluant notamment le secteur industriel & médical, l’aéronautique & défense…) du marché de masse (incluant notamment l’électroménager, les télécoms grand public, l’informatique personnelle…).

L’Europe, qui concentre 20 % de l’activité mondiale, s’est spécialisée dans les marchés professionnels avec plus de la moitié de sa production dans ce domaine. Cette spécialisation est d’autant plus marquée en France avec plus de 75 % de la production d’équipements électroniques réalisée dans les marchés professionnels.

Représentant chacun 10 à 30 % de la production européenne, les secteurs aéronautique & défense, médical, automobile et industriel sont particulièrement importants en France. La production électronique française est dorénavant portée par un tissu d’entreprises de tailles intermédiaires dont l’offre est adaptée à la demande des marchés professionnels et qui intègrent une part toujours plus importante de valeur ajoutée.

Le marché de l’électronique en 2009 en %

Source : DECISION

 

À l’instar de l’Europe, la France a subi de plein fouet les crises mondiales de 2001 et de 2009 qui ont affecté la filière et qui ont eu pour principal effet, la chute de la production dans les secteurs de masse (télécom et automobile en particulier) au profit de pays asiatiques à bas coût. Néanmoins, les perspectives de croissance à moyen terme sont positives, puisque la filière française devrait pouvoir profiter du dynamisme de secteurs comme l’aéronautique et du développement de nouvelles filières répondant à des besoins sociétaux (sécurité, environnement, énergies renouvelables notamment).

Ces crises, dues pour la première à l’éclatement de la bulle spéculative des TIC, et pour la seconde à la récession économique globale, ont eu pour principale conséquence un accroissement de la spécialisation géographique de la production électronique à l’échelle planétaire. Aussi, la production s’est fortement concentrée en Asie, et notamment en Chine (qui réalisait 50 % de la production mondiale après la crise de 2009) tandis que l’Europe et la France se sont spécialisées dans les marchés professionnels de l’électronique.

Cette nouvelle donne impose aux entreprises des exigences différentes des impératifs de standardisation propres aux marchés de masse. En effet, une forte adaptabilité, une production en plus petites séries et la nécessité de polyvalence entre les champs d’activités sont recherchées par les établissements positionnés sur les marchés professionnels. Ces exigences nouvelles augmentent les besoins en formation continue au sein des entreprises.

Mais le commerce extérieur se dégrade régulièrement depuis 1999 de – 4 Mds d’euros à – 23 Mds d’euros en 2022. Les exportations atteignent 35 Mds contre 58 Mds d’importations pour une production de produits informatiques, électroniques et optiques de 30,7 Mds.

Les entreprises chinoises et d’autres pays asiatiques (Taiwan) se sont appropriées des technologies avec des prix plus faibles. Les entreprises françaises ont perdu le temps d’avance technologique contrairement aux allemands avec un solde extérieur certes négatif de– 4 Mds en 2019 mais quand celui de la France est de – 16 Mds comme celui de l’Espagne (second graphique suivant) et des exportations presque 4 fois plus importantes ‘122 Mds contre 32,6 Mds en France). Seul, le Royaume-Uni a un déficit  plus élevé (-30 Mds en 2018). Taiwan a développé une industrie florissante sur la fabrication et la mise au point des composants. Les États-Unis comptent aussi avec des entreprises comme INTEL. Les entreprises françaises utilisent des brevets en payant des royalties aux entreprises étrangères.

Commerce extérieur des produits informatiques, électroniques et optiques (NAF CI) en milliards d’euros

 

Solde extérieur des produits informatiques, électroniques et optiques dans l’UE en 2019, milliards d’euros

 

En effet, la filière française  peut être concurrencée sur son propre territoire de différenciation positive. La pression concurrentielle s’exerce notamment.

  • Sur la réactivité et la souplesse : temps de réponse aux appels d’offre, complexité des échanges pouvant nuire à la réactivité en cas de difficultés.
  • -Sur la culture service, avec une extrême disponibilité de la concurrence asiatique, de la réactivité commerciale, des capacités à mettre en place très rapidement des chaines de valeur entre partenaires.
  • Sur la capacité d’innovation : un vrai savoir-faire, de la recherche en Asie également.

Schématisation des territoires de forces et faiblesses de la filière électronique française

 

 

3 – L’emploi

La fabrication de produits informatiques, électroniques et optiques (Code NAF, Division CI) comptait en France en 2019 autour de 115 000 emplois. Les emplois sont 60 000 de moins par rapport à 2000 (graphique suivant). Ils ne diminuent quasiment plus depuis 2011. L’emploi dans la fabrication d’équipements électriques, une autre branche, diminue à peu près comme dans la branche industries informatiques, électroniques et optiques et les deux courbes se sont croisées deux fois entre 2000 et 2021. Certains comptabilisent les emplois indirects à près de 80 000 à partir des achats par la branche informatiques, électroniques et optiques, soit 195 000 emplois en tout. Mais ce calcul si il était appliqué à toutes les branches aboutirait à un total des emplois dans l’économie bien supérieur aux total des emplois réels de l’économie.

On a estimé l’emploi indirect lié aux consommations intermédiaires et de second ordre jusqu’à l’infini à un peu moins de 70 000 emplois, et l’emploi lié à la demande finale à 102 000, soit un emploi cumulé de la filière à 170 0000 emplois donc  moins que le chiffre précédent (voir page TES Symétrique).

 

Effectifs des branches industrie équipements électriques et industries électroniques en milliers d’emplois

 

On distingue une vingtaine d’emplois spécifiques à l’électronique, répartis parmi les fonctions Conception-Etudes, Fabrication-Production-Intégration, Essais-Test-Qualité et MaintenanceInstallation. Ces différents métiers sont recensés dans le graphique suivant :

  • Les fonctions de « Conception-Etudes », sont composées en majorité d’ingénieurs (représentant les deux tiers des effectifs).
  • Les fonctions « d’Essais-Test-Qualité », sont composées principalement de techniciens, mais également d’ingénieurs et d’opérateurs.
  • Les fonctions de « Fabrication-Production-Intégration », comprennent principalement des ouvriers (plus de la moitié des effectifs) et des techniciens (un tiers des effectifs).
  • Les fonctions de « Maintenance-Installation », réalisées en majorité par des techniciens, mais également par des opérateurs, étant donnée la proximité des métiers de « Maintenance » et de « Fabrication » pour de nombreuses PME, voire des grandes entreprises.

A noter également que les métiers où les savoir-faire électroniques sont les plus importants sont ceux qui sont proches du matériel (autrement appelé « hardware »), par opposition aux métiers du système ou du logiciel (« software ») qui ne relèvent pas directement des compétences électroniques.

 

 

 

 

i) La filière nucléaire

Malgré la chute de la production d’origine nucléaire du fait de multiples soucis techniques (corrosion, fissures d’où fermeture de nombreuses centrales), la production électrique en France métropolitaine a encore reposé en 2022 à près de 62,7% sur le nucléaire (contre 69% en 2021) et à 11,1% sur l’hydroélectricité. Le gaz (9,9% du mix électrique en 2022) a par ailleurs dépassé l’éolien (8,5%) comme 3e source d’électricité en France.

Source : RTE

 

 

Selon le GIFEN (Groupement des industriels français de l’énergie nucléaire), l’industrie nucléaire française représente 6,7% de l’emploi industriel français. Avec ses 220 000 employés et ses 3 200 entreprises dont 85% sont des TPE et PME, elle participe largement au dynamisme de l’industrie française, et contribue, par ses implantations sur tout le territoire, au développement des tissus économiques locaux.

Sur le site du GIFEN (https://www.gifen.fr/le-gifen/filiere-nucleaire) on lit : « l’industrie nucléaire française est en mesure de répondre aux défis énergétiques contemporains : tandis que les besoins en électricité seront multipliés par deux d’ici 2050, les émissions de CO2 doivent être divisées par deux pour ralentir le phénomène de réchauffement climatique. L’industrie nucléaire est la seule capable de fournir une électricité toujours disponible, à bas coût et avec une faible empreinte carbone ».

« Depuis plus de 50 ans, l’industrie nucléaire française développe une expertise précieuse en matière de production d’énergie nucléaire, de maîtrise du cycle du combustible et de fabrication d’équipements spécifiques. Une expertise reconnue dans le monde entier ».

Sur le site du Conseil National de l’Industrie (https://www.conseil-national-industrie.gouv.fr/comites-strategiques-de-filiere/la-filiere-nucleaire), il est dit : « La filière nucléaire française intègre l’ensemble des acteurs intervenant dans le cadre de la production d’énergie nucléaire, garantissant une maitrise complète des métiers et des savoir-faire nécessaires. Elle contribue donc fortement à l’indépendance énergétique de la France. Avec un mix électrique largement décarboné (à 94%) s’appuyant sur la complémentarité des ENR (dont hydroélectricité) et du nucléaire, la France fait partie des 6 pays du monde à avoir déjà atteint l’objectif du GIEC « d’au moins 80% d’électricité décarbonée « .

« Afin de permettre à la filière nucléaire française de conserver dans l’avenir ses activités et ses savoir-faire, plusieurs enjeux majeurs sont à relever :

  • faire croître l’acceptabilité du nucléaire auprès du grand public, notamment par une meilleure communication sur la sureté nucléaire, et renforcer l’attractivité de la filière pour obtenir des recrutements de qualité ;
  • donner de la visibilité sur l’avenir du secteur afin que les entreprises de la filière puissent continuer à investir et innover (notamment pour des compétences dont les formations sont longues) ;
  • proposer des solutions pérennes pour les déchets, la fermeture du cycle et promouvoir les solutions d’économie circulaire ;
  • optimiser le coût du nucléaire neuf et contribuer à l’instruction d’une décision relative à l’engagement d’un programme industriel de construction de nouveaux réacteurs nucléaires en France ;
  • maintenir et maitriser les coûts restant à engager pour le parc existant en France ;
  • promouvoir à l’international les solutions techniques françaises pour l’ensemble du cycle de vie des installations (nouveau nucléaire, services aux exploitants, cycle du combustible, composants et déconstruction) ».

Mais c’est l’arbre qui cache la forêt. la réalité est tout autre : il y a eu pendant longtemps disparition de la filière nucléaire avec par exemple la baisse continue de la production de l »industrie mécanique en France (qu’on voit en partie dans la différence des coefficients techniques entre la France et l’Italie des produits industriels hors intra-consommation par la branche « machines et équipements » – tableau ci-dessus),

Le plus riant est la perte de savoir faire, de compétence pour maitriser les très grands chantiers (à l’heure actuelle (60% de soudeurs-chaudronniers manquent dans la filière), le manque de grands capitaines d industrie qui ont l’expérience des grands projets comme en Chine : les livraisons d’EPR étaient prévues en 2012. Mais il ne fonctionnent toujours pas en 2023. Leur facture était estimée à 3,4 milliards d’euros. Elle est de 12,7 milliards en 2023.

 

 

S’agissant des autres centrales construites entre 1973 et 1998, elles étaient en partie à l’arrêt suite à des coulées de béton ratées, et des problèmes de  de corrosion ou de soudure (voir page Comptes de l’énergie). Il y a donc des multiples problèmes de maintenance des centrales nucléaires actuelles qui concernent d’ailleurs parfois les plus récentes. Il a fallu faire appel à des soudeurs américains.

Il s’en suit des investissement colossaux sur le plan financier mais surtout sur le plan de la formation des des ouvriers et des ingénieurs. Il faudrait un « Plan Marshal » (plan de reconquête et de ré-industrialisation). Or le plan de relance actuelle est-t-il à la dimension nécessaire  pour avoir un programme robuste et réalisable ?

Une question essentielle est ainsi celle de la formation donc des besoins en compétence et attirer les ressource humaines (attractivité). Le manque d’ ingénieurs est particulièrement criant. L’objectif de la dans la filière nucléaire est l’embauche de 4000 ingénieurs par an.

Au final la France a-t-elle les capacités techniques et financières pour relancer la filière nucléaire ? C’est à dire la mise en service des EPR, le fonctionnement des centrales nucléaires actuelles avec des garanties de sécurité, le traitement des déchets nucléaires, etc…

 

 

 

 

j) La filière textile-habillement

L’industrie textile-habillement rassemble l’ensemble des activités de conception, de fabrication et commercialisation des textiles et donc, entre autres, de l’habillement. Cette industrie compte de très nombreux métiers tout au long d’une chaîne de fabrication composée des fabricants de tissus et de tricots, des fabricants de produits finis, et des distributeurs, qui transforment des matières premières fibreuses en des produits semi-ouvrés ou entièrement manufacturés. Les fabricants de fibres naturelles et de fibres synthétiques interviennent en amont, et donc en dehors de cette chaîne.

À coté de la fabrication, il y a le commerce de l’habillement et de la chaussure.

Au XXIe siècle, les produits textiles sont pour l’essentiel des biens de consommation. Les vêtements de prêt-à-porter représentent une partie importante et connue de ce secteur.

L’industrie textile est un exemple de secteur d’activité ayant connu une très forte internationalisation au cours des XIXe et XXe siècles. Si, en règle générale, les pays développés sont des importateurs de textiles et les pays en développement sont exportateurs, depuis les années 2000, le marché est surtout caractérisé par l’ascendance qu’a pris la Chine sur les autres pays producteurs. Malgré cette concurrence et cette conjoncture défavorable en Occident, cette industrie demeure dynamique dans les domaines du textile technique et du textile de luxe.

 

 

1 – Essai de synthèse des données principales et du marché

Les principaux pays exportateurs de textiles sont les suivants en 2015 selon l’Organisation mondiale du commerce, dans un contexte de baisse mondiale du secteur.

Les principaux pays exportateurs de vêtements sont les suivants selon l’Organisation mondiale du commerce

 

Top 5 des principaux clients et fournisseurs de textiles et de l’habillement de l’UE en 2019 en millions d’€

 

La majorité des 2 200 entreprises textiles actives en France se situent dans les régions : Auvergne-Rhône-Alpes, Hauts-de-France, Grand Est, Occitanie, Normandie.

En 2021, l’industrie du textile-habillement en France représentait une production de l’ordre de  12,5 milliards d’euros selon l’Insee, employant plus de 80 000 personnes (second graphique suivant). Si on inclut les cuirs et chaussures et l’habillement, l’emploi est de l’ordre de 105 000 personnes en 2021. Mais entre 1959 et 2021, l’emploi de la production de textile habillùent a été divisé par 10 passant de 1 millions d’emplois à un peu plus de 100 000 (premier graphique suivant). Les exportations s’établissaient à 15,7 milliards d’euros, contre 28,5 milliards d’euros pour les importations (données de l’Insee).

Effectifs de la filière textile habillement en milliers

 

Effectifs des branches textiles, industries de l’habillement, industrie du cuir et de la chaussure en milliers

 

Selon https://www.textile.fr/documents/1601482518_UIT-rapport-activite-web-09-2020.pdf, l’industrie du textile et de l’habillement représente un chiffre d’affaires de 13,9 milliards d’euros en 2020.

Les catégories de produits exportés sont 48,6% de tricots et de lingerie, 26,8% de textiles techniques, 10,2% de tissus et de tricots, 7,9% de fibres et de fils et enfin 5,4% de textiles de maison. L’Allemagne est le premier client de textile de la France, suivie de l’Espagne, puis l’Italie, la Belgique, le Royaume-Uni, la Chine, la Tunisie, les États-Unis, la Suisse et pour finir les Pays-Bas.

Les exportations de textiles proprement dit sont de l’ordre de 4 milliiards d’€ en 2020 auquel il faut ajouter 10 mds d’articles d’habillement dont plus de la moitié de vêtement, maille et lingerie. Les importations de textiles sont de pr-s de 6 milliards en 2020. Les vêtement, maille et lingerie représentent autour de 11msd soit plus de la moitié des importations d’article d’habillement

Exportations et importations textiles françaises par catégorie de produits en 2020 en millions d’€

 

Importations et exportations textiles françaises en 2019 (en millions d’€)

Sources : IFM / UIT / Douanes

Avec des salaires de départ situés juste au-dessus du salaire minimum, et parfois des horaires en trois-huit, les conditions de travail se sont améliorées mais les métiers du textile restent peu attractifs et certaines entreprises peinent à recruter. En outre, les pouvoirs publics tendent à se désengager et de nombreuses entreprises françaises ont délocalisé leur production

En 2020, la pandémie Covid-19 a fortement ébranlé l’industrie textile notamment par les nombreuses difficultés à transporter les marchandises et à s’approvisionner en matières premières en raison des restrictions gouvernementales. Le coût du transport dans un conteneur entre l’Asie et l’Europe est passé de 2 500 à 17 000 dollars en 18 mois, entraînant des coûts de 30 % à 40 % plus chers sur certains produits.

De cette situation inédite, est née une réelle prise de conscience de la part des consommateurs de textile, avec une volonté de consommer plus local et de rendre leur achat de plus en plus respectueux de l’environnement. De plus, cette prise de conscience écologique demeure largement soutenue par les accords de Paris avec l’idée de réduire drastiquement le bilan carbone des produits textiles. Ainsi, du côté de l’industrie textile, l’heure est aux circuits courts pour limiter le nombre d’intermédiaires et faciliter le temps de réactivité avec l’idée de répondre par une stratégie de relocalisation aux contraintes liées à la pandémie et aux nouveaux besoins des consommateurs.

 

2 – Made in France et réindustrialisation

En 2020, la crise sanitaire a permis de mettre en relief la dépendance de la France à l’international sur le Textile. En effet, 97,7 % du textile d’habillement acheté en France est du textile importé de l’étranger. Le rapport Relocalisation et Mode durable du Conseil stratégique de la filière mode et luxe recommande 36 axes de réflexion pour agir sur la relocalisation de la production textile hexagonale afin de faire passer le Made in France de 13 à 25 %[.

La relocalisation, qui se traduit par la réintroduction des usines de production dans le pays d’origine, possède de nombreux bénéfices pour les parties prenantes. Fortes du Plan France Relance, les relocalisations de ces marques sont une vraie source d’emploi. Par exemple, l’entreprise Velcorex dans le Haut-Rhin vient d’acter son projet de développement de la production de fibres libériennes (lin, chanvre, ortie), destinée aux produits manufacturés (étoffes et renforts de composite), avec 140 emplois à la clé.

De plus, la relocalisation permet d’épargner de manière pérenne la planète, notamment concernant l’empreinte carbone (voir page TES Symétrique). En effet, on estime aujourd’hui que 1 kg de textile importé génère 54 kg d’équivalent CO2. Soit deux fois plus que du textile produit en France (27,7 kg d’équivalent CO2). Cette différence vient de la proportion du nucléaire et des renouvelables dans le mix énergétique français, moins carboné que celui de la Chine notamment. Une relocalisation permettrait ainsi de réduire par deux les émissions du secteur.

La relocalisation présente de nombreux atouts, mais en pratique, cela n’est pas aussi facile. Cette dernière n’est pas systématiquement source d’emploi : le progrès technologique a poussé de nombreuses entreprises à automatiser leurs usines. La main-d’œuvre disponible en France est non qualifiée, ce qui nécessite un programme de formation et un coût supplémentaire pour les acteurs du textile. De plus  on remarque que certaines marques font preuve d’un discours davantage marketé en relocalisant seulement une partie de la production en France mais pas la majorité. Enfin, cette dynamique de relocalisation demeure un levier de croissance mais ne peut pas fonctionner sans un projet de société commun, notamment à travers des engagements européens et une concurrence loyale. Penser à une réindustrialisation impliquerait une lourde révision des orientations européennes en matière de concurrence.

 

3 – La crise du commerce de l’habillement

En 2023, le secteur de l’habillement a connu une tempête économique inédite. Camaïeu, Minelli, Naf-Naf, Pimkie, Gap France, Jennyfer, Kaporal ou les chaussures San Marina et André… Des centaines de boutiques se sont retrouvées en redressement judiciaire ou ont dû baisser définitivement leurs rideaux de fer. Avec une brusque accélération des défaillances ces en 2022 et 2023, 1 130 distributeurs de mode se sont placés sous la protection d’une procédure collective, en 2023, soit 51,3 % de plus qu’en 2022. Plus de 4000 salariés ont perdu leur emploi en France sur les douze derniers mois dans le secteur du commeerce de l’habillement en France, Plus de 45 900 emplois depuis début 2010 auraient été perdus; des postes occupés en majorité par des femmes à temps partiel.

Les enseignes ont avancé de multiples raisons pour expliquer leurs difficultés : les Gilets jaunes et de violents défilés dans les centres-villes chaque samedi, le Covid-19, la concurrence du seconde main avec Vinted, les hausses des coûts de production, des loyers trop élevés dans les centres-villes et naturellement la hausse généralisée des prix qui obligent les consommatrices et consommateurs à faire des coupes dans leurs dépenses. « En dix ans, la part de l’habillement a reculé de 15 % dans le caddie des Français », explique le président de la Fédération nationale de l’habillement. L’arrivée, les méthodes et les prix de l’Espagnol Zara, du Suédois H&M ou de l’Irlandais Primark ont bouleversé le marché. Plus récemment les prix cassés et la mode de la « fast fashion » (la mode rapide) du Chinois Shein ont cassé les codes. Les vêtements du milieu de gamme sont alors devenus « trop chers par rapport à la qualité proposée »

Dans les années 90, les adolescentes se donnaient rendez-vous chez Pimkie, Cop.Copine ou Naf-Naf pour faire du shopping le samedi après-midi. Un simple clic sur un site web suffit aujourd’hui à s’habiller. Et à revendre le produit sur un site de seconde main quand il ne vous convient plus.

 

 

 

k) La filière construction

Ce n’est pas une filière à proprement parler industrielle. Mais elle met en jeu des intrants industriels dont le bois déjà étudié. Alors que le Bâtiment désigne la construction, l’entretien ou encore la démolition d’édifices, l’activité des Travaux Publics porte sur les infrastructures, c’est-à-dire les routes, les tunnels, les canalisations, et les ouvrages d’art et de génie civil (ponts, barrages, pistes d’aéroport…) (voir page Comptes bâtiment travaux publics). Le Bâtiment et les Travaux Publics sont donc des professions distinctes, mais qui se ressemblent et qui ont des zones de recouvrement.

  • le cœur de la filière avec les entreprises du secteur BTP (groupes, PME, artisans) ainsi que les entreprises industrielles qui vivent directement de l’activité des entreprises (matériaux de construction, etc.).
    • La division 23 de la NAF (Fabrication d’autres produits minéraux non métalliques) juxtapose différentes filières relatives chacune à un même matériau d’origine minérale. D’abord, l’industrie du verre sous toutes ses formes (verre plat, verre creux, fibres, articles techniques, etc.). Puis celle des produits céramiques, carreaux et matériaux en terre cuite. Viennent ensuite les filières du ciment et du plâtre, de la matière première jusqu’aux produits élaborés. Enfin, le travail de la pierre et des autres produits minéraux.
    • La Division 71 (Activités d’architecture et d’ingénierie ; activités de contrôle et analyses techniques) comprend la prestation de services d’architecture, d’ingénierie, d’établissement de plans, d’inspection de bâtiments, d’arpentage et de cartographie. Elle comprend également la prestation de services d’analyses physiques, chimiques et autres.
  • Le premier cercle extérieur se compose de services liés directement au BTP (négoce, promotion, location de matériels); le deuxième cercle est composé des services marchands connexes dont une partie de l’activité dépend de la construction (banques, transports) ;  le troisième cercle est représenté par les administrations.

Mais le concept de filière s’utilise également dans d’autres sens, étroitement articulés avec l’examen des spécificités de tel ou tel secteur d’activité, pour en souligner les originalités, tant en ce qui concerne la réalisation des produits, la formation des prix et le niveau de concentration des acteurs. De ce point de vue, la construction, avec la multiplicité des ouvrages à réaliser, présente des conditions de fonctionnement originales : activité foncière, préalable foncier, rôle social de l’architecture, etc. Ces spécificités conditionnent grandement l’acte de construire.

 

 

1 – L’emploi: trois grandes familles de métier

84 % des recrutements concernent les besoins dans le bâtiment : postes de maçon, couvreur et coffreur, où les candidats manquent. Les chauffagistes, soudeurs et plombiers sont aussi très recherchés.

16% des recrutements concernent les travaux publics : constructeurs en voirie urbaine, conducteurs d’engins, monteurs de réseaux électriques et des réseaux de télécommunications sont des profils prisés. Les besoins concernent aussi les postes d’encadrement : chef d’équipe, chef de chantier, conducteur de travaux.

La construction spécialisée
Cette famille intègre les métiers de gros œuvre et du second œuvre du bâtiment. Le gros œuvre porte sur la construction d’un immeuble. Seront sollicités des métiers comme la maçonnerie, le bétonnage, la charpenterie, la canalisation, les travaux de couverture, la zinguerie, les travaux de montage, le coffrage, etc.  Le second œuvre implique quant à lui des travaux d’équipements, d’installation électrique, d’isolation et d’autres finitions comme la pose du carrelage, la peinture, le bardage et le montage des murs intérieur. Ce marché attire une clientèle diverse : entreprises BTP, particuliers, syndicats de copropriété et toutes autres commandes privées ou publiques.

La construction et promotion immobilière
La construction immobilière porte notamment sur les bâtiments résidentiels (maisons, lotissements) et non résidentiels (industrie, bureaux, commerce, école etc.). Ce secteur organise l’achat des biens construits auprès de particuliers, investisseurs, du secteur privé ou de collectivités locales. Ses acteurs sont les promoteurs immobiliers, les contractants généraux et d’autres métiers du bâtiment comme les architectes, experts financiers, spécialistes en BTP, bureaux d’études, etc.

Le génie civil et les travaux publics
Ce secteur concerne les grands projets d’ordre public tels que la construction de barrages hydrauliques, viaducs, phares ou autoroutes, mais aussi des travaux très variés comme le forage, le réseau ferroviaire, le sondage du sol, le terrassement ou l’éclairage public. Ils nécessitent l’intervention de nombreux experts et ouvriers comme les ingénieurs en BTP, les conducteurs de travaux, les chefs de chantier, etc.

La branche construction (Code NAF, Division CI) comptait en France en 2019 environ 1 795 000 emplois directs et autour de 2 400 000 emplois indirects (liés aux achats par la branche en produits divers), en tout 4 200 000 emplois directs et indirects. Les emplois directs sont en progression (graphique suivant). L’emploi dans la fabrication d’autres produits minéraux non métalliques diminue de 138 000 à 101 000 entre 2000 et 2021. mais celui de la branche  activités d’architecture et d’ingénierie ; activités de contrôle et analyses techniques double presque de 250 000 à 475 000.

Effectifs des branches de la construction et du premier cercle en milliers d’emplois

 

 

 

2 – Les évolutions du marché de la construction  répartition construction neuve /gros entretien

Avec les normes environnementales (objectif zéro artificialisation des sols), la filière va-t-elle s’orienter vers l’entretien  réparation au détriment de la construction neuve ? En 2021, celle-ci représentait 45,7% dans la FBCF en résidentiel selon l’Insee (48,1% selon le compte satellite du logement). Pour le non- résidentiel ce pourcentage était de 51,5% selon l’Insee. Ainsi pour l’ensemble de la construction, la part du neuf était de 47,8%. Selon la source CERC.

Le compte satellite du logement propose des séries longues sur la FBCF dans le résidentiel (ménages et personnes morales) : Les frais liés et les droits de mutation sur l’ancien sont inclus dans cette FBCF (voir page Comptes bâtiment travaux publics). Mais ici on n’en tient pas compte. Depuis 1984, la part du neuf (y compris services d’architecture) diminue tandis que la part des travaux sur bâtiment existant (gros entretien) augmente. La part du neuf ne représente plus que 48,7% en 2022 contre 61,4% en 1984 avec une chute à partir de 2008 (59%). La part des travaux sur bâtiment existant passe de 38,6% à 51,3%.

Tableau 100 FBCF CSL PM_Ménages

Répartition de la FBCF en logement (hors droits de mutation et frais liés sur l’ancien) entre ses 2 composantes  en % du total

 

Selon les données du CERC, qui sont largement inférieures à celles de  l’Insee (voir page Comptes bâtiment travaux publics)., les presque 145 milliards d’euros de chiffre d’affaires enregistrés pour le Bâtiment en 2021 se répartissent pour 64,1 milliards dans le neuf et 80,9 milliards dans l’entretien-rénovation. Le logement neuf pèse pour 41,3 milliards d’euros, répartis à parts égales entre  individuels et collectifs. Les 22,8 milliards d’euros de l’activité locaux se concentrent sur le tertiaire : 16,9 Md€, contre 5 Md€ pour les locaux industriels et entrepôts et moins d’un milliard d’euros pour les exploitations agricoles ou forestières. Du côté de l’entretien-rénovation, le logement concerne 48,4 Md€ et les locaux 32,5 Md€ sur un total de 80,9 Md€

Répartition du chiffre d’affaires Bâtiment 2021 par segment d’activité en %

 

 

 

En 2022, en France, le secteur de la construction représente, en moyenne, 6,6 % des chiffres d’affaires issus des déclarations mensuelles de taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Ce secteur comprend à la fois la construction de bâtiment (27 % du chiffre d’affaires du secteur), le génie civil (13 %) et les travaux de construction spécialisés tels que le gros œuvre, la maçonnerie, la toiture, etc. (60 %). Le chiffre d’affaires augmente, en euros courants, de 14,8 % en 2022 par rapport à son niveau d’avant-crise, en 2019. Ce secteur a été fortement affecté par la pandémie liée à la Covid-19 (-6,4 % entre 2019 et 2020). Par la suite, le chiffre d’affaires a fortement augmenté en 2021 et plus légèrement en 2022 (respectivement +14,8 % et +6,9 %). Entre 2015 et 2019, le chiffre d’affaires des entreprises de ce secteur augmentait de 5,1 % en moyenne par an.

Toutefois, ces évolutions en valeur sont à nuancer du fait de la hausse de l’inflation sur la période. La production de la  construction en volume aux prix de l’année précédente est passée de 295,5 milliards d’euros (Md€) à 300,9 Md€ entre 2019 et 2022, soit une croissance de 1,8 %. En effet, entre 2019 et 2022, l’indice des prix des logements neufs et anciens augmente en moyenne de 6,0 % par an (contre +2,6 % par an entre 2015 et 2019). Dans le même temps, les coûts mesurés par les  progressent respectivement de 4,2 % et 4,4 % en moyenne par an sur la période 2019-2022 (contre +1,6 % et +1,9 % avant la crise).

La comparaison de la situation en 2020 par rapport à ce qu’elle aurait été si la tendance entre 2015 et 2019 s’était poursuivie permet de mesurer les effets de la crise sanitaire et, plus particulièrement, du confinement sur l’activité du secteur de la construction . Ainsi, au niveau national, en mai 2020, le chiffre d’affaires du secteur de la construction est 27 % inférieur à la tendance basse, c’est-à-dire la valeur la plus faible de l’évolution attendue s’il n’y avait pas eu de confinement,

. Indice mensuel de chiffre d’affaires national dans la construction et régression linéaire entre 2015 et 2019

 

 

 

3 – Le commerce extérieur

La balance commerciale commerciale est déficitaire en 2022 aussi bien pour la construction (il ne l’était pas en 2019) que pour la fabrication d’autres produits minéraux non métalliques.

Solde extérieur des services de bâtiment et travaux publics milliards d’euros

Solde extérieur de la fabrication d’autres produits minéraux non métalliques (NAF 26) dans l’UE en milliards d’euros en 2019

 

 

 

 

 

 

 

3/ Aspects historiques des filières

a) Un instrument au service de grands projets industriels

Le concept de filière est né durant la période de rattrapage qui a suivi la Seconde Guerre mondiale et désignait l’ensemble des activités nécessaires au passage de la matière première à un produit fini. Durant cette période, la politique industrielle est entièrement tournée vers la reconstruction des secteurs amont et la sécurisation des approvisionnements en matières premières afin de permettre l’indépendance du pays. Les secteurs sont clairement délimités et la politique industrielle peut être assimilée à une politique sectorielle. Le premier Plan ou plan Monnet (1946 – 1952) se concentre ainsi sur six secteurs de base : le charbon, l’électricité, le ciment, le machinisme agricole, le transport et l’acier. La filière se comprend avant tout comme une intégration des activités en amont, des activités indispensables à la croissance des autres secteurs de l’économie et à l’indépendance du pays. Selon C. Stoffaes (1980), « la notion de filière est au cœur des relations d’interdépendances économiques entre États et du concept d’indépendance nationale industrielle ».

Dans les années 1960 et 1970, de grands programmes sont lancés, ce sont ceux qui ont structuré de nombreuses filières que nous connaissons aujourd’hui : le Concorde (1962) puis l’Airbus (1970) font décoller la filière aéronautique, le Plan calcul (1966) entraîne la filière informatique, le TGV (1969) la filière ferroviaire. Certains visent à donner à la France les moyens de ses ambitions dans des secteurs technologiques de pointe. Dans tous les cas, le déroulement de ces grands programmes s’appuie sur une logique de planification, définie par le Commissariat général du Plan (CGP). La définition des Plans est l’occasion de rassembler l’ensemble des experts d’un secteur (industriels, chercheurs, administrateurs, etc.) pour construire conjointement les objectifs à atteindre et déterminer les conditions nécessaires à la réussite du plan. Dans ce contexte Dans ce contexte, l’État fait preuve d’une politique très volontariste, se positionnant en visionnaire, cherchant à dépasser une certaine vision court-termiste des entreprises.

