Tableaux entrées sorties internationaux

Tableau entrées sorties internationaux

Les tableaux internationaux des entrées-sorties (TIES) constituent une infrastructure statistique permettant de mettre en relation les flux de production, de consommation et d’investissement au sein des pays, ainsi que les flux d’échanges de biens et services entre les pays. Ces tableaux sont estimés, à l’échelle mondiale et de manière cohérente, par pays et par branche d’activité économique et sur une période suffisamment longue à des fins d’analyse.

Les tableaux des ressources et des emplois (TRE) nationaux sont des matrices par produit et par branche d’activité montrant comment la production intérieure et les importations de biens et de services sont utilisées pour la consommation intermédiaire et les emplois finals.

Les tableaux des entrées-sorties (TES) peuvent être des matrices produit par produit ou branche par branche qui réunissent les tableaux des ressources et des emplois dans une même matrice. Les TES illustrent les relations inter-branches ou inter-produits au sein d’une économie. Dans le domaine économique, les modèles d’entrées-sorties sont largement utilisés pour évaluer les impacts des interventions politiques sur l’ensemble de l’économie en traçant les interdépendances entre les industries.

International input-output tables (IIOTs) provide a statistical framework for linking production, consumption, and investment flows within countries, as well as trade flows of goods and services between countries. These tables are estimated on a global and consistent basis—broken down by country and economic activity—covering a sufficiently long period to support analysis.

National supply and use tables (SUTs) are matrices—organized by product and economic activity—that show how domestic production and imports of goods and services are utilized for intermediate consumption and final uses.

Input-output tables (IOTs) can take the form of product-by-product or industry-by-industry matrices that integrate supply and use tables into a single matrix. IOTs illustrate inter-industry or inter-product relationships within an economy. In the economic sphere, input-output models are widely used to assess the impact of policy interventions on the economy as a whole by tracing interdependencies between industries.

 

« Depuis plusieurs décennies, la mondialisation façonne le paysage économique mondial. Les chaînes de valeur mondiales (CVM) sont apparues, reflétant la division croissante du travail, entre les pays et les branches d’activité, dans la production de biens et de services. Les flux commerciaux de marchandises et de services ont connu une tendance régulière à la hausse, de même que les investissements directs étrangers, OCDE »

« Les tableaux FIGARO de l’Union européenne fournissent une comptabilité inter-pays des ressources, des emplois et des entrées-sorties pour mesurer les effets de la mondialisation, Eurostat »

 

Sommaire

I – LE PRINCIPE GÉNÉRAL DES TIES

II – VUE D’ENSEMBLE DES TIES

III – LE PROJET TIVA DE L’OCDE

IV – LE PROJET FIGARO D’EUROSTAT

V – LES PRINCIPAUX TABLEAUX DE FIGARO

VI – LES ÉCHANGES DE LA FRANCE AVEC LES AUTRES PAYS

VII – LES IMPORTATIONS RÉEXPORTÉES ET LE NÉGOCE INTERNATIONAL

VIII – LES BIENS ENVOYÉS À L’ÉTRANGER POUR ÊTRE TRANSFORMÉS : LE TRAVAIL À FAÇON

IX – LA CORRECTION TERRITORIALE ET LA CORRECTION CAF-FAB

X – LE COMMERCE EXTÉRIEUR DES SERVICES

 

Introduction

°D’un point de vue macroéconomique, les TES internationaux (TIES)  ont été largement utilisés pour montrer que les chaînes de valeur mondiales et la valeur ajoutée dans le commerce ont augmenté rapidement entre le milieu des années 90 et la fin des années 2000. L’intégration des pays et des industries dans les chaînes de valeur mondiales et leurs contributions à la création de valeur nationale sont capturées par des indicateurs basés sur le TES symétrique tels que la valeur ajoutée nationale et le contenu en importations des exportations. De plus, la distance à la demande finale (« amont ») et le nombre d’étapes de production incorporées servent de mesures de la position d’une industrie ou d’un pays au sein des chaînes de valeur mondiales.

° L’utilité de cette approche a vite été reconnue par des institutions internationales telles que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), car elle permet d’évaluer plus précisément les balances commerciales internationales en distinguant pour une exportation ce qui est produit à l’intérieur du pays et ce qui est importé. Les statistiques du commerce brut sont en effet trompeuses : lorsque la valeur du contenu importé, y compris la valeur des droits de propriété intellectuelle incorporés dans les produits, est soustraite de la valeur totale des exportations finales chinoises, le déficit bilatéral américain diminue considérablement, jusqu’à 40 % certaines années (voir ci-dessous).

° Un tableau international entrées-sorties met en relation, pour plusieurs pays et plusieurs secteurs (branches), les flux de biens et services utilisés dans la production, la consommation, l’investissement et les échanges internationaux. Il permet donc de représenter les interdépendances entre économies et secteurs.

° L’OCDE publie actuellement une base TIES couvrant 81 économies (y compris le reste du monde), 50 branches et 1995-2022 dans les indicateurs associés.

 

 

1 – À quoi servent les TIES ?

° Ils permettent notamment d’étudier :

  • les chaînes de valeur mondiales ;
  • la dépendance d’un pays à ses fournisseurs étrangers ;
  • le contenu importé des exportations ;
  • la valeur ajoutée créée dans chaque pays pour produire un bien finalement consommé ailleurs ;
  • les effets d’un choc dans un secteur ou un pays sur les autres économies ;
  • les émissions de CO₂ incorporées dans le commerce international.

 

chaînes de valeur mondiale

° On prend l’exemple fictif suivant avec la France et l’Allemagne et 3 secteurs (branches) agriculture, industrie services. On se demande ce qu’entraîne une hausse de la demande de l’industrie en Allemagne sur les productions en France et en Allemagne? On utilise le modèle de Léontieff (voir page TES Symétrique). Une hausse de +10 de la demande finale industrielle allemande génère des consommations intermédiaires dans tous les secteurs, y compris français. Effet total : production France +10,149 Md€ ; production Allemagne +22,888 Md€.  ΔXᵢ = somme des produits de la ligne i de L par le choc ΔY. Exemple Industrie allemande : 0,297×0 + 0,222×0 + … + 1,674×10 = +16,737.

° Ces résultats sont présentés dans les deux tableaux suivants. le premier présente les données de base et les résultats finaux; le second présente les calculas intermédiaires ; la matrice des coefficients techniques A, la matrice (I-A) et la matrice (I − A)⁻¹. On a la variation de la production X (ΔX = (I − A)⁻¹ × ΔY où Y est la demande finale.

 

TIES France -aAllemagne ; un exemple fictif avec 3 produits branches

 

 

2 – La délicate question des mesures des échanges internationaux entre pays

° L’élaboration du TIES fait appel à une multitude de sources de données.

  • L’approche est similaire à celle utilisée par les offices statistiques nationaux pour établir les tableaux annuels des ressources-emplois (TRE) de la Comptabilité Nationale,
  • La conversion des données officielles en format de données nationales “idéales” nécessite de recourir à plusieurs hypothèses et requiert l’enchaînement de nombreuses étapes de calculs,
  • Tenir compte des différences entre les statistiques de la balance des paiements et les échanges recensés dans les comptes des dépenses du SCN.
  • La principale difficulté est d’élaborer de manière cohérente les données du commerce extérieur. il convient de gérer les fréquentes asymétries inhérentes aux statistiques sur les échanges bilatéraux rapportés par les pays, que ce soit pour les biens comme pour les services, c’est-à-dire les cas où les exportations déclarées par le pays A vers le pays B ne correspondent pas (avec parfois de grandes  divergences) aux importations déclarées par le pays B en provenance du pays A (voir page Échanges extérieurs). Pour les biens, cela peut s’expliquer par d’importantes activités de réexportation, les désignations des pays partenaires (par exemple, pays d’origine par opposition au pays de consignation), des changements de codes produits, des questions de confidentialité ou encore des déclarations erronées.

 

° Il faut obtenir un équilibre des statistiques de commerce bilatéral entre pays pour chaque bien et service. Mais il est très complexe d’y parvenir. La grande difficulté est de corriger les asymétries, dues à toutes les catégories particulières d’échanges. On présentera les 6 grands ajustements des données du commerce extérieur dans le projet Figaro :

  • les réexportations de biens,
  • les biens envoyés à l’étranger pour être transformés (travail à façon),
  • les achats directs à l’étranger par produits par des non résidents,
  • la correction CAF-FAB par produits,
  • le négoce international,
  • le commerce extérieur des services.

° Les asymétries résultent d’abord du fait que les exportations d’un pays C vers un pays A sont enregistrées FAB pour le pays exportateur, c’est à dire à sa frontière, et CAF pour le pays importateur, là aussi à sa frontière. La valeur n’est pas la même, la différence étant le transport et l’assurance sur le pays de transit.Les échanges bilatéraux de biens doivent donc être préalablement équilibrés (en supprimant les asymétries) et les valeurs d’importation CAF par produits sont converties en valeurs FAB par produits avec certaines hypothèses sur les corrections CAF-FAB. En l’absence de données disponibles des États membres de l’UE, le projet Figaro utilise les données de l’OCDE d’ajustements de valeur CAF-FAB pour convertir les importations CAF en valorisation FAB.

° Mais ces asymétries peuvent avoir bien d’autres explications.

  • Certaines marchandises ou certaines catégories de transactions peuvent aussi être définies de façon différente et peuvent être incluses dans les statistiques par un partenaire et exclues par l’autre (réparation, admission temporaire, quasi-transit….). Les échanges de faible valeur peuvent ne pas être comptabilisés au niveau statistique dans un État et l’être dans l’État partenaire. De même, certains opérateurs peuvent être dispensés de déclarations si leur échanges sont inférieurs à un certain niveau comme c’est notamment le cas dans les échanges entre les Etats Membres de l’UE. Enfin, les deux partenaires doivent utiliser le même système de commerce : la France a fondé ses statistiques sur le système de « commerce spécial » alors que d’autres pays comme les États-Unis, le Canada et le Japon appliquent le système de « commerce général ». Le système de « commerce spécial » exclut notamment les entrées dans les entrepôts douaniers des marchandises qui sont réexportées par la suite hors du pays.
  • En outre, la date d’exportation ne correspond pas forcément à la date d’importation. Cette différence peut être expliquée par de nombreux facteurs : délai d’acheminement des marchandises, entreposage préalable au dédouanement,… Il s’ensuit qu’une importation peut être enregistrée comme ayant eu lieu pendant une année autre que celle de l’exportation correspondante.
  • Les règles suivies en matière de conversion des monnaies peuvent être un autre facteur de disparités entre la valeur des importations d’un pays et celle des exportations de son partenaire, notamment en cas de fluctuation marquée.
  • La ventilation des importations par pays d’origine et des exportations par pays de dernière destination connue est à l’origine d’importantes disparités entre les statistiques de pays partenaires. Une marchandise originaire d’un pays A est expédiée depuis un pays B vers un pays C. Le pays B enregistre une exportation à destination de C mais celui-ci enregistre une importation de produit du pays A.

 

 

 

 

 

I – LE PRINCIPE GÉNÉRAL DES TIES

1/ Les TIES

Ils ont pour objet, entre autres, de résoudre les asymétries du commerce extérieur. En effet, là où les TES symétriques classiques sont habituellement décomposés en un TES domestique et un TES importé, le TES inter-pays permet d’aller plus loin en décomposant les TES symétriques en un TES domestique et les TES importés de chaque pays (voir page TES Symétrique).

À partir des TES symétriques de chaque pays, le TIES décompose le TEI entre un TEI domestique et un TEI importé par pays.  De même, il décompose les emplois finaux, soit produits intérieurement, soit importés et selon les pays.

Le fait de disposer d’une ventilation des TES symétriques importés par pays d’origine constitue une ventilation supplémentaire, par exemple pour déterminer la ventilation du contenu en importations d’un produit donné selon les pays exportateurs (à titre direct et indirect). Les données sur les échanges internationaux couvrent les échanges de biens et de services, la valeur ajoutée locale dans les exportations brutes et les chaînes de valeur mondiales (CVM).

C’est l’OCDE qui a développé les premiers projets depuis 2005 (Projet TiVA) (voir page Tableaux entrées sorties internationaux). Le principe est de partir des TES symétriques de chaque pays individuellement, chacun disposant d’importations et d’exportations mais sans décomposition des destinations et origines par pays. Un TES national contient une partie intérieure et une partie importée. La partie importée ne ventile pas les importations par pays d’origine ; de même, la partie exportée n’est pas ventilée par pays de destination. Tout l’enjeu de la construction d’un TIES consiste alors à rapprocher ces TES nationaux avec des bases de données sur le commerce international, afin de construire un tableau d’entrées et sorties international cohérent. Dans ce processus de création du TIES, les données initiales peuvent donc être modifiées afin de garantir la cohérence interne du TIES, notamment les équilibres emplois-ressources ou l’égalité des flux miroirs entre exportateurs et importateur.

Ce TES mondial doit en effet rendre cohérentes les données du commerce international à l’échelle mondiale, ce qui n’est pas facile du fait des asymétries du commerce extérieur. Par exemple, les importations de voitures par la France en provenance de l’Allemagne doivent être égales aux exportations de voitures par l’Allemagne vers la France. C’est absolument impossible à ce niveau de détail mais même au niveau agrégé du commerce extérieur, tous produits confondus. Du coup,  la France affiche un solde commercial quasi-équilibré avec la Chine en 2021 et en revanche un déficit de -100 milliards d’euros avec l’UE contre – 45 milliards sur le site de l’Insee La seule explication serait la gestion des asymétries.

Un TIES est toutefois presque plus simple qu’un TES symétrique (schéma ci-dessus). Il se compose d’un seul ensemble une fois résolus tant bien que mal les asymétries pour les 47 pays et 64 produits dans le projet FIGARO d’Eurostat. Comme le TES standard, il comprend deux cadrans : consommations intermédiaires (CI) et emplois finals. mais chacun se décompose entre les 47 pays en ligne et en colonne. On lit ainsi dans la matrice des CI, celles en 64 produits du pays 1 par les les 64 branches du pays 1 puis de la ligne 65 à 128 et de la colonne 1 à 64, les CI en 64 produits du pays 2 par les les 64 branches du pays 1;  et de la colonne 65 à 128, on lit de la ligne 1 à 64, les CI en 64 produits du pays 1 par les les 64 branches du pays 2, etc… .

TES standard en France (TRE à l’étranger)

 

TES symétrique

 

TIES (TES mondial) permettant le calcul du PIB mondial

 

 

 

 

 

2/ Comparabilité – géographique dans la base FIGARO d’Eurostat

Les tableaux FIGARO couvrent l’économie mondiale. La comparabilité géographique des données sources est obtenue et assurée principalement par : (1) la cartographie des classifications statistiques, (2) la compilation d’un ensemble cohérent à l’échelle mondiale des principaux agrégats de comptabilité nationale, et (3) l’établissement d’une vision équilibrée du commerce international où les exportations mondiales correspondre aux importations mondiales évaluées en FAB.