 

b) La disparition du concept dans les années 1980-1990

Mais la fin des Trente Glorieuses marque une période d’instabilité économique globale accompagnée d’un profond bouleversement des systèmes de production. Les politiques de grands programmes et la logique de planification sont progressivement abandonnées et les filières cèdent leur place à une organisation des entreprises en réseaux. L’effacement de celles-ci peut s’expliquer par trois phénomènes simultanés :

• l’émergence de technologies trans-sectorielles qui estompe le périmètre des filières ;

• les privatisations d’entreprises nationales et la libéralisation économique ;

• la mondialisation et la fragmentation des chaînes de valeur à l’échelle planétaire.

La délimitation précise des filières qui existait dans les années 1950 et 1960 tend à s’effacer progressivement, au fur et à mesure du développement de technologies et d’activités dont les débouchés se retrouvent dans plusieurs filières. C’est notamment le cas de l’électronique. Plutôt que de soutenir des secteurs spécifiques, la politique industrielle se transforme en une politique en faveur de l’innovation et de la recherche industrielle.

Après un épisode de nationalisations en 1981 et 1982, l’État s’engage dans un processus de privatisation des entreprises nationales et de libéralisation de marchés, jusque-là servis par des entreprises publiques disposant de monopoles. C’est par exemple le cas des secteurs du pétrole, de la chimie ou de la sidérurgie. Ce mouvement est exigé par la Commission européenne pour permettre la création du marché unique européen et se traduit entre autres par la dissociation des politiques industrielles et de la concurrence. L’État perd ainsi les capacités d’intervention dont il disposait, au profit d’une économie plus concurrentielle où l’innovation est davantage assurée par les entreprises.

Enfin, la mondialisation à l’œuvre entraîne la disparition d’une partie du système de production français dont l’activité se délocalise dans des pays plus compétitifs. C’est le cas des secteurs du textile ou des machines-outils. Ce mouvement est amplifié par la fragmentation des chaînes de valeur (notamment à travers la modularisation1) et le développement de capacités de transport mondialisées qui permettent de séparer physiquement les étapes de la production.

 

c) Les États généraux de l’industrie (EGI)

Les EGI, qui se sont tenus en 2009 au moment de la crise économique, « ont montré qu’une des faiblesses de l’industrie française était le manque de solidarité entre les entreprises d’une même chaîne de valeur ». La notion de filière a donc été remise au goût du jour pour permettre une plus grande solidarité entre les donneurs d’ordre et les sous-traitants d’une même chaîne de valeur. Utilisé dans les années quatre-vingt pour parler de la planification, le terme de filière signifie, aujourd’hui, un outil de la politique industrielle qui permet de structurer un dialogue au sein d’une chaîne de valeur identifiée comme telle.

Les EGI dressent un tableau des faiblesses de l’industrie française. Des secteurs entiers de l’industrie ont quasiment disparu du sol français : le textile et l’habillement, les biens de consommation et l’électronique. Le retard de compétitivité est alors expliqué par un manque de pilotage des filières industrielles qui va conduire à la mise en place de la Conférence nationale de l’industrie en 2010 : « Cette absence conduit en particulier à des choix stratégiques des entreprises impliquées dans la filière, et en particulier des grandes sociétés, qui sont opérés indépendamment des intérêts de l’ensemble des entreprises françaises, faute d’une concertation préalable à ces choix. » Le décalage entre les grandes entreprises et le reste du tissu industriel s’explique, entre autres, par le petit nombre d’entreprises de taille intermédiaire (ETI) en France : elles sont deux fois moins nombreuses qu’en Allemagne et ne sont pas organisées pour dialoguer avec les grands donneurs d’ordres.

Mais aucune définition de la notion de filière n’est donnée, ni par les EGI, ni par la Conférence nationale de l’industrie (CNI). Les filières sont labellisées par consensus sur l’importance du secteur pour l’industrie française. Les difficultés portant sur le périmètre exact des filières et leur caractère possiblement fragmenté sont écartées.

le rapport de L. Gallois en 2012 insiste de nouveau sur le « manque de solidarité » au sein des filières. Les entreprises seraient incapables d’identifier leurs « intérêts communs ». Cette faiblesse de l’industrie française serait illustrée par la difficulté que les entreprises ont à « chasser en meute », notamment à l’international : contrairement aux entreprises allemandes, les industriels français ne parviendraient pas à coopérer suffisamment pour gagner des marchés à l’étranger. Le rapport Gallois préconise donc de faire des grands groupes des « têtes de filière » pour entraîner leurs fournisseurs et sous-traitants. La logique de filière est prolongée en 2017 avec l’idée que « les secteurs qui marchent sont ceux qui ont réussi à s’organiser en filières ».

 

 

d) Les filières nationales actuelles

Le CNI rassemble 16 filières nationales. Cette structure perdure aujourd’hui, avec désormais deux filières supplémentaires labellisées fin 2018 : la filière des infrastructures du numérique et celle des industries de sécurité. La liste exhaustive des filières nationales est présentée dans le tableau suivant

Évolution des filières représentées à la Conférence nationale de l’industrie puis au CNI

 

L’ensemble des 18 filières d’aujourd’hui couvre ainsi des domaines très divers, et il est délicat d’établir une classification stricte permettant de distinguer des critères justifiant la labellisation en « filière ». Au contraire, ont été admis au rang de filières les collectifs de fédérations et organismes spécialisés représentant les grands secteurs de l’industrie française, sans distinction selon qu’ils soient regroupés autour d’un produit commun (automobile, aéronautique, nucléaire), d’une matière première commune (bois, mines et métallurgie) ou d’une thématique commune (santé, sécurité). Le CNI a proposé une classification de ces filières selon trois grandes catégories (schéma suivant).

Proposition de classification des filières industrielles du CNI

 

 

 

 

 

e) L’exemple récent des plans de relance par filière

Suite à la crise sanitaire liée à la Covid-19, des plans de relance de l’économie par filière ont été mis en place par le gouvernement.  Les premières filières concernées par ces plans de soutien sont celles structurées autour de chaînes de valeur bien identifiées : l’automobile, dont le plan fut annoncé le 26 mai 2020, suivi de l’aéronautique le 9 juin. Ces plans de relance contiennent en réalité à la fois des mesures communes à l’ensemble du secteur privé et des aides spécifiques à la filière.

Le plan de soutien à l’automobile a représenté plus de 8 milliards d’euros de soutien de l’État et est structuré autour de trois objectifs. Le premier objectif est de relancer l’activité du secteur en favorisant le renouvellement du parc automobile français, en faveur des véhicules propres. Pour cela, les dispositifs de primes à l’achat ont été renforcés et le déploiement des bornes de recharge va s’accélérer. Le second objectif est d’aider les entreprises à travers la mise en place de différents fonds et aides.

Le plan de soutien à l’aéronautique  a représenté plus de 15 milliards d’euros de soutien étatique organisé également autour de 3 objectifs. Le premier est le soutien aux entreprises, grâce aux dispositifs d’activité partielle, aux prêts garantis par l’État et aux garanties à l’export. Ces mesures, communes avec toutes les entreprises françaises, sont accompagnées d’une spécificité propre à la filière aéronautique avec l’engagement pris par l’État de se servir de la commande publique (militaire et sécurité civile) pour mieux s’adapter aux besoins des carnets de commandes des industriels. Le second objectif est d’aider les PME et ETI grâce à deux mesures.

Mais de nombreux observateurs constatent deux faiblesses des filières, reflet du visage de l’industrie française et difficiles à résoudre. Tout d’abord, elles sont le lieu de beaucoup d’opportunisme et en l’absence de « volontarisme du politique, elles tombent en désuétude ». Par ailleurs, les structures qui rassemblent les filières étant très réduites, elles dépendent fortement des personnes qui les portent et de la figure du président de filière. Ces organisations sont donc soumises à la fois aux aléas politiques, aux volontés de leurs représentants et peuvent disparaître des priorités gouvernementales. Cela tient au fait que les filières ne sont pas « institutionnalisées ». Certes elles sont considérées comme des interlocuteurs légitimes, mais leurs missions n’en font pas un interlocuteur indispensable pour autant.

Une fois les financements épuisés, peu de nouveaux projets auraient permis de maintenir le lien entre les industriels de la filière. S’agissant de l’offre automobile française, de bonnes habitudes prises au cœur de la crise, comme la mutualisation des moyens, l’effort commun de prospection pour définir de nouvelles activités, la conquête de nouveaux marchés, ont été quelque peu abandonnées dès que la situation a commencé de s’améliorer. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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V – LES DÉLOCALISATIONS PLUS  IMPORTANTES EN FRANCE

Ce mouvement est le plus fort depuis la crise de 2009, et probablement même avant. De plus on peut le mesurer depuis 2010 (voir page chaînes de valeur mondiales). Les entreprises françaises ont de plus en plus recours à la délocalisation à l’étranger pour pouvoir d’abord se concentrer sur leur activité principale. Ce mouvement de délocalisation est plus important que dans la plupart des pays de l’UE. Les raisons de ces délocalisations tiendraient principalement à une « fiscalité particulièrement élevée sur les facteurs de production ». Ce à quoi le gouvernement a remédié en baissant les impôts de production à hauteur de 20 milliards d’euros dans le cadre du plan de relance de 2020. Cette fiscalité élevée, couplée à une dérive du coût du travail « indirect » – c’est-à-dire les coûts salariaux dans les secteurs qui fournissent des composants ou des services à l’industrie – a entraîné une dégradation de la compétitivité de l’industrie française. Elle aurait pu faire le choix, comme l’Allemagne, d’une montée en gamme de ses produits, mais elle a plutôt opté pour une délocalisation des sites de production.

En effet, le tissu industriel français est composé plus qu’ailleurs de grandes entreprises, et moins de PME ou TPE comme en Allemagne et en Italie (voir page Financiarisation)  Celles-ci auraient tiré plus fortement avantage de leur capacité à produire dans des pays à faibles coûts pour compenser la dérive des coûts en France par rapport à leurs concurrents.  Les grandes entreprises françaises sont donc devenues ainsi les championnes de la délocalisation, ce qui leur a permis de maintenir leur compétitivité au niveau mondial, mais au détriment de l’emploi industriel en France.

Ainsi, l’emploi des filiales industrielles à l’étranger des groupes français représente 62% de l’emploi industriel en France, contre 52% au Royaume-Uni, 38% en Allemagne, 26% en Italie et 10% en Espagne.

L’exemple du secteur automobile illustre ce paradoxe d’un « pays qui compte de grands constructeurs mondiaux » comme Renault ou PSA, « mais une industrie qui s’est beaucoup affaiblie » par rapport à l’Allemagne.

 

 

1/ Les  groupes industriels ont fortement délocalisé leur production en créant des filiales à l’étranger

Créer une filiale présente de nombreux avantages même si ceux-ci peuvent avoir été remis en partie en question depuis la crise du Covid et la guerre en Ukraine. Cette démarche permet de créer et de structurer un groupe, de générer des économies et d’optimiser le cadre fiscal. Mais il s’agit aussi et d’abord de dégager une rentabilité plus forte. L’importance de ces facteurs peut varier selon les pays.

 

a) Améliorer la rentabilité

Autrefois le capital devait être alloué en partie à des investissements productifs. Aujourd’hui la logique financière est tout autre: le capital n’a plus à passer par le détour de la production pour fructifier; sa simple circulation engendre une création de capital neuf. L’investissement à court terme devient la norme et c’est la spéculation qui fait augmenter la valeur d’un actif. Posséder un actif financier, c’est posséder le droit sur un revenu futur, obtenu par une fluctuation de la valeur de cet actif que génère la spéculation.

C’est de la capacité d’accaparer ces capitaux et de les faire fructifier que découle la puissance des acteurs financiers. La financiarisation de l’économie est alors marquée par le pouvoir accru de ces acteurs sur l’économie : pas seulement celui des entreprises de services financiers mais aussi celui des investisseurs institutionnels, des fonds de pension de travailleurs – de même que celui des agences de notation, qui n’est pas lier à la capacité de capter des flux de capitaux, mais à celle d’influencer la valeur des actifs en circulation sur les marchés.

Si la rentabilité est plus élevée à l’étranger, les investisseurs y placent leur argent sous la houlette des marchés financiers. Les entreprises se financent par le biais de ces marchés (plutôt que par l’intermédiaire des banques commerciales). De plus, le développement des firmes cotées en bourse est orienté par l’exigence de faire augmenter la valeur actionnariale de l’entreprise. Des entreprises sont délocalisées sans se préoccuper souvent des conséquences humaines (suppression d’emplois, chômage,..).

 

 

b) Les intérêts stratégiques

La création de filiales permet de structurer un groupe, c’est-à-dire de gérer la croissance d’une entreprise et le développement de ses activités. Une telle démarche assure une certaine sectorisation des activités exercées. Autrement dit, elle consiste à affecter à chaque filiale une activité bien précise.

En pratique, cette stratégie est fréquemment utilisée pour séparer le patrimoine immobilier de l’activité économique : l’immobilier est géré au sein d’une SCI, l’activité est assurée par une société commerciale et chacune d’entre elles sont détenues par une société holding..

 

 

c) Les économies d’échelle

Créer une filiale permet de rationaliser les moyens et donc de réduire les charges supportées par l’ensemble du groupe. Cette technique permet de mutualiser certaines fonctions de support, désormais gérées par la société mère. Il peut s’agir :

  • Des ressources humaines (management du personnel et gestion de la paie),
  • Du système d’information (déploiement d’un CRM, mise en commun du logiciel de gestion commerciale, de caisse…),
  • Ou de la comptabilité (centralisation des prestations).

 

 

d) Les avantages fiscaux

Sur le plan fiscal, créer une filiale permet de bénéficier du régime mère-fille et de celui de l’intégration fiscale.

Opter pour le régime de l’intégration fiscale permet essentiellement de réduire le montant de l’impôt sur les bénéfices à payer en imputant les pertes subies par les filiales. Les déficits fiscaux remontent (on parle de bénéfice consolidé) et un résultat global est calculé. Il représente la base du calcul de l’impôt sur les sociétés.

Le régime mère-fille permet, quant à lui, de faire remonter des dividendes au profit de la société mère sans (ou, plus précisément, avec une très faible) taxation fiscale. Les conditions pour en bénéficier sont plus souples puisqu’il suffit que la mère détiennent 5% de la fille et qu’elle détiennent ses titres depuis 2 ans au moins.

 

 

e) La délocalisation à l’étranger sert d’abord à fournir des services au groupe

Qu’il s’agissent de créations de filiales sur le territoire ou à l’étranger, les filiales vendent une partie de leur production au groupe (« internalisation« ). Si elles sont à l’étranger, leurs ventes à des unités résidentes sont comptabilisées en importations et donc en consommations intermédiaires de l’économie.

En effet, la délocalisation à l’étranger peut être interne au groupe ou externe au groupe (voir page chaînes de valeur mondiales). Si elle est interne, des filiales de service des groupes industriels peuvent développer à l’étranger une partie de leurs activités vers l’extérieur du groupe.

En 2019, le stock d’investissements directs français (IDE) à l’étranger représente 56 % du PIB de la France  (graphique suivant). Par rapport à la taille de l’économie française, les multinationales sous contrôle français investissent fortement à l’étranger : parmi les grandes économies, seuls le Royaume‑Uni et le Canada présentent des ratios « stock d’investissements directs à l’étranger/PIB » plus élevés. Le stock d’investissements étrangers en France ne représente pour sa part que  32 % du PIB de la France en 2019.

Les flux d’IDE à l’étranger en % du PIB sont plus élevés en France qu’en Allemagne (du moins entre 1990 et 2010 mais pas après) ou qu’en Italie. Toutefois les IDE ne mesurent pas seulement un investissement matériel en capital fixe mais une dépense financière (en numéraire, en titres …), souvent pour racheter des entreprises existantes ou les étendre.

 

Stock d’investissements directs étrangers entrant et sortant en 2019 selon le pays

 

 

 

2/ Les délocalisations en chiffres

Les délocalisations sur l’emploi « résultent de cas où il y a fermeture en France d’une unité de production et ouverture concomitante d’une unité à l’étranger pour un produit destiné aux mêmes marchés ».

C’est dans l’industrie que les multinationales françaises sont devenues les championnes de la délocalisation, ce qui leur a permis de maintenir en partie leur compétitivité au niveau mondial, mais au détriment de l’emploi industriel en France. Ainsi, par rapport à ses voisins européens, la France a été plus fortement touchée par les délocalisations des sites de production, au point que l’emploi des filiales industrielles à l’étranger des groupes français correspond à 83 % de l’emploi dans le secteur industriel en France, contre 46 % au Royaume-Uni, 39 % en Allemagne, 26 % en Italie et 10 % en Espagne et bien entendu de 1% à 6% dans les pays de l’Est de de l’UE.

Ce que B. Le  Maire désigne aujourd’hui comme « une désertion des capitaines d’industrie » trouve ses théoriciens au tournant du deuxième millénaire, comme Serge Tchuruk, PDG d’Alcatel, le fleuron industriel français par excellence qui, en 2001, lance la vogue des « entreprises sans usines », en anglais fabless. Qu’importe de fabriquer en France, pourvu qu’on trouve ailleurs les ateliers dont on ne veut plus ici.

« Jusqu’en 2008, nous n’avons eu que des politiques sociales d’accompagnement de la désindustrialisation », raconte A. Voy-Gillis, chercheuse associée au Crésat, coautrice de Vers la renaissance industrielle. Les dirigeants politiques et économiques français prennent une voie opposée à celle suivie par leurs homologues allemands, pourtant si souvent cités en exemple : « à partir de 1990 et la réunification, l’Allemagne a fait le choix de se reconstruire autour de son industrie », poursuit la géographe spécialisée dans l’industrie.

Avec le brillant résultat qu’on connaît : 20 % de la valeur ajoutée totale proviennent des usines, assurant à l’Allemagne le plus fort excédent commercial de l’OCDE. Alors qu’en parallèle, la France devient le pays le plus désindustrialisé du G7, avec un déficit commercial industriel record de 84,9 milliards d’euros en 2021 et bien plus en 2022.

Les entreprises automobiles françaises ont ainsi délocalisé une partie importante de leur production à l’étranger pendant que celles de l’Allemagne ou de l’Italie auraient maintenu leurs usines d’assemblage sur leur territoire tout en faisant appel à des sous-traitants locaux.

 

a) Beaucoup plus d’emplois créés à l’étranger par les multinationales industrielles françaises que d’emplois créés en France

Pour chaque pays de l’UE, on connaît par la base Eurostat le nombre de personnes employées dans l’industrie manufacturière par des filiales étrangères (FATS entrantes) (1) et réciproquement le  nombre de personnes employées à l’étranger par des filiales des pays de l’UE dans l’industrie manufacturière (FATS sortantes) (2). Les statistiques sur les filiales étrangères sortantes décrivent ainsi les activités des filiales étrangères à l’étranger contrôlées par le pays déclarant. Une filiale étrangère dans le cadre des FATS sortantes est une entreprise ou une succursale non résidente du pays déclarant sur laquelle une unité institutionnelle résidente du pays déclarant exerce un contrôle direct ou indirect.

La différence entre (2) et (1) donne une idée du niveau d‘emplois, solde net par l’industrie du fait de ces délocalisations.

En 2018, la France est le pays de l’UE où l’écart (2) – (1) est le plus élevé (1294 milliers de personnes = 2011 milliers d’emplois à l’étranger – 717 milliers d’emplois de filiales étrangères en France) comme en Allemagne. Les autres pays viennent loin derrière : Royaume-Uni (526 milliers en 2017), Italie (418 milliers). Tous les pays de l’Est de l’Europe ont un solde largement déficitaire, donc plus d’emplois sur leur territoire que d’emplois délocalisés, la palme revenant à la Pologne avec près de 900 milliers d’emplois en plus sur son territoire. Mais c’est par centaines de milliers d’emplois que la Tchéquie, Roumanie, Hongrie, etc.…accueillent des emplois délocalisés notamment des autres pays de l’ouest de l’UE dont la France.

En % des emplois industriels sur le territoire (grandeur la plus significative), le pourcentage français n’est pas le plus élevé : 53% (ce qui est très conséquent) par rapport au Danemark ou à la Suède. Mais en Allemagne il  n’est que de 17%, 23% au Royaume-Uni en 2017, 12% en Italie. En outre ce pourcentage augmente en France entre 2010 et 2018 (+17 points) alors qu’il stagne dans ces autres grands pays.

Il n’y a donc pas beaucoup à chercher plus loin que ces mouvements de délocalisation comme le premier facteur de la diminution de l’emploi industriel en France ne serait-ce que sur la dernière décennie.

 

Tableau 42 effectifs délocalisés – effectifs des filiales étrangères eurostat

 

Différence entre le  nombre de personnes employées à l’étranger par des filiales des  pays de l’UE (2) et le nombre de personnes employées dans l’industrie manufacturière par des filiales étrangères (1) en milliers

Ratio de cette différence en % de l’emploi industriel dans chaque pays de l’UE

 

Ratio de cette différence en % de l’emploi industriel dans quelques pays de l’UE entre 2010 et 2018

 

 

 

b) Le choix des délocalisations par les multinationales françaises plutôt que de la montée en gamme

La dégradation de la compétitivité-coût s’est également traduite par un important volant de délocalisation de sites de production, avec à la clé une désindustrialisation plus rapide qu’ailleurs. Compte tenu de ce que le tissu industriel français est composé plus qu’ailleurs de grandes entreprises, celles-ci ont tiré plus fortement avantage de leur capacité à produire dans des pays à faibles coûts pour compenser la dérive des coûts en France par rapport à leurs concurrents. Dans les années 1970 et 1980, face à la baisse de sa compétitivité coût en lien avec les dévaluations compétitives de l’Italie et de la France, l’industrie allemande a opté pour la montée en gamme, ce qui lui a permis de construire une forte image de marque et d’asseoir sa conquête de marchés extérieurs en Europe et sur d’autres continents.

Dans les années 2000, face à la dérive de ses coûts, l’industrie française n’a pas pris le même chemin, sans doute car les positions de force sur le haut de gamme étaient déjà bien établies par l’industrie allemande et donc difficiles à remettre en cause. Par ailleurs, la possibilité de maintenir une compétitivité prix par la délocalisation de sites de production vers les pays à bas coûts de main-d’œuvre était devenue largement plus accessible dans les années 2000 pour l’industrie française, du fait de l’intégration dans l’économie mondiale et dans l’Union européenne de pays à faibles coûts de main-d’œuvre. Alors que cette possibilité était extrêmement réduite dans les années 1980 quand l’industrie allemande était confrontée à une dérive similaire de sa compétitivité coût. Les grandes entreprises françaises sont donc devenues les championnes de la délocalisation, ce qui leur a permis de maintenir leur compétitivité au niveau mondial, mais au détriment de l’emploi industriel en France.

N. Dufourcq avance que « les dirigeant de toute tailles découvrent le plaisir à être industriels ailleurs dans les pays probusinens comme l’Europe de l’Est où les ouvriers, contremaîtres, ingénieurs sont de très bonne qualité, dans un environnement de travail non conflictuel et flexible, avec le soutien des gouvernements porteurs d’un projet social global favorable à l’industrie. Pourquoi s’accrocher aux implantations françaises quand il est si facile de développer des lignes de production en Europe de ‘Est ou ailleurs… En France, on note une quantié de cas où la délocalisation a été la solution trouvée aau problème spécifiquement français de non-compétitivité, de rigidité, d’abscence de compréhension collective des contarintes de l’industrie et de retard d’innovation. Songeons que le solde des investissements directs de la France à l’tarnger est passé de 200 millards d’euros en 2001 à 500 milliards en 2020. Du coup la France a autant de salariés dans les filiales étarngères que l’Allemagne (6 millions), pour une taille d’économie 40% plus petite. » (voir page Chaînes de valeur mondiales).

Et d’ajouter « Certes note industrie avait connu de nombreuses crises sectorielles ou territoriales pendant les trente Glorieuses mais ce qui disparaissait était alors remplacé, le textile par la mécanique, la mécanique par la plasturgie, dans une sorte de recompositions biologiques du tissu. Or dans les années 2000, pour la première fois, la destruction n’est pas créatrice. Ce qui disparaît est détruit pour toujours. Ainsi nos grands groupes sont d’abord devenus de très belles multinationales industrielles. Ils ont réduit leur empreinte en France et rationalisé leur patrimoine productif national, plus ou moins selon les périodes, selon les secteurs, selon les managers, mais au total très fortement. Pendant plusieurs décennies, leurs usines, les plus avancées, les plus grandes aussi, ont toutes été construites ou acquises hors de France ».

Ainsi, par rapport à ses voisins européens, la France a été plus fortement touchée par les délocalisations de sites de production, au point que l’emploi des filiales industrielles à l’étranger des groupes français correspond à 83 % de l’emploi dans le secteur industriel en France, contre 46 % au Royaume-Uni, 39 % en Allemagne, 26 % en Italie et 10 % en Espagne et bien entendu de 1% à 6% dans les pays de l’Est de de l’UE (tableau suivant).

Emploi des filiales à l’étranger en pourcentage de l’emploi domestique salarié, secteur industriel

 

Au final, l’industrie française souffre aujourd’hui d’un déficit de compétitivité hors prix, qui explique que les industriels français parviennent moins bien que leurs homologues allemands à vendre le même produit sur un même marché. En proposant des produits généralement positionnés dans le milieu de gamme, donc peu différenciant, les industriels français se sont plus exposés à une concurrence par les prix des pays émergents et d’une partie de l’Union européenne.

La compétitivité est la capacité du secteur productif à répondre à la demande intérieure et étrangère tout en offrant aux résidents un niveau de vie croissant et soutenable.

  • les déterminants de la compétitivité-prix sont le coût salarial unitaire ( CSU), taux de marge (EBE/VA), le prix de l’énergie et du foncier, le taux de change,
  • les déterminants de la compétitivité hors-prix sont fondés sur le niveau de gamme, la qualification de la main-d’œuvre, la qualité des infrastructures,
  • mais les deux approches sont liées (faible compétitivité-prix = faibles marges = moindre investissement = moindre innovation). C’est pourquoi les stratégies de montée en gamme commencent souvent par le rétablissement des marges des entreprises (comme en France avec le CICE puis en 2020-2021 la baisse des impôts liés à la production).

Ainsi la France a d’abord perdu des parts de marché vis-à-vis de ses partenaires européens qui partagent la même monnaie, y compris l’Espagne et l’Italie, et l’ensemble de la zone euro a connu sur la période une nette amélioration de sa balance commerciale vis-à-vis du reste du monde. Face au recul très fort de la base industrielle, des emplois et du creusement du déficit du commerce extérieur, des mesures ont été mises en place dans la dernière décennie, en particulier le CICE et le Pacte de responsabilité. Établies suite à la prise de conscience suscitée par le rapport Gallois de 2012 pointant le risque de marginalisation de l’industrie française face à la dérive de ses coûts, ces mesures ont contribué à combler l’écart de coût salarial unitaire (tous secteurs confondus) vis-à-vis de l’Allemagne. Cela s’est inscrit dans un contexte d’accélération salariale  en Allemagne suite à l’instauration d’un salaire minimum en 2015 et de revalorisations octroyées dans le cadre d’accords de branches. Le ciblage en France sur les bas salaires des mesures de baisses du coût du travail fait que ces aides bénéficient cependant moins directement à l’industrie, compte tenu du salaire moyen plus élevé dans ce secteur. L’industrie a néanmoins profité indirectement de la baisse du coût du travail dans les services, via une baisse du prix de certaines consommations intermédiaires (voir ci-dessus). Les dernières évaluations indiquent que les branches les plus exposées à la concurrence internationale auraient modéré leurs prix grâce au CICE. Y-a-t-il pour autant une démonstration robuste d’un effet significatif du CICE sur les exportations ?

Les emplois industriels détruits correspondent à la facette la plus spectaculaire et inquiétante qui soit : celle des destructions nettes d’emplois, suite à la faillite de nombreuses entreprises, à la fermeture d’usines ou à la cessation de lignes de production.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

VI – DÉTÉRIORATION DU SOLDE DU COMMERCE EXTÉRIEUR DÈS 2002

Dans le cas de la France, bien que les facteurs structurels (gains de productivité plus élevés, déformation de la structure de demande, externalisation de services) expliquent la moitié des destructions d’emplois industriels sur la période 1980-2017, la concurrence internationale semble contribuer de façon croissante aux destructions d’emplois industriels. En imposant la même monnaie aux grands bassins industriels européens en 2002, l’euro a révélé le contraste entre ceux qui avaient préparé leur structure de marges et ceux qui ne l’avaient pas fait.

On se limite à quelques analyses des importations de biens à partir du TES symétrique, les données et analyses plus complètes du solde des échanges extérieurs se trouvant dans les pages Correction CAF-FAB, échanges extérieurs, Comptes de l’industrie). La désindustrialisation par pays s’observe en terme d’importations : la pénétration étrangère s’accélère.

 

 

1/ La concurrence étrangère

a) Le solde extérieur des produits manufacturés en France est devenu négatif vers 2005…

La France est passée d’une position d’excédent commercial régulier produits manufacturés à celle d’importateur net depuis 2007. En France, la demande des ménages et des entreprises inclut de plus en plus de produits importés. Les exportations ne progressent pas aussi vite que celles de nos principaux partenaires. En 2022, en valeur, le déficit du commerce extérieur de l’industrie manufacturière double ; il se creuse à 89,8 milliards d’euros

Commerce extérieur de produits manufacturés en valeur en milliards d’euros

 

En 2022, le solde du commerce extérieur s’élève à – 102,3 milliards d’euros : – 143,6 milliards d’euros pour les échanges de biens ou marchandises (agriculture, énergie et produits manufacturés) et + 41,3 milliards d’euros pour les échanges de services.

Solde du commerce extérieur en milliards d’euros

 

 

 

b) …. alors que Celui de l’UE est en excédent

Ici on s’intéresse au commerce extérieur  des biens (marchandises) à partir des données douanières (COMEXT) et non de la comptabilité nationale (voir page Échanges extérieurs). Or, entre 2009 et 2019, l’UE-27 a connu une augmentation rapide de ses exportations avec le reste du Monde (commerce extra-UE-27), lesquelles sont passées de 1 184 milliard d’euros à 2 132 milliards d. Les importations ont suivi approximativement la même tendance que les exportations. Elles ont augmenté de 1 193 milliard d’euros en 2009 à 1 935 milliard d’euros en 2019. Le solde commercial de l’UE-27, légèrement négatif en 2009, atteint 197 milliards d’euros en 2019. Même l’année 2020 dégage un bilan positif.

Mais en 2020, le commerce de l’UE a été durement touché par la pandémie de COVID-19, avec une baisse significative observée tant pour les exportations (-9,3 %) que pour les importations (-11,5 %) (graphique suivant). Cependant, les deux se sont fortement redressés en 2021 et 2022, avec des importations de biens augmentant respectivement de 23,8 % et 41,3 %, tandis que les exportations de biens ont augmenté de 12,8 % en 2021 et de 17,9 % en 2022.

En 2022, la balance commerciale des biens de l’UE était déficitaire de 432  milliards d’euros, atteignant son plus bas niveau depuis 2002. Ce déficit était notamment dû à une forte hausse de la valeur de l’énergie. importations qui ont commencé vers la fin de 2021 et se sont poursuivies pendant la majeure partie de 2022.

Évolution du commerce extérieur de biens, UE-27, 2009-2022 (en milliards d’euros)

En 2022, l’Allemagne avait l’excédent commercial de biens le plus élevé (82 milliards d’euros). Viennent ensuite les excédents enregistrés aux Pays-Bas (65 milliards d’euros) et en Irlande (65 milliards d’euros). À l’autre extrémité de la fourchette, le déficit commercial des biens en France s’est élevé à 191 milliards d’euros en 2022, ce qui est bien supérieur au deuxième déficit le plus important, enregistré en Espagne (71 milliards d’euros).

Entre 2002 et 2022, deux États membres de l’UE – la Tchéquie et la Slovaquie – sont passés d’un déficit commercial de biens à un excédent commercial. En revanche, la France, l’Italie, l’Autriche, la Finlande et la Suède ont connu une évolution inverse, à savoir que leur position commerciale pour les marchandises est passée d’un excédent à un déficit. La Belgique, le Danemark, l’Allemagne, l’Irlande et les Pays-Bas ont enregistré un excédent commercial en 2002 et en 2021. Les quinze autres États membres ont enregistré un déficit commercial au cours des deux années.

L’excédent commercial des biens en Allemagne a diminué de 51 milliards d’euros entre 2002 et 2022, tandis que les augmentations absolues les plus élevées ont été enregistrées aux Pays-Bas (38 milliards d’euros). La balance commerciale de la France est celle qui a le plus chuté entre 2002 et 2021, de 194 milliards d’euros. L’Italie, la Roumanie, l’Espagne et la Finlande sont les seuls autres États membres dont la balance commerciale a chuté de plus de 20 milliards d’euros.

Balance commerciale de biens (CAF-FAB), 2002 et 2022, (milliards d’euros)

 

 

 

 

 

c) Les parts de marché de la France se dégradent

Tous pays destinataires confondus (intra-UE et extra-UE), les parts de marché en produits industriels et énergétiques (exportations d’un pays / exportations de l’UE) de la France ont ainsi reculé notamment depuis les années 2000, passant de 13,2 % à 10 %. Celles de l’Allemagne, déjà très élevées ont progressé de 23,9% à 24,3%. Celles des Pays-Bas sont relativement élevées du fait des importations re-exportées (et probablement de l’importance du travail à façon) qui transitent par Rotterdam. Celles de l’Italie diminuent mais pas autant que la France. En fait ce sont les exportations des pays de l’Est de l’UE comme la Pologne, la Tchéquie qui progressent ou celles de l’Irlande pour (travail à façon).

On note que 58% des exportations de produits industriels français étaient à destination de l’UE en 2018. mais ces pourcentages sont proches en Allemagne, un peu plus faible en Italie (56%).

tableau 100 parts de marchés biens et industrie Eurostat

Parts de marché (exportations d’un pays en produits industriels / exportations de l’UE) des pays de l’UE en %

 

 

 

 

 

 

2/ Les contenus en importations en France et dans d’autres pays

Aussi intéressantes sont les analyses sur les « contenus en importation ». La méthode consiste à partir des TES symétriques que chaque pays, dont le France, élabore pour Eurostat dans une nomenclature en 64 produits. On calcule le ratio « consommation finale des ménages importée/consommation finale des ménages totale » ; on fait de même pour la consommation intermédiaire (CI) et la Formation brute de capital fixe (FBCF).

On appelle cette méthode « contenu en importations ». On a rétropolé les séries disponibles sur le site d’Eurostat depuis 2010 (en base 2000) jusqu’en 2000. Les difficultés du commerce extérieur de la France se trouvent en partie dans les tableaux et graphiques suivants

 

a) la Comparaisons France-Allemagne de la part importée dans les emplois finals

La part importée dans la consommation finale des ménages augmente de +42 % en France entre 2000 et 2014 contre +24 % en Allemagne : cette part est de 47% en France en 2014 contre 39 % en Allemagne. On retrouve une proportion assez proche pour les achats des entreprises : la part importée dans la consommation intermédiaire et la FBCF est de 47 % en 2014 contre 39 % en Allemagne. De nouveau, elle évolue plus vite en France qu’en Allemagne entre 2000 et 2014 (+31 % contre +12 %) (l’évolution relative entre la France et l’Allemagne est même plus forte que pour la consommation des ménages). La concurrence étrangère se retrouve donc autant sur les achats des ménages que sur ceux des entreprises. Cet écart s’explique par presque tous les produits  : d’abord le pétrole raffiné, ensuite l’automobile, puis l’habillement, les biens d’équipement électriques.

En revanche, le ratio évolue plus faiblement en France pour le papier, la chimie pharmacie pour les achats des entreprise, et pour les produits des IAA pour les achats des ménages.

 

 

 

 

b) la comparaison France-Italie

De même quand on compare la part des importations de biens dans les emplois finals de biens, l’Italie a un contenu en importations des emplois finals beaucoup plus faible qu’en France surtout pour les achats des entreprises et dans une moindre mesure pour ceux des ménages (graphiques suivants). Ce sont donc des constations analogues avec l’Italie.

Certains disent que le solde des échanges extérieurs de biens et services est excédentaire en Italie parce que les importations progressent nettement moins vite qu’en France. Tandis que les exportations augmentent au même rythme. C’est vrai. Mais le résultat est là ; déficit de la France : -46,5 Mds d’euros en 2020; excédent de l’Italie : +61 Mds d’euros en 2020, soit un écart de plus de 100 Mds d’euros entre les deux pays. Décidément, la création de l’euro n’est pas la seule cause du déficit grandissant des échanges extérieurs français. Le graphique suivant montre par ailleurs que le solde extérieur ne résulte pas seulement des exportations mais aussi des importations (voir page échanges extérieurs). On peut avoir un excédent comme l’Allemagne du fait d’exportations en forte hausse. Mais on peut aussi avoir un excédent comme l’Italie en freinant ses importations.

Évolution des exportations et des importations en France et en Italie en valeur base 100 en 2001

 

 

c) ratio des « importations des différents emplois /(importations + la production domestique) » par pays

Il est aussi très instructif de calculer par pays et par emplois, le ratio  » produits importés / importations + production domestique » pour quelques produits phares. Si en 2017, ce ratio était plutôt faible par rapport à la moyenne des pays dans les produits agro-alimentaires, la pharmacie et les matériels de transport, tel n’était pas le cas dans les produits informatiques, électriques et les automobiles et camions. On a choisi ici quelques produits consommés par les ménages n’appartenant pas à la catégorie des biens intermédiaires ceux la mêmes qui sont fortement importés. On peut avoir ainsi une idée du « made in France » en contenu direct. Un bien produit (et consommé) en France, peut en effet l’être à partir d d’intrants étrangers.

La structure par type de produits diffère d’un pays à l’autre. Ainsi, le « made in » en tous biens manufacturés de la France est proche de 40 %, comme celui du Royaume-Uni ; il est inférieur à celui de l’Allemagne et de l’Italie (50 %). Les importations de produits allemands pour satisfaire la consommation des ménages français en équipements de transports et en activités informatiques se sont largement développées entre 2005 et 2015 (respectivement + 11,9 % et + 12,6 %).

 

Ratio des « importations des différents emplois /(importations + la production domestique) » en 2017 en %

lecture : 23% de la consommation finale des produits agro-alimentaires est importée en France (importations directes), le reste produit en France utilisant en partie des produits étrangers (importations indirectes non mises en évidence ici).

 

 

 

 

 

3/ Les facteurs de la dégradation du commerce extérieur français

Ceux-ci sont aussi étudiés dans la page échanges extérieurs.

 

a) Le positionnement sectoriel de l’industrie française demeure encore trop marqué par le bas et le moyen de gamme,

Celle-ci peine à exporter, où les marges bénéficiaires sont faibles et continuent même à se réduire pour faire face à la concurrence.. La surreprésentation de l’emploi industriel dans les secteurs de basse et de moyenne-basse technologies (66 %) selon la nomenclature d’activités françaises (NAF rév. 1) est porteuse de beaucoup de destructions d’emplois, car c’est bien dans ces domaines que l’on trouve en premier lieu les fonctions les plus menacées par l’accroissement de la productivité, de même que les faillites potentielles d’entreprises. La part de l’emploi industriel dans les secteurs des moyennes-hautes technologies (24 %) et surtout des hautes technologies (10 %) est donc encore trop faible en France. C’est pourtant dans ces domaines que les pouvoirs publics voient le salut de l’industrie française d’où la mise en œuvre des pôles de compétitivité en 2005 (au nombre de 71 en 2017).

La plupart des produits français entrent alors frontalement en concurrence avec ceux fabriqués sur ces mêmes segments par les pays émergents qui se sont lancés avec succès dans ces activités, mais de manière plus compétitive (prix plus faible). A l’inverse, l’Allemagne (balance commerciale des biens de + 262 milliards de dollars en 2018) tire profit de manière exceptionnelle de la grande diversification de ses productions et surtout de son positionnement dans les secteurs du moyen et du haut de gamme (sans parler de l’incomparable réputation de qualité de ses produits. C’est ce choix stratégique qui lui permet de pratiquer des marges bénéficiaires élevées et une politique de réinvestissement systématique dans la R & D et la modernisation de son outil de production pour conserver une avance qui lui vaut de figurer au second rang mondial des puissances exportatrices derrière la Chine (solde des biens de + 395 milliards), mais devant les États-Unis et le Japon.

Cette évolution n’est pas complètement anormale : d’autres grands pays industrialisés (États Unis, Royaume Uni,..)  sont confrontés à une baisse de leur part de marché à l’exportation face à la concurrence des pays émergents. Toutefois, c’est l’accélération de cette tendance qui est préoccupante dans le cas de la France. Quel contraste avec l’Allemagne mais aussi d’autres pays européens. Au niveau mondial, la Chine a le plus grand excédent. La Russie s’en tire très bien grâce aux produits énergétiques et matières premières. La France n’a que les services, notamment le tourisme, pour compenser en partie le déficit industriel qu’aggrave celui de l’énergie. Sa situation n’est guère meilleure que celle du Portugal ou de l’Espagne en matière d’échanges de biens.

Certains économistes attribuent ce déficit extérieur croissant à l’euro en 2002 et à l’entrée dans l’UE des pays de l’est  en 2004. Mais pourquoi les performances françaises sont elle-inférieures à celles de l’ensemble des pays de la zone euro, soumis aux mêmes contraintes de taux de change? Comment l’Italie dégage-t-elle un excédent important de plus de 60 Mds d’euros quand la France a un déficit du même ordre de grandeur?

 

 

 

b) L’organisation des entreprises

Dans son rapport d’avril 2019, le Conseil National de la Productivité met en avant quatre facteurs [7] :

  • performances moyennes dans le champ des compétences de la main-d’œuvre,
  • organisation des entreprises trop hiérarchiques,
  • faiblesse relative des entreprises de taille moyenne, notamment à l’exportation,
  • équipements en TIC dans la moyenne plutôt basse des autres pays.

 

 

1 – Qualification et compétences de la population active

La population active française accuse, par rapport à la moyenne des pays de l’OCDE, un déficit systématique sur les différents indicateurs des compétences requises dans un cadre professionnel. D’où provient ce déficit ?

L’enquête PIAAC, qui permet de regarder le niveau des compétences des jeunes actifs récemment sortis du système scolaire, démontre que les difficultés identifiées par l’enquête PISA au niveau du secondaire ne sont pas réglées au moment de l’entrée sur le marché du travail. Le niveau de compétence des 25-34 ans est en dessous de la moyenne des pays participants à l’enquête et l’écart de compétence selon l’origine sociale est plus important que dans les autres pays.

Les enquêtes de l’OCDE révèlent également une obsolescence rapide des compétences acquises par les Français lors de leur formation initiale. Cette déqualification, une fois entré dans la vie active, met en évidence un problème au niveau de l’accès à la formation continue. Cette dernière bénéficie peu aux personnes dont les besoins sont les plus importants : en 2013, 36 % de la population active adulte française participe chaque année à une activité de formation contre 50 % en moyenne dans l’OCDE et 70 % dans les pays nordiques. Alors que 56 % des diplômés de l’enseignement supérieur participent à des formations, cette proportion n’est que de 17 % chez les individus qui n’ont atteint que le deuxième cycle.

 

 

2 – Pratiques organisationnelles dans les entreprises

Par ailleurs, les enquêtes sur la qualité du management et des pratiques organisationnelles au sein des entreprises révèlent un score moyen de la France dans ce domaine. L’indicateur synthétique du World Management Survey place la France assez loin des économies anglo-saxonnes, de l’Allemagne ou des économies nordiques. Encore plus alarmant, les enquêtes conduites au niveau européen par Eurofund aussi bien auprès du management des entreprises que des salariés révèlent un retard important de la France dans toutes les dimensions identifiées comme influençant positivement la qualité du management (autonomie des salariés, encadrement des managers, organisation du travail…).

Cette faiblesse serait directement liée au déficit de compétences de la population active et au moindre renouvellement de notre tissu productif : les bonnes pratiques managériales sont corrélées avec la qualité du capital humain et l’intensité de la concurrence sur le marché des biens et services. Des facteurs d’ordre culturel semblent également être à l’origine de la rigidité de nos structures hiérarchiques. En effet, les enquêtes internationales montrent clairement que les Français entretiennent un plus fort niveau de défiance envers la plupart de leurs institutions et en particulier envers l’entreprise. Cette mauvaise qualité des relations sociales et cette incapacité à se faire confiance limitent fortement les possibilités de coopération et donc la mise en œuvre de meilleures pratiques managériales.

 

 

 

 

 

3 –  Dynamisme du tissu productif et entreprises exportatrices

Le dynamisme du tissu productif et l’intensité du processus de destruction-créatrice ne permettent pas de faire émerger suffisamment d’entreprises capables d’exporter et de rivaliser avec la concurrence internationale. En particulier, les entreprises les plus productives ne sont pas celles qui grandissent le plus – en embauchant et en attirant des capitaux – alors que de nombreuses entreprises trop peu productives restent en place.

L’efficience « allocative », c’est-à-dire l’efficacité d’une économie à allouer ses facteurs de production de manière à ce que les entreprises les plus productives grossissent en attirant capitaux et travailleurs, tandis que les moins productives se réduisent, voire disparaissent, semble trop faible en France. Selon des travaux récents conduits par l’OCDE, l’efficience « allocative » française est assez largement en dessous de celle des États-Unis, de l’Allemagne, de la Suède ou de la Finlande. L’allocation du facteur travail entre les entreprises du secteur manufacturier serait même moins efficiente en 2008 qu’elle ne l’était au début des années 2000.

Ceci se matérialise notamment par un déficit d’entreprises de taille intermédiaire capables d’exporter. Sur plus de trois millions d’entreprises en France, on compte 144 400 entreprises exportatrices françaises au troisième trimestre 2022, en hausse de 8 500 opérateurs par rapport à 2021. Ce chiffre est en expansion donc mais il reste très en dessous du niveau d’entreprises exportatrices en Allemagne (262 000 entreprises exportatrices en 2018), en Italie (191 000 en 2018) ou en Espagne (167 000 en 2018).  Une PME d’Ile-de-France sur 10 exporte, selon la CCI d’Ile-de-France, contre 2 sur 10 en moyenne dans la plupart des autres pays de l’OCDE, voire 3 sur 10 en Allemagne. Ces résultats dégradés viendraient en partie de la faible densité du tissu industriel français. La France comptait en 2019, 5 400 ETI, contre 8 000 en Italie et plus du double en Allemagne (12 500 ETI)

Enfin l’innovation est un facteur important du renouvellement du tissu productif et de la capacité à gagner des parts de marché à l’exportation. Si la France s’est dotée d’une politique d’innovation ambitieuse, et si certaines industries sont des leaders mondiaux dans leurs domaines (aéronautique et certains segments du secteur pharmaceutique par exemple), les classements internationaux sur l’innovation révèlent un positionnement intermédiaire qui place le pays derrière les leaders comme l’Allemagne ou la Suède.

L’innovation de produit est celle qui génère le plus d’emplois. Il est révélateur d’observer que les PME françaises de l’industrie manufacturière souffrent d’un déficit d’innovation, de produit notamment, comparées à leurs homologues allemandes, scandinaves ou néerlandaises.

 

 

 

 

 

4 – diffusion du numérique dans les entreprises françaises 

Malgré un fort taux d’investissement dans les logiciels, les entreprises françaises accusent un retard certain sur l’adoption et la diffusion des TIC même par rapport aux pays européens avancés. alors que celles-ci sont devenues un déterminant essentiel des gains de productivité, de l’innovation et donc de la compétitivité. Ceci est d’autant plus dommageable que l’industrie va profondément bouleverser l’ensemble des modes de production à partir d’une utilisation plus intensive de ces outils numériques (voir page économie numérique). La moindre diffusion du numérique dans l’économie pourrait s’expliquer, là encore, par le déficit de compétences de la population active et la faiblesse du management : pour investir dans les nouvelles technologies, les entreprises ont besoin d’une main-d’œuvre capable de s’adapter et de maîtriser ces nouveaux outils ainsi que d’un encadrement disposé à s’appuyer sur ces outils pour améliorer la performance. L’environnement réglementaire, dont le degré de concurrence, joue également un rôle essentiel dans la diffusion des outils numériques.

 

 

 

c) L’aggravation du déficit commercial de biens entretient ainsi mécaniquement le phénomène de désindustrialisation.

Pour un niveau de demande interne de biens manufacturés donné, un déficit de la balance des biens manufacturés conduit à diminuer la production, en la remplaçant par des importations. Par conséquent, un déficit de la balance des biens manufacturés diminue de façon mécanique la production de biens pour une demande donnée. Lorsque ce déficit augmente (ou que le solde commercial se dégrade), la production de biens diminue encore (par rapport à la situation antérieure où le solde commercial était moins dégradé), ce qui amène à la désindustrialisation. On comprend ainsi qu’un déficit de la balance des biens persistant (et donc de la balance commerciale) entraîne quasi mécaniquement une accélération de la désindustrialisation par pays.

Ainsi il existerait un cycle cumulatif entre la désindustrialisation par pays et la dégradation du solde de la Balance commerciale (graphique suivant). Plus l’industrie se développe plus vite dans les autres pays qu’en France et plus les importations augmentent plus que les exportations. Et réciproquement plus la France importe des biens plus qu’elle n’en n’exporte, et plus des usines ferment en France.

«En pratique, la relation entre déficit et désindustrialisation s’observerait le plus souvent à l’occasion de politiques de relance. Dans ce cas, les importations augmentent car une partie de la demande est satisfaite par l’étranger  (selon un effet revenu qui concerne surtout les biens car ils sont plus échangés) et ce, d’autant plus que l’appareil productif est incapable de répondre à ce surplus de demande (du fait de la désindustrialisation) ». Autrement dit, adopter une politique de stimulation de la consommation intérieure pour relancer l’économie nationale revient à doper nos importations et donc à renforcer l’industrie des autres pays.

Mais autre phénomène lié à cette hausse plus forte des importations que des exportations, certaines entreprises françaises dépendent tellement d’unités de production étrangère pour la fourniture de telle ou telle pièce ou de composants électroniques que si celui-ci vient à manquer, c’est l’entreprise française qui doit limiter sa production ou la retarder pour cause de rupture d’approvisionnement. le marché des puces ne devrait retrouver ainsi son équilibre qu’en 2023. Les raisons de ce délai supplémentaire sont en fait multiples : le Covid est le principal élément perturbateur. Les chaînes d’approvisionnement se révèlent ainsi très fragiles. On constate de plus en plus leurs limites. Il devient nécessaire de repenser les méthodes de travail et de reconsidérer les stratégies d’externalisation et de gestion des stocks ». Si la crise sanitaire mondiale aura bien soulevé un problème, c’est celui de l’adaptation à des contraintes inflexibles plus importantes que les lois de marché, qui deviennent alors secondaires.

Relation entre le déficit extérieur et la désindustrialisation par pays mesurée en % de la VA de l’industrie

 

 

c) Comparaison France-Allemagne des politiques économiques

L’Allemagne mène depuis le début années 2000 une politique néo-mercantiliste avec une compression de la demande interne, via de fortes hausses d’impôts sur les  classes moyennes et des baisses des dépenses sociales/retraites (graphique suivant)

Cette politique a  conduit à une relative compression de ses importations et à une hausse de ses exportations

  • L’effet sur les exportations vient à la fois :
    • de la réduction de l’inflation (favorable à la compétitivité) que la compression de la demande engendre,
    • du mécanisme « d’évacuation des surplus domestiques » (par exemple Volkswagen a compensé la baisse de ses ventes en Allemagne par des exportations sur des marchés dynamiques),
  • Une telle politique n’a pu fonctionner que parce que ses partenaires commerciaux soutenaient en parallèle leur demande et ont servi de débouchés aux produits allemands,
  • La France a mené une politique beaucoup plus favorable à la demande, indispensable pour soutenir l’activité, mais qui a creusé le déficit extérieur.

Des politiques macro-économiques  divergentes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

VII – LA SITUATION FINANCIÈRE DANS L’INDUSTRIE SE DÉGRADE DEPUIS 2000

Un autre indicateur (facteur) de la désindustrialisation par pays est la rentabilité : comme le taux d’investissement se maintient en France dans l’industrie, le stock de capital ne cesse de croître bien plus que la VA de l’industrie entraînant une baisse sensible de la productivité du capital. Du coup, le taux de rentabilité des entreprises de l’industrie baisse car non seulement le taux de marge baisse entre 2000 et 2017 (malgré un redressement depuis 2009) mais aussi la productivité du capital. On ne retrouve pas cette baisse dans la plupart des pays. Le taux de rentabilité augmenterait aux Pays Bas ou en Allemagne. Le taux de marge de l’industrie dans l’UE a gagné 8 points entre 1995 et 2017 contre seulement 2 points en France, où il est déjà plus bas.

Il s’en suit un nombre important de fermetures d’usines :  de 2009 à 2015 le nombre de fermetures aurait excédé largement celui des ouvertures : 1 775 fermetures contre 1 178 créations, soit un solde de 597 usines. En 2016, pour la première fois depuis la création de cet indicateur, fermetures et ouvertures seraient à égalité (136 chacune). Les fermetures seraient surtout le fait de petits établissements (71 employés en moyenne). Fait symptomatique, les nouvelles usines sont minuscules en termes d’emplois créés (une vingtaine de salariés seulement en moyenne lors de leur ouverture en 2016 et ce chiffre n’a cessé de baisser depuis 2009), ce qui bouleverse les représentations en matière d’« usine type ». Il faudrait y voir un effet direct de leur robotisation et de leurs investissements dans les technologies, impératifs seuls à même d’assurer leur pérennité à moyen et long terme.

On assiste certes à une financiarisation accrue mais qu’on retrouve dans tous les pays (voir page Financiarisation). Pour l’ensemble de l’économie, et non pour la seule industrie, le solde net des dividendes (versés moins reçus) en proportion de la VA reste relativement stable en France comme dans les autres pays et surtout il demeure assez bas. Cependant les parts des dividendes versés et reçus n’en continuent pas moins d’augmenter à un rythme accéléré  avant 2010, évolution tout au plus stoppée par la crise économique de 2008.

L’industrie française aurait  souffert d’une dégradation de sa compétitivité coût en lien avec une fiscalité particulièrement élevée sur les facteurs de production et en hausse jusque récemment.

 

 

1/ Les coûts salariaux

Il faut étudier les niveaux et les évolutions. Puis il faut calculer les coûts salariaux unitaires. Ces calculs sont assez complexes (voir encadré). Les coûts salariaux unitaires correspondent aux coûts salariaux par unité de valeur ajoutée produite.  Les coûts salariaux incluent les salaires et  traitements bruts versés par l’employeur (rémunérations, primes, congés payés, commissions et honoraires …., y compris cotisations sociales), augmentés des charges patronales.  Dans le cas de comparaisons inter-temporelles, l’évolution de la valeur ajoutée est mesurée en volume. Si les gains de productivité du travail sont proches coûts salariaux unitaires, l’effet de la hausse de ces derniers est quasi nulle sur les prix.

 

 

 

a) les coûts de l’heure de travail en Europe

En 2017, la Belgique, la Suède, la France et l’Allemagne, font partie des pays à coût élevé dans l’industrie manufacturière. En France, le coût horaire a crû en euros courants à un rythme annuel de 2,9 % entre 2000 et 2017 ( à peu près comme dans l’UE) contre +2,2 % en Allemagne. Si le rythme de croissance s’y est accéléré entre 2000 et 2008 (+4,2 % possiblement en raison de la généralisation des 35 heures contre +3,2 % dans l’UE et +1,9% en Allemagne), il a retrouvé entre 2008 et 2017 un taux de 1,9 % inférieur à la plupart des pays. En 2017, le coût horaire est redevenu un plus bas en France qu’en Allemagne.

Depuis 2016, l’évolution plus rapide des coûts horaires en France par rapport à l’Allemagne s’est inversée. Alors qu’en 2000, le coût de l’heure de travail dans l’industrie était de 24 euros en France et de 28,5 euros en Allemagne, il était passé respectivement à 36 euros de l’heure dans les deux pays en 2012 soit une hausse de 50 % en France contre une hausse de 26 % en Allemagne. Par la suite, le coût horaire a augmenté de 7 % en France contre 16 % en Allemagne pour atteindre respectivement 38,6 euros et 41,8 euros de l’heure. Parallèlement à ce rééquilibrage partiel de l’évolution relative des coûts horaires, les performances de la France en matière de créations d’emplois industriels et d’attractivité des sites de production se sont améliorées mais demeurent en dessous du potentiel du pays eu égard aux autres facteurs structurels d’attractivité.

En 2021, le coût moyen de la main-d’œuvre en France est de 41,5 euros dans l’industrie manufacturière. Les salaires et traitements bruts constituent les deux tiers du coût de la main-d’œuvre (28,1 euros dans l’industrie), tandis que le tiers restant correspond principalement aux cotisations sociales à la charge des employeurs (12,1 euros), minorées des éventuelles subventions perçues par ces derniers. La France se situe au 5e rang des pays de l’Union européenne présentant les coûts horaires les plus élevés. Il est plus cher de 18 % que la moyenne de la zone euro et de 40 % que dans l’ensemble de l’Union. Et 2,5 fois plus important qu’en Tchéquie, 3,6 fois plus qu’en Pologne. Un écart qui reste donc très important (tableau suivant).

Ce haut niveau est expliqué par ces cotisation sociales (12 euros pour l’ensemble des secteurs marchands non agricoles contre 6,8 dans l’UE). En Allemagne, les salaires et traitements représentent 29,1 euros pour l’ensemble contre 27,2 en France. Mais les cotisations sociales à la charge des employeurs sont 4 points de moins qu’en France (8 euros). Le coût moyen de la main-d’œuvre y est donc de 2 points inférieur à celui de la France.

 Les deux lois sur les 35 heures de 1998 et 2000 actent une mesure obligatoire et universelle au 1° janvier 2002; eelles auraient provoqué un renchérissement des couts de 11%. Mais la France est cependant l’un des pays d’Europe où le coût du travail a le moins augmenté entre 2000 et 2020 : ce coût a progressé que de 45 % en France, comme en Allemagne, et moins que la moyenne de la zone euro et de l’Union européenne. Quand il augmentait de 400 % en Roumanie, de 300 % en Slovaquie ou encore de 119 % en Pologne… pays où les côt sont il est vrai très bas (tableau suivant).

Le décalage avec l’Allemagne s’est ainsi fortement atténué dans les années 2010 (graphique suivant) : alors que l’écart de coûts salariaux unitaires entre la France et l’Allemagne s’était dégradé de 17 points entre 1999 et 2008 dans l’ensemble de l’économie et de 5 points dans l’industrie, il s’est réduit de 7 points entre 2008 et 2019 dans l’ensemble de l’économie et de 5 points dans l’industrie.

Coût de l’heure de travail dans l’industrie manufacturière (en euros de l’heure)

Coût de l’heure de travail dans l’industrie manufacturière (en euros de l’heure)

 

En France, un travailleur de l’industrie a produit en 2022, en moyenne, 60,2  euros de valeur ajoutée par heure de de travail : un chiffre inférieur aux pays du Nord dont l’Allemagne (67,6) , mais très supérieur au Royaume-Uni (49), à l’Italie (42,5) et à l’Espagne (44,8). Comment expliquer ces différences ? Les déterminants de la productivité sont complexes et nombreux : main-d’œuvre qualifiée et en bonne santé, infrastructures de qualité, entreprises innovantes et bien organisées… Quoi qu’il en soit, la productivité est un indicateur de santé économique d’un pays. La performance française se situe un peu au dessus de la  moyenne des pays de la zone euro.

Valeur ajoutée par heures travaillées dans l’industrie en 2022, en milliers d’euros

 

 

 

 

 

b) Les coûts salariaux unitaires.

Souvent considérés comme une mesure globale de la compétitivité (internationale) des prix, les coûts unitaires de main-d’œuvre correspondent au coût moyen du travail par unité produite. On peut les exprimer en rapportant la rémunération totale des salariés par heure travaillée (rémunérations à prix courants par salarié) à la valeur ajoutée par heure travaillée (productivité du travail). Cet indicateur prend la forme de variations exprimées en pourcentage et indices. C’est dans la balance de ces deux grandeurs, coût du travail, d’une part, et productivité, de l’autre, que s’apprécie la compétitivité-coût d’une économie : tant qu’on conserve une productivité élevée, on peut se permettre de payer le travail cher.

Or on observe que les pays se séparent en deux groupes : ceux dont le coût unitaire par unité produite dans l’industrie a augmenté depuis 1995 (notamment l’Italie, les pays de l’Est de l’UE comme la Roumanie, Pologne ou Hongrie, le Royaume-Uni, voire l’Espagne et enfin l’Allemagne dont l’indice est 103 en 2022, l’indice de l’UE étant à 106. Et ceux dont coût unitaire par unité produite dans l’industrie a diminué depuis 1995 dont la France (en réalité coût unitaire par unité produite de 99) mais surtout les pays scandinaves ou nordique comme les Pays-Bas (deux graphiques suivants).

Tableau 11 cout unitaire par unité produite industrie Eurostat

Évolution du coût unitaire par unité produite dans l’industrie base 100 en 1995 en %

 

Depuis trente ans, les gouvernements successifs ont allégé fortement le coût du travail à proximité du Smic. Au point qu’aujourd’hui, il n’y a quasiment plus de cotisations sociales patronales à verser quand on emploie des smicards. Mais, dans le même temps, les prestations sociales n’ont pas été significativement réduites et pour pouvoir les financer, c’est le travail qualifié qu’on a davantage mis à contribution. Or, le travail rémunéré au Smic est surtout l’apanage du secteur des services, relativement protégé de la concurrence mondiale, tandis que l’industrie concentre, elle, de plus en plus de travail qualifié au fur et à mesure qu’on a délocalisé ou automatisé la production.

Autrement dit, cette politique du coût du travail a eu pour résultat de pénaliser l’industrie : fin 2021, les branches des services consacraient 11,7 % de leur valeur ajoutée aux cotisations sociales patronales, contre 13,9 % dans l’industrie manufacturière, soit un écart de presque 20 %. Et les cotisations sociales continuent de peser lourd dans les salaires dans l’industrie française même si leur part s’est réduite depuis 1995 : 32,3% en 2022 (37,8% en 1995 et encore 37,1% en 2015) contre 24,7% dans la moyenne des pays de l’UE en 2022  Cette situation avait notamment été dénoncée dès 2013 par le rapport Gallois.

Cotisations sociales à la charge des employeurs rapportées aus salaires dans l’industrie manufacturière en %

 

Toutefois selon France-Stratégie, l’industrie française ne souffre pas d’une spécialisation sectorielle et géographique défavorable. La dégradation de la compétitivité coût ne s’explique pas par un dérapage des salaires dans les entreprises industrielles françaises confirmant les données ci-dessus. Pour celles-ci, la hausse des salaires au cours des vingt dernières années a été similaire à celle de la moyenne des pays de la zone euro et le coût salarial par unité produite est resté stable. Deux facteurs expliqueraient en revanche la hausse des coûts unitaires par unités produites (en se référant à la production et non plus à la velaur ajoutée).

  • La France a souffert d’une dégradation de sa compétitivité coût en lien avec une fiscalité particulièrement élevée sur les facteurs de production et en hausse jusque récemment.
  • L’augmentation conséquente du coût du travail indirect contenu dans les consommations intermédiaires de l’industrie française a pesé sur sa compétitivité-coût. Le coût du travail indirect pèse au moins autant dans les coûts de production de l’industrie que le coût du travail direct, et sa hausse s’expliquerait pour l’essentiel par une forte hausse des coûts salariaux unitaires dans les secteurs abrités de la concurrence internationale (+35 % entre 2000 et 2016, contre +5 % dans les secteurs exposés).

 

Évolution des coûts salariaux unitaires, base 100 = 1999

 

 

 

 

2/ la fiscalité

Les deux principaux impôts sur les entreprises sont les impôts liés à la production et les impôts sur le revenu ou les bénéfices des sociétés, inclus dans les impôts sur le revenu (D.51). On laisse ici de coté les autres impôts courants (D.59), qui comprennent notamment les les impôts courants sur le capital.

 

 

a) Les impôts liés à la production nets de subventions (D29-D39)

Les autres impôts sur la production (D.29) englobent tous les impôts que les entreprises supportent du fait de leurs activités de production, indépendamment de la quantité ou de la valeur des biens et des services produits ou vendus. Les autres impôts sur la production comprennent (D29):

  • les impôts sur la propriété ou l’utilisation de terrains, bâtiments et autres constructions utilisés par des entreprises (y compris des propriétaires occupants de logements) à des fins de production, appellé aussi la taxe foncière des entreprises (CFE),
  • la contribution sociale de solidarité des sociétés (C3S),
  • les impôts sur l’utilisation d’actifs fixes (par exemple, véhicules, machines et équipements) à des fins de production, que les entreprises en soient propriétaires ou locataires;
  • les impôts sur la masse salariale ou les effectifs employés;
  • les impôts sur les transactions internationales (par exemple, voyages et envois de fonds à l’étranger, transactions similaires avec des non-résidents) dans le cadre des activités productives;
  • les impôts payés par les entreprises sur les autorisations d’exercer des activités commerciales ou professionnelles, à condition que l’octroi de ces autorisations soit subordonné uniquement au paiement des montants dus;
  • les impôts sur les émissions polluantes résultant d’activités de production;
  • la sous-compensation de la TVA résultant de l’application du régime forfaitaire, fréquent en agriculture.
  • le vesrement transport.

Le produit de ces impôts selon le secteur d’activité est en relation avec son poids dans l’économie, sachant que les secteurs manufacturiers, le commerce, la finance, les transports et les activités spécialisées représentent environ les deux tiers de la VA (VA fiscale au sens de la CVAE). Cependant, les modalités de calcul de ces trois impôts (taux progressif en fonction du CA pour la CVAE, abattements pour la C3S, et utilisation variable du foncier pour la CFE) font que les secteurs supportent des taux de taxation différents (graphique suivant). Relativement à la VA, la CVAE reflète un effet taille des entreprises en pesant moins lourd dans quelques secteurs comme l’agriculture ou certains services, tandis que la CFE est nettement plus importante dans les secteurs nécessitant beaucoup d’infrastructures (eau et gestion des déchets, électricité et gaz, transport, hôtellerie et restauration). La C3S enfin, rapportée à la VA fiscale, révèle un taux plus élevé dans le secteur eau et gestion des déchets ou encore la finance.