 

a) Principaux agrégats des comptes nationaux cohérents à l’échelle mondiale

Dans le projet FIGARO, la cohérence mondiale des principaux agrégats des comptes nationaux est assurée grâce à une procédure de collecte et de calcul des données par étapes. Le point de départ est la collecte du PIB de 205 économies. Les données du PIB sont reprises pour établir le PIB mondial mais elles ne sont ni adaptées ni modifiées dans les étapes suivantes.

Au lieu de cela, les principaux agrégats sont comparés au PIB et adaptés si nécessaire, en commençant par les dépenses, puis en passant à la production et aux revenus :

  • Du côté des dépenses , le PIB mondial doit être égal à la somme de la consommation finale, de la formation brute de capital et des exportations moins les importations de biens et de services.
  • Du côté de la production , le PIB mondial doit être égal à la production totale moins la consommation intermédiaire plus les impôts moins les subventions sur les produits.
  • Du côté des revenus , le PIB mondial doit être égal à la rémunération des salariés plus les impôts sur la production et les importations moins les subventions, l’excédent brut d’exploitation et le revenu mixte de l’économie totale.

Après avoir assuré la cohérence globale des principaux agrégats, leurs composantes sont comparées, par exemple, les dépenses de consommation finale des administrations publiques (P3_S13), des ménages (P3_S14) et des institutions à but non lucratif au service des ménages (P3_S15) sont comparées aux dépenses de consommation finale totales (P3). En fin de compte, cette procédure par étapes génère un ensemble de données final des principaux agrégats de comptabilité nationale qui s’alignent pleinement sur le PIB de chaque pays et sur le PIB mondial global.

 

 

 

b) Vision équilibrée du commerce international

La compatibilité géographique des données commerciales est obtenue en équilibrant le commerce international de manière à ce que les exportations mondiales correspondent aux importations mondiales évaluées valeur FAB (voir page Correction CAF-FAB).

Équilibrer le commerce international est une procédure complexe, qui implique des flux de travail distincts pour les biens et les services (voir le cas du commerce France-Chine page chaines de valeur mondiales). Les deux axes de travail rapprochent les données commerciales de 205 pays au niveau des produits NC à six chiffres via :

  • une l’évaluation cohérente des exportations (généralement valorisées FAB) et des importations (généralement valorisées CAF) en termes de FAB ;
  • l’attribution des échanges non alloués à l’aide de méthodes de plausibilité ;
  • l’élimination dl’es asymétries commerciales en équilibrant les flux commerciaux bilatéraux ;
  • l’harmonisation des données commerciales avec les comptes nationaux, ce qui nécessite de corriger les statistiques commerciales pour les marchandises envoyées à l’étranger pour transformation, réexportations, activités de négoce, commerce quasi-transit, achats directs à l’étranger par les résidents et achats intérieurs par les non-résidents.

 

 

 

 

 

 

 

 

II – VUE D’ENSEMBLE DES TIES

1/Présentation du TIES mondial : un exemple en 2018

Le TIES doit rendre cohérentes les données du commerce international à l’échelle mondiale, ce qui n’est pas la moindre des difficultés (voir ci dessous). Par exemple, la somme des importations par pays de provenance retracées dans les exportations de ces pays à destination de la France est égale au total des importations de la France.

Le « TEI (tableau des entrées intermédiaires) international » prend la forme suivante dans les bases internationales :

– Le TEI importé : TEI obtenu en croisant deux pays différents (ex: France x Allemagne). Ce tableau détaille les mécanismes d’importation entre deux pays branche par branche.

– Le TEI domestique : TEI obtenu en croisant un même pays (ex: France x France). Il détaille les flux de consommation entre les différentes branches d’une économie.

Le TEI « international »

Il existe un certain nombre d’initiatives visant à compiler des tableaux intrants-extrants multirégionaux (MRIO) à grande échelle, complétés par des informations non monétaires telles que les flux de ressources et les charges environnementales. On trouve cii-dessous le fichier MRIO ‘simplifié qui décrit les égalités comptables que l’on peut y retrouver (dans l’onglet Fig2_SIOT-vs-MRIO (3)).

Le TIES suivant est de 2018. Il comprend 4 pays ou zones de pays : la France, l’UE et autres pays, la Chine, et le Reste du Monde (RDM). Il y a 3 produits : l’agriculture-industrie, l’énergie et les services.

À gauche se trouve la colonne (3) du total de l’offre (ressources) soit de la France (par exemple 831 milliards en agriculture-industrie), soit des autres pays.

Puis entre le premier grand cadran noir on a tous les TEI inter-pays avec les montants des consommations intermédiaires

  • d’une part le TEI domestique de chaque pays,
  • d’autre part les TEI des produits échangés dans le monde.

Par exemple l’agriculture-industrie de ka France consomme soit 153 milliards de CI de produits agro-industriels français, soit les CI importés en provenance des autres pays : ainsi la CI en produits agro-industriels américains par la branche agriculture industriel de la France est de 81 milliards d’euros.

On trouve tout à droite les emplois finals soit produits en France, soit produits à l’étranger dont certains sont importés par la France. Elle a consommé 207 milliards de produits agro-industriels produits en France et 87 milliards produits aux États-Unis. Ceux-ci ont importé 108 milliards de produits agro-industriels produits par la France.

Toute la difficulté est de résoudre les asymétries du commerce extérieur et donc de trouver un chiffre moyen entre les exportations déclarées  d’un pays vers un autre pour un produit donné et les importations de ce même pays déclarées par le pays receveur. La France importe 81 Mds de produits agro-industriel des États-Unis et exporte ces produits pour 79 Mds vers les États-Unis. Mais ces chiffres et tous ceux des échanges extérieurs ont été estimés au mieux. Parfois ils ne sont  pas du tout satisfaisants comme les échanges entre la France et la Chine.

On peut calculer les principaux agrégats de la France  en milliards d’euros (ainsi que pour les 3 autres pays ou groupe de pays) :

  • 1/ Le PIB de la France est de  2215 = somme emplois finals (2263) + somme des CI exportés (361) –  somme CI importés (410); ce calcul peut être fait pour les autres pays ou zones,
  • 2/ le solde extérieur de la France est de  – 42 (677 d’exports et 719 d’imports). Les imports de la France sont les exports des autres pays vers la France,
  • 3/ le solde extérieur France – UE autres pays est  = solde sur CI -30 (209-239) + solde sur emplois sfinals – 19 (166-185) = -48,
  • 4/ le solde extérieur France Chine = solde sur CI 3 (27-24) + solde sur emplois sfinals – 5 (19-24) = – 2 ce qui est peu quand on connait le déficit réel entre la France et la Chine.
  • 5/ Seul le solde avec le Reste du Monde est positif ; +12.

Tableau 10 MRIO-ECOLEC

Tableau intrants-extrants multirégionaux (MRIO) de la France en 2018 en milliards d’euros

Source : OCDE,  https://www.oecd.org/sti/ind/inter-country-input-output-tables.htm

 

 

 

2/ De multiples TIES

Des méthodologies se sont ainsi développées sur les chaînes de valeur mondiales au-delà de la description de l’économie nationale à travers le TRE (tableau-ressources-emplois) et le Tableau-entrées-sorties (TES) symétrique, qu’on appelle en anglais « Input-Output Table » (IOT) : OCDE projet TiVA (trade in Value Added), Eurostat projet FIGARO (Full International and Global Accounts for Research in Input-Output Analysis). Ils s’appuient sur des TES symétriques inter-pays (ou tableaux internationaux inter-pays – TIES).

Il existe une multitude de TES inter-pays (aussi appelé TIES : Tableau International Entrées-Sortie) (tableau suivant) concernant des pays différents, avec des nomanclatures plus ou moins agrégées, sans compter d’autre sources parfois spécifiques à certains pays (États-Unis, Belgique,…) :

En pratique, construire des TIES est une tâche complexe, chronophage et nécessitant de gros volumes de données d’une multitude de sources. Il s’agit notamment des tableaux nationaux des ressources et des emplois (TRE) ou des tableaux entrées-sorties nationales (TES symétriques) pour évaluer les opérations entre branches au sein des pays, des données sur les échanges internationaux de biens et services par produit pour rendre compte des flux entre pays, et des statistiques de comptabilité nationale pour étalonner les estimations aux toutes dernières séries chronologiques des principaux agrégats de Comptabilité Nationale (à savoir PIB, demande finale, exportations et importations) et aux données sur la production et la valeur ajoutée par branche d’activité.

 

 

 

3/ Différences entre les TIES sur le commerce extérieur

D’un TIES à l’autre, la production mondiale, la demande finale ou les consommations intermédiaires totales sont différentes. De plus, les structures mondiales de production et de commerce peuvent s’écarter sur des branches ou des pays donnés. Ces écarts peuvent s’expliquer par le fait que les différents TIES sont parfois issus de données différentes, mais également produits par des institutions ou organismes différents, dont chacun a sa méthode de réconciliation des données nationales pour créer un TIES. C’est le cas par exemple lorsqu’il s’agit de mettre en cohérence les importations d’un pays avec les exportations d’un autre vers ce pays (valorisation CAF/FAB) ou encore de répartir les achats des touristes français à l’étranger (correction territoriale).

C’est en effet sur l’origine des importations que les TIES s’écartent le plus les uns des autres. Ces écarts sont dus en grande partie aux différentes méthodes de retraitement et de mise en cohérence des importations et des exportations (voir ci-dessous). Par exemple, les importations de la France depuis les États-Unis sont deux fois plus élevées dans Figaro 2 que dans les autres bases, mais inversement, celles en provenance d’Italie, de Grande-Bretagne ou d’Espagne sont deux fois moins élevées. La ventilation des importations par branche est également variable d’une base à l’autre.

De même, il semble y avoir de gros soucis sur les chiffres du commerce extérieur entre la France et certains pays dans les bases TIVA de l’OCDE et FIGARO d’Eurostat. Il y aurait un solde France-Chine à peine déficitaire en 2019 dans FIGARO, voire positif dans TIVA en 2020,  alors que les instituts français affichent un déficit de la France de 30 Mds d’euros.

Toutes les méthodologies de ces bases sont en anglais. Voici les principaux termes techniques et acronymes. On y voit que le terme anglais « IOT, input-output table » est traduit par « TES » dans les notes explicatives des bases. Or le SEC 2010 comme l’Insee parle de TES « symétrique » au lieu de TES qui a d’ailleurs une autre signification en France, au sens de TES standard, pseudo-équivalent des tableaux ressources-emplois (TRE) étrangers (voir page Tableau ressources emplois).

 

 

 

 

 

 

 

 

III – LE PROJET TIVA DE L’OCDE

C’est l’OCDE qui a développé les premiers projets depuis 2005. Le principe est de partir des TES symétriques de chaque pays individuellement, chacun disposant d’importations et d’exportations mais sans décomposition des destinations et origines par pays.

Des tableaux nationaux entrées-sorties harmonisés aux tableaux mondiaux entrées-sorties (TIES)

 

L’édition 2020 des TIES / TiVA est la dernière, publiée en décembre 2023 sur le site de l’OCDE.

Les indicateurs présentés le sont pour :

  • 66 économies / pays,
  • 36 branches établies à partir de la CITI Rév.4 (tableau suivant),
    • 20 activités de fabrication,
    • 16 activités de services dont l’électicité, le gaz, leau (CITI 35 à 39) et la constrcution (CITI 41 à 43),
  • années 1995, 2000, de 2005 à 2018

Le TIES de l’OCDE – Couverture sectorielle

 

 

Le matériel de support comprend :

  • des notes par pays,
  • une brochure de présentation et des notes de synthèse,
  • des métadonnées,
  • des tableaux internationaux entrées-sorties (TIES) sous-jacents.

 

 

 

 

1/ La structure du  projet TiVA 2023

Le système ICIO de l’OCDE consiste en un ensemble de données mondiales annuelles des tableaux d’entrées-sorties symétriques, branche par branche. Pour chaque année, plusieurs matrices peuvent être générées à partir des tables ICIO pour calculer les indicateurs TiVA. Le tableau suivant, et les trois figures suivantes présentent les structure de base de la base de données ICIO et les principales matrices nécessaires à l’estimation des indicateurs TiVA. Ceux-ci sont dans la publication de l’OCDE  de novembre 2023 https://web-archive.oecd.org/fr/2023-11-24/644737-TiVA_2023_Indicators_Guide.pdf

Le fait de disposer d’une ventilation des TES symétriques importés par pays d’origine constitue une ventilation supplémentaire, par exemple pour déterminer la ventilation du contenu en importations d’un produit donné selon les pays exportateurs (à titre direct et indirect). Les données sur les échanges internationaux couvrent les échanges de biens et de services, la valeur ajoutée locale dans les exportations brutes et les chaînes de valeur mondiales  (voir l’exemple fictif dans page TES Symétrique).

Structure de base de l’ICIO de l’OCDE

Obtention de l’inverse de Léontief et du ratio valeur ajoutée/production

Obtenir les flux commerciaux bilatéraux

 

 

 

 

 

2/ Mettre en lumière plusieurs objectifs dont les chaînes de valeur mondiales

La base de données de l’OCDE a pour objet d’éclairer les pouvoirs publics dans un certain nombre de domaines et d’assurer une meilleur prise en compte:

  • de l’importance de la contribution des services dans les chaînes de valeur mondiales : comprendre la nature et les effets des chaînes de valeur régionales et mondiales par exemple les indicateurs TiVA,
  • du suivi de l’évolution temporelle des systèmes de production dans le monde,
  • de l’importance des importations dans les exportations,
  • de la véritable nature des interdépendances économiques, telles qu’elles apparaissent dans les balances commerciales bilatérales, exprimées en valeur ajoutée, donc avoir une vue d’ensemble équilibrée des flux de biens et services intermédiaires et finals, entre les pays et entre les branches d‘activité.

 

 

 

 

 

3/ La méthode de construction du TIES dans TIVA

Il a fallu définir une méthode de calcul du TES inter-pays :

  • Soit on part des TRE de chaque pays aux prix de base, décomposés en TRE domestique et TRE importé, puis on calcule un TRE inter-pays et au final un TES symétrique inter-pays.
  • Soit on part des TES symétriques de chaque pays. Mais leurs méthodes de calcul varient : la plupart des pays font des IOT « produit » * « produit « . Mais certains pays, notamment scandinaves, font des IOT « branche d’établissement » * « branche d’établissement ».