Les impôts de production pèsent plus lourdement sur l’industrie que sur les autres secteurs en France : alors que la branche industrie manufacturière représente 9 % de la valeur ajoutée brute total de l’économie, il contribuerait pour 11 % au paiement des impôts de production (voir page Financiarisation).

La C3S est assise sur le chiffre d’affaires des entreprises à partir de 19 millions d’euros, et finance l’assurance vieillesse de la Sécurité sociale. Mais en imposant le chiffre d’affaires, elle produirait « des “effets de cascade” qui se transmettent et s’amplifient sur toute la chaîne de production parce qu’à chaque étape de production, la taxe elle-même est taxée ». En bref, un bien intermédiaire se trouve taxé autant de fois qu’il entre dans le processus de production d’une nouvelle entreprise. Or al désindisutrialisation affecte d’abord ces biesn en France. La C3S réduirait les exportations d’environ 1 % et « accentue la fragilité des entreprises en période de crise », estime l’instance qui dépend du Premier ministre. « Cet effet de cascade incite à ne pas externaliser, donc influe négativement sur la productivité », résume Philippe Martin, coauteur de la note et président du CAE.

CVAE, CFE et C3S rapportées à la valeur ajoutée fiscale en 2016, en %

 

 

Les comparaisons internationales en matière d’impôts sur la production payés par les entreprises se réfèrent le plus souvent aux données de la comptabilité nationale relatives à la rubrique « Autres impôts sur la production » (D29), qui englobent tous les impôts supportés par les entreprises du fait de leurs activités de production, indépendamment de la quantité ou de la valeur des biens et des services produits ou vendus. Ces impôts peuvent être dus sur les terrains, les actifs fixes, la main d’œuvre occupée ou certaines activités ou opérations.

Non seulement la part des impôts de production est plus élevé en France (2,9% de la VA totale) que dans la moyenne des 7 pays y compris la France (1,3%). mais cette part est de 3,3% dans l’industrie en France contre 0,7% dans la moyenne des 7 pays (graphique suivant). Partout sauf en France, la part de ces impôts dans la VA est nettement plus basse dans l’industrie que dans le reste de l’économie. On note des ratios nettement négatifs en Belgique ou Royaume-Uni, voire nuls en Allemagne.

Part des autres impôts moins les subventions sur la production (D29-D39) dans la valeur ajoutée de l’économie et de l’industrie manufacturière en % en 2018

 

Mais  comparer directement cet agrégat entre pays peut ne pas être éclairant dans la mesure où il comprend des impôts sur la masse salariale, qui servent à financer des prestations sociales universelles mais qui sont économiquement proches des cotisations sociales à la charge des employeurs (c’est par exemple le cas en Suède et en Autriche). D’ailleurs, les comparaisons internationales de coûts du travail intègrent généralement ces impôts sur la masse salariale, en les ajoutant aux cotisations sociales employeurs (par exemple, la taxe sur les salaires en vigueur en France est bien prise en compte pour le calcul du coût du travail servant à réaliser des comparaisons européennes). Pour cette raison, il semble plus pertinent d’effectuer la comparaison sur les impôts sur la production excluant ceux explicitement basés sur la masse salariale (https://www.cae-eco.fr/Les-impots-sur-ou-contre-la-production).

La France se distingue de ses voisins européens à la fois par l’importance de ces impôts sur la production à 2 % du PIB et 3,6 % de la VA des entreprises, et par leur nombre, participant ainsi à la complexité de la fiscalité des entreprises14. En Europe, seule la Grèce prélève plus (2,6 % du PIB) essentiellement à travers un impôt foncier, des licences professionnelles et une taxe sur les activités polluantes. Le Royaume-Uni prélève 1,6 % du PIB via des impôts portant sur le foncier, avec un équivalent à notre CFE : les business rates. La Belgique (1,4 % du PIB) présente comme la France un profil multi-assiettes mais avec un nombre moins important de taxes, dont plusieurs concernent spécifiquement le secteur financier. L’Italie est le seul pays avec la France à avoir mis en place un impôt sur la VA avec la taxe locale sur les activités productives (IRAP), proche de notre CVAE, qui correspond à
la plus grosse part de ces impôts. On ne trouve dans aucun pays européen un équivalent à une taxe sur le CA comme la C3S française. Quatre pays européens parmi les plus performants sur le plan économique, Allemagne, Autriche, PaysBas et Suède, ne prélèvent que 0,5 à 1,5 % de la VA.

Impôts sur la production acquittés par les entreprises en 2016

 

La baisse de 10 milliards d’euros d’impôts de production par an, adoptée via le plan de relance, constitue, avec la diminution du taux de l’impôt sur les sociétés (IS), un pas important. Pour certains économistes, responsables politiques et représentants du patronat, il était temps de s’attaquer à ces taxes qui pénaliseraient la compétitivité de l’industrie française. Mais le ratio français reste supérieur à ceux de la plupart des pays malgré cetet baisse.

 

 

 

b) Les impôts sur les sociétés

Le taux légal de l’impôt sur les bénéfices des sociétés, qui correspond au taux nominal auquel sont soumises les entreprises, ne permet pas de connaître précisément le régime fiscal attribuable à un Etat : il ne prend en compte ni l’ampleur de l’assiette à laquelle s’applique ce taux, ni les taux spécifiques et préférentiels éventuellement prévus pour certains secteurs économiques.

C’est pour cette raison que le taux d’imposition effectif moyen (TIEM), calculé par l’OCDE, lui est préféré ici. Cet indicateur “mesure l’impôt moyen qu’une entreprise acquitte dans le cadre d’un projet d’investissement qui génère des profits économiques positifs”, indique l’organisation internationale.

Dans les pays couverts par les données de l’OCDE, le taux effectif s’établit à 20,1 % en moyenne en 2019 : l’écart avec le taux légal d’imposition moyen (21,4 %) est de 1,3 point, mais il est beaucoup plus important dans certains pays. De manière générale, la comparaison des deux indicateurs montre que les déductions fiscales ont tendance à être plus généreuses lorsque les taux légaux sont les plus élevés.

En 2020, la France a un des taux les plus élevés au Monde (29,3%). Ce taux devait toutefois diminuer de 4 points en 2022. Les taux de l’impôt sur les sociétés dans le monde se sont stabilisés après une forte baisse durant ces 20 dernières années (28% dans les pays de l’OCDE en 2000). Ils sont à des niveaux faibles comme  12,5% en Irlande, et 16% dans de nombreux pays de l’est de l’UE (Pologne, Hongrie, Tchéquie,…), voire 10% en Bulgarie. A l’extémité, Guernesey, Jersey et l’île de Man, territoires autonomes du Royaume-Uni, ont abaissé leur taux à 0 % en 2009.

tableau 46 taux d’imposition effectif des sociétés OCDE 2020.xls

Taux d’imposition effectif moyen (TIEM), calculé par l’OCDE en %

 

 

c) une fiscalité trop élevée en France

Le facteur principal de la dégradation de la compétitivité-coût de l’industrie française proviendrait ainsi de l’importance de la fiscalité. L’industrie en France est soumise à un taux de prélèvements obligatoires (en tenant compte des cotisations sociales) supérieur à celui qui prévaut dans les autres secteurs, alors même qu’elle est exposée à une plus grande concurrence internationale : l’ensemble des prélèvements obligatoires sur l’industrie manufacturière représentait 28 % de la valeur ajoutée brute, contre 24 % pour les autres secteurs (hors finance).

Au total, la différence des niveaux de taxation avec l’Allemagne s’élèverait à 10,7 points de la valeur ajoutée du secteur manufacturier dont plus de la moitié en raison des impôts de production. Le total des prélèvements obligatoires pesant sur l’industrie représentait en 2016 deux fois le résultat d’exploitation en France, contre 80 % seulement en Allemagne.

Aujourd’hui, la fiscalité sur la production constitue avec le taux de l’impôt sur les sociétés un trait distinctif de la France parmi les facteurs qui influencent fortement les choix de localisation des sites de production : elle pourrait ainsi expliquer une partie des performances encore inférieures au potentiel du pays. Une publication récente du Conseil d’analyse économique montre les conséquences négatives de certains impôts de production sur la probabilité de survie des entreprises ainsi que sur leurs exportations.

 

 

3/ Les taux de marges dans l’industrie

Deux sources sont utiles pour suivre les taux de marge (rapport entre l’excédent brut d’exploitation et la valeur ajoutée) dans l’industrie (STAN database et Eurostat). Elles se complètent et permettent de suivre les taux d’autres pays que dans l’UE. Les séries de l’OCDE sont disponibles depuis 1995 comme celles d’Eurostat. Les taux aussi sont un peu différents entre les bases pour la branche industrie manufacturière (NACE C) mais les écarts sont assez faibles, encore que pour l’OCDE le taux de marge de l’industrie manufacturière en France passe de 37,3% en 2000 à 37% en 2015. Alors que pour Eurostat, ce même taux passe de 38,7% à 37,2%. Les données d’Eurostat reprennent celles de l’Insee. Comme le taux d’investissement, le taux de marge épouse des cycles.

La période 1995-2000 contraste avec la période qui suit 2000-2009. On note la nette reprise du taux de marge de l’industrie en France à partir de 2009, surtout après 2014. Il reste que le taux de marge de l’industrie manufacturière est relativement bas en France, à peu près au même niveau en 2016 que celui du Royaume Uni ou de l’Allemagne.

Aussi bien en niveau qu’en évolution, ce taux contraste avec celui des États-Unis et d’autres pays européens (Belgique, Autriche, Pays de l’UE et dans une moindre mesure Allemagne).

En France, le taux de marge de l’industrie manufacturière gagne 2,3 points, passant de 34,9% en 1995 à 37,2% en 2015 mais 33,7% en 2020. Entre 1995 et 2020, le taux de marge de l’industrie en Espagne gagne plus de 10 points avec un niveau proche au départ. Dans l’UE et dans tous les pays, les taux de marge gagnent aussi plus de 5 points sauf en  Allemagne dont le taux de marge gagne seulement 1,4 points entre 1995 et 2020. De tous les pays comparés, le taux de marge est le plus faible en France, proche de celui du Royaume Uni. Mais le taux dans ce dernier pays a aussi perdu près de 2 points entre 2000 et 2019 donc à peu près comme en France (de l’ordre de 1,2 point).

Toutes les branches sont plus ou moins touchées entre 2000 et 2019 par exemple celles liées à l’électronique, la fabrication d’équipements électriques mais pas les matériels de transport (qui incluent l’automobile et les autres matériels de transport aux évolutions divergentes). Le taux de marge de l’industrie pharmaceutique augmente de deux points en France entre 1978 et 2019 mais il reste le plus bas des pays comparés. Même dans cette branche, le taux de marge de l’UE progresse plus qu’en France.

La chute des taux de marge en Europe a été parfois plus forte qu’en France lors de la crise de 2009 (graphique suivant). Mais la reprise a été aussi plus forte après. Ici aussi la désindustrialisation par pays est d’abord celle de la France et du Royaume-Uni. Le contraste est ainsi marqué entre la baisse du taux en France entre 2000 et 2016 et la hausse ailleurs. Cette divergence est bien moins nette entre 1995 et 2016 puisque le taux de marge progresse en France de presque 3 points entre ces deux années, du fait d’une forte progression entre 1995 et 2000, qu’on ne retrouvait pas alors dans la plupart des pays. En 2000, le taux de marge de l’industrie française est presque au même niveau que celui de l’UE (40%). Le taux de marge en Allemagne a dépassé celui de la France en 2010 et il est de 37,4% en 2021 contre 32,4% en France. Mais il était inférieur de 4 points en 1995 et même de 7 points en 2000. Le taux de marge de l’industrie manufacturière est particulièrement faible en France par rapport aux autres pays en 2021 (tableau suivant).

Tableau-46-Taux-de-marge-industrie-Eurostat

Évolution des taux de marge (EBE / VA) de l’industrie manufacturière en % depuis 1995

Évolution des taux de marge (EBE / VA) de l’industrie manufacturière entre 2019 et 2021 en %
Les taux de marge dans l’industrie en France en %

 

On ne peut s’empêcher de rapprocher les évolutions assez fragiles en France du taux de marge de l’industrie des fermetures et ouvertures d’usines. Le solde est constamment négatif sauf en 2016 où les créations sont égales aux fermetures.

 

 

 

 

 

 

 

4/ Dégradation de la compétitivité coût

Au final, ces deux évolutions (coûts unitaires et taux de marge de l’industrie) expliquent en partie la dégradation du solde du commerce extérieur des biens. La comparaison des prix pratiqués à l’exportation par la France et par ses partenaires permet d’évaluer le rôle d’une « compétitivité-prix » dans les dynamiques de parts de marché. Par exemple, le ministère des Finances développe un indicateur de compétitivité-prix à l’exportation définie comme le rapport entre le prix à l’exportation des biens et services étrangers et celui des exports de biens et services français. Pour mesurer les prix étrangers, les prix pratiqués par chaque partenaire sont pondérés par le degré de concurrence entre la France et le pays considéré. Définie ainsi, la compétitivité-prix française s’améliore lorsque les prix français progressent moins vite que les prix étrangers exprimés en une monnaie commune. Cette amélioration peut résulter d’une moindre hausse des prix à l’exportation ou d’une baisse du taux de change nominal de l’euro.

Il apparaît toutefois compliqué d’expliquer la réduction des parts de marché françaises par rapport à ses partenaires de la zone euro en particulier, uniquement par une dégradation de la compétitivité-prix. Des travaux ont alors cherché à distinguer, dans l’évolution des parts de marché, ce qui est dû aux variations de compétitivité-prix et ce qui est dû à la compétitivité « hors prix ». La dimension hors prix de la compétitivité est plus difficile à mesurer que celle de la compétitivité-prix. La mesure consiste à l’appréhender comme la partie de la variation de part de marché qui n’est pas expliquée par les variations des prix des exportations.

Mesurées ainsi, on peut alors évaluer le rôle des deux dimensions dans la perte des parts de marché françaises à l’exportation. Les différences de prix peuvent en effet résulter de deux facteurs principaux : les coûts de production et les marges pratiquées. En outre, à prix donné, la compétitivité hors prix a une influence sur la capacité de l’entreprise à pratiquer des marges plus ou moins élevées et donc à moduler le poids des coûts de production dans le prix final. Il est donc utile d’apprécier les différences de coût de production pour mieux comprendre l’évolution des compétitivités prix et hors prix. Une situation dans laquelle la compétitivité-coût se détériore (comme en France avant 2008) tandis que la compétitivité-prix reste stable peut traduire un effort de compression de leurs marges par les exportateurs français plus important que chez leurs concurrents étrangers. L’effort relatif de marge à l’exportation est le rapport de la compétitivité-prix à la compétitivité-coût.

Sur l’ensemble de la période 2000-2016, la dégradation relative des parts de marché serait surtout due à la dégradation de la compétitivité « hors prix ». C’est notamment cette dimension qui explique l’évolution des parts de marché françaises par rapport aux autres grands membres de la zone euro depuis la crise de 2008.

En effet, la dégradation de la compétitivité coût ne s’est pas accompagnée d’une amélioration de la qualité moyenne des produits, que ce soit en termes de positionnement de gamme ou de contenu en innovation. Face à l’augmentation de ses coûts de production, l’industrie a choisi de préserver sa compétitivité prix en comprimant ses marges au détriment de sa montée en gamme et donc de sa compétitivité hors prix. La dégradation de la compétitivité coût s’est traduite par un recul des investissements en machines et équipements en volumes chaînés de 15,5 % en France entre 2000 et 2019, alors qu’ils ont augmenté de 15 % en Allemagne.

Tableau 44 FBCF machines Eurostat par l’industrie

FBCF en machines et équipements et systèmes d’armes en volumes chaînés base 100 en 2000

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

VIII – L’INVESTISSEMENT DANS L’INDUSTRIE

  • Pourquoi la croissance relative de l’investissement ne se traduit pas dans une amélioration de la compétitivité en France ?
  • Pourquoi  cet investissement (rapporté à la VA de l’industrie) qui semble croître plus vite en France ne se retrouve pas dans le taux de croissance de l’industrie en volume ?

Le problème de l’investissement dans l’industrie n’est pas le niveau, mais le contenu de cet effort : ce n’est pas la quantité d’investissement qui compte mais sa qualité pour produire dans le « haut de gamme ». La diffusion des technologies numériques est aussi inférieure à la moyenne européenne. Dans une certaine mesure, les entreprises françaises investissent surtout dans de vieilles machines ».

Il semble que la croissance du taux d’investissement par l’industrie d’un pays, et notamment de la France et l’Allemagne, n’ait guère d’influence sur la croissance de l’industrie; La structure de cet investissement a déjà plus d’influence mais pas dans le sens souvent admis : ce sont les matériels qui sont déterminants et moins certains actifs immatériels. Encore faut il préciser lesquels. La R&D a quand même un rôle déterminant comme en Allemagne. La formation professionnelle est importante. Mais celle-ci n’apparaît quasiment pas dans la comptabilité nationale quand elle est faite en « interne » (voir page Investissement incorporel pays).

Les travaux empiriques utilisant les méthodes traditionnelles distinguant trois facteurs de la croissance (le travail, le capital et le progrès technique, traité à part) attribuaient à l’investissement un rôle très limité dans la croissance. Les premiers résultats obtenus par R. Solow à la fin des années 50 avaient montré que 10 % seulement de la croissance américaine venaient de l’accumulation de capital. Autrefois, le progrès technique était considéré par les économistes comme relevant d’une activité scientifique et technique extérieure à l’économie. Les théories modernes de la croissance montrent, au contraire, que ce progrès technique  » ne tombe pas du ciel  » (selon l’expression de F. Hahn), il est le produit d’investissements spécifiques (P. Aghion). lesquels sont à l’origine d’enchaînements cumulatifs : les investissements en recherche et développement (R&D) et en formation entraîneraient la croissance, qui dégageraient des ressources supplémentaires pour l’investissement et la recherche.

 

 

 

1/ L’évolution de la FBCF par l’industrie dans les différents pays

Outre la FBCF en machines et équipements qu’on vient de voir au chapitre précédent, il existe deux grandeurs pour mesurer l’effort d’investissement :

  • d’une part l’évolution du volume de la FBCF.
  • d’autre part le taux d’investissement (FBCF / VA ) en valeur mais surtout en volume.

On se réfère aux données d’Eurostat et de l’OCDE. D’autres travaux s’appuient sur la base Euklem qui rassemble notamment des données sur le capital (K) et le travail (L).

Voyons d’abord les évolutions de la FBCF globale de l’économie pour recadrer celles de la FBCF de l’industrie. Pour l’ensemble des branches, elle n’augmente pas plus vite en France que dans les autres pays surtout depuis la crise de 2008. La FBCF en volume augmente en France de 2,3% entre 2008 et 2017 (comme aux Pays Bas) mais beaucoup moins que dans de nombreux pays (Canada où la croissance est la plus forte +60% entre 2000 et 2017, États Unis, Royaume Uni, Belgique,..). Il n’y a qu’en Italie où la FBCF de l’ensemble des branches en volume baisse.

 

Évolution de la FBCF par l’industrie en volume (prix «chaînés») entre 2000 et 2017 et entre 2008 et 2017 en %

 

On observe que la FBCF de l’industrie en volume progresse en France de +1,5% par an entre 1995 et 2019, avec un net infléchissement entre 2007 et 2017 (+0,6%). Cette croissance entre 1995 et 2019 n’est pas plus forte que dans plusieurs pays (Pays Bas, Autriche, Espagne, Allemagne). Elle l’est toutefois par rapport à la Belgique (+1%), l’Italie (+0,8%), la Suède (+0,7%) et le Royaume Uni (+0,3%). Mais la croissance très faible depuis 2010 paraît un phénomène plus important : elle l’est plus que dans plusieurs pays (Allemagne, Espagne, Pays-Bas, Royaume-Uni, Autriche). Dans d’autres pays, il y a toutefois baisse de la FBCF par l’industrie (Belgique, Suède, Finlande). Cette moindre croissance que dans d’autres pays  concerne surtout les machines et équipements.

Évolution de la VA et la FBCF de l’industrie en volume (prix «chaînés») en moyenne annuelle en %

 

 

2/ L’évolution du taux d’investissement (FBCF / VA) par l’industrie par pays

S’agissant de l’industrie, les données en valeur sont elles fiables ? Tout d’abord, on observe bien une hausse du taux  d’investissement en valeur dans l’industrie manufacturière en France de près de 8 points entre 1995 et 2017. A priori, l’industrie française ne souffrirait donc pas d’un déficit d’investissement en valeur par rapport aux autres pays.

 

Taux d’investissement de l’industrie (FBCF / VA) en valeur entre 1995 et 2019 en %

Mais ce pourcentage est il correct et pertinent pour l’analyse économique ?

  • la FBCF de l’industrie comprendrait à tord des doubles comptes en R&D et logiciels. Il faudrait ainsi diminuer la FBCF par l’industrie de l’ordre de -1,9 Mds d’euros pour avoir une vision plus exacte de la FBCF de l’industrie en France (2,6 Md en R&D et -2,3 Mds logiciels, +3 Mds en machines et équipements surtout des TIC). En effet, la FBCF globale des actifs de propriété intellectuelle serait globalement  surestimée de 17 Mds en 2017 (page la FBCF). Cette diminution concernerait l’industrie pour 30%.
  • La part de ces investissements dans la FBCF de l’industrie manufacturière est largement supérieure : 63,2% en 2016 (48% dans l’industrie + énergie); 50,5 % en Allemagne, 52,6% au Royaume-Uni; 40% aux Pays-Bas, 25% dans certains pays dont l’Espagne, l’Italie,… . Ceci ne semble pas justifié même si les grandes entreprises françaises de l’industrie utilisent plus de logiciels que nos voisins. On estime que ce pourcentage doit être ramené à 55,4% en 2017 soit 55,6% en 2019, à peu près comme au Royaume-Uni. Il est d’ailleurs significatif que ces deux pays où la part de l’emploi industriel dans l’emploi total a le plus baissé des 20 dernières années sont ceux où la part des droits de propriété intellectuelle est la plus élevée dans la FBCF de l’industrie.
  • la FBCF globale des produits industriels serait sous évaluée de près de 5 Mds. Comme une partie (autour de 2 Mds) irait dans des matériels TIC qui peuvent être investis par les branches tertiaires, on estime à 3 Md la sous-évaluation de l’investissement en produits manufacturés par l’industrie.

 

De plus, la croissance du taux d’investissement en valeur et en volume résulte de deux évolutions :

  • d’une part la croissance plus forte de la FBCF que de la VA. Or la VA en valeur et en volume ne progresse pas beaucoup entre 2000 et 2017 en France, moins que la FBCF par l’industrie. C’est le mouvement inverse en Allemagne
  • d’autre part,des évolutions des prix de la FBCF et de la VA. 

 

 

Aussi le taux de FBCF en volume traduit mieux l’effort d’investissement : il rapporte la FBCF en volume à la VA en volume. Ce taux n’augmente pas en France alors qu’il augmente dans d’autres pays (Italie, Espagne). On a vu que la croissance de la VA en volume serait quelque peu surestimée entre 2000 et 2007. De plus, le taux d’investissement corrigé en France (de la FBCF en R&D et en logiciel) n’est plus le plus élevé. Ceux de la Belgique et même de l’Italie  atteignent 26% et 25% contre 25,5% en France (taux corrigé). La surprise viendrait de l’Allemagne où ce taux reste stable entre 1995 et 2010, autour de  20%.

Taux d’investissement de l’industrie (FBCF / VA) en volume (prix «chaînés») entre 1995 et 2019 en %

 

Mais cette baisse du taux d’investissement en Allemagne est due en partie à la forte croissance de la VA de l’industrie (+1,7% par an entre 1995 et 2018). Les allemands ont la maîtrise de leurs prix ; ils sont moins touchés par la concurrence. La VA de l’industrie y est élevée car ils fabriquent des produits de plus en plus « haut de gamme » (automobile, machines et équipements,..), source de croissance de la VA industrielle. C’est l’évolution inverse dans de nombreux pays en particulier en France, surtout entre 2007 et 2018 avec avec des produits de moindre qualité, donc un marché très concurrentiel.

 

 

3/ les investissements en machines et équipements.

On donne ici quelques explications de l’évolution du taux d’investissement, reprises d’un document de l’OFCE, tout en s’efforçant de vérifier les données [8].

Ce n’est pas la croissance du taux d’investissement qui détermine la compétitivité mais la qualité des investissements en particulier en machines et équipements et en R&D .

« La désindustrialisation par pays, les pertes de parts de marché à l’exportation, la baisse des taux de marge, la décroissance de la productivité, et le positionnement technologique en recul sont autant de signes des difficultés des entreprises françaises. Mais cela est concomitant avec le maintien de l’investissement qui ne souffre pas d’un décrochage majeur par rapport à ses partenaires ».

« Les hypothèses avancées pour comprendre cette énigme sont au nombre de quatre :

1°) les investissements de  » remplacement / renouvellement » sont dominants et le capital productif français est trop obsolète ;

2°) les investissements ne sont assez pas productifs, la part des investissements en construction est trop importante relativement aux investissements en machines-outils et robots ;

3°) les investissements se substituent au facteur travail en France en raison de la baisse continue du coût du capital relativement au coût du travail ;

4°) ce qui compte pour la compétitivité c’est l’investissement dans les actifs intangibles et c’est là que le bât blesse pour les entreprises françaises ».

 

 

a) investissement de remplacement ou d’augmentation de la capacité en machines

« Sur le premier point, les réponses aux enquêtes de conjoncture de l’INSEE sur l’investissement apportent quelques éléments concernant les motifs de l’investissement dans l’industrie. Parmi les motivations pour investir, la part du renouvellement du capital a augmenté continûment depuis 2000 alors que l’introduction de nouveaux produits a diminué régulièrement de 2000 à 2008. Or la limite principale de l’investissement de renouvellement est qu’il n’augmente pas le stock de capital de l’entreprise ; il ne fait juste que le maintenir« .

Ainsi, le renouvellement des machines et équipements serait la première motivation d’investissement des chefs d’entreprise de l’industrie manufacturière française selon l’Insee : 29 % des investissements sont destinés au renouvellement, contre 23 % pour la modernisation et 16 % pour l’extension de capacité en 2017. Cet effort plus important dans le renouvellement des équipements plutôt que dans la modernisation ou l’extension de capacités peut expliquer en partie une moindre productivité de l’investissement, car ce type d’investissement ne contribue pas a priori à améliorer l’offre de produits et donc la compétitivité française. On note cependant que quand une entreprise remplace ses machines, elle obtient des machines plus jeunes et généralement plus performantes, augmentant l’efficacité du processus de production.

Toutefois, le parc de machines aurait vieilli plus vite en France qu’en Allemagne entre 2008 et 2013 : l’âge moyen des machines a gagné 1,6 année en France contre seulement 0,9 année en Allemagne. Ce vieillissement plus rapide provient d’une réduction de la part des machines de moins de 15 ans dans le parc français, passée de 53 % à 46 % sur la même période, renforçant le constat d’une baisse de ces investissements. Malgré cette obsolescence légèrement plus rapide, on note que l’âge moyen des machines est de 19 ans en France comme en Allemagne, contrairement à une opinion assez répandue.

Une autre étude confirme que l’investissement de renouvellement y représenterait plus de la moitié des motivations de l’investissement en 2015-2016 en France et en Allemagne, ce qui les distingue d’autres pays (Italie, Espagne, Royaume Uni).

 

 

b) les investissements en machines, équipements et robots dans l’industrie

Ce sont la quantité d’investissements, l’acquisition permanente de machines et de robots de dernière génération au delà des impératifs de retour rapide sur investissment qui garantissent à long terme la compétitivité d’une entreprise industrielle.

 

  • les, machines et équipements

« S’agissant de la qualité, les investissements productifs sont ceux qui ont pour objectif de rendre plus efficace le processus de production : sont ainsi assez naturellement candidats les investissements en machines et outillage. Si les autres types d’investissement, comme les investissements en transport ou en construction peuvent très bien améliorer l’efficacité du processus de production et la productivité des travailleurs, il s’agit plus souvent d’investissement d’augmentation des capacités (conséquence de la croissance de l’entreprise plutôt que cause) ou de renouvellement. De plus, c’est au sein de la catégorie d’investissement « machines-outils » que l’on inclut les investissements en technologie de l’information et communications (TIC) et les investissements dans la robotisation potentiellement très productifs. Les investissements corporels des entreprises non-financières sont majoritairement des investissements en machines outils (34 %) et des investissements en construction (30 %), les premiers étant ceux où l’on doit s’attendre à ce que naissent des gains de productivité.

La part des investissements en construction dans la FBCF globale de l’industrie est moins élevée en France que dans les autre pays. Elle est de 14% en France (15,2% en corrigeant la FBCF en droits de propriété intellectuelle), 13,7 % en Allemagne mais nettement supérieure à 15% dans de nombreux pays, les données du Royaume Uni étant toutefois surprenantes (40%).

La part des matériels est en effet en dessous en France. Mais les matériels sont divers, comprenant outre les machines, les matériels de transport et les équipements TIC. La part des seules machines et équipements dans la FBCF de l’industrie est ainsi de 28% en France (32% en corrigeant la FBCF en droits de propriété intellectuelle  mais en rajoutant aussi 1,5 Mds de FBCF en produits industriels). Or, excepté le Royaume Uni (32%),  elle est bien plus élevée dans les autres pays : autour de 40% en Allemagne et en Autriche, 45% en Espagne et même 55% en Italie.

 

Dans le secteur manufacturier, le taux d’investissement (FBCF / VA) en machines et équipements  hors matériels de transports et TIC, est plus bas en France qu’en Italie, en Espagne et que dans la plupart des pays sur l’ensemble de la période 1995-2016. Depuis 2002, le taux d’investissement n’a été structurellement plus faible qu’au Royaume-Uni (en excluant le pic de 2005), le seul pays européen où la désindustrialisation par pays a été plus prononcée qu’en France. Il a atteint en France 8,3 % en 2015, soit moins que son niveau d’avant la crise mais plus qu’en 1995.

 

Dernière évolution significative, ces machines et équipements progressent moins en volume que dans de nombreux pays, surtout depuis la crise 2007, où ils régressent en France de -1,5% par an entre 2007 et 2017 du fait d’une forte chute pendant la crise 2007-2010 (-6,2% par an). Dans certains pays, ces investissements augmentent depuis 2007, en particulier depuis 2010 (Allemagne, Pays Bas, Suède, Autriche, Espagne,..). Il n’y a qu’au Royaume Uni où le baisse est plus prononcée malgré une reprise plus forte qu’en France depuis 2010. Entre 1995 et 2016, la croissance en France de +1,2% par an en volume résulte uniquement de la forte croissance avant 2000.

 

Ces évolutions marquent ainsi la désindustrialisation dans ces deux pays. Elles mettraient en relief les lacunes de l’investissement dans l’industrie française : trop d’investissements incorporels au détriment des machines et équipements, d’autant que cette part a baissé de 6 points entre 1995 et 2017 alors que celle des actifs de R&D et logiciels, déjà très élevée en 1995, continuerait d’augmenter (en fait à partir de 2010).

 

 

  • les robots 

Dans le même sens, on note la faiblesse de la robotisation et de l’investissement des entreprises françaises en nouvelles technologies. Celui-ci à l’exclusion des logiciels (c’est-à-dire ordinateurs, matériel de télécommunication, robots…) représenterait, en 2016, 0,5% du PIB en France contre 1,2% en moyenne dans les autres pays de la zone euro et 1,4% aux États-Unis. En 2020, la Chine a installé 168 400 robots, soit 20% de plus qu’en 2019. Elle a désormais plus de robots par salariés que la France. Cette dernière a installé 5 400 robots en 2020, l’Allemagne 22 300. Nous avons toujours un dédicit de 30 000 robots par rapport à l’Allemagne en corrigeant des effets de taille et de structure de l’industrie.

Les robots font partie des machines et équipements.

On observe plus précisément une croissance très forte des robots par salariés dans certains pays depuis 1995 (États-Unis, Espagne, Corée,..). Déjà en 1995, l’Allemagne était en avance mais surtout la Corée, et le Japon dont le nombre de robots par salariés a stagné même si le Japon reste le premier producteur de robots au niveau mondial.

Plus globalement, cinq grands marchés tirent la demande mondiale. La Chine, le Japon (45 566 unités, +18%), la Corée du Sud (39 732 unités, +4%), les États-Unis (33 192 unités, +6%) et l’Allemagne (21 404 unités, +7%) ont représenté 73% du volume total des ventes en 2017. La croissance de 2017 a été portée par l’industrie du métal (+55%) et l’industrie électrique/électronique (+33%).

La Fédération internationale de robotique a calculé la densité de robots industriels dans plusieurs pays, mettant en évidence une certaine disparité à l’échelle mondiale, en lien notamment avec les spécialisations industrielles. Le développement de l’automatisation est particulièrement dynamique en Asie, où ont été installés plus de deux tiers des robots vendus dans le monde l’année dernière. La Corée du Sud comptait 932 robots industriels pour 10 000 salariés en 2020, soit le ratio le plus élevé au monde. Quant à la Chine, elle a vu sa densité de robots industriels plus que doubler en l’espace de trois ans. Avec une densité de 246 unités pour 10 000 employés, l’automatisation de l’industrie chinoise arrive désormais au niveau de celle des États-Unis.