Dans les projets TiVA et FIGARO, c’est plutôt la première solution qui a été choisie. Pour comprendre ce choix, on se reportera au descriptif du projet FIGARO ci-dessous et à la page TES symétrique. L’étape 3 du second schéma suivant le montrerait. L’étape 4 « Flux des échanges bilatéraux de biens et services » est assez complexe car il faut résoudre les asymétries du commerce extérieur. Ce n’est que dans l’étape 5 qu’on établit un tableau des entrées-sorties (ES) de la production intérieure (symétrique branche-par-branche).

L’une des raisons de partir des TRE plutôt que des TES (symétriques) provient de la disponibilité des tableaux dans le monde. Ceux-ci sont davantage disponibles pour les années de référence (1995, 2000, 2005, etc). Mais de 1995 à 2018, l’OCDE dispose des données de beaucoup plus de TRE que de TES (symétriques).

 

 

 

 

 

4/ Les échanges de la France avec les autres pays

Voici les importations, exportations et solde commerciale de la France avec les différents pays par produits et par emplois intermédiaires ou finals. Les données couvrent 76 économies et quelques régions; y figurent notamment l’intégralité des pays de l’OCDE, de l’UE, du G20 et de l’ANASE (Association des Nations de l’Asie du Sud Est). Les indicateurs sont ventilés selon 45 branches d’activité, compatibles avec la CITI Révision 4 et présentées en hiérarchie, et quelques regroupements de branches. On les a regroupées ici. Les calculs sont établis à partir des Tableaux Internationaux des Entrées-Sorties (TIES) de l’OCDE Les TIES sont eux-mêmes dérivés des tableaux nationaux des ressources et des emplois (TRE) et des tableaux nationaux des entrées-sorties (TES). Ces deux jeux de données sont, au préalable, transformés (et harmonisés) selon des formats et nomenclatures standards, puis combinés aux statistiques sur les échanges bilatéraux de biens et de services. Enfin, après avoir estimé les données manquantes, ces tableaux sont équilibrés à l’aide de contraintes établies à partir des données sectorielles officielles de la Comptabilité Nationale au format SCN08 et des Principaux agrégats des Comptes nationaux.

Les données pour la France font apparaître certains soucis ni dans les importations et les exportations totales qui sont proches de celles des données de l’Insee, hors correction territoriale (achats des touristes à l’étranger), ni par produits.  Mais par pays, les données sont parfois discutables. Il y aurait un déficit important entre la France et l’UE de près de 139 Mds en 2020 : les exportations y seraient de 304 Mds quand les importations sont de 443 Mds. Ce ne sont pas les chiffres que publie l’Insee qui ne sont d’ailleurs pas cohérents avec ceux des autres pays du fait des asymétries. Le déficit n’y est que de 50 Mds. Les écarts sont énormes. En revanche il y aurait un excédent avec le Reste du Monde (hors UE) de 81 Mds : exportations 381 Mds importations 300 Mds notamment du à l’excédent avec la Chine. On a déjà signalé ces délicates tentatives de résorptions d’asymétries du commerce extérieur. On le verra aussi dans la base FIGARO.

Tableau 11 import et export France 2020 Tiva OCDE

Importations de la France par pays d’origine et par activités en milliards d’euros en 2020

Importations en CI de la France par pays d’origine et par activités en milliards d’euros en 2020

Importations en emplois finals  de la France par pays d’origine et par activités en milliards d’euros en 2020

Exportations de la France vers les pays et par activités en milliards d’euros en 2020

Exportations en CI de la France vers les pays et par activités en milliards d’euros en 2020

Exportations en emplois finals de la France vers les pays et par activités en milliards d’euros en 2020

Solde commercial de la France par pays et par activités en milliards d’euros en 2020

 

 

 

 

 

 

 

IV – LE PROJET FIGARO D’EUROSTAT

Suite au manuel des Nations Unies sur les « Supply and Use Table » (2018), le document Figaro d’Eurostat de 2019  apporte un cadre pour l’élaboration d’un TES inter-pays. On tente d’en faire un large résumé en français en insistant sur les formes d’échanges internationaux qui se sont développées durant ces 20 dernières années et leur traitement conceptuel parfois complexe en comptabilité nationale. On y étudie aussi les étapes de calcul du TES symétrique inter-pays. D’autres liens ont été mis depuis sur le site d’Eurostat.

Ce TES symétrique inter-pays comprenait au départ les 28 États membres de l’Union Européenne et les États Unis. Le dernier TIES FIGARO d’Eurostat (version 2022) dispose d’une décomposition en 64 branches pour 45 pays dont un « reste du monde ». Ce dernier correspond dans le TIES FIGARO à l’ensemble des pays qui ne sont pas présents dans la base de données et ont été regroupés dans un agrégat unique.

Ce TIES est construit à partir d’une simple conversion analytique du TRE international. Les principales sources pour construire celui-ci sont les TRE nationaux avec leur décomposition entre production domestique et importations, qui sont reliés entre eux grâce aux données « symétriques » de commerce international.

La première étape consiste à construite un TRE inter-pays. Ce n’est que dans une ultime étape qu’est construit un TES symétrique inter-pays. Le passage des TRE nationaux à un TRE inter-pays (respectivement TES symétriques nationaux –> TES symétrique inter-pays) consiste à ventiler les importations de biens et services intermédiaires et finaux entre pays d’origine (et branches exportatrices). En corollaire, on ventile les exportations nationales par pays de destination et par type d’emploi (intermédiaire ou final), ce qui permet indirectement de déterminer les importations par pays d’origine.

Le schéma suivant présente la correspondance conceptuelle entre le TRE inter-pays et les TRE du cadre national pour trois pays, quatre produits et trois secteurs d’activités (ou branches d’activité principale = « industries » en anglais). Les segments sans cellules (en gris) correspondent à des données qui ne sont pas remplies au moment de l’élaboration du TRE. Les autres cellules colorées se réfèrent aux données sources du Pays A, avec chaque couleur montrant le lien vers le segment pertinent dans le TRE national de ce pays.

Les matrices de production sont en vert clair. Les branches d’activité principale sont en ligne et les produits sont en colonnes (à gauche du tableau). Toutes les opérations qui permettent de passer de la production au prix de base aux ressources aux prix d’acquisition se trouvent en bas à gauche du tableau.

Pour les emplois intermédiaires et finaux, les secteurs d’activité sont en colonne et les produits en lignes (en haut à droite du tableau). En rose (TEI domestique) et marron foncé (TEI importé selon les différents pays), se trouvent les TEI. De même, à droite de ceux-ci, se trouvent les emplois finals domestiques (bleu clair) et ceux importés par pays (bleu foncé). Les parties des opérations sur biens et services nationales (en couleurs pâles) sont directement transférées là aussi des TRE nationaux (les deux petits tableaux des ressources et des emplois du pays A en dessous). Ceci nécessite de décomposer les TRE nationaux entre une partie domestique et importée. La nomenclature est uniforme « produit / secteur d’activité » (pour l’UE, nomenclature des secteurs d’activités NACE Rév. 2 et classification des produits CPA 2.1).

En revanche, les parties d’échanges internationaux des emplois (en couleurs sombres) nécessitent un traitement particulier (voir ci dessous).

 

Le TRE inter-pays et la correspondance conceptuelle avec les TRE nationaux

La liste des étiquettes et des notations est indiquée ci-dessous où l’exposant r est le code du pays (r =A, B et C) et l’indice T indique une transposition d’un vecteur / matrice. Les italiques « majuscules et gras » se réfèrent à une matrice, « italiques minuscules gras » à un vecteur, et « italiques minuscules » à un scalaire.

 

 

Le projet FIGARO distingue 3 grandes étapes :

  • la réconciliation des données du commerce extérieur inter-pays,
  • l‘élaboration des tableaux de ressources et d’emplois (TRE) inter-pays,
  • la construction des TES symétriques (IOTs = input-output tables) inter pays.

La première étape est la plus complexe. Elle fait l’objet de sous-étapes (partie 1). Les parties 2 et 3 suivantes concernent la seconde étape. La partie 4 résume la troisième étape.

 

 

 

1/ La difficile réconciliation des données du commerce extérieur inter-pays

Le projet FIGARO a pour objet de ventiler les importations et les exportations par produits et par pays.Pour ce faire on dispose de sources. Mais celles-ci doivent être retravaillées pour de nombreuses raisons. Se pose d’abord la question des asymétries. Des asymétries commerciales bilatérales se produisent lorsque les exportations déclarées du pays A vers le pays B ne correspondent pas aux importations déclarées vers le pays B en provenance du pays A. Il s’agit de « caler » les exportations et les importations de chaque pays avec les autres pays. La comparaison entre les statistiques du commerce extérieur établies par deux partenaires peut présenter des incohérences (voir-ci-dessus). En effet, s’il existe des recommandations internationales pour l’élaboration des statistiques du commerce extérieur de biens, chaque pays établit sa propre méthodologie qui peut s’en écarter significativement.

Se pose aussi la question de déterminer les flux d’échanges bilatéraux à partir des sources disponibles. Faut il se référer aux échanges extérieurs des comptes nationaux ou aux statistiques commerciales pour déterminer ces flux corrigés des asymétries?

Il s’en suit toute une série d’ajustements et d’estimations supplémentaires en vue de concilier, dans toute la mesure du possible, les différences de concept et de couverture entre les statistiques commerciales et les données des TRE (TES en France).

On dispose de deux grandes catégories de sources pour estimer les TRE et TES symétriques inter-pays. Ceux-ci ont pour objet de  décrire la production et la consommation de produits par les secteurs d’activités et par les agents économiques (ménages, APU,..) dans chaque pays, décomposées par partenaires commerciaux (fournisseurs).

Les deux sources sont :

  • Les matrices d’importation du TRE national reflètent la structure des emplois pour chaque pays et pour chaque produit, sans qu’on sache quels sont les fournisseurs,
  • Les statistiques du commerce extérieur de biens et du commerce international des services fournissent la répartition géographique des flux commerciaux (et les parts du fournisseur), mais ne disent pas qui sont les utilisateurs.

Le principe du projet FIGARO est de faire une combinaison judicieuse de ces deux bases de données afin d’identifier les fournisseurs et utilisateurs. Mais plusieurs ajustements sont nécessaires. Il faut par exemple procéder à des évaluations cohérentes (prix de base, prix d’achat, CAF, FAB, etc…).

Il faut distinguer les ajustements dans les biens et dans les services. Les échanges de biens et services méritent des traitements différents, même si les deux souffrent du même problème des asymétries du commerce bilatéral.

  • Pour les échanges de biens, une combinaison des bases de données du commerce international, COMEXT et COMTRADE, a été mise au point pour différencier les exportations nationales, les réexportations et le commerce de quasi-transit : celui-ci concerne les biens qui arrivent dans les ports néerlandais par exemple et sont enregistrés, conformément aux règles de l’Union, comme des importations extra-UE par les Pays-Bas (le pays dans lequel les biens sont mis en libre pratique) et comme des expéditions provenant des Pays-Bas vers les États membres de destination réels, même s’il n’existe aucun lien avec l’économie des Pays-Bas. D’un coté, les données sur les échanges de biens COMEXT sont équilibrées. Cependant, le nombre et l’importance des échanges bilatéraux asymétriques peuvent être énormes. La stratégie adoptée a donc impliqué de s’attaquer manuellement aux plus grandes différences et d’essayer de trouver un consensus sur un chiffre unique. Toutes les différences moins élevées ont ensuite été rapprochées sur la base d’un indice de symétrie (ou indice de fiabilité) utilisé pour calculer une moyenne pondérée des deux valeurs rapportées disponibles pour chaque flux commercial bilatéral. Ensuite, dans le cas de réexportations, le pays ré-exportateur n’est pas le pays d’origine (autrement dit, le pays qui a produit les biens réexportés). En conséquence, certains ajustements ont dû être apportés aux données commerciales équilibrées afin de refléter correctement la répartition géographique des exportations et importations dans le pays producteur. Ces ajustements ont été effectués sur la base de données COMEXT sur importations par pays d’origine. Par la suite, une estimation des exportations nationales et des réexportations résulte de ces ajustements.
  • Dans les services, il y a beaucoup moins d’informations (en comparaison du commerce de biens) et il y a un nombre réduit de catégories de services (ceux retenus dans la balance des paiements). Une matrice de conversion en produits de la classification par produit CPA est donc nécessaire. Contrairement aux biens qui peuvent être vus physiquement, mesurés et observés, lorsqu’ils traversent les frontières, les transactions de services peuvent être effectués via plusieurs possibilités; seuls les flux financiers peuvent être observés. De plus, il est également difficile de distinguer les services effectués réellement. En conséquence, il existe une variété de sources de données et d’estimations différentes; les techniques d’estimation pratiques peuvent parfois différer d’un pays à l’autre. La confidentialité et la classification différente des services peuvent également compliquer le schéma. Une fois donné un ensemble de données complet (bien que déséquilibré) des flux commerciaux bilatéraux de services, on estime une valeur unique pour chaque flux de commerce bilatéral.

Le schéma suivant illustre le processus d’estimation du commerce extérieur entre pays. Dans certains cas, les informations sont non observées, non attribuées ou sont confidentielles, ce qui nécessite des estimations supplémentaires afin de disposer d’un ensemble complet de données. Les TRE inter-pays exigent que le pays d’origine et la destination intermédiaire / finale soient identifiés lorsqu’il s’agit de commerce bilatéral.

Les cases oranges présentent les données de base; celles en jaune décrivent les données utiles pour faire le TRE inter-pays; les cases bleus sont celles qui seront reprises dans ce TRE.

 

Construction de la vision équilibrée (ajustée) du commerce de biens et de services (source : projet FIGARO)

 

 

 

 

 

 

2/ La méthode de résolution des asymétries  : l’exemple du  commerce bilatéral France-Chine

Toute la difficulté des résolutions des asymétries du commerce extérieur au niveau mondial est de modifier les échanges bilatéraux entre deux pays (en trouvant si possible un juste milieu entre les exportations et importations déclarées par les deux pays) sans modifier le solde extérieur des pays issu des TES-TRE nationaux. Mais ce faisant on aboutit à des résultats parfois aberrants comme le montre l’exemple suivant du commerce France-Chine.

 

a) Ne pas modifier le PIB et les emplois finals d’un pays lors de la résolution des asymétries

étape 1 : Le point de départ du calcul du commerce extérieur dans FIGARO sont les exportations et les importations déclarées dans les TES-TRE des comptes nationaux (partie bleu en haut à gauche du tableau suivant). Après correction des taux CAF/FAB et de la consommation des non-résidents sur le territoire national et de la consommation des résidents à l’étranger (voir page TES Symétrique), FIGARO met en cohérence les importations par produit et les exportations du TES. Il commence d’abord par exclure les importations ré-exportées des importations et des exportations (partie verte en bas à gauche du tableau suivant).  FIGARO obtient alors un déficit (P6-P7) de – 56,8 milliards d’euros en 2021 pour la France (partie bleu en haut à gauche du tableau suivant), qui est donc le même que celui du TES français (sauf que les données du commerce extérieur  n’étaient pas disponibles quand FIGARO 2021 a été élaboré) même si les exportations et les importations sont plus basses car les importations ré-exportées ont été exclues..

étape 2 : Par ailleurs, FIGARO recueille des données commerciales bilatérales détaillées par produit et par partenaire pour les échanges de biens et de services. Les sources sont variées : COMEXT, COMTRADE, BOP, EBOPS, BATIS, les taux CAF-FAB ou les statistiques du tourisme de l’OCDE. Une série d’ajustements est effectuée (négoce international, biens envoyés à l’étranger pour y être transformés…) pour parvenir à une définition comparable aux comptes nationaux. Une procédure de réconciliation est alors appliquée pour garantir une vision équilibrée du commerce.

FIGARO crée alors une base de données (nommée Intrade) dans laquelle, pour chaque combinaison de produits et de partenaires, les exportations (P6) et les importations (P7) sont réconciliées dans un flux unique. Mais le montant agrégé obtenu dans cette vision équilibrée du commerce diffère considérablement des comptes nationaux. (différentes sources, millésimes, asymétries, méthodologies). Cette optique agrégée pour la France de la balance commerciale en 2021 conduit ainsi à un déficit de -114,9 Mds pour la France en 2021 (653,6 Mds d’exportations et 768, 5 Mds d’importations) (partie orange au centre du tableau suivant) et à un excédent de 685,2 Mds pour la Chine  (partie orange au centre du tableau suivant). Ces soldes sont donc différents de ceux des TES français et chinois.

Lors de la construction du tableau des emplois entre pays, FIGARO remplace le tableau des emplois nationaux liés aux importations aux prix de base (toujours hors importations re-exportées). Il attribue une vision équilibrée des flux commerciaux à chaque emploi. Par exemple, il retient du tableau des emplois liés aux importations aux prix de base que 50 % des importations de produits CPA_C26 (produits informatiques, électroniques et optiques) sont utilisés pour la FBCF. FIGARO fait de même pour tous les produits et tous les pays. Par conséquent, il emplace les montants des TRE nationaux par les montants de ce calcul, ce qui entraîne de fortes différences avec les comptes nationaux. FIGARO ne résout toutefois pas les asymétries pour tous les produits.

L’équilibrage et le calage sur le PIB national et sur le solde des échanges extérieurs se fait alors en ajustant les exportations et les importations, et donc le solde de -114,9 Mds (partie orange en haut au centre du tableau suivant) , de manière à ce que le PIB de la France et la Chine ne soient pas modifiés. L’équilibre initial du TRE est en effet l’objectif : un ajustement qui implique d’augmenter P6 (exportations), impliquera donc une augmentation de P7 (importations) pour éviter que les autres agrégats de production (P1) et d’emplois intérieurs (P2,P3,P5) ne soient modifiées.

étape  3 : Dans ce cas, il est nécessaire de modifier P6 et P7 de l’estimation initiale correspondant au solde de – 114,9 Mds  pour la France soit de 63 milliards (704,9 – 768,5) pour les importations et de seulement – 5 milliards pour les exportations (648,1 – 653,6) afin de parvenir au solde précédent de – 56,8 Mds au lieu de – 114,9 Mds. De même l’ajustement pour la Chine est une augmentation de ses importations de 336 Mds et une augmentation de ses exportations de 85 Mds.

Tableau 10 commerce extérieur france chine_figarot

Les étapes de passage du commerce extérieur France-Chine dans FIGARO pour aboutir à un résultat loin de la réalité (P6 exportations, P7 importations) en millions d’€

 

 

 

 

b) Les échanges extérieurs France – Chine dans FIGARO

S’agissant des flux bilatéraux France-Chine, l’ajustement est très asymétrique : les exportations de la France vers la Chine sont augmentées de 17,4 Mds (55,0 – 37,6) et les importations en provenance de Chine seulement de  0,6 Md !, entraînant un excédent de la France de 14,4 Mds dans son commerce extérieur avec la Chine (partie verte en bas à droite du tableau précédent) !  au lieu d’un déficit de – 2,4 Mds (partie orange en haut à droite du tableau précédent) ! 

On peut examiner l’ajustement à un niveau plus détaillé : FIGARO diminue les importations du produit  d’industries extractives en provenance de Chine de 144 milliards d’euros. FIGARO augmente les importations chinoises de CPA_C30 (matériels de transport) de 16 Mds d’euros. Comme la France détient une part de marché importante (4,1 milliards d’euros d’exportations/25,4 milliards d’euros d’importations), FIGARO augmente les exportations françaises vers la Chine de CPA_C30 de 6 milliards d’euros. 

Les tableaux suivants expliquent ce chiffrage « aberrant », résultat des résorptions des asymétries. Et Eurostat de prévenir que la combinaison de ces sources pour 47 pays/partenaires et 64 produits et branches est un véritable défi à tel point que le résultat final peut s’écarter considérablement des données sources (voir page PIB mondial). D’autant qu’il faut être prudent pour les pays comme la Chine, dont il est difficile d’obtenir régulièrement les TRE de sources officielles.

Tableau 11 import France FIAGRO 2021

Tableau 11 export France FIGARO 2021

En conlcusion les flux internationaux reprennent plusieurs statistiques officielles et les complètent par d’autres estimations. FIGARO essaie d’améliorer les méthodes pour combler les lacunes et résoudre les asymétries. Cependant, les incohérences se trouvent dès le départ dans les données officielles. FIGARO extrait ainsi les données d’Eurostat sur les comptes nationaux et la balance des paiements et les statistiques du commerce extérieur pour la France. Le solde en 2021 dans le TES français est de -47 milliards tandis que dans la Balance des Paiements (BdP), il est de -32 milliards liée notamment à la  différence entre les échanges de marchandises dans la BdP et dans le TES (voir page Échanges extérieurs).

 

 

 

 

3/ Processus d’élaboration des TRE et TES symétriques dans l’UE

La construction des TRE et TES symétriques (IOT) inter-pays de l’UE (Union Européenne), comprend différents blocs (schéma suivant). L’ensemble du processus implique cinq éléments de base des données source (officielles) (indiqués dans les cases orange) :

  • comptabilité nationale (en tant que référence);
  • un cadre national d’entrées-sorties (TRE et TES symétriques);
  • données sur le commerce international de marchandises (biens);
  • données sur le commerce international des services et données sur la balance des paiements;
  • statistiques sur les entreprises.

Tous ces éléments sont utilisés pour construire les trois principales entrées de données indiquées dans les cases jaunes des deux schémas suivants qui alimentent le processus de construction des TRE et TES symétriques inter-pays afin d’avoir une vision équilibrée du commerce bilatéral (en biens et services);  on dispose d’un ensemble complet de TRE nationaux (prix de base et prix d’achat);  et on dispose d’un ensemble complet de TES symétriques nationaux.

Les cases bleues indiquent les données souhaitées en sortie du processus. Alors que les comptes nationaux et les cadres nationaux d’entrées-sorties brossent un tableau individuel de chaque économie de l’UE ou du monde entier, une vision équilibrée du commerce bilatéral les rassemble dans un cadre cohérent.

Ce schéma met aussi en lumière plusieurs points de méthode :

  • Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce sont les TRE et non les TES symétriques qui servent de point de départ pour faire un TRE inter-pays.
  • C’est dans le TRE qu’on passe des emplois au prix d’acquisition aux emplois au prix de base.
  • C’est aussi dans ce tableau qu’on estime les importations FAB par produits.

 

Processus d’élaboration des TRE et TES symétriques dans l’UE (entre pays)

 

 

 

 

Mais de nombreux pays (comme la France) ne disposent pas d’un TRE au prix de base en distinguant TRE domestique et TRE en importations.

Par ailleurs, Eurostat n’estime pas d’abord un tableau des emplois domestiques et ensuite le tableau des importations par différence (mais plutôt l’inverse). Ceci est lié au fait que les erreurs dans l’estimation de la plus grande partie du total (c’est-à-dire domestique) conduisent à des importations négatives plus facilement que l’inverse.

Les méthodes sont classées en A, B ou C selon leur qualité:

A – Le tableau des emplois des importations aux prix de base est proportionnel à la structure en lignes du TES symétrique (IOT) des importations, si celui-ci est disponible.
B – Le tableau des emplois des importations aux prix de base est proportionnel à la structure en lignes de l’IOT des importations d’une année antérieure ou d’un pays similaire.
C – Le tableau des emplois des importations aux prix de base est proportionnel à la structure en lignes du tableau des emplois (total) aux prix d’acquisition.

Les structures de lignes d’un IOT d’importations, si elles sont disponibles, semblent être les meilleures (méthode A). Dans certains pays, cette méthode donne des résultats très précis, en particulier pour les emplois finals. En général, les tableaux des emplois domestiques sont mieux estimés que ceux des importations. De manière analogue, chaque fois qu’il n’y a pas d’IOT disponible pour l’année en cours mais qu’il en existe un pour une année précédente, l’approche la plus appropriée semble être l’utilisation des structures des lignes d’un IOT d’importations de l’année précédente (méthode B).

 

 

V –  LES PRINCIPAUX TABLEAUX DE FIGARO

1/  Le tableau international des ressources

Il se présente comme ci dessous avec les matrices de production de chaque pays (P1), puis les importations (P7),.. etc. pour passer du prix de base au prix d’acquisition, les impôts nets de subventions sur les produits (D21-D31), etc… À ce stade, les importations sont enregistrés CAF (coût assurance fret).  Mais dans un second temps, elles le seront FAB (franco à bord) pour chaque produit contrairement au TRE de chaque pays.

 

 

 

 

 

2/ Le tableau international des emplois

Il est toujours aux prix d’acquisition. La totalité du tableau des emplois est convertie aux prix de base afin de permettre la construction du TRE international. On décompose le TRE en un TES domestique et les TES importés de chaque pays. Il comprend

  • des TES domestiques sur les diagonales aussi bien pour les CI que les emplois finaux
  • des TES importés pays par pays en dehors de la diagonale.

A gauche en haut, on voit un premier TEI : il s’agit du TEI domestique de l’Autriche. Le TEI en dessous est celui des importations de CI de l’Autriche en provenance de la Belgique. De même, le TEI à droite est celui des importations en CI de la Belgique en provenance de l’Autriche. Tout en bas des TEI domestiques et des CI importés par pays, se trouvent les comptes d’exploitation par branche.

Puis on passe aux emplois finals. De nouveau on trouve, en premier les emplois finals de l’Autriche, issus du TES domestique. Puis en dessous les emplois finals importés de l’Autriche selon les pays exportateurs et ainsi de suite pour chaque pays. Le tableau des emplois se présente comme ci dessous dans le projet FIGARO. Les codes des opérations sont celles du TES (exemple D1 : rémunérations des salariés, P3S14 consommation finale des ménages,…).

 

 

3/ les TES symétriques (IOTs = input-output tables) inter pays

Les TES symétriques (IOTs) inter-pays peuvent être établis :

  • soit sur la base des TRE inter-pays
  • soit directement à partir des TES symétriques nationaux (IOTs).

Comme déjà dit, les sources de données nécessaires à la construction des IOTs inter-pays « seraient » mieux adaptées à partir de l’élaboration des TRE inter-pays qu’à partir des IOTs de chaque pays. 

En effet, les seules informations comparables et disponibles permettant d’établir directement des IOTs inter-pays sont les IOT nationaux. Mais ceci suppose un ensemble complet d’IOT nationaux homogènes de la même typologie, à savoir,

  • soit « produit*produit »,
  • soit « branche d’établissement * branches d’établissement » (« industries » en anglais).

Or ce n’est pas le cas actuellement pour les pays inclus dans le projet Figaro. Certains pays scandinaves (Norvège, Danemark,..) établissent un IOT par « industries » (voir page TES Symétrique). De plus, les statistiques commerciales du partage des emplois sont rapportées par produit, ce qui signifie que les IOT par « industries» ne peuvent être réalisées qu’avec des hypothèses standard de technologies.

Ainsi, le projet Figaro a opté pour la construction du tableau des emplois d’un IOT inter-pays sur la base des TRE inter-pays au lieu de mettre en place un processus similaire sur la base des IOT nationaux.

Mais une autre question se pose : à l’heure actuelle, la méthode de construction des IOT de chaque pays de l’UE est en effet loin d’être  homogène.

  • Certains d’entre eux utilisent largement l’hypothèse de la technologie « produit » (avec des différences de traitement du problème inhérent aux valeurs négatives) : chaque produit a sa propre structure de production quelque soit la branche d’établissement (ou le secteur d’activité) qui le fabrique.
  • Mais d’autres pays utilisent des hypothèses de technologie hybride, pour la construction de l’IOT « produit – produit », parfois l’hypothèse de technologie secteur : .chaque secteur d’activité a sa propre structure de production quelque soit le produit qu’il fabrique.

Ainsi, en utilisant une seule hypothèse pour tous les pays de l’UE, on augmente l’homogénéité du traitement des produits secondaires dans tous les pays impliqués.

Bien entendu, les hypothèses de « technologies » restent valables pour les IOT inter-pays. En effet, les TRE inter-pays ne sont rien d’autres que des TRE nationaux avec un plus grand nombre de produits et ventilés par pays d’origine (pour les importations) et par pays de destination (pour les exportations). Cela implique que la construction du TES symétrique inter-pays peut être réalisée à l’aide du système complet des matrices de ressources et d’emplois du TRE inter-pays.

Le projet Figaro a donc estimé au final les   IOTS (TES symétriques) par « produit » et par « industry », afin que les utilisateurs (pays) puissent choisir le type de tableau à utiliser. Pour les TES par « industry », FIGARO a utilisé l’hypothèse de structure fixe de vente de produit » (voir page TES Symétrique). Le principal avantage de ce modèle (comme celui de la technologie « secteur ») est qu’il ne ne donne pas de valeurs négatives dans la construction des TES symétriques (IOTs) inter-pays.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

VI – LES ÉCHANGES DE LA FRANCE AVEC LES AUTRES PAYS DANS FIGARO 

Les tableaux FIGARO décrivent sous forme matricielle la manière dont les biens et services sont fournis et utilisés au sein de l’économie mondiale. Les pays explicitement couverts sont les 27 États membres de l’UE et 18 principaux partenaires commerciaux de l’UE (Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, Inde, Indonésie, Japon, Norvège, Mexique, Russie, Arabie Saoudite, Afrique du Sud, Suisse, Turquie, Royaume-Uni et États-Unis) et une région « Reste du monde ». Les tableaux sont ventilés par 64 produits et branches. Toutes les transactions sont exprimées en millions d’euros et en prix de base (c’est-à-dire le prix du bien ou du service hors marges commerciales et de transport et taxes moins subventions).