En Europe, le pays le plus automatisé reste l’Allemagne avec 371 unités recensées pour 10 000 employés en 2020, suivi de la Suède (289) et du Danemark. Quant à l’industrie française, elle enregistrait toujours une densité légèrement plus faible que la plupart de ses voisins, soit 194 robots pour 10 000 employés, contre respectivement 224 en Italie, 221 en Belgique (et Luxembourg) et 203 en Espagne.

Robots dans le secteurs industriels pour 10000 salariés en 2020

Cependant, cet indicateur est très sensible à la composition sectorielle de l’économie des pays; il reflète autant le poids de l’industrie automobile et électronique dans l’industrie allemande que le niveau de modernité de cette dernière. En effet, l’industrie automobile concentre la plus grande part des robots industriels. Or, en regardant par secteur, on observe que le déficit de robotisation en France par rapport à l’Allemagne serait important dans certains secteurs comme la fabrication de produits électriques et électroniques mais inexistant dans l’industrie automobile (1 150 robots pour 10 000 salariés en France contre 1 131 en Allemagne en 2016). Avec dix fois plus d’effectifs dans l’automobile en Allemagne, et un taux de robotisation très élevé dans ce secteur, on a ainsi une explication structurelle de la différence de robots dans l’industrie entre les deux pays.

Le Royaume-Uni a une densité de robots de 71 unités ce qui est inférieure à la moyenne mondiale de 74 unités, se classant 22ème. Les pays d’Europe de l’Est comme la Slovénie (137 unités, 16ème dans le monde) et la Slovaquie (135 unités, 17ème mondial) ont tous deux une densité de robots supérieure à celle de la France. La Slovénie est la plus prospère parmi les pays des Balkans : 60% de l’offre totale dans cette région est allée en Slovénie (387 unités, soit 33% de plus qu’en 2015) pour l’industrie automobile.

Quand on compare tous les pays de l’OCDE, on voit qu’un nombre élevé de robots par emploi est significativement associé à un niveau de gamme élevé de la production, et à des excédents extérieurs.

La robotisation réglerait donc bien un certain nombre des problèmes structurels de la France. Mais la robotisation détruirait des emplois là où elle a lieu. Des estimations montrent que si la France disposait du même marché de robots industriels par salariés que l’Allemagne, les gains de productivité de l’industrie auraient été plus élevés de 0,8 point par an depuis 20 ans (à production industrielle identique, l’emploi industriel serait aujourd’hui plus faible de 17%). Mais ces travaux montrent aussi une absence de corrélation significative entre le degré de robotisation et le taux de chômage, à tous les niveaux de qualification. Il semble que la robotisation conduise, non pas à des destructions globales d’emplois, mais à une modification importante de la structure des emplois.

La modernisation des équipements constitue un autre indicateur très utile à mobiliser pour appréhender l’exposition des entreprises à la désindustrialisation.  Celle-ci peut se mesurer tout d’abord par le suivi de l’âge moyen du parc des machines qui ne cesse d’augmenter, ce qui témoigne d’un renouvellement très insuffisant. En 2013, ce parc avait en moyenne 19 ans d’âge, contre 17,5 ans en 1998. C’est l’une des raisons qui explique notamment pourquoi le taux d’utilisation des machines était en moyenne de 81 % en France (machines en panne ou trop vétustes pour être pleinement utilisées, réduction des volumes produits ne justifiant pas de nouveaux investissements), contre 95% en Allemagne. En 2014, 34 % des industriels français estimaient que leur outil de production était peu compétitif selon une autre étude.

 

 

 

4/ L’innovation

Les quatre catégories d’innovation sont :

  • une innovation de produit correspond à l’introduction d’un bien ou d’un service nouveau ou sensiblement amélioré sur le plan de ses caractéristiques ou de l’usage auquel il est destiné. Cette définition inclut les améliorations sensibles des spécifications techniques, des composants et des matières, du logiciel intégré, de la convivialité ou autres caractéristiques fonctionnelles.
  • un. Cette notion implique des changements significatifs dans les techniques, le matériel et/ou le logiciel.
  • une innovation d’organisation est la mise en œuvre d’une nouvelle méthode organisationnelle dans les pratiques, l’organisation du lieu de travail ou les relations extérieures de la firme ;
  • une innovation de marketing est la mise en œuvre d’une nouvelle méthode de commercialisation impliquant des changements significatifs de la conception ou du conditionnement, du placement, de la promotion ou de la tarification d’un produit.

L’enquête communautaire sur l’innovation (ECI) porte sur les activités d’innovation des entreprises. Elle se concentre sur un ensemble d’activités d’innovation essentielles et couvre uniquement les entreprises de l‘industrie et des services comptant 10 personnes employées ou plus. En 2018, on comptait 729 000 entreprises à travers l’UE dans cette population cible, dont environ la moitié (367 000) étaient actives en matière d’innovation.

 

 

a) l’innovation en France

Entre 2016 et 2018, 41 % des sociétés marchandes de 10 salariés ou plus implantées en France et faisant partie du champ de l’enquête capacité à innover et stratégie CIS 2018 ont innové (tableau suivant). L’innovation est entendue ici au sens large ; elle comprend les innovations de produits (biens et services) ou l’amélioration significative des procédés de production, y compris des méthodes d’organisation et de marketing, mais également le développement d’activités de recherche et développement (R&D). 33 % des sociétés ont innové en procédés, et 25 % ont introduit un nouveau produit (bien ou service). Pour 68 % d’entre elles ce produit était nouveau pour au moins un de leurs marchés.

Le secteur de l’information‑communication est le plus actif en matière d’innovation : 69 % des sociétés de ce secteur ont innové entre 2016 et 2018. Il est suivi par l’industrie avec 56 % de sociétés innovantes, devant les activités financières et d’assurance (49 %) et les activités spécialisées, scientifiques et techniques (48 %). À l’inverse, la construction (26 %), les transports et l’entreposage (30 %) et l’hébergement‑restauration (31 %) sont les secteurs parmi lesquels la proportion de sociétés innovantes est la plus faible.

Proportion de sociétés innovantes entre 2016 et 2018 selon le type d’innovation, la taille et le secteur d’activité en %

La proportion de sociétés innovantes est plus élevée parmi les sociétés appartenant à un groupe (50 %, contre 35 % pour les sociétés indépendantes) et parmi celles ayant réalisé une partie de leur chiffre d’affaires à l’étranger en 2018 (60 %, contre 33 % des sociétés dont le marché est national) (graphique suivant). Le chiffre d’affaires lié à la vente de produits nouveaux, pour le marché ou pour la société, représente 14 % du chiffre d’affaires des sociétés innovantes en produits. Il est relativement plus élevé dans information‑communication (22 %) et plus faible dans les secteurs des transports et de l’entreposage et des activités immobilières (inférieur à 9 %).

Proportion de sociétés innovantes selon l’appartenance à un groupe ou la localisation géographique du marché entre 2016 et 2018 en %

 

 

 

b) L’innovation dans l’U.E.

En 2018, pour l’ensemble des activités d’innovation, plus des trois quarts de l’ensemble des grandes entreprises de l’industrie (comptant 250 salariés et plus) dans l’UE s’engageaient dans une forme d’activité  innovante. En revanche, moins de la moitié de toutes les petites entreprises de » l’industrie (de 10 à 49 personnes employées) étaient engagées dans une forme d’innovation. En France ces pourcentages étaient respectivement de 86,7% et 48,6% contre 80,3% et 53,1% dans l’UE.

En 2018, la proportion d’entreprises industrielles qui étaient des innovateurs a culminé à 74,7 % en Estonie, tandis que la Belgique, l’Allemagne, Chypre et l’Autriche étaient les seuls autres États membres de l’UE à enregistrer des parts de plus de deux tiers. En revanche, les parts les plus faibles les plus faibles ont été enregistrées en Pologne (26,1 %) et en Roumanie (16,3 %) (tableau suivant). En France le ratio était de 56,3%, donc un peu supérieur à de celui de l’UE (53,1%).

En 2020, le pourcentage en France était le même que dans l’UE autour de 54% (graphique suivant). Elle n’est pas vraiment bien placée comme pour la part des dépenses de R&D dans le PIB, surtout celle des entreprises.

Entreprises actives en matière d’innovation dans l’industrie sauf construction (%, part des entreprises 2018)

Entreprises actives en matière d’innovation dans l’industrie sauf construction (%, part des entreprises 2020)

 

La proportion de personnes occupées travaillant dans entreprises innovantes reflète, au moins une certaine spécialisation et concentration de certaines activités économiques particulières et la structure par taille des entreprises au sein de chaque économie : les grandes entreprises ont tendance à avoir une plus grande propension à innover. Dans l’industrie sauf construction en 2020, plus de 80 % des personnes employées en Allemagne, en Estonie, Belgique, Finlande, Autriche et Suède, Irlande et même France (soit un pourcentage supérieur à celui de l’UE) travaillaient pour une entreprise engagée dans une forme d’activité d’innovation. Dans tous les États membres de l’UE restants, sauf en Roumanie, plus de la moitié des personnes occupées travaillaient pour une entreprise innovante. La Roumanie était l’exception, où environ un quart de l’ensemble des personnes occupées étaient dans des entreprises innovantes.

Personnes occupées en 2020 en matière d’innovation dans l’industrie sauf construction (% des personnes occupées, 2020)

 

 

 

d) la baisse continue du coût du capital relativement au coût du travail

« La baisse du coût du capital relativement au coût du travail incite-t-elle plus fortement les entreprises françaises à substituer du capital au travail en comparaison des entreprises de la zone euro ? Cela peut-il expliquer la bonne tenue du taux d’investissement parallèlement à la faiblesse des taux d’emploi en France ? Les comparaisons internationales montreraient que le coût du travail en France ne s’est pas ajusté aux chocs conjoncturels comme cela a été le cas chez ses partenaires ».

« Les observations sont assez contradictoires. D’une part, les destructions d’emplois, surtout dans l’industrie, et l’automatisation de nombreux services (encaissement, commerce) laissent penser que cette substitution s’est bien produite. D’autre part, le ralentissement de la croissance de la productivité du travail et la faiblesse de la robotisation de l’industrie française plaident plutôt pour une faible substitution du capital au travail. 

 

 

 

5/ Les investissements en R&D et logiciels par l’industrie (droits de propriété intellectuelle)

Plusieurs faits apparaîtraient spécifiques à l’industrie française s’agissant des investissements en actifs incorporels même si ils sont difficiles à quantifier compte tenu des fragilités comptables (doubles comptes entre logiciels et R&D en France, matrice FBCF produit-branche peu fiable, fragilité des séries au Royaume Uni et des niveaux en Suède,..) :

  • D’une part, elle investit relativement plus en actifs immatériels (48% en 2016 de son investissement selon les comptes de l’Insee). Mais ce pourcenatge trop élevé doit être rectifié. Du coup on obtient 42% en baissant sensiblement la FBCF en logiciels et en rehaussant celle en produits industriels (voir page la FBCF). Ce pourcentage est de 41,5% en Allemagne, 30% au Royaume Uni et aux Pays Bas voire moins en Italie, Espagne. Cet investissement est fait en France au détriment des machines, équipements et robots (32% du total) contre 55% en Italie; 45% en Espagne et autour de 40% dans la plupart des pays (Allemagne, Autriche,..) sauf au Royaume Uni (31%).
  • L’investissement en droit de propriété intellectuelle (R&D et logiciels) par l’industrie rapporté à la VA de l’industrie est de 14,9% en France, (ce qui est de nouveau trop élevé), 12,2% étant plus proche de la réalité, moyennant ces corrections. L’Autriche arrive en seconde position des pays étudiés (10,6%) puis l’Allemagne (8,4%) et d’autres pays ensuite (Pays Bas, Italie, Espagne, Royaume Uni,…).
  • D’autre part, et ceci n’est pas contradictoire, l’industrie française « capte » moins l’investissement en R&D que dans certains pays comme l’Allemagne, presque la moitié allant aux entreprises de services. Ce phénomène est encore plus fort au Royaume Uni. Les ratios précédents de pourcentage de DIRDE dans le PIB doivent ainsi être interprétés avec beaucoup de prudence quand on s’intéresse à l’industrie.
  • Enfin, la France manquerait d’entreprises moyennes et de taille intermédiaire, à la différence de l’Allemagne et de l’Italie. Or ce sont d’abord celles-ci qui tirent l’emploi et les exportations en Allemagne notamment, et au final investissent le plus dans la R & D (hors grands groupes). Aussi lorsqu’elles investissent, l’immense majorité des entreprises françaises se concentrent en priorité sur le simple renouvellement de leurs équipements, au détriment des investissements dits de rupture technologique.

 

 

a) La R&D

La R & D représente  2,3 % du PIB en 2020 en France (valeur qui a très peu évolué depuis 2005), contre 3,1 % en Allemagne, où ces dépenses ont par contre grimpé de 75 % entre 2005 et 2016. Certes cette différence est en partie du à un effet de structure comme l’ont montré plusieurs études du MESR (voir page Compte de recherche développement) : la part de l’industrie y est deux fois plus élevé qu’en France, là où s’effectue l’essentiel de la R&D (dépense intérieure de R&D). Le ratio « DIRD / VA » de l’industrie automobile serait d’ailleurs aussi  élevé en France qu’en Allemagne ainsi que dans d’autre pays.

Sur l’ensemble de l’industrie, les entreprises de l’industrie manufacturière consacrent 6,9 % de leur valeur  ajoutée à des activités de R&D en France, 8,2 % en Allemagne et 8,1 % en Autriche.

Intensité de recherche sectorielle (DIRD / VA) en 2015 en %

Source : Eurostat, Insee, Mesri

 

En Allemagne, la recherche industrielle est notamment portée par l’industrie automobile, avec de grands groupes comme Audi, BMW et Mercedes. Cette industrie représente 5 % de l’économie allemande et 35 % des dépenses de R&D des entreprises, soit 21 milliards d’euros. En France, l’industrie automobile représente 1 % de l’économie et 7 % des dépenses de R&D, soit 2 milliards d’euros. En France, malgré une intensité de recherche plus élevée (20% de la VA contre 17% en Allemagne), la valeur ajoutée de l’industrie automobile a diminué. L’intensité de recherche dans cette industrie a peu évolué en Allemagne depuis 2007, alors qu’elle a gagné plus de 8 points en France, grâce notamment au maintien des dépenses de R&D.

Une autre particularité de la spécialisation productive de l’Allemagne est que la part relative des domaines intensifs en R & D (produits chimiques et pharmaceutiques, construction mécanique et équipements, équipements de transport) y a progressé dans le total de l’emploi manufacturier plus vite (de 41,8 % à 45,6 %) que dans la moyenne des pays de l’OCDE (de 31,7 % à 34,8 %) sur la période 1993-2012. La France pour sa part a connu une légère baisse, de 28,0 % à 25,6 %. Pour ce ratio, la France était en 2014 nettement dépassée par tous les autres grands pays industriels : Corée du Sud, Japon, Allemagne, États-Unis, Chine, Royaume-Uni, Canada et Italie (graphique suivant)

La part des secteurs intensifs en R & D dans le total de l’emploi manufacturier (en %)

 

Plus inquiétantes sont les évolutions en France. Depuis 2012, la part de la DIRD des entreprises (DIRDE) dans le PIB reste stable à 1,5% alors qu’elle était de 1,3% en 2007. Ce pourcentage est le même que dans l’UE. Mais il est de nouveau de 2,1% en Allemagne, et même 2,5% en Belgique et en Suède. Que dire de la Corée du Sud où il est de 3,8%, voire des États-Unis et du Japon (2,6% chacun).

Par ailleurs, les grandes entreprises réalisent 57 % de cette dépense, et les ETI (entreprises de tailles intermédiaires) en réalisent un quart. Les PME et les ETI actives en R&D exportent proportionnellement plus. Elles réalisent respectivement 30 % et 34 % de leur chiffre d’affaires à l’exportation contre 10 % et 21 % en moyenne pour l’ensemble des PME et des ETI.

Autre constat, seules les entreprises du Royaume-Uni réalisent plus de R&D dans les branches de services (59 %) que dans l’industrie, principalement dans le secteur des activités spécialisées, scientifiques et techniques (secteur qui comprend la branche d’activité « recherche et développement »). C’est en Allemagne, où l’industrie  manufacturière est la plus présente dans l’économie, que la R&D dans les branches industrielles est la plus importante (85 % De la DIRDE). La France se caractérise par un équilibre entre industrie manufacturière et services dans la structure des activités de R&D de ses entreprises : en 2015, 49 % de la R&D est réalisée dans l’industrie manufacturière et 47 % dans les activités de services. La construction aéronautique et spatiale est une branche industrielle particulièrement importante en France en matière de DIRDE. Incluse dans la fabrication d’autres matériels de transports, elle mobilise près de 10 % des dépenses de R&D des entreprises, soit un peu plus de 3 milliards d’euros, grâce à la présence de grands groupes, par exemple Airbus et Safran. C’est bien plus que dans les autres pays.

 

En France, le décrochage en matière d’innovation aurait contribué à une perte de compétitivité, avec des déficits chroniques de la balance commerciale et des pertes de parts de marché depuis vingt ans. De fait, la France, 7e puissance mondiale au regard de son produit intérieur brut (PIB), ne se positionne qu’à la 13e place en ce qui concerne la part allouée aux dépenses intérieures brutes en R&D (2,3% en 2020) : elle est notamment devancée par la Corée du Sud (4,8 %), les États-Unis (3,4 %) et le Japon (3,3 %). Au sein de l’UE, elle est de nouveau devancée par les pays scandinaves, par l’Allemagne, la Belgique et l’Autriche, tous ces pays ayant des ratios supérieurs ou égaux à 3% du PIB. La France souffrirait de deux principaux écueils : la faiblesse des financements alloués aux chercheurs et la faiblesse de leur rémunération. En outre, ce qui ferait la force des États-Unis, ce sont tous les autres financements alloués à la recherche fondamentale par des agences publiques (National Science Foundation, National Institute of Health, NASA, Defense Advanced Research Projects Agency…) et des institutions de mécénat. Les trois plus grandes de ces institutions disposaient d’un budget de 78 milliards d’euros pour la recherche en 2022, contre 11 milliards en France pour l’ensemble des grands opérateurs de recherche.

Une partie du phénomène de la mondialisation observé au cours des dernières décennies a été l’internationalisation croissante des dépenses de R&D. Ce phénomène peut avoir des avantages pour les économies d’accueil ainsi que pour les entreprises multinationales qui effectuent recherche à l’étranger, notamment en termes de transfert de connaissances. Dans l’industrie et la construction, les entreprises à capitaux étrangers ont réalisé la moitié de l’ensemble des dépenses de R&D intra-muros en 2019 dans sept des États membres de l’UE, à savoir, la Suède, la Hongrie, l’Autriche, Pologne, la République tchèque, l’Irlande et la Slovaquie. À l’autre extrémité de la fourchette, près de quatre cinquième des dépenses totales de R&D dans l’industrie et la construction ont été effectuées par entreprises nationales au Danemark et en Bulgarie, avec une part encore plus élevée en Allemagne (81,8 %).

Dépenses intra-muros de R&D dans l’industrie et la construction (%, part du total des dépenses intra-muros selon le contrôle de l’entreprise, 2019)

Source : Eurostat

 

 

 

 

 

 

 

 

b) Les logiciels et autres actifs immatériels

Des études de France Stratégie et La Fabrique de l’industrie formulent une hypothèse originale [9]  : « Les entreprises françaises mettent bien davantage de moyens que leurs concurrentes dans l’investissement immatériel au sens large, tout d’abord dans les logiciels (qu’ils soient comptables, RH, pour modéliser une production, etc,..). À l’inverse, le niveau d’investissement hexagonal en machines et équipements serait plus faible que celui des autres pays européens ».

« Mais cette singularité française proviendrait d’abord des pratiques de comptabilisation des investissements en logiciels et bases de données, différentes selon les offices statistiques nationaux. On estime à presque  8 milliards d’euros l’ampleur de l’écart séparant la FBCF française en logiciels de la norme représentée par les pays analogues, soit autour de  13% de l’investissement total du secteur manufacturier en comptabilité nationale. Cette singularité apparaîtrait dans tous les secteurs manufacturiers, et tout particulièrement dans les secteurs de fabrication des produits informatiques, électroniques, optiques et électriques et de fabrication des matériels de transport. Plus de la moitié de cette surévaluation provient de ces deux secteurs ».

« Toutefois il semble que cette singularité ne se réduise donc pas uniquement à un biais statistique ; les entreprises manufacturières françaises affichent, en effet, des dépenses informatiques plus élevées que celles de leurs homologues, relativement à leur valeur ajoutée. Ce supplément réel d’investissement dans les logiciels représenterait environ 2,8 milliards d’euros, soit un peu moins 5 % de la FBCF totale du secteur manufacturier, soit encore 30 à 40 % de l’écart total mentionné plus haut ».

Peut-on vérifier ces montants proposés ? En effet on parviendrait à peu près à ces 2,8 Mds en trop de  FBCF en logiciels soit 3,3 Mds en tenant compte de l’édition (voir fichier excel ci-dessous).

 

« Cet effort important peut provenir d’un poids plus important des grands groupes dans l’économie française, qui investissent relativement plus dans l’immatériel. Les entreprises françaises conservent-elles une part notablement élevée de la conception en France ? Ce biais français vers la conception et la R&D est possiblement associé à une délocalisation plus forte de la production pour servir les marchés étrangers, ce qui diminue d’autant les exportations françaises sans qu’on puisse disposer de chiffres pour le vérifier. L’investissement matériel en machines et équipements se frait surtout à l’étranger; celui immatériel en France. Les données d’entreprises confirment le poids important des investissements immatériels dans l’investissement total en France, mais elles ne présentent pas la même tendance croissante que les données de la comptabilité nationale. En outre, elles mettent clairement en évidence la concentration des investissements immatériels au sein d’un petit nombre de grandes entreprises et la faiblesse de tels investissements parmi les entreprises de petite taille ou faiblement insérées à l’international. Le profil type d’une entreprise qui investit dans l’immatériel serait en effet celui d’une entreprise appartenant à un groupe, exportatrice et importatrice, dont les investissements matériels sont élevés« .

Décomposition du taux d’investissement du secteur manufacturier selon quatre destinations (2015)

Source : EU KLEMS.
Note : Données 2014 pour l’Italie et la Suède.
Dans cette figure, les machines et équipements intègrent les équipements informatiques et de communication, les équipements de transport et les machines et équipements, la construction comprend la construction non résidentielle, et la R&D inclut la propriété intellectuelle. Le processus d’harmonisation des données de R&D dans la comptabilité nationale se base sur le manuel de Frascati (OCDE, 2016).

 

 

 

 

c/ Synthèse générale et propositions

La proposition de la FBCF globale et de la matrice de FBCF est expliquée dans la page la FBCF. On explicite la méthode de ventilation de la FBCF en logiciels-édition en tenant compte que celle-ci serait globalement surestimée de l’ordre de 11 Mds en 2017 dont 3,4 Mds dans l’industrie y.c. énergie (0,4 Md pour le produit édition, 3 Mds pour les logiciels). On estime ainsi à 8,5 Mds la FBCF en logiciels et base de données et à 2,3 Mds celle en produit d’édition soit un total de 10,8  Mds au lieu de 14,2 Mds en 2017 dans la matrice FBCF produit-branche de la base actuelle des comptes français.

Plutôt que de se caler seulement sur la moyenne des autres pays en % de la valeur ajoutée, on propose de retenir aussi le ratio investissements en logiciel / investissement totaux et de se rapprocher non de la moyenne des pays mais de ceux de la borne supérieure.  Ceci conduit à n’en retirer que 3,3 Mds pour se rapprocher du pourcentage des investissements immatériels (droits de propriété intellectuelle) en Allemagne et au Danemark dans les investissements totaux de l’industrie y.c. énergie de ces 2 pays.  Ce sont ceux où la part de cet investissement dépasse 40% comme en France.

Il faut en effet tenir compte qu’on propose une baisse de la FBCF en R&D de quelques 6 Mds du fait d’un double compte avec les logiciels qui se répercute sur la FBCF par l’industrie (-2,6 Mds). Concernant la R&D, les industriels français (y.c. énergie) y consacraient 7,8% en retirant le double compte (au lieu de 8,7% sans correction) de leur valeur ajoutée en 2017, contre 7,7 % pour les Allemands (tableau suivant).  Ce pourcentage proposé pour la R&D est à confirmer, l’enquête du MESR permettant de ventiler la FBCF en R&D par branche. On estime ici que la FBCF en R&D est globalement surestimée de 6 Mds en 2017 dont  2,6 Mds investis en trop par l’industrie.

Avec ces modifications, le taux d’investissement de l’industrie y c. énergie passe de 30,3% à 28,3% contre 25,1% dans le total des principaux pays (tableau suivant). Il faut d’ailleurs retirer de la FBCF en logiciel à 2 autres ensembles de branche : Information et communication (NACE J) et  les activités spécialisées, scientifiques et techniques; activités de services administratifs et de soutien (NACE M-N) pour obtenir une baisse proposée  de 9 Mds de la FBCF en logiciels et édition.

Les deux tableaux suivants reprennent les caractéristiques de l’investissement (FBCF / VA) dans l’industrie en diminuant le niveau de la France pour ceux en droit de propriété intellectuelle (- 6 Mds en 2017 dont -2,6 Mds pour la R&D,  -3,4 Mds pour l’édition, les logiciels et bases de données), et en rajoutant 2,2 Mds d’investissement en machines. On distingue les 3 grands groupes d’investissements : construction (1), matériels (2), droits de propriété intellectuelle (3).

On note que avant ces corrections qui diminuent pourtant fortement la FBCF en ces produits, la France est le seul pays (avec le Royaume-Uni) où la part de la FBCF en droits de propriété intellectuelle serait nettement supérieure à celle en matériels : 14,2% de la VA contre 12,2% en matériel. En Allemagne, ces ratios sont respectivement de 8,4% et8,8% et en Italie de 6,3% et 15,4%.

On conclut que l’intensité de R&D n’est pas vraiment moins élevée en France. Mais il convient encore une fois de prendre avec beaucoup de prudence ces données des comptes nationaux. Les autres pays ont ils des données plus fiables ?

De leur coté, les dépenses informatiques représentent 5,5% de la valeur ajoutée manufacturière en France. Aux Pays-Bas, ce pourcentage n’est que de 3,5%. Dans les autres pays il est en dessous de 2,5% (0,7% en Allemagne).

Tableau 41 Fbcf industrie par produit eurosat

 

Taux d’investissement en droits de propriété intellectuelle par l’industrie y.c. énergie (FBCF / VA) en %

Source : Eurostat et calculs de l’auteur pour France proposée

 

Part de la FBCF en différents actifs dans la FBCF totale de l’industrie y.c. énergie en 2017 en %

Source : Eurostat et calculs de l’auteur pour France proposée

En conclusion, le surinvestissement immatériel constaté des entreprises Françaises industrielles serait pour partie le fait de mode de mesure différent. Il ne concernerait que l’industrie au sens strict et pas l’énergie. Pour l’ensemble énergie-industrie, le ratio de la part des droits de propriété intellectuelle est certes le plus élevé en France (47% en 2017) (graphique suivant). Mais ce ratio est de 43% en Allemagne et au Danemark. L’écart est toutefois bien plus élevée pour la seule Industrie (63,2% en France contre 50% en Allemagne).

Le taux d’investissement (FBCF /VA) de l’industrie-énergie passerait de 30,3% à 28,3% en France avec ces propositions (27,9% dans l’UE des 27 pays) (voir page la FBCF)

Part de la FBCF en droits de propriété intellectuelle dans la FBCF totale de l’industrie-énergie en 2017 en %


 

 

 

 

IX – L’INDUSTRIE ET LES SERVICES

La frontière entre industrie et services s’estompe progressivement en raison de bouleversements technologiques, organisationnels et de modèles d’affaires.

  • D’une part, les entreprises industrielles achètent, produisent et vendent une part croissante de services.
  • D’autre part, les dernières décennies ont marqué l’essor d’activités de services (informatique, télécommunications, services d’information, etc.) qui partagent des caractéristiques similaires à celles des activités industrielles.

Le constat d’une interpénétration croissante de l’industrie et des services invite à réexaminer le périmètre statistique de l’industrie et, partant, celui du champ d’application de la politique industrielle. Pour ce faire, il faudrait affecter à l’industrie, les emplois de services  externalisés par l’industrie. Ainsi adopter une vision moderne de l’industrie conduit à revoir à la hausse son poids dans l’économie.

Mais ces mouvements ne se produisent pas qu’en France : en Italie, Belgique, Pays-Bas, Allemagne l’externalisation de services est du même ordre de grandeur su moins pour les services aux entreprises traités en consommations intermédiaires en comptabilité nationale (donc hors logiciel, R&D traités en FBCF et hors commerce traité en marge commerciale et non en CI).

On observerait deux mouvements essentiels en France et en Europe dans l’industrie. le recentrage sur le cœur de métier et l’externalisation des services.

Ces deux mouvements sont très difficiles à quantifier. Le premier mouvement n’est pas facile à analyser. En réalité, les entreprises industrielles (et surtout les groupes) développent des activités de services. Il est possible aussi que la hausse des coefficients techniques de services (rapport CI de services /production d’une branche de l’industrie) s’accompagne d’une diversification vers les services

 

 

 

1/ Diversification des groupes industriels vers les services, recentrage et externalisation des services

a) Le recentrage industriel sur le cœur de métier et la diversification vers des services

Le recentrage sur le cœur de métier est le premier mouvement. Il pourrait concerner à la fois le délestage d’activités industrielles mais aussi celui des services. La question est de savoir dans quelle proportion ? Dans le premier cas de figure on trouve par exemple l’entreprise Essilor qui  décide de se recentrer sur la fabrication des verres ophtalmiques après avoir cédé les montures, son activité d’origine. L’entreprise perd du terrain sur ce dernier marché et les deux métiers diffèrent de plus en plus sur le plan technique et commercial. Une fois le virage pris, Essilor multiplie les investissements technologiques et les rachats d’entreprises, notamment aux États-Unis, et apporte de plus en plus de valeur ajoutée à ses produits pour asseoir son leadership mondial.

De quoi s’agit-il ? recentrage sur les compétences clés de l’entreprise pour affronter une situation concurrentielle durcie, recentrage sur les objectifs de rentabilité des investissements, recentrage sur les intérêts de l’actionnaire. Il s’ensuivrait une certaine logique des choix économiques : externalisation de services et sorties d’actifs, ouverture aux marchés financiers, promotion de la création de valeur, gouvernance vigilante des dirigeants par les actionnaires, etc. En ce sens, le recentrage désigne un modèle de croissance fondée sur le délestage de tous les actifs non nécessaires à l’exercice du cœur de métier et sur la financiarisation des critères de performance.

Très concrètement, une stratégie de recentrage a pour objectif de corriger un mouvement de diversification jugé trop intensif, et source de performance déclinante. Aussi, se recentrer sur son cœur de métier, se traduit par la cession des activités trop éloignées, et par une focalisation des investissements et des ressources sur celles qui sont le plus rentables, et pour lesquelles l’entreprise envisage un avantage concurrentiel durable. Dans cette optique, le recentrage traduit la diminution de l’étendue des activités de l’entreprise, mais pas forcément de sa taille : l’entreprise peut tout à fait continuer à croître, mais de manière sélective, c’est-à-dire en choisissant les activités qui s’inscrivent et viennent renforcer ce qu’elle définit comme son cœur de métier sans disperser ses efforts.

Mais la révolution digitale pousserait ces dernières années des entreprises comme Google, Apple, Facebook ou Amazon voire Samsung à diversifier leurs activités autour de leurs compétences technologiques dans des secteurs très différenciés. En  effet, avoir une définition trop rigide de son métier serait dangereux. Dans l’industrie, par exemple, le service déplace le centre de gravité de l’entreprise. Le cas de l’entreprise IBM est à cet égard éclairant : c’est toujours un spécialiste de l’informatique, mais il réalise aujourd’hui plus de 50 % de son chiffre d’affaires dans les services. Dans le luxe, certaines grandes marques comme Ralph Lauren ou Calvin Klein se déploient aussi bien dans l’univers de la maison que le prêt-à-porter ou le parfum, en faisant par la même occasion éclater les frontières traditionnelles entre distribution et fabrication

À partir des tableaux ressources-emplois d’Eurostat on estime la part des activité secondaires de services dans la production de secteurs de l’industrie et le coefficient technique de services par l’industrie (voir page Tableau entrées intermédiaires).

Il reste que la part de la production des activité secondaire de services des secteurs de l’industrie n’a cessé de progressé dans les différents pays étudiés entre 2010 et 2018 même si le coefficient technique des services par l’industrie a lui aussi augmenté. Les Pays-Bas font exception : stabilité du coefficient technique et baisse de la part des activités secondaires de services dans la production des secteurs de l’industrie.

 

Part des services dans la production des UL des secteurs d’activité de l’industrie dans l’UE des 28 pays en %

Mais les stratégies d’entreprises en matière de diversification s’observent mieux au niveau des groupes industriels (et non au niveau des UL) qui créent des filiales de services. En 2019, la moitié des UL des entreprises industrielles organisées en groupe appartiennent ainsi au secteur tertiaire (graphique suivant). Ces UL du tertiaire pèsent pour 20 % de la valeur ajoutée du secteur de l’industrie, ainsi que 15 % des investissements et des effectifs salariés du secteur. Les UL du secteur des services marchands représentent à elles seules les trois quarts de la dette financière (58 % pour les holding et sièges sociaux).