Les tableaux suivants sont disponibles : (1) tableau des ressources inter-pays, (2) tableau des emplois inter-pays, (3) tableau entrées-sorties inter-pays produit par produit et (4) tableau inter-branche par branche. -tableau entrées-sorties du pays. L’établissement de ces tableaux nécessite des données provenant de diverses sources, notamment les TRE nationaux, les principaux agrégats des comptes nationaux, les statistiques sur le commerce international des biens et services et les statistiques de la balance des paiements. Les données d’entrée sont obtenues à partir de la propre production de données d’Eurostat ainsi que d’organisations internationales telles que l’OCDE, l’UNSD (Division de statistique des Nations Unies), l’ONU et les sites Internet des instituts nationaux de statistique.

Il est instructif de comparer les données de FIGARO avec celles de l’Insee ou d’autres documents d’organismes français (Douanes; Banque de France). Mais on le dira jamais assez : les écarts sont parfois importants entre les importations de la France vis-à-vis d’un pays et les exportations affichées par ce pays vers la France et vice versa. Le solde extérieur entre la France et les États-Unis est différent beaucoup selon qu’on prend les chiffres français ou américains. Il en va de même avec l’Allemagne dans des proportions plus faibles. Sans compter que les sources statistiques d’un pays comme la France ne donnent pas les mêmes résultats : Douanes, Balance des Paiements, comptes nationaux (voir page Échanges extérieurs).

Parfois (États-Unis, Allemagne, Royaume-Uni, Suisse, ..), le TIES de FIGARO donne des résultats intermédiaires entre les sources françaises et celles de ces pays. C’est donc très satisfaisant. Mais dans d’autres cas (nombreux pays de l’UE, Chine,..), les échanges des TIES entre la France et ces pays donnent des résultats surprenants.

On note aussi certaines similitudes des résultats avec la base TIVA : les échanges extérieurs de la France avec la Chine sont quasi équilibrés. Ceux avec l’UE sont fortement déficitaires. On a choisi l’année 2019 plutôt que 2021 car c’est la dernière année de disponibilité des TES symétriques européens. De plus les résultats semblent plus satisfaisants : le solde commercial entre  la France et la Chine  est de + 15 Mds d’euros en 2021 !

 

 

1/ Les échanges de la France avec le Monde

Voici les tableaux extraits de FIGARO des échanges de la France en 2019 avec les principaux pays du Monde. Les tableaux de synthèse entre la France et les différents pays présentent les importations et exportations par produits et par pays. On a plus ou moins repris la nomenclature agrégée des tableaux ci-dessus extraits de la base TIVA  l’OCDE.

On prend ici l’exemple des importations et exportations de la France vis à vis d’une dizaine de pays, du Reste de l’UE et du Reste du Monde. Le total des importations y est de  700 milliards d’euros en 2019 contre 793 Mds dans le TES standard français. La différence provient d’une part des achats des résidents français à l’étranger (44 Mds) et d’autre part des importations réexportées (54 Mds d’euros dans le TES symétrique français de 2019). S’agissant des exportations, elles sont de 661 Mds contre 770 Mds dans le TES français. Ici aussi manquent les achats des non-résidents en France (60 Mds)  et les importations exportées des autres pays qu’on peut estimer approximativement à 55 Mds.

Les tableaux se lisent ainsi. La France a importé de l’Allemagne 100,5 Mds de biens et services dont 63 Mds de produits industriels qui vont soit en CI (40 Mds) soit en emplois finals (23 Mds). L’industrie française a consommé pour 25 Mds les produits industriels allemands sur un total de 40 Mds. L’industrie allemande a consommé pour 20,3 Mds les produits industriels français sur un total de 24,6 Mds.

Il convient de prendre avec prudence tous ces montants. Dans la page TES Symétrique, on explique le partage entre emplois intermédiaires et emplois finals des importations. Dans de nombreux pays comme l’Allemagne, ce partage se fait à partir des enquêtes ¨PRODCOM de quelques 5000 produits où l’on fixe des clés de répartition entre CI, FBCF et consommation des ménages pour chacun des produits  importés. Il n’en n’est rien en France : ici ce partage se fait à partir des équilibres ressources-emplois dans la nomenclature H327 la plus désagrégée qui donnent celui-ci avec plus de précision. A plus forte raison les CI d’un produit par une branche sont très approximatifs : la CI de produits industriels allemands par la branche construction de la France est de 4 Mds quand celle de la construction allemande en produits industriels français est de 1,4 Md. La répartition de la CI de produits industriels importés par les branches n’est pas la même en France et en Allemagne.

Tableau 11 Import France FIGARO 2019

Tableau 11 export France FIGARO 2019

Tableau 11 TIES total 8 grandes branches France principaux pays FIGARO 2019

Commerce extérieur par produits et par emplois France / Monde en milliards d’euros en 2019

 

 

 

2/ Les échanges de la France avec l’UE

Commerce extérieur par produits et par emplois France Allemagne en milliards d’euros en 2019

Commerce extérieur par produits et par emplois France Espagne en milliards d’euros en 2019

Commerce extérieur par produits et par emplois France Italie en milliards d’euros en 2019

Commerce extérieur par produits et par emplois France Reste de l’UE des 27 en milliards d’euros en 2019

Commerce extérieur par produits et par emplois France UE des 27 pays en milliards d’euros en 2019

Source : Eurostat FIGARO

 

L’Allemagne est bien à la fois le premier client et le premier fournisseur de la France. Son poids dans les échanges est de 12,5% en 2019 contre 14% pour les seuls biens selon les données douanières, mais il est près de deux fois supérieures à celui des pays qui la suivent dans le classement. S’agissant du commerce extérieur entre la France et l’Allemagne, le solde extérieur (- 29,7 Mds) semble assez élevé par rapport aux données françaises. Sur le site de Statstistics Bundemsamt, DESTATIS (l’Office fédéral de la Statistique), on lit : l’Allemagne reste le partenaire commercial le plus important de la France au niveau mondial. La France est le deuxième partenaire commercial de l’Allemagne au niveau européen et numéro quatre derrière la Chine, les Pays-Bas et les États-Unis au niveau mondial. Selon les chiffres, le commerce franco-allemand s’élevait à 172 milliards d’euros en 2019. Les exportations de biens allemands vers la France s’élevaient à 106 milliards d’euros en 2019. Les importations provenant de France s’élevaient à 66 milliards d’euros. En 2019, l’excédent de la balance commerciale de l’Allemagne à l’égard de la France était de 40 milliards d’euros.

Or selon les données des douanes qui ne portent que sur les biens, en 2022, la France exporte 80,6 milliards d’euros (FAB) de biens en Allemagne et importe 92,8 milliards d’euros (CAF) de biens en provenance d’Allemagne (graphique suivant). Certes les importations sont valorisées CAF mais le transit France-Allemagne devrait être faible. Certes ce ne sont pas les données des comptes nationaux. Et de plus elles portent sur 2022. Mais on est quand même assez loin des 21 Mds du TIES FIGARO entre la France et l’Allemagne. On conclut que FIGARO propose des échanges extérieurs franco-allemands à mi-chemin entre celles du commerce extérieur de la France et de l’Allemagne.

Principaux partenaires de la France à l’exportation et à l’importation de biens en 2022

 

Mais ce ne serait pas le cas pour les autres pays de l’UE où le solde commercial de la France semble trop déficitaire dans FIGARO. Ainsi, il y aurait un déficit important entre la France et l’UE de près de 92 Mds en 2019 : les exportations y sont de 290 Mds quand les importations de 383 Mds. Ce ne sont pas les chiffres que publie l’Insee (qui ne tiennent toutefois pas compte des asymétries). Le déficit n’y est que de 28 Mds (tableau suivant).

Échanges extérieurs par zone géographique à prix courants en milliards d’euros

 

 

Selon le TIES FIGARO, la Belgique est un partenaire commercial important  de biens et services de la France avec 6% des échanges totaux, derrière l’Allemagne (12,7% ; 172,8 Md€), les États-Unis (8,6% ; 118 Md€) un peu derrière la Chine (8% selon les données douanières des seuls biens; 107,8 Md€, moins selon le TIES d’Eusostat, soit 88 Mds biens et services compris), mais aussi derrière l’Italie et l’Espagne. Elle est, plus précisément, tout biens et services confondus, son sixième client (5,5% des exportations) et son sixième fournisseur (5,9% des importations).  La balance bilatérale des services, traditionnellement excédentaire pour la France, ne l’est pas dans le TIES. Elle compenserait en partie le déficit sur le commerce de biens avec la Belgique. Or c’est le contraire dans le TIES France-Belgique où le solde des biens est excédentaire et celui des services déficitaire.

Pour l’Espagne, on ne retrouve pas non plus les niveaux du solde commercial soit -6,9 Mds d’euros en 2019 dans le TIES contre autour de 0 dans les données françaises. En effet, selon les douanes espagnoles, le déficit est de presque 14 Mds d’euros côté français en 2020, proche de celui de 2019, nouvelle preuve des asymétries (tableau suivant).

 

Classements des principaux partenaires commerciaux de l’Espagne par montant exporté et par montant importé en 2020

 

Le déficit commercial français avec l’Italie s’est réduit légèrement à -6,5 Md€, en 2018 selon les données françaises. Le solde du TIES est de -7,6 Mds en 2019. Il est donc proche des données françaises de 2018.

Selon les douanes françaises, les Pays-Bas sont notre 8ème client et notre 7ème fournisseur, représentant respectivement 4% de nos exportations et 4,8% de nos importations. Pour sa part, la France était le 3ème client et le 6ème fournisseur des Pays-Bas en 2021, représentant respectivement 8,1% des exportations des Pays-Bas (ces données des statistiques néerlandaises incluent les réexportations, qui représentent la moitié des exportations vers la France, à ne pas confondre avec les importations réexportées de la France, visibles dans le TES symétrique de la France) et 3,6% de leurs importations. La reprise des échanges s’est faite en faveur des Pays-Bas et creuse notre déficit commercial qui s’établissait  -7,7 Mds€ en 2019. Le TIES 2019 donne un déficit deux fois plus élevé de – 14,6 Mds.

Ainsi dans 3 des 5 pays principaux partenaires européens  (Belgique, Espagne, Pays-Bas), le déficit du TIES est bien plus élevé que celui des données françaises, reflétant plus ou moins bien les données de ces 3 pays. Ceci contribue déjà pour près de 25 Mds au déficit de la France vis à vis de l’UE (voir ci-dessus).

 

 

3/ Les échanges de la France avec certains pays (hors UE)

Commerce extérieur par produits et par emplois France Suisse en milliards d’euros en 2019

Commerce extérieur par produits et par emplois France Royaume-Uni en milliards d’euros en 2019

Commerce extérieur par produits et par emplois France États-Unis en milliards d’euros en 2019

Source : Eurostat FIGARO

 

Contrairement aux pays de l’UE, la France n’enregistre d’excédent qu’avec 3 des 10 États les plus importants : le Royaume-Uni, la Suisse et les États-Unis. On retrouve bien ces résultats dans les données douanières notamment. Plus étonnant est le solde extérieur à peine négatif avec la Chine.

Selon les données douanières, le déficit commercial français vis-à-vis de la Chine a atteint 32,3 Md€ en 2019. Dans les services, la France est excédentaire vis-à-vis de la Chine : en 2019, son excédent aurait atteint 5,2 Md€ selon la Balance des Paiements; mais il comprend les achats des touristes chinois en France. Le TIES France-Chine donne 5 Mds de solde positif pour les services. Mais il donne seulement un solde extérieur de biens de – 9 Mds donc plus de trois plus faible que le solde précédent. Au total il y aurait un léger déficit avec la Chine de -1,7 Mds qui serait loin de la réalité. Ceci montre les difficultés à mettre en palace ces bases de données.

S’agissant des États-Unis, c’est un peu le contraire mais en proportion plus faible. Selon les Douanes françaises, la balance commerciale de la France avec les États-Unis est excédentaire en 2019 à 3 Md€. Mais d’après l’U.S. Census Bureau, le déficit commercial en matière d’échanges de biens des Etats-Unis vis-à-vis de la France serait de  -17,7 Md € en 2019. La divergence quant aux modalités de calculs statistiques entre les deux pays laisse apparaître un écart significatif dans l’évaluation du déficit commercial américain vis-à-vis de la France. Le TIES France États-Unis affiche un excédent de biens (en incluant l’énergie) de 8,8 Mds (voir tableau France États-Unis), donc entre les  sources françaises et américaines.

Le montant de biens et services échangés entre la France et le Royaume-Uni en 2019 est 60 milliards d’euros: c’est , probablement en dessous de ce qui est déclaré côté français1. Et la balance commerciale est favorable à la France. Elle exportait pour 32,5 milliards d’euros vers le Royaume-Uni, tandis qu’elle importait pour 26 milliards d’euros outre-manche. Dans le détail, 24,5 des 60 milliards d’euros concernent l’échange de biens soit quasiment 42% des volumes entre la France et la Grande Bretagne. Une grosse moitié concerne les services, à hauteur de 34,5 milliards d’euros.

 

 

 

 

4/Les marchés des matériels de transport dans quelques pays en 2021

Examinons enfin le marché de deux produits, l’automobile et les matériels de transport en 2021. Les données montrent comment ces deux produits importés ou produits intérieurement se répartissent entre les différents pays et par types d’emplois : CI, consommation finale des ménages, variations de stocks ou FBCF. Les totaux en ligne et en colonne ne sont pas égaux à la somme des lignes ou des colonnes car on n’a retenu que les montants élevés (donc pas ceux de tous les pays de la base FIGARO 2020-2021, et pas ceux de la consommation finale des APU à montants faibles).

On y voit le rôle moteur des exportations d’avions, bateaux, matériels ferroviaires en France (seulement 9,2 milliards d’euros d’emplois intérieurs sur un total de 65,1 milliards d’origine française), soit 84% de produits exportés, probablement un des ratios les plus élevés dans le marché des produits mondiaux par pays. Ce ne serait pas le cas des États-Unis et de la Chine, et beaucoup moins de l’Allemagne ou de l’Italie. Mais de nouveau quelle est la qualité statistique de ces chiffres ?

Dans l’automobile, la situation est totalement différente : le marché allemand est énorme (353 milliards d’euros) et il est largement tourné à l’exportation (47,3% des voitures exportées d’origine allemandes). Non seulement les marchés français et italiens représentent un peu plus de 16% de celui d’Allemagne mais les exportations n’y sont plus que de 38% du total des voitures d’origine intérieur. Ces ratios seraient toutefois largement supérieurs aux marchés chinois et américain.

Tableau 11 Marché matériel de transport pays

 

 

 

 

VII –  LES RÉEXPORTATIONS DE BIENS ET LE NÉGOCE INTERNATIONAL

Le travail à façon et le négoce international ont des points communs, notamment dans le commerce extérieur. Ils impliquent des échanges internationaux de marchandises entre entreprises situées dans différents pays. Ils peuvent nécessiter l’importation et l’exportation de biens ou de matières premières. Ils impliquent des opérations douanières (déclarations, droits et taxes, documents). Ils peuvent être réalisés dans le cadre de relations entre entreprises de pays différents. Dans les deux cas, l’entreprise cherche généralement à organiser une opération commerciale internationale de manière rentable.