Spécialisation sectorielle des filiales composant les entreprises industrielles organisées en groupe en 2019

 

 

 

b) L’externalisation des services par l’industrie

Le second mouvement est l’externalisation des services voire de biens. Il s’agit d’externaliser tout ce qui n’est pas vital, sinon l’entreprise devient trop grosse et ingérable. Ainsi, 80 % de la commercialisation des équipements de certaines entreprise informatiques sont  aujourd’hui pris en charge par des partenaires extérieurs. La sous-traitance d’un nombre croissant de fonctions (industrielles ou tertiaires) de l’entreprise jugées non stratégiques accompagne bien souvent ce mouvement de recentrage. En fait, ce mouvement s’est quelque ralenti en France depuis 2000 (voir page  Secteur tertiaire).

L’externalisation des services peut traduire une désindustrialisation « artificielle » et  expliquer une baisse de la valeur ajoutée industrielle. En effet, si une entreprise industrielle a une activité auxiliaire de services, par exemple l’activité « expertise comptable », celle-ci est incluse dans la VA de l’entreprise industrielle et donc dans la VA industrielle. Si l’entreprise décide d’externaliser cette tâche, alors la VA de l’activité d’expertise comptable bascule dans la VA des services.

 

Mais ici aussi les mesures à partir des comptes nationaux sont très délicates : les principaux services externalisés ne sont pas traités en consommations intermédiaires par la comptabilité nationale. D’une part les logiciels  et la R&D sont traités en grande partie en FBCF. D’autre part le commerce (de gros notamment) et le transport de marchandises sont traités en marge (mais pas dans tous les pays pour ces derniers) et ne sont donc pas considérés comme une consommation intermédiaire par les branches, en particulier par l’industrie. Dès lors, les analyses visant à calculer le nombre d’emplois externalisés par l’industrie sont difficiles sauf si elles sont réalisées à partir du TES symétrique au prix de base qui affecte le commerce et les transports en consommations intermédiaires et non en marges (voir page TES Symétrique).

D’ailleurs le traitement en marges de transport date du SEC 1995. Avant les transports de marchandises étaient traités en CI. On peut toutefois se demander si les services en « amont » (R&D, conceptions,…) ont un rôle identique à ceux en « aval » (commerce, transport, publicité,…), lesquels ne modifient pas les caractéristiques du produit industriel. Mais le fait que la publicité ou le transport soient traités en CI dans certains pays comme l’Allemagne montrent bien que ces services sont indispensables à l’industrie.

Il faut enfin distinguer parmi les services aux entreprises ceux qui sont externalisés parce que très spécialisés comme les services juridiques, comptables, d’ingénierie ou de R&D et ceux qui sont externalisés pour des raisons de gestion financière (location, services liés à l’emploi, …), aussi dénommés activités administratives et de soutien . Ces derniers gonflent d’ailleurs artificiellement l’emploi dans les services aux entreprises au détriment de l’emploi de industrie, pour la partie des intérimaires qui y travaillent.

 

On voit que cette estimation nécessite de connaitre les consommations intermédiaires par l’industrie en services aux entreprises. Or on ne dispose que d’un tableau des entrées intermédiaires (TEI) agrégé mais ni d’une matrice produit-branche de FBCF (ventilant les produits R&D et logiciels par branche utilisatrice) ni non pas vraiment d’un TES symétrique permettant d’estimer la CI par l’industrie en produit commerce.

On parvient à 416 milliers d’emplois de services externalisés par l’industrie en 2016 pour les services aux entreprises, y compris la R&D et les services informatiques. Il manque en effet les emplois de services informatiques et logiciels, de R&D et surtout de commerce.

Il n ‘y a pas  destruction nette d’emplois, puisque ceux-ci sont transférés et même démultipliés dans le secteur des services, qui est leur place naturelle. De 1970 à 2013, l’industrie manufacturière a externalisé de plus en plus ses activités. Ainsi, les CI de services principalement marchands se sont accrues plus rapidement que la production, pesant sur la valeur ajoutée. Il apparaît d’ailleurs que cette évolution entre 1970 et le début des années 2000 ne soit pas le résultat d’une externalisation consistant à transférer vers les services des activités relevant auparavant de l’industrie (comptabilité, etc.). Elle traduit presque exclusivement une hausse du prix relatif des services, et non celle des volumes relatifs même si durant certaines périodes (2000-2007) la croissance en volume des CI de services par l’industrie  est plus importante que celle de tous les produits (graphique suivant). Le progrès technique à l’origine de la hausse du prix relatif des services est le facteur à l’œuvre dans cette évolution.

Mais le recours croissant de l’industrie manufacturière aux services aurait essentiellement eu lieu au cours des années 1990, puis aurait nettement ralenti : la part des CI des services principalement marchands de la branche manufacturière dans l’ensemble des CI de la branche a augmenté jusqu’en 2000, puis elle a nettement ralenti, avant de stagner de 2007 à 2013 malgré une reprise entre 2017 et 2019. Au total, elle a doublé pour atteindre 19 % en 2013. Le coefficient technique des services aux entreprises par l’industrie est d’ailleurs moins élevé en 2017 que dans d’autres pays : Pays Bas, Belgique, Italie,…. Ce n’était pas le cas au début des années 2000.

Évolution des consommations intermédiaires (CI) de la branche manufacturière en moyenne annuelle

 

En valeur les coefficients techniques en service par l’industrie en valeur  – hors les  transports car les transports de marchandises ne sont pas traités de la même manière en France et en Allemagne : marges de transport, CI en Allemagne (voire page Marges de transport) –  sont à peu près au même niveau en France, Italie, Belgique et Allemagne. Les CI de services représentent 13% de la production industrielle en 2018 en France.

 

Tableau 43 coefficient technique des services par l’industrie Eurosat

Coefficients techniques de services hors transports par l’industrie manufacturière en valeur en %

 

 

 

 

c) Diversification des entreprises vers des services et externalisation de services sont concomitants

Peut-on en conclure que les unités légales (UL) de l’industrie, à supposer que les TRE étrangers aient comme unités de base des UL et non des entreprises profilées (Profilage d’entreprise et TES), développent leurs activités de services en parallèle à l’externalisation des services (hausse du coefficient technique), indépendamment des filiales de services crées par les groupes industriels?

À partir des données d’Eurostat, on peut mesurer deux phénomènes : le poids des activités secondaires de services dans la production des secteurs de l’industrie à partir des unités légales (UL); les coefficients techniques de services par l’industrie (rapport des consommations intermédiaires de services divisées par la production de l’industrie). On pourrait penser que la hausse de ces derniers qui traduit l’externalisation de services (second mouvement) s’accompagne d’une diminution de la production des services par l’industrie. Il n’en est rien dans plusieurs pays.

Les services produits par l’industrie en forte hausse sont les services aux entreprises dénommés dans les nomenclature « Activités spécialisées, scientifiques et techniques« . Les « activités administratives et de soutien » sont aussi des services aux entreprises. Ils comprennent les sièges sociaux, les activités juridiques et comptables, les services d’ingénierie, la location, l’intérim etc,… . Ce sont aussi ces services dont les coefficients techniques par l’industrie en valeur augmentent souvent le plus entre 2010 et 2018 (tableau suivant).

 

Part des services dans la production des secteurs de l’industrie et coefficients techniques des services par l’industrie dans quelques pays en %

 

Le tableau précédent ne comprend pas la France d’une part parce que la France ne transmet pas à Eurostat une matrice de production produit-secteur d’activité. Cette matrice existe en France. Elle s’appelle la matrice secteur-branche. D’autre part, l’externalisation des services n’est pas vraiment comparable entre la France et les autres pays du fait que la France élabore un TES en branche pure alors que les autres pays font des TRE par secteur d’activité ou branche d’activité principale, (voir encadré suivant).

 

 

Diversification des activités secondaires et externalisation des services dans l’industrie en France et en Allemagne (exemple fictif montrant les difficultés des comparaisons internationales)

 

 

 

2/ Une analyse sur les consommations de services par les branches industrielles à partir du TES symétrique

Pour évaluer les CI en commerce, transport de marchandises, logiciels et R&D par l’industrie, on se réfère à une étude déjà mentionnée de France-Stratégie. Cette approche englobe les branches industrielles et les branches de services à l’industrie. Puisque les branches prestataires de services ne vendent qu’une fraction de leur production aux branches industrielles, une pondération peut être appliquée pour estimer le nombre d’emplois engagés principalement dans la prestation de services à l’industrie.

Le TEI symétrique (voir page TES Symétrique) permet de quantifier le poids des différents services absorbés par les branches industrielles au cours de leur processus de production (leurs consommations intermédiaires), ces achats de services résultant ou non d’un phénomène d’externalisation. Le commerce et les transports de marchandises sont traités comme CI dans le TES symétriques. L’analyse révèle que les consommations intermédiaires (CI) achetées par les branches industrielles s’élevaient en 2016 à 602 milliards d’euros, les deux tiers étant produites en France et un tiers importées. Les CI de l’industrie provenant de branches domestiques se composent principalement de biens industriels, cette autoconsommation représentant 50 % du total. La part des services s’élève quant à elle à 40 %, loin devant les CIachetées à l’agriculture (8,6 %) ou à la construction (0,9 %).

Part des ventes de services à l’industrie et poids de ces ventes dans le total des consommations intermédiaires de services par les branches industrielles

Ce graphique positionne les branches de services selon la part de leur production vendue à l’industrie (sous forme de CI) et le poids de ces ventes dans le total des CI de services par les branches industrielles. On peut distinguer quatre catégories. La première regroupe les services peu vendus (en proportion) à l’industrie et qui représentent une faible part du total des achats de l’industrie : il s’agit principalement de branches appartenant au secteur non marchand (administration publique, santé, etc.).

La deuxième catégorie regroupe les branches qui vendent une part substantielle de leur production à l’industrie, mais qui pèsent in fine assez peu dans les CI par l’industrie : on peut citer ici la branche « autres activités spécialisées scientifiques et techniques ». Vient ensuite un groupe au positionnement intermédiaire, notamment composé de la branche « transports et entreposage », vendant entre 10 % et 20 % de sa production à l’industrie et pesant pour une part similaire dans les achats de l’industrie. Enfin la branche « commerce ; réparation d’automobiles et de motocycles » est le premier poste de dépenses des branches industrielles.

Selon ces estimations, 1,3 million d’emplois étaient engagés dans les services à l’industrie en 2016, principalement concentrés dans les branches « Commerce, réparation d’automobiles et de motocycles » (451 000), « Activités de services administratifs et de soutien » (319 000), « Activités juridiques, comptables, de gestion, d’architecture, d’ingénierie, de contrôle et d’analyses techniques » (131 000) et « Transports et entreposage » (+123 000).

Comme déjà dit, les dépenses en R & D sont comptabilisées comme des dépenses d’investissement et non comme des dépenses de consommations intermédiaires. Compte tenu de l’importance des dépenses de R & D dans l’industrie, on peut vouloir intégrer les emplois correspondants aux services à l’industrie déjà identifiés. En 2016, les branches industrielles réalisaient 50 % de la dépense intérieure de recherche et de développement (DIRD). .On peut considérer que la moitié des emplois de la branche « recherche-développement scientifique » – soit un effectif de 218 000 – sont rattachables aux services à l’industrie.

Si on ajoute ces emplois à ceux des branches industrielles traditionnelles, le nombre d’emplois industriels augmente de façon spectaculaire, passant de 2,9 à 4,3 millions, jusqu’à représenter 16 % de l’emploi total en France.

 

Estimation du nombre d’emplois de services à l’industrie en 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

X – QUELLE POLITIQUE INDUSTRIELLE POUR UN PAYS AVEC DES « ENTREPRISES SANS USINES » ?

Vingt ans après on y est : en juin 2001, le PDG d’Alcatel, S. Tchuruk, annonce dans un entretien au Wall Street Journal son intention de faire de son entreprise un groupe « sans usines ». Dans ce modèle, tout ce qui est considéré comme une unité de production rigide est assimilé à de la faiblesse et doit être externalisé. Flexibilité et liquidité sont les maîtres mots d’une telle entreprise débarrassée de ses usines mais aussi, si la logique est poussée jusqu’au bout, vidée de ses salariés, ceux-ci devenant alors des sortes d’intermittents du spectacle. Nous sommes là dans une vision totalement réductrice qui ne peut satisfaire que les tenants d’une représentation de l’entreprise limitée à un centre de profit.

Et on  a beau dire qu’il faut tenir compte des emplois externalisés pour nuancer la désindustrialisation; ceci ne change rien car le coefficient technique des services par l’industrie n’est pas vraiment plus élevé qu’ailleurs (voir page Secteur tertiaire). La France s’est désindustrialisée bien plus que les pays européens.  Or les services ne peuvent exister que si il y a une industrie.

De par la nature même de son processus de production, l’industrie joue un rôle déterminant dans le développement de l’activité économique (sous-traitance industrielle, transport, commerce, etc.) ce qui génère un nombre significatif d’emplois directs et indirects. Par exemple, l’industrie automobile, en plus de ses effectifs propres, génère des emplois en amont (fournisseurs industriels ou de services) et en aval (concessionnaires, garages, etc.). Cet effet d’entrainement, ou multiplicateur, peut être estimé à l’aide des TES symétriques de la comptabilité nationale. Sans surprise, l’industrie apparaît comme le secteur ayant l’impact le plus fort avec un multiplicateur supérieur à 2 (emplois indirects), alors qu’il ressort à 1,8 dans la construction et à 1,5 dans les services. Dit autrement, un emploi dans l’industrie implique plus de deux emplois dans les autres branches d’activité, sans compter les emplois induits dans l’économie (voir page TES Symétrique).

 

 

1/ Un tissu productif trop concentré

Mille raisons expliquent cette France « sans usines » : de la stabilité de la production industrielle entre 2000 et 2021 à la  baisse des effectifs de 25% sur la même période, de l’absence de soudeurs dans les centrales nucléaires à la libéralisation du marché de l’électricité (et plus généralement la financiarisation de l’économie) ou au déficit abyssal du commerce extérieur des biens hors agriculture de près de 150 Mds d’euros en 2022 en passant par la relative faiblesse de l’investissement en machines et équipements, surtout en robots, une rentabilité plus faible que dans les autres pays, une formation continue insuffisante, les délocalisations, l’absence de consensus en France entre syndicats et patronat, les choix stratégiques industriels faits par des politiques mal conseillés ou sous la pression de financiers et de mouvements divers, la désertification des territoiresdes PME et TPE industrielles n’ont cessé de disparaître, pas assez d’entreprises de taille moyenne exportatrices, etc…

En Italie et en Allemagne on en trouve beaucoup dans chaque petite ville. En Corée du Sud et au Japon, c’est tout un État qui soutient son industrie [10]. En France il n’y a pas un Ministère de l’industrie à part entière sans qu’on puisse dire si sa création relancerait l’industrie. C’est en 1997 que cette fonction disparaît en tant que telle. Elle ne réapparaîtra qu’en 2012 avec le Ministère du redressement productif et du numérique. Dans plusieurs pays, il y a un ministre de l’industrie (Corée du Sud, Japon, Inde, Australie, Suède, Tchéquie, Russie,…). Il est vrai que ce ministère n’existe pas dans la plupart des pays de l’UE. Comme en France, il y a souvent un ministre délégué chargé de l’industrie auprès du Ministère de l’Économie et des Finances. Mais la désindustrialisation par pays touche surtout la France, beaucoup moins les autres pays.

L’Allemagne a ainsi ses entreprises de taille intermédiaire du Mittelstand, les Etats-Unis leur esprit d’entreprendre, l’Italie ses régions, et la France a ses grandes entreprises multinationales », résume l’économiste V. Vicard. Dans le top 500 des plus grandes entreprises mondiales par l’importance de leur chiffre d’affaires, l’Hexagone compte autant de champions que l’Allemagne, qui est pourtant une plus grande économie, et bien davantage que le Royaume-Uni ou même près de cinq fois plus que l’Italie ! Idem, parmi les 50 plus grandes cotations boursières de la zone euro, 19 sont françaises, 14 allemandes, 6 espagnoles et 5 italiennes.

Ce poids des multinationales françaises se fait ressentir sur leur marché domestique : quelque 90 grandes entreprises industrielles emploient un tiers des salariés et sont à l’origine de 42 % de la valeur ajoutée du secteur. Elles concentrent aussi 62 % du chiffre d’affaires à l’expor­tation des produits industriels. Mais il y a un revers à la médaille : le faible nombre d’entreprises de taille intermédiaire (ETI) (voir page Comptes de l’industrie).

Cette catégorie, à mi-chemin entre la PME et la grande entreprise, englobe les sociétés avec un effectif ­compris entre 250 et 5 000 salariés. Alors que l’Allemagne en compte 12 000 et le Royaume-Uni 10 000, la France en liste moins de 6 000. Ces ETI sont en partie ce qui fait la force de l’industrie allemande, le fameux Mittelstand, un tissu productif ancré sur le territoire et perçu comme résistant mieux aux crises.

Cette concentration de l’appareil productif se retrouve dans la spécialisation économique française. Quelques secteurs dominent largement : l’aéronautique (13 % de nos exportations), les cosmétiques (12 %) et le luxe (voir page Échanges extérieurs). En caricaturant, l’usine France apparaît portée par la produc­tion d’un éventail restreint de produits : l’A350, des parfums, du cognac ou encore des sacs de luxe, écoulés par quelques fleurons, Airbus, L’Oréal, LVMH (Louis Vuitton, Dior, Guerlain, Moët & Chandon, Ruinart…) ou Kering (Gucci, Yves Saint Laurent, Boucheron…). La performance de ces leaders mondiaux sur leurs secteurs est à la fois une force et une faiblesse pour la France. Elle profite évidemment à leurs salariés et aux territoires où ils sont implantés, mais elle rend aussi l’économie beaucoup plus dépendante de la stratégie d’une poignée d’entreprises. Selon l’adage bien connu : « Quand Airbus tousse, c’est la région Sud-Ouest qui s’enrhume. »

Cette dépendance est d’autant plus critique que, comparées à leurs homologues européennes, les firmes hexagonales ont plus souvent manié la délocalisation pour conquérir de nouveaux marchés. Si bien qu’aujourd’hui, les multinationales françaises comptent près de 50 000 filiales à l’étranger, contre 35 000 pour les britanniques et moins de 30 000 pour les allemandes. Et elles emploient plus de la moitié (56 %) de leurs effectifs à l’étranger, soit 6,4 millions de salariés (voir page Chaînes de valeur mondiales).

Cette internationalisation très poussée s’est traduite dans un certain nombre de secteurs par une baisse des volumes produits sur le territoire national. L’industrie automobile en est sûrement le meilleur exemple : le nombre de voitures sorties des usines françaises est passé de 3,7 millions en 2004 à 2 millions aujourd’hui. Une décroissance des volumes qui met à mal les économies d’échelle et donc la compétitivité de l’usine France.

Sur ce point, la comparaison avec l’Allemagne est aussi intéressante, puisque notre voisin a réussi dans l’ensemble à conserver les activités de production de son industrie, notamment parce que son ancrage territorial y est bien différent. Là où la France se distingue par son centralisme, avec 28 des 31 plus grandes entreprises ayant leur siège social en Ile-de-France, le paysage industriel outre-Rhin se révèle bien mieux réparti sur le territoire, avec 10 sièges sociaux en Rhénanie du Nord, 4 en Bavière, 5 dans le Bade-Wurtemberg, etc. Les centres de décision y sont ainsi moins éloignés des usines. La gouvernance y est aussi différente, avec des conseils d’administration des grandes firmes allemandes composés à moitié de représentants des salariés. Cette plus grande proximité géographique et sociale favorise un meilleur ancrage territorial, plus propice au maintien de l’appareil productif.

Il reste qu’en Allemagne, les politiques publiques ont notoirement permis de maintenir un très fort socle industriel, tout en évitant pendant longtemps de se réclamer explicitement de la politique industrielle. Les États-Unis tentent de préserver et renouveler leur leadership technologique, tout en revitalisant leur industrie. La politique industrielle italienne a elle aussi traversé une longue période de déclin mais elle est riche d’enseignements à maints égards.  Le Royaume-Uni présente bien des points communs avec celui de la France, dans la mesure notamment où ces deux pays sont confrontés à une désindustrialisation d’ampleur comparable.

Enfin les entreprises allemandes du Mittelstand ont été soutenues par leurs Sparkassen, les PME lombardes par leurs Banco Populare locales; leurs sièges ssociax étaient dans les petites villes , ceux de leurs donneurs d’ordre dans les villes moyennes, tout cet ensemble reposant dans un sysyème immuni à la financiarisation, moins influençable parce que provinccial.

 

 

 

 

2/ les politiques industrielles à l’étranger [10]

On s’efforce de présenter ici les politiques industrielles des pays qui ont mieux réussi que la Franec à préserver leur industrie. Les crises actuelles (Ukraine, Taiwan,..) peuvent remettre en question certaines observations qui ressortent des  atouts industriels et des politiques des pays étudiés. On tente néanmoins de dégager quelques conclusions permettant de savoir pourquoi ces pays ont su maintenir leur industrie soit globalement, soit dans telle ou telle branche..

Les pays diffèrent quant à la manière dont ils tentent ou non d’orienter leur spécialisation industrielle en direction de tel secteur ou de tel type de technologie, en réponse à des besoin sociétaux ou économiques identifiés. Certains pays privilégient des politiques principalement de type horizontal, c’est-à-dire composées de dispositifs transversaux qui façonnent le cadre général des affaires (réglementation, système de normalisation, système de propriété intellectuelle, etc.). D’autres au contraire recourent plus volontiers à des mesures directes et procèdent d’une volonté de ciblage en termes de choix technologique ou sectoriel (politique de type vertical). De même, certains privilégient des politiques plutôt défensives, visant à protéger ou renforcer les structures existantes, voire à soutenir des entreprises ou secteurs déclinants ou en difficulté (sidérurgie, textile, etc.). D’autres sont plus offensifs et s’attachent à faire évoluer leur spécialisation en misant notamment sur l’émergence de nouveaux domaines d’activité (robotique, nanotechnologies, etc.).

Au-delà des évaluations concernant des dispositifs individuels, il n’existe guère de données chiffrées agrégées permettant d’objectiver les points communs et différences qui existent entre les politiques industrielles respectivement menées dans les pays considérés. L’un des rares éléments disponibles découle du tableau de bord publié par la Commission européenne sur les grands objectifs poursuivis par les pouvoirs publics dans les États membres à travers leurs aides d’État. Certes, les statistiques publiées ne permettent pas de détailler ces données par secteurs d’activité. Elles n’en donnent pas moins un aperçu approximatif des aides publiques à l’industrie, en niveau et en évolution temporelle.

Les données européennes relatives à l’année 2018 et sur la période 2000- 2018 font ressortir plusieurs constats d’ensemble. Tout d’abord, les politiques « verticales » à ciblage sectoriel, qui en France représentaient au début des années 2000 un peu plus du quart du total des aides d’État, semblent désormais très minoritaires. Cela vaut plus encore en Allemagne, au Royaume-Uni et en Italie. Toutefois cette dimension de ciblage sectoriel n’est nullement révolue en Allemagne. En termes d’affichage politique, en tout cas, la tendance observée ces dernières années voit même s’affirmer le caractère volontariste de la politique industrielle allemande et, de façon liée, sa dimension verticale.

L’analyse montre en outre que la part relative des aides aux PME (y compris via le capital-risque) tend plutôt à décroître dans le temps, même si elle reste assez élevée au Royaume-Uni et en Italie. Enfin, les aides d’État comportent de plus en plus une composante « environnementale ». C’est surtout le cas au Royaume-Uni et en Allemagne. Dans ce pays, l’objectif de la protection de  l’environnement ou des économies d’énergie représente depuis 2014 plus des trois quarts des aides d’État ainsi recensées.

Ces indications chiffrées sur les grands objectifs des aides d’État doivent cependant être interprétées avec prudence, pour au moins deux raisons liées. La première tient à ce que le fait d’assigner un objectif à un dispositif d’aide est loin d’être toujours évident en pratique. La seconde découle du système de dérogations qui est géré par la Commission européenne, pour s’assurer que les aides d’États sont compatibles avec le marché intérieur. Or, il se trouve que l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Italie ont utilisé plus systématiquement les régimes d’exemption qui permettent à un pays d’éviter ce contrôle européen quand l’aide d’État considérée correspond à certains objectifs. Cela explique que la grande majorité des aides notifiées par les États membres de l’UE corresponde désormais à quatre grands objectifs donnant droit à exemption : aides régionales, aides à la R&D, aides aux PME, aides pour la protection de l’environnement et les économies d’énergie.

La structure des aides d’État par grands objectifs, en France  (en % du total des aides)

La structure des aides d’État par grands objectifs, en Allemagne (en % du total des aides)

La structure des aides d’État par grands objectifs, en Italie (en % du total des aides)

 

 

La structure des aides d’État par grands objectifs, en comparaison internationale et en 2018 (en pourcentage du total des aides)

 

 

a) L’Allemagne

Quelques statistiques clés sur l’industrie en Allemagne

 

Il s’agit de façonner les structures générales dans lesquelles s’insèrent les entreprises et de renforcer les facteurs génériques de la compétitivité allemande que sont notamment les compétences de la population et l’innovation technologique, notamment en investissant dans l’enseignement supérieur et la recherche, le système de formation professionnelle en alternance , etc. C’est dans cette perspective que les pouvoirs publics ont beaucoup thématisé, surtout depuis les années 1990, la promotion de l’Allemagne comme site de production industrielle . Ainsi, la politique industrielle allemande est très largement présentée par les responsables de ce pays comme une politique du « site de production », au sens d’une politique protéiforme œuvrant à la compétitivité du système productif, via l’amélioration des conditions de production, et à l’attractivité du territoire national.

Plus encore, il existe de longue date une pratique qui dans la terminologie allemande est désignée par la notion de « politique structurelle ». Elle recouvre un ensemble d’actions qui visent à renforcer l’appareil productif en faisant évoluer ses structures, notamment sous l’angle sectoriel et technologique. En Allemagne, la plupart des experts plaident à ce sujet pour une politique structurelle orientée vers l’innovation. Cette politique allemande en faveur de l’industrie et de l’innovation a plusieurs caractéristiques majeures. L’une est sa dimension principalement horizontale, même si quelques composantes de ciblage vertical peuvent être identifiées, en particulier dans la période récente.

L’action publique se combine en général avec celle d’acteurs privés : fédérations professionnelles et patronales, syndicats de salariés, centres de recherche, centres techniques, etc. La coopération entre acteurs publics et privés est au centre de la politique allemande en faveur de l’industrie et de l’innovation. Cette approche est ainsi largement axée sur la coopération entre acteurs. Le caractère généralement tacite et subsidiaire de cette politique repose sur la grande force dont l’appareil industriel allemand fait preuve dans son ensemble.

Alors que le choc de l’unification allemande avait dans les années 1990 provoqué ou révélé certaines de ses fragilités, l’industrie (ouest-)allemande a pu se rétablir durablement à la faveur des politiques menées dans les années 2000. Cela tient notamment aux réformes du marché du travail qui ont été menées sous le second mandat du chancelier G. Schröder (réformes Hartz de la période 2003-2005). Il s’agit aussi des mesures fiscales prises lors du premier mandat d’A. Merkel, qui se sont apparentées en 2007 à une logique de « TVA sociale », avec un surcroît d’impôt indirect  sur la consommation des ménages combiné à un allègement de l’impôt sur les sociétés et des cotisation sociales employeurs.

Depuis une trentaine d’années, la politique structurelle fédérale est en grande partie passée par des mesures en faveur de l’innovation et du développement technologique. En Allemagne, la DIRD rapportée au PIB dépasse 3% pour espérer atteindre l’objectif de 3,5 % en 2025. Au-delà de cette volonté réaffirmée d’accroître l’effort général en faveur de la R & D, l’action des pouvoirs publics en matière d’innovation a aussi une forte dimension transversale : elle passe d’abord par des dispositifs promouvant l’innovation partenariale et la mise en réseau des acteurs concernés, en particulier entre les entreprises et les organismes publics de recherche, de même qu’en direction des PME.

La grande force du système allemand dinnovation réside ainsi dans sa capacité à adapter les inventions aux besoins de l’industrie et à les diffuser à travers l’appareil productif. Pour cela, il promeut l’innovation dans des domaines déjà bien établis tout en recombinant des éléments de ces derniers pour permettre l’essor de nouvelles activités. L’État fédéral et les Länder jouent un rôle critique concernant ces mécanismes de diffusion de l’innovation technologique.

En Allemagne, le besoin de faire émerger et d’adopter des normes techniques exigeantes est bien compris par les différents acteurs du système d’innovation et de production. C’est notamment le cas pour les entreprises de différentes tailles soucieuses d’acquérir des positions fortes face à la concurrence internationale. Dans certains secteurs emblématiques de spécialisation industrielle, dont la construction mécanique et l’électrotechnique, même les PME sont actives dans les processus de normalisation, en particulier parce qu’elles y trouvent un moyen d’accéder au savoir technologique des autres parties prenantes. La densité des relations qui existent entre ces acteurs facilite les échanges de savoir, avec le rôle clé de coordination joué par les fédérations professionnelles.

En matière de propriété industrielle, le rôle des pouvoirs publics passe surtout par le cadre institutionnel. Deux offices sont réputés pour la rigueur avec laquelle ils procèdent à l’examen des demandes de brevet, de sorte qu’un brevet délivré à l’issue de ce processus a de bonnes chances d’être considéré comme valide en cas d’action en justice. L’Allemagne se distingue aussi par les particularités de son système judiciaire (qualité des juges, coût des procédures, etc.). Il en découle que, lorsqu’une entreprise européenne cherche un lieu privilégié pour trancher un litige en matière de propriété industrielle, elle a tendance à localiser en Allemagne cette action en justice. Cela s’explique à la fois par la taille du marché de ce pays et par le fait que le montant moyen des dommages et intérêts relatifs à ce type d’affaire y dépasse considérablement celui qui s’observe dans d’autres pays tels que la France.

Engagée il y a une vingtaine d’années, la stratégie allemande de transition énergétique relève en grande partie de la politique industrielle, notamment car elle intègre fortement les besoins de l’industrie. Le financement de la politique de transition climatique repose ainsi pour une part relativement importante sur les ménages à bas revenus  tandis qu’en sont largement exemptées  les entreprises grandes consommatrices d’énergie, afin de préserver leur compétitivité.

Un bon exemple cette politique est donné par la stratégie nationale en matière d’hydrogène. Cette stratégie  (pile à combustible, etc.) vise à la fois à renforcer sur ce plan la position des industriels allemands et à promouvoir les énergies renouvelables dans le pays. Alors que 700 millions d’euros d’aides publiques ont déjà été alloués récemment à l’innovation dans ce domaine technologique, c’est désormais un total de deux milliards d’euros qui est envisagé d’ici 2026. Cette stratégie semble notamment s’efforcer de ne pas refaire les erreurs qui ont été commises dans d’autres domaines des énergies renouvelables et en particulier le photovoltaïque, où les aides publiques n’ont permis que l’essor fugace d’une filière allemande, avant que les chaînes de valeur ajoutée ne basculent à l’étranger. Plus récemment encore, le gouvernement fédéral a fait part de son intention d’allouer au développement des technologies de l’hydrogène 9 des 130 milliards d’euros annoncés pour le plan de relance post-Covid-19, avec pour objectif de faire de l’Allemagne le numéro un mondial dans ce domaine d’ici une décennie.

Depuis le milieu des années 1990, les éléments consacrés à la soutenabilité environnementale, à l’efficience énergétique et aux énergies renouvelables ont représenté en Allemagne près de la moitié du total des dépenses publiques de politique industrielle. Au sein de ces aides d’État, celles qui sont consacrées à la protection de l’environnement (y compris les économies d’énergie) ont dans l’ensemble vu leur poids relatif croître très fortement en Allemagne ces dernières années. En 2017 comme en 2018, elles ont représenté au total près de 1,2 % du PIB en Allemagne, soit un point de pourcentage de PIB de plus qu’en 2013 et six fois plus qu’en France et au Royaume-Uni (graphique suivant).

Les aides d’État pour la protection de l’environnement, y compris les économies d’énergie (en% du PIB)

 

Le plan de O. Scholz de 200 milliards d’euros annoncé par l’Allemagne à l’automne 2022 pour plafonner les prix de l’énergie et soulager les consommateurs allemands face à l’inflation galopante montre les moyens de l’Allemagne et l’importance qu’elle accorde à son industrie. Le montant et le caractère non coordonné de son initiative ont fait craindre à certains pays membres des distorsions de concurrence, car tous les États européens ne peuvent pas débloquer une telle somme pour défendre leurs entreprises. Le gouvernement a par ailleurs refusé la mise en place au niveau européen de nouveaux instruments d’emprunts communs pour répondre à la crise, à l’instar du plan de relance post-Covid de 2020. Il appelle à utiliser plutôt les sommes débloquées en 2020, dont une grande partie n’a pas encore été dépensée par les États européens.

 

 

 

 

 

b) Les États-Unis

 

Quelques statistiques clés sur l’industrie aux États-Unis

 

Aux États-Unis, la politique industrielle de l’État fédéral est le plus souvent implicite et relève de ce qui a été qualifié d’« interventionnisme libéral ». Le système national d’innovation et de production y est dominé par le rôle central des initiatives privées. Pour autant, les pouvoirs publics y conservent un poids important, notamment sous l’angle du cadre institutionnel en matière de science et technologie. Ils le font notamment à travers des universités d’excellence, qui jouissent d’un très grand degré d’autonomie. Cela passe également par l’agence de moyens National Science Foundation (NSF) concernant la recherche fondamentale, ainsi que via de puissantes agences fédérales (DARPA, NIH, NASA, NSA, etc.), qui ont les moyens de donner au pays de grandes orientations en matière de choix technologiques. De surcroît, les États fédérés  jouent eux aussi un rôle qui se révèle souvent décisif, pour renforcer l’attractivité des systèmes territoriaux d’innovation et de production.

De la part des pouvoirs publics, il faut bien distinguer la politique d’innovation de la politique industrielle. Cela revient à dire que la politique publique devrait se garder de sélectionner des entreprises, technologies ou secteurs individuels et devrait plutôt s’en tenir à une politique en faveur du système d’innovation dans son ensemble. C’est-à-dire à une politique qui promeut les conditions-cadres et les infrastructures (le cadre fiscal, les conditions de concurrence, les compétences, la capacité scientifique, les structures d’interface pour le transfert technologique vers les entreprises, etc.) et tout au plus un certain nombre de technologies génériques ou secteurs clés (internet, nanotechnologies, etc.).

Sous D. Trump, le cours général de la politique fiscale est devenu plus favorable, avec pour but affiché de revitaliser l’industrie américaine. La réforme de l’impôt sur les sociétés qui a été votée en décembre 2017 a en particulier fait passer le taux nominal de l’impôt sur les sociétés (IS) de 35 % à 21 %, soit en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE.

Aux États-Unis, un autre important axe de l’action des pouvoirs publics américains en faveur de l’innovation industrielle passe par la commande publique. Mentionnée comme relevant des bonnes pratiques, la Small business administration (SBA) a été créée pour apporter aux PME des garanties pour leurs emprunts. La SBA offre par exemple des garanties à l’exportation, dans le cadre du SBA Export Express Loan Program.  Il faut aussi mentionner le programme Small Business Innovation Research (SBIR). Lancé sous l’administration Reagan en 1982 et doté d’une gestion décentralisée, ce SBIR a imposé à la plupart des agences fédérales finançant la recherche de lui consacrer 2,5 %2 de leur dotation en contractant avec des milliers de startups ou d’entreprises de taille petite ou moyenne, c’est-à-dire employant au plus 500 personnes. Ce programme aurait joué un rôle pivot dans la valorisation de la base scientifique nationale et dans le soutien à la croissance des PME scientifiques et technologiques.

Le plan fédéral de relance économique de 2009 (American Recovery and Reinvestment Act) a comporté plusieurs volets en faveur de l’industrie, notamment sur le plan de la politique commerciale. Dans ce cadre, le dispositif Buy American (Buy American provision) implique de n’accorder de financement qu’aux projets d’infrastructures utilisant des biens manufacturés produits aux États-Unis. Peu après et toujours en matière de politique commerciale, le président Obama a annoncé en janvier 2010 le lancement de la National Export Initiative (NEI). Ce plan visait à doubler le montant des exportations américaines entre 2010 et la fin 2014, notamment via une coordination interministérielle accrue dans le soutien à l’exportation. Aux États-Unis, ces dernières années, le retour en grâce de la politique industrielle au plus haut niveau de la décision publique peut être aussi perçu à travers la création de structures dédiées. Ainsi, B. Obama a en décembre 2011 créé au sein de la Maison Blanche un bureau spécifique chargé de coordonner les initiatives en matière industrielle à l’échelle du gouvernement fédéral.

Par la suite, le gouvrenement a créé un bureau en charge à la fois de la politique industrielle et de la politique commerciale. Cette réorientation est éminemment symptomatique. Car aux États-Unis, le retour en grâce de la politique industrielle dans le débat public correspond en grande partie à une remise en cause de la politique commerciale. Cette renaissance de la politique industrielle tient aussi au fait que le commerce mondial lui-même a ralenti. Dans ce contexte, la politique industrielle est apparue ces dernières années comme un moyen d’obtenir ce que le libre échange n’a plus semblé capable de fournir à lui seul, en termes d’amélioration du bien-être de la population. En arrière-plan de ce constat général,  l’une des idées qui émergent est que, si le système  d’innovation des États-Unis demeure en lui-même extrêmement performant, il peine malgré tout à s’appuyer sur un socle solide du côté de l’appareil industriel du pays.

Cette situation s’est traduite en grande partie par un durcissement notoire de la politique commerciale des États-Unis. Le gouvernement américain en espère des effets positifs pour l’industrie du pays, mais leurs conséquences sur la compétitivité des entreprises américaines et le pouvoir d’achat des ménages semblent a priori très incertaines, voire contreproductives, compte tenu notamment de l’imbrication internationale des chaînes de valeur. En 2018, il en a résulté une hausse des tarifs douaniers sur de nombreux produits, en provenance surtout de Chine mais aussi d’Europe, ce qui a donné lieu à des mesures de représailles et à des effets non désirés sur les choix de localisation des entreprises américaines.

Avec le plan de relance américain de J. Biden en mars 2021 et l’Infrastructure Investment and Jobs Act, près de 500 milliards de dollars doivent être injectés dans le secteur manufacturier américain avec un focus sur la R&D, notamment en intelligence artificielle et sur le climat. Près de 180 milliards de dollars devraient ainsi être investis dans les capacités de recherche et les technologies d’avenir, dont 35 milliards sur des technologies vertes. Ils devraient servir à financer une nouvelle agence fédérale, l’Arpa-C, pour le développement de technologies innovantes de baisse des émissions et la mise en oeuvre de démonstrateurs dans le stockage d’énergie, le captage de CO2, l’éolien flottant ou la séparation des terres rares.

J. Biden a aussi annoncé 300 milliards de dollars pour renforcer la base industrielle américaine et sa compétitivité. Pour réduire ses vulnérabilités dans certaines chaînes de valeur stratégiques, le gouvernement va débloquer 50 milliards de dollars pour financer la production sur son sol de biens critiques et renforcer son autonomie stratégique. 50 autres milliards de dollars devraient être investis dans la recherche et la production de semi-conducteurs, un des points de fragilité de l’économie. L’administration américaine prévoit en outre de renforcer ses investissements dans la production de principes actifs et les équipements de lutte contre les épidémies. Une partie du plan devrait enfin passer par le renforcement des hubs d’innovation et pour aider les PME industrielles à se moderniser et renforcer leur capitaux.

 S’y ajoute un autre axe clé : le développement du véhicule électrique. 174 milliards de dollars vont être injectés dans des subventions directes à l’achat de véhicules par les particuliers, au déploiement de bornes de recharge et à la conversion de 20 % des bus scolaires jaunes à l’électrique. Là aussi, la rivalité sino-américaine transparaît en toile de fond. « Le marché américain serait le tiers du marché chinois du véhicule électrique », rappelle le gouvernement, qui entend pousser le développement d’une filière de l’approvisionnement en matières premières jusqu’au produit final.

Depuis la crise, l’industrie américaine a bien engagé son rebond. « La part de l’emploi manufacturier s’était stabilisée depuis la grande crise de 2008». Encore faut-il avoir des moyens financiers (« planche à billet » car le dollar reste la principale monnaie d’échange au niveau mondial), une volonté politique et surtout de l’énergie à bon marché.

 La relocalisation d’activités industrielles s’accélère aux États-Unis : emplois industriels créés en milliers

 

 

 

c) L’Italie

L’Italie occupe une position de choix en tant que deuxième pays manufacturier d’Europe et neuvième puissance manufacturière mondiale, en grande partie grâce à la taille et à la gestion familiale de ses entreprises, qui les rendent flexibles et réactives. Les principaux secteurs industriels incluent la métallurgie, la fabrication de machines et d’équipements, l’automobile, l’aéronautique et l’industrie pharmaceutique. En 2021, la contribution de l’industrie manufacturière au PIB italien s’est élevée à 14,9 %.

L’Italie se distingue également par son haut degré d’automatisation, se classant au 6ème rang mondial pour la fourniture de robotique, et au 7ème pour le niveau d’automatisation. Les machines industrielles italiennes représentent une part significative du commerce international.

Robot quadrupède italien de l’Instituto Italiano di Tecnologia

 

Dans le secteur pharmaceutique, l’Italie est devenue le principal producteur de l’Union européenne en valeur, grâce à ses compétences industrielles et à la flexibilité de ses sous-traitants. Le secteur de la mode enregistre une croissance importante, tandis que l’industrie agroalimentaire italienne, avec un chiffre d’affaires de plus de 522 milliards d’euros, représente 15% du PIB national.

Le tissu industriel italien est principalement concentré dans le nord du pays, notamment dans des villes comme Milan et Turin.

 

Quelques statistiques clés sur l’industrie en Italie

 

La politique industrielle italienne a amorcé un processus de décentralisation avant 2000, notamment afin de donner aux régions un rôle plus important dans la promotion du développement économique. Ce faisant, elle s’est dotée de nouveaux instruments tels que des pactes territoriaux et des politiques en faveur des bassins d’emploi locaux. En outre et dès les années 1980, l’accent a été mis sur la dimension horizontale de la politique industrielle, en faveur notamment de la R&D, des infrastructures et de la formation. Ce faisant, le gouvernement s’est en partie inspiré du succès de certains modèles d’organisation de la production typiques du Made in Italy, dans des domaines tels que la mode et la construction mécanique.

L’Italie aurait réorienter sa politique industrielle, notamment en raison des contraintes budgétaires accrues qui pèsent désormais sur la péninsule depuis la crise financière de 2008 et la crise de 2012 concernant les dettes souveraines au sein de la zone euro. Dans ce nouveau contexte, la politique industrielle italienne a dû donner une place encore plus centrale à un ensemble de mesures en faveur de l’entrepreneuriat, de la recherche et de l’innovation, des technologies numériques et les infrastructures tant matérielles qu’immatérielles

Au-delà du recul global des aides d’État, qui a représenté en Italie une baisse d’ensemble de 72 % entre 2002 et 2013, des moyens ont été réalloués aux régions du Nord et du Centre, où ils ont notamment soutenu l’internationalisation des entreprises, ainsi que la R & D et l’innovation (R & D & I). Au cours des années 2013-2018, les deux principaux objectifs des aides allouées par la politique industrielle en Italie ont été, d’un côté, ce qui relève de la R & D & I et, de l’autre, le volet « Production et développement territorial ». Les dispositifs qui concernent l’internationalisation et l’entrepreneuriat (et les PME) n’ont pour leur part représenté à eux deux que 13% du total .

Une très grande partie des politiques publiques qui visent à renforcer la compétitivité internationale des entreprises italiennes relève de la dimension horizontale. Il s’agit d’un soutien général au système productif italien, notamment par le biais de mesures fiscales visant à plus d’équilibre entre les territoires et à réduire les coûts de production, ainsi que par la promotion de l’investissement et de la croissance des entreprises. Divers volets sont a priori à prendre en compte : aspects juridiques et administratifs (logique de simplification, etc.), fiscalité des entreprises, commande publique, investissements publics, politique commerciale, éducation et formation, etc.

Pour améliorer la compétitivité internationale des entreprises, les pouvoirs publics italiens accordent des aides à l’exportation et à l’internationalisation. En pourcentage du PIB, ces soutiens sont de faible ampleur et ont tendu à décliner nettement au cours des vingt dernières années. Ils restent cependant supérieurs à ceux qui   ont pu être proposés en France ou en Allemagne1 (graphique suivant).

Les aides d’État à l’exportation et à l’internationalisation (en % du PIB)

Le soutien aux entreprises passe par l’aide à l’investissement. Elle fait partie des dispositifs auxquels les gouvernements italiens recourent de façon prononcée, de longue date et qu’ils ont récemment relancés. Actuellement, le dispositif bénéficie actuellement aux PME et microentreprises du secteur productif  et porte sur les investissements en machines, équipements, usines, biens capitaux à visée productive, matériel électronique, technologies numériques et logiciels. En 2018, les aides accordées au titre de cette nouvelle loi  se sont montées à un peu plus de 400 millions d’euros, soit 9,7 % du total des aides accordées par le gouvernement central en faveur des activités économiques et productives. Les études d’impact sur ces trois dispositifs d’aide à l’investissement ont fourni des résultats plutôt mitigés.

Le besoin de renforcer le système d’innovation de ce pays correspond évidemment à un enjeu clé et d’importance croissante en termes de compétitivité internationale. Le fait est qu’avec notamment l’Espagne, l’Italie fait partie des 14 pays de l’Union européenne considérés comme des « innovateurs modérés ».  De même, la DIRD n’a en 2018 représenté que 1,43 % du PIB en Italie, contre 2,38 % dans l’ensemble des pays de l’OCDE. Concernant la part de la DIRD qui est réalisée par les entreprises (DIRDE), elle n’a alors été que de 0,90 % en Italie, soit un taux nettement moindre que celui de la moyenne des pays de l’OCDE (1,68 %) mais malgré tout en forte hausse depuis 2004, année où ce taux se situait à seulement 0,50 % en Italie (contre 1,40 % dans la moyenne des pays de l’OCDE). Dans ce pays, cette faible propension des entreprises à investir dans des activités de R & D tient principalement au fait que le système productif est caractérisé par une prédominance des entreprises de petite taille, ainsi que par une spécialisation dans les secteurs traditionnels.

Plusieurs raisons expliquent au cours de la décennie précédente la vogue des dispositifs de type cluster (pôles de compétitivité et d’innovation, districts technologiques) et des outils visant à promouvoir les liens de collaboration. L’une tient au fait que la promotion des clusters est a priori porteuse de notables effets de diffusion technologique et potentiellement de retombées économiques significatives, sans forcément requérir d’amples moyens budgétaires. Une autre est qu’elle permet de concentrer des ressources dans certains territoires, secteurs ou domaines technologiques qui représentent des potentiels majeurs en termes d’innovation et de croissance, sans pour autant nécessiter de ciblage politique étroit. Enfin et notamment dans le cas de l’Italie, la politique en faveur de l’industrie et de l’innovation qui est mise en œuvre au niveau régional repose largement sur l’utilisation des fonds de la politique régionale de l’UE. Or cette dernière est pour une bonne part passée par le soutien des clusters, notamment dans la période 2007-2013.

La politique industrielle menée en Italie à l’échelle nationale comporte une forte dimension géographique. À côté des  programmes d’intérêt national, qui sont conçus et gérés par le gouvernement italien, il existe d’importantes initiatives provenant des collectivités territoriales elles-mêmes, surtout dans les régions les plus proactives. Ces politiques régionales sont en particulier montées en puissance depuis le mouvement de décentralisation qui s’est produit dans ce pays il y a un peu plus de vingt ans.

En matière de politique en faveur des entreprises et de l’innovation, les régions en Italie se sont longtemps contentées pour l’essentiel de gérer les volets des politiques nationales qui leur avaient été transférés. La situation a cependant fortement changé depuis 2001, attribuant aux régions de nouvelles compétences dans le domaine de l’industrie et de l’innovation technologique, ainsi que dans ceux de l’agriculture, de l’artisanat et du tourisme1. Cette réforme constitutionnelle de 2001 a fait de l’Italie un système quasi fédéral, dans lequel – entre autres – une grande part des compétences qui correspondent à la politique industrielle sont désormais partagées entre les régions et l’État, dans une logique de subsidiarité.

L’articulation entre les politiques industrielles des régions et les fonds structurels de l’UE passe en grande partie par les stratégies de spécialisation intelligente , dont la définition par les régions elles-mêmes conditionne le versement de ces fonds européens. Un trait commun aux régions peut être mentionné. Il s’agit du fait que les gouvernements régionaux ont en général préféré sélectionner de vastes domaines de spécialisation (économie verte, sciences du vivant, etc.) ou même de larges secteurs industriels (construction, énergie, aérospatiale, etc.), plutôt que des domaines technologiques étroits. En témoigne le cas de trois régions du Nord et du Centre, ainsi que de trois régions du Sud.

Faire un bilan d’ensemble de la politique menée en Italie suppose aussi de le mettre en rapport avec les performances dont l’industrie italienne a fait preuve au cours des dernières décennies, en comparaison internationale. Alors que l’Italie occupait en 1998 la position de troisième puissance manufacturière en Europe, derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni, elle s’est depuis plus de dix ans hissée en deuxième position. Entre 1998 et 2018, plus encore, sa part relative au sein de l’UE dans sa configuration à quinze membres (à l’exclusion du Luxembourg) s’est dans l’ensemble davantage accrue (+2,6 points de pourcentage) que celles de l’Espagne (+1,9 point) et de l’Allemagne (+0,4 point), tandis que celle de la France a stagné (-0,1 point) et alors que celle du Royaume-Uni a très fortement reculé (-6 points).

Valeur de la production manufacturière dans l’UE-15, par pays, en pourcentage de la valeur totale

Essentiellement grâce à ses régions du Nord, l’industrie italienne fait en tout cas preuve de forces importantes, notamment dans la construction mécanique, l’automobile et les produits pharmaceutiques, des domaines dont l’intensité technologie est haute ou moyenne-haute. Certes, elle est aussi très représentée dans les industries plus traditionnelles à bas niveau technologique. En outre, son tissu d’entreprise se distingue par le poids important qu’y représentent les entreprises de faible taille. Au sein des pays de l’OCDE, l’Italie est ainsi celui qui a la plus forte proportion de microentreprises (effectifs employés inférieurs à 10 personnes) et d’entreprises de petite taille (effectifs de moins de 50 personnes). Elle est aussi celui dans lequel la part relative de ces entreprises de petite taille dans le total de l’emploi est la plus élevée (60 %).

 

 

d) La Chine

La politique industrielle de l’État chinois est marquée par trois évolutions majeures depuis le début des années 2000. On assiste à un élargissement des champs d’actions de la politique industrielle : aux domaines traditionnels du progrès technologique et du renforcement de la compétitivité des firmes qui étaient déjà présents, ces objectifs sont :

  • la baisse de l’intensité énergétique dans l’industrie, la lutte contre la dégradation de l’environnement, et la promotion de l’industrie dans les régions de l’intérieur et de l’ouest
  • l’action de l’État en matière de politique industrielle est moins dirigiste et moins volontariste que durant les années 1980 et 1990.
  • la politique industrielle touche toutes les catégories d’entreprises et non plus uniquement les firmes publiques avec une plus grande transparence sur les critères d’attribution des aides financières de l’État.

Le renforcement de la capacité technologique des firmes est aussi abordé de manière plus indirecte que par le passé. L’État se concentre sur le renforcement des grandes unités de recherche qui travaillent dans la recherche fondamentale et laisse les entreprises plus autonomes. Elles concentrent désormais en leur sein près des deux tiers de la recherche et développement. Les entreprises ont accumulé des compétences technologiques qui leur permettent (à la différence des années 1980) d’ouvrir la « boîte noire » des technologies étrangères importées, de mieux sélectionner les importations et d’être plus autonomes par rapport aux technologies étrangères. À l’exception des secteurs monopolistiques, dans lesquels l’État chinois conserve une capacité d’intervention directe via la propriété publique et la fixation des normes et des standards, son action dans les autres secteurs s’oriente plutôt vers une amélioration de l’environnement dans lequel les firmes réalisent leur effort d’innovation.

Un des effets paradoxaux de la décentralisation et non anticipé par les responsables de la politique industrielle chinoise a été l’avènement de grandes firmes industrielles dynamiques d’un type nouveau contrôlées par l’État et qui ont su utiliser la concurrence à leur profit. Dès le début des années 1990, certaines entreprises qui n’étaient pas parmi les plus connues et les plus favorisées par l’État durant les années 1980, se sont lancées dans des guerres de prix, des améliorations de la qualité des produits et du service après-vente, un développement agressif de leur réseau de distribution sur l’ensemble du territoire. Cette stratégie a déclenché un cycle vertueux avec une augmentation de leurs parts de marché, des économies d’échelle, qui ont permis d’augmenter les bénéfices, puis de les affecter dans de nouveaux investissements pour sortir de nouveaux produits ou augmenter la qualité tout en continuant les guerres de prix, ce cycle débouchant à nouveau sur une augmentation des parts de marché.

En évoluant à partir de la fin des années 1990, la politique industrielle de l’État chinois passe progressivement à un mode d’intervention plus indirect avec la mise en place aujourd’hui de politiques plus incitatives visant à améliorer l’environnement des firmes. L’État n’est plus uniquement l’instrument de contrôle de la propriété publique, il joue le rôle d’un État développeur s’attaquant à de grandes réformes de structures et de développement en faveur du secteur privé. Les restructurations du secteur public, les réformes du secteur bancaire, la baisse des barrières douanières suite à l’accession à l’OMC et le développement rapide du secteur privé ont, en l’espace d’une décennie, considérablement modifié l’environnement dans lequel se déploie la politique industrielle. Non seulement, l’État ne dispose plus d’autant de leviers pour agir de manière aussi volontariste que durant les années 1980 et 1990, mais le gouvernement chinois semble aussi avoir très largement tiré les leçons du dirigisme et d’un volontarisme trop prononcé. La politique industrielle doit également intégrer de nouvelles priorités comme la promotion d’un modèle de croissance soutenable pour l’environnement.

La politique industrielle aura donc été au service de la constitution d’un capitalisme d’État au travers de la restructuration des grandes entreprises publiques et des réformes de structure menées après 1992, mais elle aura également contribué au développement d’un secteur privé (y compris étranger) fortement compétitif. La reprise des réformes structurelles depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jingping en 2012 indiquait que le marché et l’entreprenariat privé devaient occuper des rôles encore plus importants dans la politique industrielle chinoise dans les années à venir.

Si les retombées économiques de l’épidémie de coronavirus qui a touché la Chine ont été importantes, les effets négatifs de cette crise sanitaire ne se cantonnent pas aux frontières du pays. La Chine étant la première puissance industrielle mondiale, les fermetures d’usines dans le pays entraînent déjà des problèmes d’approvisionnement pour de nombreuses entreprises à travers le monde.

Selon la Banque mondiale, la valeur ajoutée du secteur manufacturier (industrie au sens strict) de la Chine représentait 28 % du PIB en 2019. Celle de l’ensemble industrie-énergie-construction était de 39% soit plus qu’en 1966 et presque autant qu’en 1990 (graphiques suivants).

Tablerau 30 Va banque mondiale industrie stricte

Tableau 30 Va banque mondiale industrie-énergie-construction

Part de la valeur ajoutée de l’industrie-énergie-construction dans le PIB de chaque pays en %

Part de la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière eu sens strict dans lz PIB de chaque pays %

La Chine représenterait ainsi 28,4 % de la valeur ajoutée de la production manufacturière mondiale en 2018. Cela place le pays plus de 10 points de pourcentage devant les États-Unis, qui possédaient le plus grand secteur manufacturier du monde jusqu’à ce que la Chine prenne le leadership en 2010. Même combinée, la valeur ajoutée du secteur manufacturier des quatre plus grandes puissances industrielles européennes – Allemagne, Italie, France et Royaume-Uni (11,8 %) – n’arrive pas à la moitié de celle du secteur industriel chinois.

 

Top des 10 pays selon la production dustrielle mondiale en 2018

 

La Chine ne cherche plus à être l’usine du monde, au contraire elle veut se transformer en industrie de qualité plutôt que de quantité. Ainsi elle cherche à développer ses technologies et machines industrielles et devenir avant-gardiste dans les techniques industrielles de demain. Dans ce contexte la Chine a  créé des conglomérats technologiques, notamment avec les BAT (Baidu, Alibaba, Tencent), des associations universitaires dans le but d’accompagner la Chine dans les mutations technologiques et informatives, pour mener l’innovation.

 

 

 

 

e ) La Corée du Sud

Au début des énnées 60, les industriels de l’habillement commencèrent-ils par exporter des chemises confectionnées avec des tissus japonais ; plus ils exportaient, plus ils importaient et plus les débouchés du secteur textile, situé en amont,  s’élargissaient. Lorsque les industriels coréens purent fabriquer des tissus d’aussi bonne qualité que les Japonais, ceux-ci furent substitués aux tissus importés et à leur tour exportés ; une remontée qui allait se poursuivre jusqu’à la production de fibres pétrochimiques. Après le textile, l’État cibla la sidérurgie, la construction navale, la mécanique lourde, la construction automobile, l’électronique. Plusieurs cibles répondaient à des impératifs de défense. Dénoncé par les libéraux pour qui l’État en sait moins que le marché, ce ciblage réussit pourtant car ministres et chefs d’entreprises firent du Tokyo Planning : se plaçant « dans la roue des Japonais », ils capitalisèrent sur leur avantage de coût.

L’industrie coréenne perça sur un fondement de bas salaires : dans les années 1970 une ouvrière de l’habillement était dix fois moins payée à Séoul qu’à Paris. La fin de l’exode rural, l’évolution démographique et la montée des revendications sont autant d’explications à la hausse rapide des salaires initiée à la fin de cette période. Cette dernière allait éroder la compétitivité coréenne tout en élargissant le marché intérieur longtemps contracté de façon à encourager l’épargne : la Corée exportait des téléviseurs en couleur et la télévision coréenne diffusait ses programmes en noir et blanc ; de nombreuses mesures freinaient les ventes de voitures sur le marché local. L’essor rapide des ventes illustra la transformation de l’économie coréenne qui connaissait un épisode « fordiste » – production et consommation de masse, hausse des salaires et de la productivité – lequel s’acheva en 1997, année de la crise asiatique. Des érformes ont été accomplies sous l’gide du FMI.

Le FMI imposa un programme de restructuration, outrepassant ainsi sa vocation.. Son programme intégrait des propositions de la « chaise américaine » au FMI et des suggestions des réformateurs coréens. Considérant que la crise sanctionnait une absence de démocratie, le président élu Kim Dae-jung annonça qu’elle marquait la fin du système des chaebol (ensembles  d’entreprises, de domaines variés, entretenant entre elles des participations croisées).

La restructuration commença par le secteur bancaire qui, sauvé par l’État, n’opposa aucune résistance. Sa recapitalisation attira des capitaux étrangers – qui détiennent près de 50 % du capital du secteur bancaire – et l’entrée de ceux-ci entraîna une gestion améliorée de la gestion des établissements coréens qui affichent de bons ratios prudentiels. Par contre l’afflux d’investissements de portefeuille – les étrangers contrôlant plus d’un tiers de la capitalisation boursière – fragilisa l’économie qui fut déstabilisée par les sorties massives de capitaux au lendemain de la faillite de Lehman Brothers.

La restructuration des chaebol s’est révélée plus délicate. Exception faite de Daewoo qui, poursuivant une stratégie d’endettement, déposa son bilan en juillet 1998, les plus grands chaebol réussirent à ramener leur ratio d’endettement au-dessous du seuil de 200 % exigé par le FMI. Les groupes de taille moyenne eurent en revanche plus de difficulté et cela permit à des entreprises étrangères d’y prendre des participations parfois majoritaires. Alors que les investissements directs étrangers (IDE) avaient représenté moins de 1 % de l’investissement en Corée dans les années 1990, ils atteignirent 7 % entre 1998 et 2000 pour retomber ensuite au niveau d’avant la crise.

En 2011, les dix plus grands groupes contrôlent la moitié des entreprises cotées et ont réalisé 41 % de la production industrielle avec 10 % des salariés du secteur privé. Les filiales de Samsung et Hyundai représentent 41 % de la capitalisation boursière et assurent 28 % des exportations. Les ventes des cinq premiers groupes représentent 55 % du PIB. Alors que la participation directe des familles des fondateurs dans le capital a diminué, leur contrôle via les participations croisées a augmenté : il atteint 25 % chez Samsung, 30 % chez Hyundai, 37 % chez SK et LG de même que 62 % dans le cas de Hanwha. Les chaebol ont toutefois modifié leurs modes de gestion. L’appel à des conseillers étrangers devait contribuer au succès des marques coréennes : SamsungHyundai ou LG n’ont pas d’équivalent dans les pays émergents.

L’économie coréenne est sortie plus ouverte de la crise ; toutes les opérations courantes ont été autorisées, le marché des changes a été libéralisé, l’adhésion à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) s’est accompagnée d’une baisse des tarifs douaniers. Embrassant la mondialisation, la Corée a multiplié les accords de libre-échange pour s’assurer de l’ouverture des marchés. Avec le Canada, elle est le seul pays à avoir signé un accord de libre-échange avec l’Union européenne (UE) et les États-Unis comme elle a engagé des négociations avec la Chine qui, si elles débouchent sur un accord, mettront la Corée en bonne position pour négocier avec le Japon.

Cette ouverture s’est accompagnée d’une réorientation des échanges vers la Chine qui, en l’espace de quelques années, est devenue son premier partenaire commercial loin devant les États-Unis et l’UE. La Corée est le 4e investisseur en Chine (après les États-Unis, le Japon et Taiwan) et la Chine est le 1er récepteur des investissements industriels coréens à l’étranger. Plus de 20 000 entreprises coréennes sont présentes en Chine qui importent des semi-produits coréens (acier, pétrochimie, composants électroniques, pièces automobiles) incorporés dans des produits vendus en Chine, exportés vers les États-Unis, l’UE et le Japon ou réexportés vers la Corée. Plus la Chine exporte, plus elle importe de Corée : classée au 8e rang dans l’OCDE, la Corée est le 2e exportateur vers la Chine après le Japon et dégage un excédent plus important. Les deux tiers des exportations coréennes s’intégrant dans des produits fabriqués en Chine et exportés vers le reste du monde, le poids des États-Unis et de l’UE dans les exportations coréennes est sans doute plus élevé que ce qu’indiquent les statistiques coréennes.

Cette stratégie soulève un débat en Corée où certains redoutent la désindustrialisation. Toutefois, entre 2000 et 2012 l’emploi n’a que légèrement diminué et la part du secteur dans le PIB a augmenté de 24 à 28 %. En s’appuyant sur la Chine, la Corée a conservé son avantage dans les hautes technologies.

Face à la Chine, la Corée n’a pas d’alternative à la montée en gamme. Les entreprises investissent huit points de PIB dans l’industrie et plus de trois points dans la recherche et développement (R & D) avec des résultats : en 1995 les Coréens déposaient deux fois moins de brevets aux États-Unis que les Français, en 2012 deux fois plus et deux fois plus que les Chinois. Cet ajustement a un coût social. Car, tandis que les chaebol s’engagent dans la high-tech et profitent de l’élargissement du marché chinois, les PMI souffrent de la concurrence chinoise sur le marché coréen. Ce dualisme s’accompagne d’un creusement des disparités salariales auquel contribue le recours croissant à des salariés non réguliers moins payés. Les salariés non réguliers (14 millions) sont désormais plus nombreux que les réguliers (10,7 millions), les premiers regroupant les travailleurs précaires, les entrepreneurs individuels, les journaliers dont la moitié ne sont pas couverts par le régime d’assurance sociale. Si l’emploi précaire explique le faible niveau du chômage (3 % en 2012), ces inégalités menacent la cohésion sociale. Classée parmi les premiers de l’OCDE pour la performance de son système éducatif, la Corée est lanterne rouge quand il s’agit de dépenses sociales.

 

 

f) Le Japon

La part des biens manufacturés dans les importations japonaises a considérablement augmenté depuis le milieu des années 80,
dépassant 50% en 1990 et 60% à la fin des années 90, alimentant les craintes de voir l’industrie japonaise se vider de sa substance. Des frictions commerciales de plus en plus nombreuses, dans la seconde moitié des années 80, et la hausse subite du yen ont contraint de nombreuses entreprises dans les secteurs-clés de l’exportation à délocaliser leurs productions à l’étranger, surtout dans l’Asie du Sud-Est. Les produits manufacturés dans ces pays sont exportées à l’étranger autant que dans le marché domestique japonais. Mais la part de marché des biens importés excède désormais celle des biens produits au Japon.

L’inquiétude s’est ensuite portée sur la hausse rapide des importations de biens manufacturés de Chine. Entre 2001 et 2005, les importations japonaises en provenance de la Chine ont augmenté de 170%. Pendant la même période, les exportations à destination de la Chine ont progressé à un taux encore plus rapide : 235%.

En 2018, la part de la Chine dans le commerce international du Japon a connu une croissance de 21,4% alors que celle des États-Unis est retombée à 15%. Les exportations de produits électroménagers numériques et en relation avec l’automobile du Japon sont dynamiques et les exportations vers la Chine ont dépassé le niveau des 100 milliards de dollars depuis 2007. Le commerce extérieur du Japon par rapport à la Chine est déficitaire depuis l’année 1988. Toutefois, une grande partie des exportations du Japon vers Hong Kong sont réexpédiées vers le continent chinois et si ce fait est pris en considération pour l’observation du commerce entre le Japon et la Chine sur la base des exportations, le Japon enregistre en fait un excédent commercial.

L’augmentation simultanée du volume des exportations et des importations de produits avec la Chine est en partie le résultat de la division du travail à l’échelle internationale dans le cadre d’une globalisation de la production. Les entreprises japonaises exportent des biens d’équipements (machinerie) et des biens intermédiaires (composants, etc.) vers les sites de production construits grâce à leurs investissements directs en Chine, et elles réimportent ensuite au Japon les biens finis. Il existe toujours une division verticale du travail, le Japon se spécialisant dans les modules et les procédés à forte teneur en savoir et en technologie, la Chine se spécialisant dans les modules et les procédés à forte teneur en travail. Toutefois, à mesure que la Chine et d’autres pays en voie de développement améliorent leurs capacités techniques, le défi pour l’industrie manufacturière japonaise est de maintenir l’avantage dans les secteurs à forte valeur ajoutée.