Mais il y a une différence importante : dans le travail à façon, une entreprise confie à une autre entreprise la transformation ou la fabrication d’un produit, tout en conservant généralement la propriété des matières ou produits confiés. Une entreprise française envoie du tissu à une entreprise italienne pour fabriquer des vêtements.

Dans le négoce international, une entreprise achète des marchandises pour les revendre, généralement sans les transformer. Une entreprise française achète des vêtements en Italie et les revend en France

En revanche, les importations réexportées ont aussi des points communs avec le négoce international, et elles sont même très proches. Dans une importation réexportée, une entreprise importe une marchandise d’un pays étranger puis la réexporte vers un autre pays, généralement sans transformation importante. Dans le négoce international, une entreprise achète des marchandises à l’étranger pour les revendre, souvent dans un autre pays.

-Le négoce international = activité d’achat-revente (il y a une marge commerciale). L’accent est mis sur l’opération commerciale d’achat-revente.

– L’importation réexportée = une marchandise entre dans un pays puis en ressort pour être vendue ailleurs (il peut y avoir un service d’entreposage). L’accent est mis sur le flux physique de la marchandise : entrée puis sortie d’un pays.

 

 

 

 

1/ Les réexportations de biens

Dans les TES symétriques nationaux, les réexportations sont des marchandises étrangères importées, puis exportées, avec changement ou sans changement de propriétaire, avec changement très léger du produit (travail à façon) ou sans changement apparent du produit (le pays transitaire fournit juste des services de stockage, logistique,..). Les TES symétriques nationaux comprennent ainsi des réexportations (également désignées comme des « exportations étrangères ») dans la colonne exportations des importations.

Cependant, les statistiques du commerce international de biens ne distinguent pas exportations nationales et étrangères (réexportations). Les données du commerce international de biens doivent donc exiger des informations supplémentaires et des ajustements pour les séparer. Celles ci sont estimées en combinant les banques de données COMEXT et COMTRADE. Celle ci est utilisée pour différencier les exportations nationales, les réexportations et le commerce de quasi-transit. Mais, COMEXT dispose de données de qualité supérieure. L’option optimale est donc d’utiliser les deux bases de données, en prenant les meilleures fonctionnalités de chacune.

Cela peut être illustré par un exemple impliquant le commerce du pétrole brut entre l’Espagne et le Portugal. COMTRADE et COMEXT donnent toutes les deux 576 EUR millions d’euros d’importations portugaises (CAF) de pétrole brut en provenance d’Espagne. Elles indiquent également des exportations (FAB) de pétrole brut d’Espagne vers le Portugal de 510 millions. La différence entre les valeurs d’importation et d’exportation peut être attribuée à une mauvaise classification du produit, ou un délai entre les exportations et les importations ou toute autre raison (asymétries). Cependant, en regardant les informations sur le pays d’origine dans COMEXT, qui n’est pas disponible dans COMTRADE, on lit 505 millions de pétrole brut importé d’Algérie (pays d’origine) et 71 millions venant d’Espagne (pays d’origine). Cela indique clairement que l’Espagne réexporte du pétrole brut d’Algérie au Portugal pour un montant de 505 millions. Ceci est confirmé par la production totale de produits miniers (dont le pétrole brut) espagnol, qui s’élève à 110 millions, dont 71 millions sont exportés vers le Portugal (exportations nationales).

La valeur de réexportation correspondrait à une marge commerciale internationale facturée par l’Espagne, qui peut facilement être supposée – en l’absence d’autres informations – être la même que pour la marge intérieure espagnole pour le même produit (soit 10%). En combinant toutes les informations ci-dessus, les conclusions suivantes peuvent donner par conséquent :

a) un flux de pétrole brut entre l’Algérie et le Portugal (454,5 millions);

b) un autre flux commercial intérieur de pétrole brut entre l’Espagne et le Portugal (71 millions);

c) les flux commerciaux intérieurs (de services) entre le Portugal et l’Espagne (marge sur les réexportations).

 

On peut quand même voir l’importance du phénomène en Belgique et surtout aux Pays-Bas en distinguant les exportations vers l’UE et hors l’UE. Dans le tableau suivant les Pays-Bas exportent 920 milliards d’euros de biens en 2022, soit bien plus que la France, dont 656  Mds dans les autres pays de l’UE. Son solde commercial est globalement de 64 Mds mais +322 Mds avec l’UE et -262 Mds hors UE. On observe le même phénomène en Belgique mais de moindre ampleur.

Exportations de biens de quelques pays par produits (données d’Intrastat) en 2022 en milliards d’euros

Solde commercial de biens de quelques pays par produits (données d’Intrastat) en 2022 en milliards d’euros

 

 

 

 

2/ Le négoce international

Il y a négoce international lorsqu’une entreprise d’un pays A achète un bien dans un pays B pour le revendre sans transformation, et sans que le bien franchisse la frontière du pays A (que le bien soit revendu dans le pays B ou dans un pays tiers).

En SEC 1995, on n’enregistrait aucun échange de biens pour le pays A car le produit ne pénétrait pas sur son territoire : était seulement comptabilisée une exportation de service de négoce, pour un montant égal à la marge du négociant (différence entre le prix de revente et le prix d’achat).

En SEC 2010, considérant que le bien, lorsqu’il est acheté au pays B, devient la propriété d’une entreprise du pays A, on enregistre une exportation de bien du pays A égale à la marge du négociant. Plus précisément, dans les ERE de biens, le négoce international  est décrit en marge commerciale en ressources, et en exportations en emplois, dans l’équilibre-ressources-emplois du bien exporté

Ce nouveau traitement n’a d’impact ni sur le PIB ni sur le total des échanges extérieurs, mais diminue en France d’une dizaine de milliards d’euros les exportations de services au profit des exportations de biens.

La principale caractéristique du négoce est que cette pratique implique un changement de propriétaire, mais sans mouvement physique des marchandises au sein de l’économie marchande. Pour cette raison, le négoce international est enregistré différemment dans différentes bases de données statistiques élaborées sous différents principes d’enregistrement. Les statistiques du commerce international de marchandises (IMTS) sont élaborées selon le principe d’enregistrement de tous les flux physiques se déplaçant d’un pays à l’autre. Dans ce cas, les pratiques du négoce international ne sont pas enregistrées en tant que flux internationaux de marchandises par l’économie du commerçant parce que ces flux n’impliquent pas un mouvement physique.

Considérons par exemple un commerçant néerlandais qui vend du poisson d’un navire danois au port de Helsinki en Finlande, pour une valeur égale à 1,5 million d’euros. Supposons également que les frais de négoce correspondent à 0,5  million. Les statistiques de l’IMTS n’enregistrent que les exportations de biens du Danemark vers la Finlande, mais aucun enregistrement n’a été effectué dans les statistiques du commerce international de biens des Pays-Bas.

Le schéma suivant  fournit un exemple simplifié. Les pays concernés sont le Danemark, la Finlande et les Pays-Bas. La société 1 au Danemark fabrique le produits de la pêche. La compagnie 2 en Finlande achète ce produit, mais pas directement. Aux Pays-Bas, la société 3 agit en tant que commerçant : elle achète le produit en provenance du Danemark, 1 million d’euros, et le vend à la société 2 en Finlande pour une valeur égal à 1,5 million d’euros, sans que le bien n’entre aux Pays-Bas. La compagnie 3 réalise donc une activité de négoce international. La ligne bleue sur le schéma montre le mouvement physique du produit du Danemark à la Finlande, tandis que les lignes grises décrivent le flux de trésorerie et de propriété qui implique l’économie marchande, les Pays-Bas.

Le tableau suivant montre comment ces flux sont enregistrés dans les TRE nationaux. Au Danemark, on enregistre une production de produits de la pêche (1 million d’euros) en tant que production des ressources et exportations dans la tableau des emplois. La Finlande enregistre dans les deux tableaux une valeur de 1,5 million d’euros, classée comme une importation de produits agricoles dans le tableau des ressources et en tant que consommation intermédiaire dans celui des emplois. S’agissant des Pays-Bas, la valeur de 0,5 million est considérée comme un service commercial; il est ensuite traité en marge commerciale et attribué aux produits de la pêche dans la valeur de livraison exprimée en prix d’acquisition. De la même manière, dans le tableau des emplois (exprimé en prix d’acquisition), l’activité de négoce est enregistrée en tant qu’exportation de produits de la pêche.

De cette façon les comptes des trois pays sont équilibrés au niveau mondial, enregistrant une exportation mondiale de produits (1,5 million d’euros), égale à l’importation globale du même produit.

 

Dans le SEC 2010, le principe de propriété doit donc faire prévaloir l’enregistrement du commerce international de marchandises entre différents pays. Pour cette raison, l’achat et la revente d’un  produit par un pays sans que le produit traverse les frontières du pays lui-même, apparaissent comme des exportations du produit. Toutefois dans les statistiques IMTS, ces échanges n’apparaissent pas car ils n’impliquent aucune intervention physique de flux de commerce de marchandises. Étant donné que les deux bases de données (TRE et IMTS nationaux) sont utilisées pour le projet Figaro, il a été nécessaire d’ajuster les données IMTS pour aligner les deux sources sur le même principe de propriété. Pour ce faire, Eurostat a estimé la valeur des activités de négoce international pour chaque pays, ventilée dans les différents flux commerciaux bilatéraux et dans les différents produits impliqués dans le négoce international de transactions. Pour élaborer et appliquer les ajustements liés au négoce, le SEC 2010 définit des critères identiques pour tous les pays.

En pratique, cependant, la difficulté de collecter des données sur ce type de transaction peut conduire à des estimations par les différents pays qui ne sont pas tout à fait compatibles entre eux. En France, la mesure de ces flux reste ainsi délicate. on considère que les opérations de négoce international sont incluses dans les ventes des branches commerciales dans Esane, plus précisément qu’elles sont bien retracées (sans être distinguées) dans les ventes et achats de marchandises et la marge commerciale totale d’Esane. Or, la pratique des entreprises est très diverse quant à l’enregistrement de ces opérations dans leur liasse fiscale. En particulier, des entreprises industrielles n’enregistreraient qu’une partie des transactions concernées en marchandises, une autre partie étant enregistrée en biens ou services ou pas du tout ; peut se poser également le problème du déclarant auprès de la balance des paiements (l’est-il au titre de l’unité légale, du groupe auquel il appartient ?).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

VIII – LES BIENS ENVOYÉS À L’ÉTRANGER POUR ÊTRE TRANSFORMÉS : LE TRAVAIL À FAÇON

Il y a travail à façon (TAF) lorsqu’une entreprise, agissant en tant que donneur d’ordre, fait confectionner un bien par une autre entreprise, dite sous-traitante, en lui fournissant les intrants nécessaires. Lorsque les entreprises sont situées dans des pays différents, on observe des flux physiques d’intrants et de biens finis entre les pays concernés. En SCN 2008, comme dans le manuel de la balance des paiements 6ème édition (MBP6), compte tenu du fait que les intrants comme le bien fini restent à tout moment la propriété de l’entreprise donneuse d’ordre, aucun échange de bien entre les deux pays n’est enregistré (contrairement au SCN 93). En revanche une importation de service industriel lié à la transformation du bien par le pays du donneur d’ordre, d’un montant égal à la différence de valeur entre le produit fini et les intrants, est comptabilisée. Conceptuellement, ce nouveau traitement ne modifie pas le solde total des échanges extérieurs ; mais il diminue les exportations et les importations de biens industriels, et introduit une importation de service industriel.

Cet enregistrement est plus cohérent avec celui financier de la transaction, mais il provoque une incohérence entre les comptes nationaux et les statistiques du commerce international de marchandises (IMTS).

Le travail à façon (biens envoyés à l’étranger pour transformation, « Goods for processing ») correspond ainsi à l’exportation d’un bien, retraité d’une façon mineure à l’étranger (par exemple une entreprise de production alimentaire qui récolte et transforme des légumes, mais externalise la mise en conserve à une filiale étrangère qui lui appartient intégralement, puis récupère les légumes en conserve pour les vendre). Ce travail à façon fait l’objet d’une ligne bien identifiée dans les importations et les exportations.

Ces changements sont expliqués dans les manuels internationaux.

>  SCN 2008 : § 14.37 à 14.43

> SEC 2010, chap. 18 , § 18.33-18.37, ,

Cette pratique a augmenté dans de nombreux secteurs d’activité qui sous-traitent une partie ou l’ensemble du processus de production, notamment dans des entreprises qui opèrent dans le cadre de la mondialisation des marchés (voir tableau précédent et page PIB irlandais).

 

 

 

1/ L ’importance du critère de la propriété économique

C’est une une révision complète de la méthode de comptabilisation des échanges de marchandises fondée sur le suivi de la propriété de la marchandise.

Dans le couple donneur d’ordre – sous-traitant, le véritable producteur du produit matériel n’est plus celui qui le transforme physiquement mais celui qui en a la propriété ou qui a la propriété des principaux intrants matériels qui le composent.

S’il est propriétaire des intrants matériels, on considère que le donneur d’ordre produit le bien.

Le sous-traitant, bien qu’ayant fourni la main œuvre et les équipements, produit un service industriel.

 

 

 

2/ Un exemple fictif

L’exemple suivant est déroulé sur un cas de sous-traitance avec aller-retour du bien à façonner entre le pays donneur d’ordre et le pays façonnier. On présente ici les comptes de production et les ERE des deux pays, celui du donneur d’ordre et celui du sous-traitant.

Dans le SCN 1993, un donneur d’ordre A ayant une production de 100 envoie le bien à un sous traitant B pour un travail à façon d’une valeur de 60 : les exportations du pays de A au pays de B sont de 100 et les importations du pays A en provenance du pays de B sont de 160. Dans le SCN 2008, on enregistre seulement une  importation de services lié au bien, du pays de A en provenance du pays de B de 60.

 

Le solde commercial des deux pays est inchangé entre le SCN 1993 et le SCN 2008.

Mais ce nouveau traitement du TAF ne touche pas seulement les exportations et les importations mais aussi les productions, les marges, et les CI. Avec le SCN 1993, on considère que le donneur d’ordre achète au sous traitant un produit qu’il revend en l’état d’où une marge de commerce de 20. Avec le SCN 2008, on considère qu’il produit le bien pour un montant de 180, au lieu de 100 avec le SCN 1993. Il achète en effet une CI de 60 de service industriel, et comme il est le propriétaire, on ne considère plus qu’il achète pour revendre, donc la marge est désormais considérée comme une production. Les valeurs ajoutées du donneur d’ordre et du sous traitant ne changent pas, mais dans une certaine mesure la répartition de cette VA change entre industrie et commerce dans le pays du donneur d’ordre.