 

 

 

 

 

 

3/ Peut-on ré-industrialsier en France (dans des secteurs d’avenir) ?

Nos gouvernements successifs n’ont guère montré d’intérêt pour les PME et les Entreprises de taille intermédiaire (ETI). Ils  ont confié la politique industrielle aux grands groupes. Or ceux-ci n’ont pas toujours été soucieux de savoir si leurs filières suivaient. Souvent, pour ces grands groupes donneurs d’ordre, la délocalisation des PME et ETI était un impératif, une attitude favorisée par le désintérêt de la plus grande partie de la population pour qui seul l’emploi de service peut être respectable. Quoi qu’il en soit, beaucoup de conglomérats français ont vendu des sites à des groupes et des fonds étrangers. Ils sont devenus de très belles multinationales industrielles, à l’instar d’un groupe comme Schneider qui possède 200 usines dans le monde dont seulement 25 en France.

Il faut attendre les années 2008-2009 pour que la crise de la filière automobile déclenche un « tournant idéologique vers une pratique de l’offre en faveur des PME », d’abord au bénéfice de ce secteur, ensuite de l’ensemble de l’industrie. Cette politique de l’offre consiste à inciter les entreprises à améliorer leur offre de biens et services et à conquérir de nouveaux marchés, cela grâce au desserrement des freins fiscaux et règlementaires à leur développement et à des incitations financières. C’est ainsi qu’est née la Banque publique d’investissement (BPI). Via celle-ci et ses partenaires bancaires, des financements massifs ont été accordés aux PME et ETI industrielles depuis dix ans. S’y ajoutent les subventions du Plan de relance de 2020–2021.

 

 

a) L’histoire des politiques industrielles depuis 2000

En 2008, Nicolas Sarkozy missionne Alain Juppé et Michel Rocard, ce qui débouche sur les Programmes d’investissement d’avenir (PIA), dotés de 57 milliards d’euros. Mais les PIA sont une si complexes qu’on peine à évaluer leurs résultats et ils ont surtout servi à financer la restructuration de la recherche publique, plutôt que l’industrie.

En 2012, le rapport remis à François Hollande par Louis Gallois, alors commissaire général à l’investissement et ancien patron d’EADS et de la SNCF, alerte sur le risque de décrochage et de marginalisation de l’industrie tricolore par manque de compétitivité globale (coût et qualité). Il recommande un choc de compétitivité et l’adoption claire d’une politique de l’offre. Arnaud Montebourg, au ministère du Redressement productif met sur pied les « 34 plans de la nouvelle France industrielle ». C’est le retour de la relance sectorielle.

La grande œuvre du quinquennat Hollande restera néanmoins le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (Cice) : une baisse massive de cotisations sociales patronales de 20 milliards par an. Mais au grand dam de Louis Gallois, la plus grosse part va gonfler les comptes de grands groupes de la distribution et de La Poste, bien davantage que ceux des PMI et ETI, parce que le dispositif vise les emplois à bas salaires (jusqu’à 1,6 fois le Smic). Le Cice est une mesure « horizontale », par laquelle l’Etat ne choisit pas entre les entreprises soumises à la concurrence internationale et celles qui en sont protégées. Selon France Stratégie, l’industrie n’a reçu en 2019 « qu’entre 11,5 % et 12,5 % du total des interventions financières en faveur des entreprises », soit 17 à 20 milliards d’euros, bien moins que leur part (28 %) dans la valeur ajoutée du secteur privé. Si le Cice a bien permis de ramener les coûts salariaux unitaires en dessous du niveau allemand, on observait que « l’industrie française souffre aujourd’hui d’un déficit de compétitivité hors-prix, qui explique que les industriels français parviennent moins bien que leurs homologues allemands à vendre le même produit sur un même marché ».

Le Cice n’aurait produit aucun résultat tangible en matière de commerce extérieur de biens insutriels. Et à chaque regain de croissance, les importations montent en flèche. Comme le dit Louis Gallois, « l’appareil industriel français est incapable de répondre aux besoins de l’économie ».

On  a beaucoup parlé de la réindustrialisation de la France ces derniers temps, mais n’est ce pas le contraire qui va se passer ? Aujourd’hui, la question pour des entreprises industrielles c’est de savoir si il est possible de fabriquer des produits sans énergie (gaz, électricité) abondante et bon marché. Certaines usines ont freiné leur activité en 2022. Donc le spectre d’une nouvelle vague de désindustrialisation ne guette-t-il pas la France? Les entreprises ne vont-elles pas délocaliser leur activité pour rester compétitives (après une tendance à la relocalisation suite à la pandémie), par exemple aux États-Unis où l’énergie est moins chère? De plus l’industrie ne se ramène pas seulement aux médicaments. Les biens intermédiaires et d’équipement forment le noyau de l’industrie. Ce sont eux que la France importe en premier même si le déficit des biens de consommation ne cesse aussi de s’aggraver.

Peut on renverser la tendance à la perte de ces industries de base (équipements, machines, métallurgie, automobile,…) ? Ceci est peu probable. En revanche, beaucoup pensent à juste raison qu’il faut développer des secteurs d’avenir :  l’État doit bien choisir les secteurs qu’il soutient car rien ne sert de se lancer dans des productions pour lesquels la France a pris trop de retard (comme les composants électroniques, par exemple). Les solutions pour faire (re)venir l’industrie se trouveraient avant tout dans l’innovation et dans l’écologie.

Le plan 2030 (voir ci-dessous) ne devrait pas suffir à redresser le commerce extérieur. Pour ré-industrialiser la France il faudrait au moins 5 des 10 conditions suivantes selon les situations des autres pays (hormis les États-Unis). Or la France n’en possède quasiment aucune. Voici ces 10 conditions qui ont permis plus ou moins aux autres pays de maintenir leur industrie soit globalement (Chine, Corée du Sud, Allemagne, Japon), soit dans certains secteurs (Italie, États-Unis). Certains diront que cette politique est déjà en place en France depuis quelques années. D’autres qu’on va la faire ou que c’est une utopie. Seuls comptent les chiffres et les résultats.

 

 

 

b) Les analyses de Louis Gallois

L. Gallois fut, de 1982 à 1986, directeur de la Direction générale de l’Industrie. Il fait d’abord un diagnostic sur l’industrie de demain.

  • Tout sera technologique, y compris la fabrication des objets les plus simples. C’est la condition de survie de l’industrie dans les pays développés à coûts élevés,
  • L’industrie va devoir devenir écoresponsable. C’est un énorme virage. Elle n’aura que le choix de travailler avec des process dépollués et se placer sur les marchés de la transition écologique et énergétique,
  • Elle sera numérique. Nos PME s’y mettent trop lentement,
  • Enfin elle sera électrique pour se décarbonner. Il va falloir s’assurer d’une énergie abondante, stable, pilotable. le nucléaire devra rester le pilier de la production d’électricité

Ces quatre éléments structureront l’industrie beaucoup plus demain qu’aujourd’hui. Ils seront communs aux PME et aux grands groupes. Ils mobiliseront des moyens financiers énormes. ils auront des conséquences lourdes sur la géographie industrielle comme sur le marché du travail et les compétences.

L. Gallois propose alors quelques mesures fortes, en s’appuyant sur une politique persévérante de l’offre,  susceptibles de faciliter la réussite du mouvement de réindustrialisation :

  • porter l’effort de recherche à 3 % du PIB, soit 20 milliards de plus par an pour rester un des pays qui comptent dans l’avancement de la science et la maitrise des technologies d’avenir ;
  • réformer l’Éducation nationale sur au moins deux sujets : faire entrer massivement l’apprentissage dans les lycées professionnels, réformer l’enseignement des mathématiques pour leur redonner une place centrale dans le processus éducatif dès le primaire et jusqu’au lycée ;
  • relancer le programme nucléaire. Il ne nous faut pas six réacteurs mais au moins vingt d’ici à 2050.
  • soutenir le tissu industriel des PME et ETI à partir des territoires (…) avec en priorité des infrastructures de désenclavement.

 

 

 

 

 

c) Vers une réindustrialisation de la France : le Plan France 2030 ?

Le Plan France Relance de 2020 a pour but d’accélérer la transformation écologique, industrielle et sociale avec des mesures pour particuliers, entreprises, associations et administrations. Le tiers, soit 35 milliards d’euros, est alloué à l’industrie (schéma suivant).

Le Plan France 2030 est une stratégie gouvernementale qui vise à préparer la France pour les défis économiques, sociaux et environnementaux à venir d’ici 2030. La ré-industrialisation est l’un des piliers de ce plan, visant à renforcer le secteur industriel français pour créer des emplois, stimuler l’innovation et réduire la dépendance aux importations. C’est une approche schumpetérienne : 50% des financements bénéficieront à de nouveaux secteurs, portant sur le renouvellement profond de la démographique des dirigeants et créateurs. Il ouvre la voie à des actions nouvelles, autour des PME innovantes, des start-up industrielles, des nouvelles usines digitales et nativement décarbonnées, et de la collaboration des entrepreneurs avec la les laboratoires de la science française. Il acte qu’on ne pourra pas tout faire et qu’une des raisons des échecs passés est que la France s’est trop dispersée en matière d’industrie. Il déploie 8 milliards d’euros sur la décarbonation et la digitalisation de l’industrie. Il relance la filière nucléaire. Il ambitionne de construire 2 giga-usines d’hydrogène vert. Il réserve 4 milliards d’euros pour engendrer les transports du futur, avec 4 usines de batteries pour la mobilité électrique et celui de produire le premier avion bas-carbone mondial en France. Il consacre 7 milliards aux industries de la santé pour accélérer le rattrapage des retards sr le digital et sur les bio-médicaments. Ainsi ce Plan se place en partie dans la suite logique de la spécialisation de la France dans les hautes technologies (voir ci-dessus).

Afin de relancer rapidement l’économie et d’obtenir des résultats en matière de décarbonation, de reconquête industrielle, de renforcement des compétences et des qualifications sur l’ensemble du territoire, un plan exceptionnel de 100 milliards d’euros est déployé par le Gouvernement autour de trois volets : la transition écolologique, compétitivité et la cohésion. Ce plan est soutenu financièrement à hauteur d’environ 40 milliards par l’Union Européenne (schéma suivant).

Au delà, il faudrait accélérer la formation des entrepreneurs et de leurs collaborateurs, à la mesure de ce que font les chinois, qui s’apprêtent à former 80 millions de salariés de l’industrie à la montée en gamme pour compenser l’augmentation de leurs coûts salariaux comme l’a fait l’Allemagne au début des années 2000. Il faut concentrer les efforts sur les produits à forte composante en innovation technologique et faire descendre la technologie dans les PME. Mais est ce que la France va se ré-industrialiser ? Certes la désindustrialisation est en voie d’être stoppée mais « elle peut reprendre à tout moment », souligne N. Dufourcq qui rappelle que « la Covid nous a fait perdre un point de part de marché à l’exportation. La situation reste fragile. Le mouvement porteur de la réindustrialisation, la French fab, est dynamique et attire de plus en plus de jeunes dirigeants de PME et d’ETI. Mais il faudra être tenace. N’oublions pas qu’il a fallu 20 ans pour que soient adoptées les lois qui « ont baissé le coût du travail, réformé son droit, massifié le financement de l’innovation, crée la Banque publique d’investissement, réformé l’apprentissage, transféré les compétences aux régions ».

Le Plan France Relance

Source : Gouvernement

 

France 2030 : Trois enjeux majeurs et dix objectifs

France 2030 : 34 milliards d’euros pour qui et pour quoi ?

 5 conditions pour réussir

 

 

 

 

d) Un premier bilan

France 2030 semble taillée pour et par les grandes entreprises. Les priorités aux secteurs du nucléaire, de l’hydrogène ou de l’automobile électrique portent la marque d’EDF et de Total ou Renault.

Ce plan devrait permettre à la France de rattraper son retard industriel, en investissant dans les technologies innovantes ou en soutenant la transition énergétique. Ces points sont positifs. Mais ce plan comporte plus d’effets d’annonce sur l’innovation et la R&D que le développement de capacités de production (usines) qui manquent si cruellement en France.

L’institut Trendeo comptabilise chaque année une grosse centaine de nouvelles usines en France. « Mais, la plupart des projets sont des extensions de sites existants plutôt que des nouveaux sites. Cela témoigne de la difficulté à créer de nouvelles usines, notamment pour les projets supérieurs à 150 hectares », pointe D. ­Cousquer, fondateur de l’institut. Un coup d’œil à la carte européenne des grosses implantations le confirme : la France peine, relativement à ses voisins. Certes, le coût du travail explique probablement une partie des implantations en Europe de l’Est. Mais, l’Allemagne et le Royaume-Uni font mieux que l’Hexagone, surtout en matière de sites industriels.

Projets d’investissements industriels en Europe créant plus de 250 emplois entre 2016 et 2021

 

La complexité des procédures administratives et environnementales n’arrange rien : insécurité juridique, opacité des procédures ou les délais d’obtention des autorisations. A cela s’ajoute désormais l’objectif « zéro artificialisation nette » (ZAN), qui va sanctuariser de nombreux espaces agricoles et naturels, et, enfin, la contestation croissante des habitants, qui préfèrent que les usines poussent loin de chez eux.

Les projets industriels de grande taille sont en forte augmentation en France depuis deux ans. Selon le rapport 2023 de l’institut Trendeo ce phénomène a fait grimper la moyenne des montants investis et des emplois dans les nouvelles usines. Mais à côté de ces projets phares de relocalisation, le tissu industriel hexagonal ne bénéficie pas vraiment d’un effet d’entraînement.

Toutefois au premier semestre 2021, 192 projets d’installation de nouvelles usines ont été recensés par le cabinet Ancoris, contre 104 sur le premier semestre 2020, une année qui était elle-même meilleure que 2019. La France ouvrirait désormais plus d’usines qu’elle n’en ferme

Solde net net entre le nombre de créations et de fermetures de sites industriels en France

 

 

France 2030 rejoindra-t-il le cimetière des plans de relance perdus ou enlisés ? Il peut bénéficier d’un effet cumulatif : cette fois, l’industrie reçoit beaucoup d’argent en même temps, car aux 30 milliards de France 2030 en cinq ans s’ajoutent les 10 milliards d’euros du « nouveau pacte productif » établi en 2019, ainsi que 10 milliards de réduction des impôts de production, dont la moitié pour l’industrie.On voit mal l’industrie retrouver ses niveaux d’autrefois (conditions de production plus difficiles  dans les usines, pénuries de pièces ou composants pour produire certes en voie de résorption,..) même si la production industrielle est repartie en 2023-2024. La productivité du travail est d’ailleurs en baisse dans l’industrie depuis 2020 pour la première fois (voir page Partage Volume Prix).

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e) Les composants électroniques

En augmentant de 90 % sa production de composants électroniques, l’État français souhaite réduire sa dépendance aux puces asiatiques.  Aujourd’hui, les usines d’électroniques de Taïwan comptent parmi les plus grands et les plus avancés producteurs au monde de puces de haute technologie, la Taïwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC) étant leader sur ce marché. Les perturbations dans la chaîne d’approvisionnement, déstabilisée par la forte demande en électronique et une reprise plus rapide que prévu de l’économie, ont notamment forcé plusieurs constructeurs automobiles européens et américains à ralentir leur production, faute de disposer de ces composants. Dans l’automobile, la demande de composants est très forte face à des véhicules de plus en plus équipés en systèmes électroniques (du moteur à l’ABS en passant par les airbags et l’aide au stationnement). 

Plus de 10 milliards d’euros devraient être aainsi injectés dans l’industrie électronique pour la création d’une bonne dizaine de nouvelles usines ou lignes de production. Cela devrait contribuer à augmenter la production en France de l’ordre de 30 % dans les quatre ou cinq prochaines années. Dans ce plan Électronique 2030, 800 millions d’euros seront consacrés à la recherche dans ce secteur et 50 millions d’euros à la formation pour remédier à la pénurie des compétences (les puces ne sont ainsi pas les seules à être frappées par la pénurie).  Dans le secteur crucial des semi-conducteurs (microélectronique), dont la production européenne est tombée aux alentours de 10% contre 40% il y a 20 ans, le gouvernement souhaite que la France redevienne autonome dans ce domaine.  Il faut dire que la pandémie de Covid-19 a provoqué une pénurie mondiale de puces électroniques qui paralyse les usines du monde entier.

 

 

 

f) L’hydrogène

La France, a aussi promis de mobiliser 9 miliards d’euros entre 2020 et 2030 (via France Relance et France 2030 notamment) dans l’hydrogène décarboné. l’État français cevrait investir 2,1 milliards d’euros dans ces « gigafactories » qui seront implantées dans sept régions, un peu partout sur le territoire, et devraient permettre de créer « près de 5.200 emplois directs ». Ces crédits publics devraient accompagner 3,2 milliards d’euros d’investissement des acteurs privés.

Ces nouvelles usines devraient produire des électrolyseurs, des réservoirs d’hydrogène, de piles à combustible, des véhicules, des trains à hydrogène ou encore des matériaux. Ainsi, à Belfort, l’entreprise McPhy va lancer un programme de développement et de premier déploiement industriel d’électrolyseurs alcalins de nouvelle génération. A Saint-Fons (Rhône), l’entreprise Symbio-Hymotive veut industrialiser une nouvelle génération de piles à combustible plus performante et à coût très réduit. De son côté, l’entreprise Alsthom va notamment développer une locomotive de manoeuvre à hydrogène, quand Arkema s’attaque aux matériaux durables de haute performance qui serviront à l’hydrogène pour la mobilité. Et l’entreprise Plastic Omnium va construire à Venette, un site de production de réservoirs à hydrogène, ce qui représente 160 millions d’euros d’investissement entre 2022 et 2028 et 150 emplois.

 

Les sites de production d’hydrogène en France

 

 

 

 

 

 

g) La délicate questions des matières premières critiques

Nickel, lithium, manganèse, terres rares, cuivre… Ces métaux sont devenus stratégiques pour créer de nouvelles filières comme la production de batteries pour véhicules électriques, de panneaux solaires, d’éoliennes offshore, ou encore l’extension des réseaux électriques et de la numérisation des activités de production et de services. Or, « la France importerait aujourd’hui quasiment 100% de ses besoins »  selon le rapport « La sécurisation de l’approvisionnement en matières premières minérales » https://www.mineralinfo.fr/fr/actualite/actualite/france-2030-rapport-varin-sur-securisation-de-lapprovisionnement-matieres. Notre industrie reste ainsi trop dépendante des filières d’approvisionnement extra-européennes en matière de métaux critiques. Alors que ces ressources sont limitées et que la concurrence mondiale est forte.

Depuis 2011, un rapport d’évaluation est publié tous les trois ans par la Commission Européenee qui a pour objectif d’évaluer les matériaux considérés comme critiques. En 2020, la Commission européenne a réalisé une étude sur l’approvisonnement des matières premières critiques . Le document identifie 24 matériaux importants pour trois secteurs : les énergies renouvelables, l’e-mobilité et la défense et l’espace. Pour chacun de ces matériaux, le risque d’approvisionnement a été identifié.

Le graphique suivant identifie sept matériaux présentant un risque d’approvisionnement très élevé ou élevé : les éléments de terres rares légères (LREE), les éléments de terres rares lourdes (HREE), le magnésium, le niobium, le germanium, les borates et le scandium. Les LREE, les HREE, le scandium et l’yttrium sont signalés ici ensemble comme REE. En juin 2023, la Chine a annoncé des restrictions à l’exportation de germanium et de gallium. C’est pour cette raison que le gallium est également ici pris en compte.

Matières premières critiques et leur risque d’approvisionnement

 

 

 

 

1 – Éléments de terres rares, scandium et yttrium (REE+)

Les REE+sont utilisés dans les technologies quotidiennes comme les téléphones portables et les ordinateurs, mais également dans les technologies médicales avancées comme les IRM, les scalpels laser et même certains médicaments anticancéreux. Dans les applications de défense, ils sont utilisés dans les communications par satellite, les systèmes de guidage et les structures aéronautiques. Ils sont essentiels dans un certain nombre de technologies vertes, en particulier celles qui vont soutenir les objectifs de zéro émission nette de carbone, comme les éoliennes et les véhicules électriques.

Le volume des importations de produits REE+ a considérablement augmenté en 2021 et 2022, leur prix n’ayant pas beaucoup changé entre 2019 et 2022. À l’inverse, le volume des exportations d’ÉTR+ est resté presque stable mais les prix à l’exportation ont considérablement augmenté en 2021 et 2022. En 2022, le rapport importations/exportations mesuré en volume était de 2,7, ce qui signifie que l’UE a importé 2,7 tonnes pour chaque tonne exportée.

 La majeure partie des importations européennes d’ÉTR+ provenaient de Chine, à la fois en général et pour sept des dix produits détaillés présentés dans le tableau 1. Pour les trois produits les plus importés, la concentration des importations, mesurée par la part des trois principaux importateurs était supérieur à 95 %. Enfin, le rapport entre importations et exportations en quantité montre que l’UE importe 2,7 tonnes pour chaque tonne exportée.

Principaux partenaires pour les importations d’ÉTR+ par code produit en 2022, (données en tonnes)

2 – Magnésium

Le magnésium est un élément chimique qui trouve des applications dans les industries automobile, aérospatiale, électronique et biomédicale. Même si le magnésium est le huitième élément le plus abondant dans la croûte terrestre, il figure depuis 2011 sur la liste des matières premières critiques de l’UE en raison de la forte dépendance de l’UE, notamment pour les étapes d’extraction et de transformation.

Les importations sont restées stables en volume entre 2019 et 2021 avant d’augmenter significativement en 2022, avec une croissance de 58 % par rapport à 2021. Pour les exportations, bien que la quantité soit nettement inférieure à celle des importations, une tendance similaire est visible avec une augmentation en 2022 de 64 % par rapport à 2021. La hausse des prix a été encore plus élevée pour les exportations, qui ont plus que doublé en 2022 (de 3,2 €/ kg à 7,4 €/kg) tandis que les prix à l’importation ont augmenté de plus de 50 % (de 2,9 €/kg à 4,4 €/kg).

Pour ses importations de magnésium, l’UE était extrêmement dépendante des importations chinoises, qui représentaient 97 % de toutes les importations de magnésium dans l’UE. Dans le cas du magnésium, le rapport entre importations et exportations en quantité était égal à 8,5, ce qui signifie que l’UE importe 8,5 tonnes de magnésium contre une tonne exportée.

Principaux partenaires pour les importations de magnésium par code produit en 2022, (données en tonnes)

 

 

3 – Ferroniobium

Le ferro-niobium est un alliage fer-niobium important, principalement utilisé dans l’industrie automobile, de la construction et de l’acier. Le ferroniobium est considéré comme une matière première critique, non seulement en raison de son risque d’approvisionnement, mais également en raison de son importance économique pour l’UE et de sa substituabilité limitée par d’autres matières premières. Entre 2019 et 2022, les importations et exportations de ferroniobium ont été assez stables. Pour ses importations de ferroniobium, l’UE était très dépendante des importations brésiliennes, qui représentaient 84 % de toutes les importations de ferroniobium dans l’UE. Le Brésil était suivi de loin par le Canada, d’où provenaient 16 % des importations de ferroniobium de l’UE. Le rapport entre importations et exportations est extrêmement élevé et égal à 11,0, ce qui signifie que l’UE importe 11 tonnes de ferroniobium pour chaque tonne exportée.

 

 

4 – Germanium

Le germanium est utilisé dans des applications de haute technologie telles que les systèmes infrarouges, les fibres optiques, la catalyse polymère, l’électronique et les cellules solaires. Sa demande devrait augmenter en raison du manque de substituts adaptés et de la demande croissante de cellules solaires et de réseaux 5G. Les importations de germanium ont considérablement augmenté entre 2019 et 2022, augmentant de près de 50 % en valeur et de 40 % en quantité. À l’inverse, les exportations de germanium ont été plus stables entre 2019 et 2022. Un peu plus des deux tiers des importations de germanium provenaient de Chine, suivie de loin par le Japon (11 %) et l’Australie (9 %). Ensemble, ces trois principaux pays représentaient 87 % de toutes les importations de l’UE. À l’instar de ce qui a été observé pour le ferroniobium, le rapport entre importations et exportations est extrêmement élevé avec une valeur égale à 10,0.

Principaux partenaires pour les importations de germanium par code produit en 2022, (données en tonnes)

 

 

5 – Borates

Les borates sont un matériau clé dans la production d’isolants en fibre de verre, de fibre de verre textile, de verre borosilicaté, de céramique et d’engrais. Les borates peuvent être trouvés dans de nombreuses pièces automobiles, notamment dans de nombreux composants de voitures électriques, jouant un rôle clé dans la transition de l’UE vers une mobilité verte. Les importations de borates sont passées de près de 500 tonnes en 2019 à un peu moins de 400 tonnes en 2022 . Toutefois, en raison de la hausse des prix, la valeur de ces importations n’a pas beaucoup changé. La Turquie est la plus grande origine des trois principaux borates et figure également parmi les cinq principaux partenaires de tous les autres borates. Au total, 90 % des borates proviennent de Turquie, suivi des États-Unis avec 7 %.

 

 

6 – Gallium

Les importations de gallium sont passées de 26 tonnes en 2019 à 51 tonnes en 2022 . Au cours de la même période, les exportations sont passées de 4 tonnes à 29 tonnes. Ainsi, le solde des deux années était égal à 22 tonnes. Les prix à l’importation et à l’exportation du gallium ont fortement augmenté en 2022. Pour ses importations de gallium, l’UE était extrêmement dépendante des importations chinoises, qui étaient à l’origine de 96 % de toutes les importations de gallium dans l’UE .

 

 

 

 

 

h) Pour une vraie politique industrielle

Si la France a gagné des usines en 2022, 150 ouvertures de sites industriels de plus de dix salariés auraient été créés. Dans le même temps, 70 usines ont fermé. l’impact de la guerre en Ukraine et de la crise énergétique se sont tout de même fait sentir. A titre de comparaison, 180 nouvelles usines avaient ouvert en 2021, soit 30 de plus qu’en 2022. Il y avait bien sûr l’effet du plan de relance du gouvernement, mais la crise énergétique et l’environnement économique incertain ont aussi conduit de nombreux industriels à reporter ou annuler leurs projets initialement prévus pour 2022. Les ouvertures de sites industriels ont malgré tout permis de créer davantage d’emplois l’an dernier (41.500) qu’en 2021 (33.700). Autrement dit, les projets ont été plus rares en nombre mais plus importants en taille en 2022. Il reste à savoir si cette dynamique va se poursuivre alors que certains craignent que loi américaine sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act – IRA) n’entraîne une vague de délocalisation dans un contexte de concurrence de plus en plus forte.

Promulguée le 16 août 2022, cette loi prévoit, entre autres, de consacrer un budget d’environ 370 milliards de dollars à des mesures de soutien à la politique industrielle verte des États-Unis. Pour l’Union européenne, trois aspects de l’IRA peuvent poser problème :

  • la logique d’acheter américain qui sous-tend certaines des mesures de subventions ;
  • les allègements fiscaux pour les entreprises produisant aux États-Unis ;
  • les subventions à la production qui pourraient conduire à une course aux subventions.

 

Cette légère embellie n’a d’ailleurs pas fait disparaitre les fragilités de l’appareil productif français, mises en lumière par la crise sanitaire. Celle‑ci a eu l’effet, dans le débat public, d’un électrochoc. Les fragilités résultant de la désindustrialisation ont éclaté au grand jour : masques, respirateurs,  équipements médicaux et produits stratégiques, certains vitaux, ont fait cruellement défaut lorsque la France a dû affronter l’épidémie.

Les pays occidentaux, particulièrement en Europe, et en son sein singulièrement la France, ont réalisé que les « chaînes de valeur » s’étaient complexifiées : elles sont désormais profondément morcelées et difficiles à maîtriser (voir page chaînes de valeur mondiales). Avec la globalisation des échanges économiques, une logique de flux s’est substituée, dans la production industrielle, à une logique de stock , entraînant un renforcement des dépendances à l’égard de certains produits ou intrants stratégiques, avec un risque de rupture de la continuité des approvisionnements.

Des pays comme l’Allemagne ou l’Italie, au cœur des chaînes de valeur mondiale, avec une industrie puissante ont rencontré des difficultés du fait de la hausse du prix du gaz suite à la guerre en Ukraine.  Mais l’Allemagne dégage encore un excédent commercial en 2022 même si il a beaucoup diminué par rapport à 2021. Et elle peut financer son plan de relance de l’industrie car elle en a les moyens financiers commes les États-Unis avec l’IRA. La France en a-t-elle les moyens ?

Et définir seulement un Plan Européen de lutte contre l’IRA des États-Unis ne serait-il pas  une  erreur? Cette page a suffisamment montré que la France a bien plus perdu son industrie qu’à l’étranger. Pourtant de nombreux économistes continuent de parler comme si cette situation était la même que dans les autres pays de l’UE. D’ailleurs existe-t-il un consensus européen, notamment sur le plan du financement, face à l’IRA ?

 

 

 

 

 

 

 

Michel Braibant
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BIBLIOGRAPHIE

[1] La réindustrialisation par l’Europe ? E. Cohen, https://www.vie-publique.fr/parole-dexpert/283530-la-reindustrialisation-par-leurope-par-elie-cohen, voir aussi La désindustrialisation de la France, 1995-2005, N. Dufourcq, édition Odile Jacob.

[2] Évolutions et comparaisons internationales, France Stratégie,  https://www.strategie.gouv.fr/publications/politiques-industrielles-france-evolutions-comparaisons-internationales

[3] Le recul de l’emploi industriel en France entre 1980 et 2007 – Ampleur et principaux déterminants : un état des lieux L. Demmou, https://www.insee.fr/fr/statistiques/1377172?sommaire=1377175, voir aussi Les causes de la désindustrialisation en France, https://blocnotesdeleco.banque-france.fr/billet-de-blog/les-causes-de-la-desindustrialisation-en-france

[4] Économie et statistique n°438-440 : Ampleur et principaux déterminants : un état des lieux Commentaire : Désindustrialisation ou mutation industrielle ?https://www.insee.fr/fr/statistiques/1377174?sommaire=1377175, voir aussi La désindustrialisation : quelles réalités dans le cas français ? François Bost et Dalila Messaoudi,  Revue géographique de l’Est, vol.57 / 1-2 | 2017 : https://journals.openedition.org/rge/6333, voir aussi [10] Louis Gallois, Pacte pour la compétitivité de l’industrie française, rapport au Premier ministre, 5 novembre 2012 https://www.entreprises.gouv.fr/files/files/directions_services/politique-et-enjeux/simplifications/rapport-louis-gallois-competitivite.pdf

[5] https://www.la-fabrique.fr/fr/publication/quelles-filieres-pour-lindustrie-de-demain-2/ voir aussi [6] https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/rapports/cecifccpi/l15b4923_rapport-enquete

[6] https://www.entreprises.gouv.fr/files/files/en-pratique/etudes-et-statistiques/themas/transformations-et-defis-de-la-filiere-automobile.pdf, voir aussi  https://www.insee.fr/fr/statistiques/5896539 voir aussi https://www.insee.fr/fr/statistiques/3703029, voir aussi https://www.insee.fr/fr/statistiques/3591216, voir aussi https://fibois-france.fr/chiffres-cles/, voir aussi https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php?title=Production_and_international_trade_in_chemicals,voir aussi https://www.observatoire-metallurgie.fr/sites/default/files/documents/2018-09/synthese_filiere_electronique_v2014.pdf, voir aussi https://www.fieec.fr/wp-content/uploads/2022/02/FIEEC-VA-Filiere-Eletronique_rapport-final-VF_nov-2021-Ok.pdf

[7] Premier rapport du Conseil national de productivité, avril 2019, voir aussi sortir du cercle vicieux du décrochage industriel, T. Grjebine,  http://www.cepii.fr/blog/fr/post.asp?IDcommunique=868, et « Désindustrialisation (accélérée), le rôle des politiques macroéconomiques », F. Geerolf et T. Grjebinehttp://www.cepii.fr/CEPII/fr/publications/em/abstract.asp?NoDoc=12746

[8]  « Le problème de l’investissement français n’est pas quantitatif, S. Guillou, OFCE, N° 51/30 Avril 2015 ». https://www.ofce.sciences-po.fr/pdf/notes/2015/note51.pdf voir aussihttps://www.strategie.gouv.fr/publications/linvestissement-entreprises-francaises-efficace, S. Guillou, C. Mini et R. Lallement, France Stratégie, octobre 2018.

[9] À la recherche de l’immatériel : comprendre l’investissement
de l’industrie française, https://www.la-fabrique.fr/fr/publication/a-la-recherche-de-limmateriel-comprendre-linvestissement-de-lindustrie-francaise/#:~:text=l’industrie%20fran%C3%A7aise-,%C3%80%20la%20recherche%20de%20l’immat%C3%A9riel%20%3A%20comprendre%20l’investissement,%C3%A9lev%C3%A9%20dans%20les%20comptes%20nationaux

[10] Le « made in France » entre atouts et handicaps, https://www.alternatives-economiques.fr/made-in-france-entre-atouts-handicaps/00102959, voir ausi https://www.strategie.gouv.fr/publications/politiques-industrielles-france-evolutions-comparaisons-internationales

 

Tableau entrées-sorties mondial (T.E.S.)