 

 

 

On retrouve ces différences dans les équilibres-ressources-emplois.

chaînes de valeur mondiales

 

 

 

3/ Nomenclature des produits

Du côté des produits, les nomenclatures de produits européenne et française (CPA et CPF rév. 2) font apparaître les opérations sous-traitées intervenant dans la fabrication d’un produit manufacturé comme sous-poste de ce produit manufacturé :

Dans le prolongement des nomenclatures de produits européenne et française, les services industriels sont classés dans les produits de l’industrie manufacturière en comptabilité nationale.

 

 

4/La balance des paiements (BdP)

Le traitement du travail à façon est similaire à celui du SCN 2008.

Dans la BdP, les services industriels pour transformation sont classés dans un poste de services, suite à la mise en œuvre du MBP6 (alors qu’ils sont rattachés aux produits industriels concernés dans les comptes nationaux)

La BdP donne des montants globaux d’importation et d’exportation de services industriels pour travail à façon.

Ces flux engloberont sans distinction les services pour travail à façon bilatéral (aller-retour entre le pays donneur d’ordre et le pays sous-traitant) ou multilatéral, mettant en jeu plusieurs pays, avec ou sans passage par les douanes du pays considéré.

 

 

5/ Statistiques douanières

Les douanes, pour leur part, restent sur un concept de flux bruts, retraçant des échanges de biens passant la frontière.

 

 

6/ Difficultés pratiques de mise en œuvre

Plusieurs difficultés se posent pour évaluer les importations et exportations brutes de biens envoyés (reçus) à (de) l’étranger pour transformation

– il faut évaluer les montants de services industriels pour travail à façon

– Or, les statistiques douanières proposent des codes par nature de transaction (Intrastat, Extrastat). C’est donc difficile avec les statistiques douanières.

– La source principale est donc la balance des paiements mais le montant est global.

– Il convient de ventiler les services industriels pour travail à façon avec l’étranger par produit.

Une Task Force Eurostat a été mise en place. Il en est ressorti que certains pays européens recueillent ces informations au travers de leurs enquêtes structurelles auprès des entreprises.

La Balance des Paiements donne des montants globaux d’importation et d’exportation de services industriels pour TAF sans distinguer les échanges bilatéraux et multilatéraux, avec ou sans passage de la frontière du pays considéré. Les douanes restent sur le concept de flux bruts, retraçant des échanges de biens passant la frontière.

Notons aussi que ce solde net ne correspond pas nécessairement à la différence entre la valeur des biens envoyés à destination pour être transformés et la valeur des biens après transformation en raison de gains ou de pertes de détention, de frais généraux et d’erreurs de mesure associées aux mouvements de stock. Il  faut également tenir compte des services de transport liés à ces échanges. Même si, en vertu du SEC 2010, les biens envoyées à l’étranger pour transformation sont exclus du commerce « brute » de biens, ils peuvent générer des coûts de transport qui doivent être pris en compte lorsqu’on transforme les importations CAF en FAB, et ils doivent être enregistrés comme importations si la compagnie de transport est non-résidente.

La complexité des traitements est expliquée en détail dans le Manuel des biens envoyées à l’étranger pour transformation (Eurostat 2014). Avec ce nouveau traitement, l’incohérence du principe de propriété dans le SEC 2010 et dans le MBP6 est certes résolue mais entraîne indirectement une autre incohérence avec les statistiques du commerce international de marchandises (IMTS) qui est mesuré en termes brute. Le manuel présente les principales modifications à prendre en compte dans le SEC 2010, qui concernent non seulement les biens expédiés à l’étranger, mais aussi les produits échangeables, les biens en quasi-transit, les biens à réparer et à réexporter. Il explique également les problèmes conceptuels et l’analyse de l’impact de ces nouveaux traitements, notamment quand plusieurs entreprises de différents pays sont en cause.

Le projet Figaro a donc utilisé toutes les informations détaillées disponibles pour chacun des pays européens et a développé différentes approches méthodologiques pour estimer tous les détails nécessaires afin de produire un TRE et un Tes symétrique inter-pays. Les ajustements de la GSA ont ainsi permis d’obtenir les données suivantes :  marchandises envoyées à l’étranger pour transformation (par pays, partenaire commercial, utilisateur et produit CPA).

Il reste que la mondialisation rend la mesure des échanges extérieurs très difficile. Le manuel de la balance des paiements (MBP6) propose deux exemples de biens faisant l’objet de négoce international et de services de fabrication sur des intrants physiques détenus par des tiers (services de transformation). Les traitements sont complexes surtout dans le second exemple.


 

 

 

On peut tenter de formaliser les relations d’échanges entre les pays du second exemple à travers le diagramme suivant :

 

 

 

 

 

 

 

 

IX – LA CORRECTION TERRITORIALE ET LA CORRECTION CAF-FAB

1/ Les achats directs à l’étranger par produits

En règle générale, dans un TRE du cadre national , les achats directs à l’étranger et les achats des non-résidents sur territoire national sont généralement inclus en tant que somme forfaitaire sans ventilation du produit. En ce qui concerne les achats directs à l’étranger par les résidents, selon le programme de transmission des SEC 2010,  ils ne sont pas inclus dans la colonne des importations par produits et, par conséquent, ils doivent être une somme forfaitaire dans la ligne (produit) « correction territoriale » des importations pour obtenir la valeur totale des importations. Dans le tableau des emplois, par souci d’équilibre, une approche cohérente est suivie et ils sont également comptabilisés globalement sous forme de somme forfaitaire dans la colonne des dépenses de consommation finale des ménages. En ce qui concerne les achats des non-résidents sur le territoire national, la dépense de consommation finale des ménages inclut les achats sur le territoire national par des non-résidents dans un souci d’équilibre entre l’offre et la demande. En revanche, les exportations ne les incluent pas. C’est logique puisque les produits sont achetés et souvent consommés directement dans le pays de destination sans franchir les frontières. Comme pour les achats directs à l’étranger, les achats effectués sur le territoire national par les non-résidents doivent être inclus en tant que somme forfaitaire dans la partie inférieure du tableau des emplois. Ceci est fait en soustrayant cette valeur dans la colonne des dépenses de consommation finales des ménages et en ajoutant le même montant dans la colonne des exportations.

Mais le SEC 2010 recommande que les dépenses engagées hors du territoire économique soient ventilée par produit. Ceci est nécessaire pour obtenir un solde entre la ressource et l’emploi de chaque produit en termes nationaux et à des fins d’analyse. Cependant, la ventilation doit être estimée comme un exercice spécial du processus de compilation statistique, et elle est rarement fournie par les offices statistiques. Il semble que l’ONS britannique soit seul à fournir cette information.

Compte tenu des informations disponibles, le projet Figaro a élaboré une matrice bilatérale contenant tous les flux par produit, pays d’origine du produit et pays de l’acheteur, tels que présentés dans le tableau suivant. Celui ci présente toutes les informations nécessaires aux ajustements nécessaires des relations pays par pays des concepts domestiques et vice versa. Chaque ligne du tableau indique les achats de chaque produit par pays d’origine de l’acheteur. Comme il faut juste comptabiliser les achats effectués à l’étranger, les éléments de la diagonale principale par pays sont égaux à 0, ce qui signifie que les achats de ressortissants dans leur propre pays ne sont pas inclus ici. Par conséquent, seuls les éléments dans la diagonale de ce tableau sont informatifs. Chaque élément du tableau peut être interprété de deux manières. Considérons par exemple la cellule en gris à l’intérieur du tableau. Elle représente la quantité de produit 1 consommée par un résident du pays 4 dans le territoire économique du pays 3. Cet élément constitue un achat de non-résident pour le pays 3 et aussi un achat direct à l’étranger pour le pays 4. Le total par lignes fournit les achats par les non-résidents d’un produit sur le territoire national d’un pays. Le total par colonnes fournit les achats directs à l’étranger d’un pays.

On vise en priorité l’objectif de décomposer les achats de résidents à l’étranger et ceux des non résidents sur le territoire intérieur par produit. Comme pour la correction CAF-FAB, on vise ainsi le même objectif de calculer un solde du commerce extérieur par produit : de même que le textile importé doit être évalué si possible FAB quand il franchit la frontière par le biais d’un transporteur, le textile acheté à l’étranger par les résidents français, vient s’ajouter à ces importations. En ajoutant ces deux corrections, on a ainsi une vision complète du commerce extérieur de textile.

 

On trouve ainsi dans la base Figaro, ce tableau et graphique pour la France en 2010. Comme pour les achats de résidents français à l’étranger, les achats des non résidents en France en produit « hôtellerie et restauration » (HCR) représentent la moitié de leurs achats. En 2010, ces achats des non résidents en France représentaient 35,5 milliards d’euros (en base 2010), ce montant ayant été rehaussé en base 2014, et les achats des résidents à l’étranger, 29,3 Mds. On note que ces montants n’incluent pas les achats de logement, traités en FBCF.

 

 

 

 

2/ La correction CAF-FAB par produits

Les importations sont enregistrées CAF et les exportations FAB dans le TRE. Pour avoir une vision claire du commerce extérieur d’un pays on doit enregistrer les importations FAB, c’est à dire hors transport et assurances sur les territoires de transit. On déduit cette valeur des importations CAF, mais globalement, sans distinction par produits. On introduit une colonne correction CAF-FAB où on rajoute ces importations qu’on déduit des importations de services de transport et d’assurance de telle manière que le total de la colonne Correction CAF-FAB soit nul (voir page Correction CAF-FAB).

Il faut aussi savoir que les pays (notamment la France) n’ont pas le même traitement de la correction CAF-FAB. La France retient dans celle-ci tout le transport-assurance sur les territoires de transit quelque soit la résidence du transporteur. D’autres pays ne retiennent que le transport effectué par une unité résidente.

Au départ, le projet Figaro était censé estimer les ratios CAF-FAB sur la base des informations collectées par Eurostat auprès des États membres. Cependant, les données étaient très limitées. Les modèles économétriques ont été estimés sur la base des données du commerce des États membres. Le manque d’informations sur les partenaires extérieurs à l’UE a affaibli l’estimation. Le projet Figaro a décidé donc d’utiliser les estimations de l’OCDE. Les données combinent l’échantillon international  le plus vaste et le plus détaillé de statistiques nationales officielles. La base de données détaille les coûts bilatéraux du commerce international et des assurances pour les produits pour plus de 180 pays et partenaires, et plus de 1 000 produits individuels. Le ratio CAF-FAB correspond à : (valeur CAF-valeur FAB) / (valeur CAF). Les statistiques officielles sur les corrections CAF-FAB sont encore loin d’être produites régulièrement par les offices nationaux de statistique. Cependant, cela contribuerait à améliorer la qualité de la vision équilibrée du commerce bilatéral, qui sert à construire des TRE-TES symétriques inter-pays.

La deuxième étape, où les ratios CAF-FAB sont utilisés, concerne l’estimation des matrices du flux d’importations national par pays d’origine. Les matrices d’importation nationales sont disponibles et évaluées au format CAF. Elles ont été donc converties en valeurs FAB afin d’avoir une vision équilibrée du commerce ajustée.

En 2010, le ratio CAF-FAB moyen pour tous les pays était de 7,4% (où la valeur CAF * 93% = valeur FAB). Des statistiques similaires peuvent être établies au niveau de chaque produit. Le ratio CAF-FAB le plus élevé (12%) s’applique aux industries extractives (CPA B ), tandis que le ratio CAF-FAB le plus bas (4,9%) s’applique aux produits pharmaceutiques de base et préparations pharmaceutiques (CPA 21). Sur les cinq années disponibles (2010 à 2014), le ratio CAF-FAB moyen reste stable à 7,4%. Au niveau de chaque produit, les ratios CAF-FAB sont également très stables pour la période 2010-2014.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

X – LE COMMERCE EXTÉrIEUR DES SERVICES

On présente ici les asymétries du commerce extérieur des services et quelques résultats. Tout d’abord on rappelle les sources pour établir les importations et exportations des équilibres-ressources-emplois (ERE) des services.

Pour l’analyse des résultats du commerce extérieur des services, on peut s’appuyer soit sur les Balances des paiements (https://unstats.un.org/unsd/tradekb/Knowledgebase/50546/MSITS-2010), reprises par l’OCDE, soit sur les ERE par pays. Mais ces deux catégories de données ne sont pas corrigées des asymétries. Elles correspondent à ce que chaque pays rapporte dans sa « balance des paiements (postes services) », selon la méthodologie de la sixième édition du manuel de la balance des paiements de l’ONU (MBP6), ou aux ERE élaborés par chaque pays transmis à Eurostat.

Pour lier les catégories de services du manuel MBP6, à la nomenclature des produits CPA, il est nécessaire d’obtenir des données pour des items précis. Par exemple, la catégorie de services SD sur les voyages peut être ventilée de différentes façons (voir ci dessus la correction territoriale).

Le terme « services » couvre une gamme hétérogène de produits et d’activités immatériels difficiles à résumer dans une définition simple (Manuel des statistiques du commerce international des services, MSITS 2010). Les services sont le résultat d’une activité de production qui modifie les conditions d’unités ou de produits à utiliser ou à consommer (« services de transformation ») ou facilite l’échange de produits ou d’actifs financiers (« services de marge »).

Les services diffèrent des biens à plusieurs égards, le plus souvent en ce qui concerne l’étroitesse de la relation entre le fournisseur et le consommateur, par exemple dans les services d’hébergement. Les services ne peuvent généralement pas être stockés car ils nécessitent la proximité physique du client et du fournisseur. Par conséquent, les services peuvent également être ventilés selon la manière dont ils sont fournis, en tenant compte de la localisation du fournisseur et du client. Ceci est également décrit comme des services fournis par leurs modes de fourniture. La valeur des services est enregistrée lorsque le service est fourni, c’est-à-dire si la propriété du service change. Cela suit le principe du changement de propriété économique. Dans la pratique, les services sont parfois difficiles à séparer des biens auxquels ils peuvent être associés à des degrés divers (MSITS 2010).

1/ les sources

Les échanges de services correspondent à la valeur des services échangés entre résidents et non-résidents d’une économie, y compris des services fournis par les filiales établies à l’étranger. L’indicateur le plus significatif est mesuré en pourcentage des exportations, des importations et du solde extérieur dans le PIB.

Les données sur le commerce des services proviennent des statistiques du commerce international des services (ITS) et des données de la Balance des Paiements. Ces données couvrent généralement le commerce des services, c’est-à-dire les transactions payées pour les services qui ont eu lieu entre les résidents et les non-résidents. Dans certains pays, les données sur le commerce des services sont compilées avec les résultats d’enquêtes auprès d’entreprises dont l’activité principale est les «services» selon la nomenclature statistique des activités économiques dans la Communauté européenne (NACE). Après quelques ajustements, ces données sont également utilisées à des fins de balance des paiements.

Les grands principes de la compilation des statistiques ITS sont, comme décrit dans le MSCIS 2010, d’enregistrer les transactions de services entre résidents et non-résidents. Ces principes sont conformes à ceux décrits dans le MBP6 et le SCN 2008. Cela permet aux compilateurs d’utiliser un grand nombre des mêmes sources de données pour compiler à la fois les statistiques de la balance des paiements et du commerce international des services (MSITS 2010).

Outre les échanges de services entre résidents et non-résidents (statistiques ITS), les services peuvent également être fournis par l’intermédiaire de filiales étrangères dans les pays d’accueil. Ces types de transactions sont couverts par les statistiques des filiales étrangères. Par conséquent, la portée plus large du commerce des services ajoute également la présence commerciale des statistiques des fournisseurs de services à la perspective de la balance des paiements, et est également décrite comme une offre internationale de services. Par exemple, une banque étrangère crée une filiale dans une économie d’accueil pour fournir des services bancaires.

Les données intéressantes sont les séries chronologiques annuelles. Des données pour les années 2010 à 2014 ont été fournies pour le projet Figaro. Comme pour les biens, cette base est celle de l’OCDE offrent la possibilité d’analyser les échanges bilatéraux entre pays.

Dans la balance des paiements (BdP)l, es transactions sont organisées en deux comptes différents, le compte courant et de  capital d’une part, et le compte financier d’autre part, dont la somme des soldes devrait en principe être égale à zéro, de telle manière que pour chaque transaction économique dans le compte courant et de capital, il devrait y avoir (théoriquement) un équivalent de transaction dans le compte financier. Ainsi, le solde du compte courant et du capital détermine la position d’une économie vis-à-vis du reste du monde, alors que le compte financier explique comment elle est financée. Pour le projet Figaro, seul le compte courant est pertinent. Le compte courant montre les flux de biens, services, revenus et transferts courants entre unités résidentes et non résidentes. Les services constituent la deuxième grande catégorie du compte courant. Dans la production de données sur commerce international des services (STI), les références sont le manuel BPM6 du FMI et le Manuel des Nations Unies Statistiques du commerce international des services.

 

 

 

2/ Classement des services dans la balance des paiements

Les statistiques du commerce international de services sont collectées à l’aide de la classification élargie des services de la balance des paiements (EBOPS 2010). Celle-ci utilise plus de détails lors de la catégorisation des services que la classification des produits du MBP6 de la balance des paiements. La classification EBOPS des services est fournie par des organisations internationales telles que l’ONU et l’OCDE. Elle a été révisée en 2010 pour l’aligner sur le cadre statistique de la balance des paiements. Un certain nombre d’éléments supplémentaires et de regroupements complémentaires sont inclus pour préciser et détailler davantage la classification des services du MBP6.

Dans les deux classifications, les services sont regroupés comme suit : • services de fabrication sur des intrants physiques détenus par des tiers • services d’entretien et de réparation non inclus ailleurs (nia) • transport • voyages • construction • services d’assurance et de retraite • services financiers • frais d’utilisation de propriété intellectuelle non inclus ailleurs • télécommunications, services informatiques et d’information • autres services aux entreprises • services personnels, culturels et récréatifs • biens et services gouvernementaux n.a.

La nomenclature des services est principalement basée sur les produits. La classification est fonction du type de service plutôt que de l’ unité qui le fournit. Par exemple, si une banque fournit des services de fonds de pension comme activité secondaire, le service est classé comme des services de fonds de pension. Le total des services (S) correspond à la somme des catégories de services, y compris un élément supplémentaire SN, qui signifie «Services non attribués». Les items SA (travail à façon des biens envoyés à l’étranger pour une petite transformation mais sans changement de propriétaire) et SB (services de maintenance et de réparation), correspondent aux éléments nouvellement introduits avec la mise en œuvre de la méthodologie BPM6 (précédemment déclarée sous Biens). Le négoce international ne fait plus partie des services et a été déplacé avec les marchandises (voir l’exemple ci-dessus des poissons qui transitent par les Pays Bas).

1/ Les services de fabrication d’intrants physiques détenus par des tiers comprennent les activités suivantes : (i) transformation, (ii) assemblage, (iii) étiquetage et (iv) emballage réalisées par des entreprises qui ne sont pas propriétaires des biens. Les exemples incluent (a) le raffinage du pétrole, (b) la liquéfaction du gaz naturel et (c) l’assemblage de vêtements et d’électronique. Sont exclus l’assemblage de la construction préfabriquée (inclus dans la construction) et l’étiquetage et l’emballage liés au transport (inclus dans les services de transport).

2/ Les services d’entretien et de réparation nca comprennent les travaux d’entretien et de réparation effectués par des résidents sur des biens appartenant à des non-résidents (et vice versa). Les réparations peuvent être effectuées sur le site du réparateur ou ailleurs. L’entretien et les réparations sur les navires, les aéronefs et autres équipements de transport sont inclus dans ce poste. Sont exclus : (i) le nettoyage du matériel de transport (inclus dans les services de transport), (ii) les travaux de réparation et d’entretien (inclus dans la construction), et (iii) l’entretien et les réparations informatiques (inclus dans les services informatiques).

3/ Le transport couvre le processus de transport de personnes et d’objets d’un endroit à un autre ainsi que les services de soutien et auxiliaires connexes et la location (affrètement) de transporteurs avec équipage. Les transports comprennent également les services postaux et de messagerie.

Le transport peut être classé selon le mode de transport et ce qui est transporté — passagers, fret ou autres services auxiliaires.

Les services voyageurs couvrent le transport de personnes. Ils comprennent tous les services fournis dans le transport international de non-résidents par des transporteurs résidents (exportation de services) et celui de résidents par des transporteurs non-résidents (importation de services).

Les services de fret couvrent le transport de marchandises. Ils couvrent également (i) les autres services de transport annexes et auxiliaires et (ii) les services postaux et de courrier.

4/ Les voyages couvrent une gamme de biens et de services utilisés par les non-résidents dans l’économie du pays qu’ils visitent pour leur propre usage ou pour être donnés. Elle couvre les séjours de toute durée, à condition qu’il n’y ait pas de changement de résidence. Les voyages comprennent à la fois les voyages personnels et professionnels. Les voyages d’affaires couvrent l’acquisition de biens et de services par des personnes dont le but principal du voyage est d’affaires. Les voyages personnels couvrent les biens et services acquis par des personnes se rendant à l’étranger à des fins telles que les vacances, l’éducation et la santé, etc.

5/ La construction couvre la création, la gestion, la rénovation, la réparation ou l’extension d’immobilisations telles que des bâtiments, des améliorations foncières de nature technique et d’autres constructions, par exemple des routes, des ponts et des barrages. Il comprend également les travaux d’installation et d’assemblage connexes, la préparation du site et la construction générale ainsi que les services spécialisés tels que la peinture, la plomberie et la démolition. Les constructions d’une durée d’un an ou moins sont incluses ici.

6/ Les services d’assurance et de retraite couvrent la fourniture de divers types d’assurance aux non-résidents par des sociétés d’assurance résidentes, et vice versa. La valeur totale de ces services est dérivée de la marge entre les montants revenant aux entreprises (à savoir, les primes, les cotisations et les suppléments) et les montants revenant aux assurés (à savoir, les sinistres et les prestations).

7/ Les services financiers couvrent l’intermédiation financière et les services auxiliaires, à l’exception de ceux des sociétés d’assurance et des fonds de pension. Ces services comprennent ceux habituellement fournis par les banques et autres intermédiaires et auxiliaires financiers. Les services financiers comprennent les services fournis dans le cadre de transactions sur instruments financiers, ainsi que d’autres services liés à l’activité financière. Ils peuvent être facturés au moyen de charges explicites, de marges sur les opérations d’achat et de vente, etc.

8/ Les frais d’utilisation de la propriété intellectuelle comprennent les frais d’utilisation des droits de propriété, tels que les brevets, les marques de commerce, les droits d’auteur, les procédés et dessins industriels et les secrets commerciaux. Cela inclut également les franchises, où les droits découlent de la recherche et du développement, ainsi que du marketing.

9/ Les services de télécommunications, d’informatique et d’information recouvrent la diffusion ou la transmission de sons, d’images, de données ou d’autres informations par téléphone, radio et télétransmission par câble, satellite, courrier électronique, etc. Les services informatiques comprennent les services liés au matériel et aux logiciels et les services de traitement de données . Les services d’information comprennent les services des agences de presse et d’autres services d’information.

10/ Les autres services aux entreprises comprennent trois groupes : (i) les services de recherche et développement, (ii) les services de conseils professionnels et de gestion et (iii) les services techniques, liés au commerce et autres services aux entreprises.

  • Les services de recherche et développement couvrent les services associés à la recherche fondamentale, à la recherche appliquée et au développement expérimental de nouveaux produits et procédés. Les services de conseils professionnels et de gestion comprennent les services juridiques, comptables, de conseil en gestion et de relations publiques, ainsi que les services de publicité, d’études de marché et de sondages d’opinion.
  • Les services techniques, liés au commerce et autres services aux entreprises couvrent : (i) les services d’architecture, d’ingénierie, scientifiques et autres services techniques ; (ii) traitement et dépollution des déchets, services agricoles et miniers ; (iii) des services de location simple ; (iv) services liés au commerce et (v) autres services aux entreprises.

11/ Les services personnels, culturels et récréatifs comprennent deux groupes : (i) les services audiovisuels et connexes et (ii) les autres services personnels, culturels et récréatifs. Les services audiovisuels et connexes couvrent les services liés aux activités audiovisuelles (films, musique, radio et télévision) ainsi que les services liés aux arts du spectacle. Les autres services personnels, culturels et récréatifs couvrent les services de santé, les services d’éducation, les services patrimoniaux et récréatifs et les autres services personnels.

12/ Les biens et services gouvernementaux nia comprennent les biens et services des ambassades et des consulats, ainsi que des unités et agences militaires.

Pour le projet Figaro, Eurostat s’est intéressé à certaines catégories de services détaillées mais tous ne font pas partie de la transmission obligatoire par les pays. Le détail des données de la Balance des Paiements est au niveau de deux lettres tandis que les données statistiques STI sont plus détaillées pour les partenaires de l’UE et les États-Unis. L’objectif est de faire les tableaux Figaro à ce niveau détaillé afin qu’il soit possible de les relier plus facilement à la nomenclature des produits CPA des ERE.

 

3/ Asymétries du commerce extérieur des services

Des lignes directrices et des normes méthodologiques convenues au niveau international fournissent un cadre commun pour l’établissement de rapports sur les statistiques de l’UE. Cela vise à garantir que les mêmes concepts et définitions sont utilisés et, en fin de compte, que des statistiques comparables sont obtenues. Cependant, la mesure des statistiques de services est dans une certaine mesure sujette à différentes interprétations. Il est donc probable que certaines sorties resteront asymétriques.

Les asymétries bilatérales dans les données sur le commerce des services sont un phénomène reconnu depuis longtemps. Dans le total des services dans le commerce intra-UE, les exportations déclarées dépassent systématiquement les importations déclarées du pays partenaire (graphique suivant). Les exportations et les importations déclarées par un pays devraient, en théorie, correspondre aux importations et aux exportations de ce pays homologue. En réalité, cependant, pour diverses raisons, il est rare que deux sources de données fournissent exactement les mêmes résultats et conduisent ainsi à une situation asymétrique.

Asymétries du commerce intra-UE des services (exportations de l’UE-28 vers l’UE-28 par rapport aux importations de l’UE-28 depuis l’UE-28) en 2010-2016 en milliards d’euros

Source : Eurostat

 

Une liste non exhaustive de raisons pouvant conduire à des données asymétriques pour le commerce des services comprend : • la diversité des méthodes de compilation (enquêtes auprès des entreprises, système de déclaration bancaire, sources administratives) ; • différents seuils utilisés dans les enquêtes et les sources administratives ; • les hypothèses utilisées dans les estimations fondées sur la modélisation ; • classifications erronées (pays partenaire, élément de service, biens vs services) ; • transactions triangulaires (par exemple, la facturation concerne le pays A mais les services sont rendus dans le pays B).

L’objectif de la balance commerciale est d’élaborer un seul flux pour une transaction et de supprimer les asymétries entre les flux de crédit et de débit (ou d’exportation / importation). L’asymétrie absolue du compte courant (biens et services réunis) a augmenté en 2015 pour atteindre 208 milliards d’euros et 2% de la somme des crédits et débit. Mais dans les services, les asymétries ont atteint 4,8% en 2015, soit près du double de 2010. Pour l’ensemble des services, les pays de l’UE présentant les asymétries les plus importantes sont les plus grandes économies : Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Pays-Bas et Espagne (graphique suivant). Pour la plupart des pays, les asymétries, sont plus importants du côté du débit que du côté du crédit.

En collaboration avec les États membres et les pays partenaires, Eurostat assure le suivi des plus grandes asymétries. Les résultats de ces travaux contribuent certainement à réduire certaines des asymétries observées pour établir les tableaux de Figaro. L’élaboration d’un tableau inter-pays des ressources et des emplois des TES, part notamment des échanges entre pays. Ceci dépend dans une large mesure de la balance des paiements et des statistiques du commerce des services. Le processus de réduction des asymétries comprend plusieurs étapes pour imputer les données sur le commerce des services et obtenir un ensemble de données sur le commerce bilatéral avant d’équilibrer au final les asymétries de manière automatisée.

Par exemple, pour les imputations manuelles (une étape de ce processus), une centaine de flux ont été corrigés par les pays pour réduire les asymétries. Ces flux concernent les années 2014 ou 2015. La même correction a été appliquée à rebours jusqu’en 2010. Certains flux commerciaux ont été modifiés manuellement à un niveau plus détaillé de la Nomenclature élargie des services de la balance des paiements (voir ci dessus).

Une autre étape est la cohérence de la balance des paiements avec la source STI. Cette étape vérifie l’ensemble des données dérivées la base STI avec les données de la balance des paiements à deux niveaux (SA à SL). Lorsque les ensembles de données ne sont pas cohérents, Eurostat a généralement remplacé les données basées sur STI par les données de la balance des paiements, en vérifiant néanmoins les différences entre les deux sources. Des remplacements ont été effectués dans les les cas de flux manquants dans l’ensemble de données de référence STI mais présents dans la base de données BdP.

La plupart des asymétries proviennent de la catégorie de service SH (« revenus d’utilisation de la propriété intellectuelle« ), suivie de l’item « voyage » SD et de l’item « transport » SC. L’asymétrie relative est le rapport de l’asymétrie absolue sur le flux initial. Pour l’ensemble des services, l’asymétrie relative médiane est de 21% pour tous les pays de l’UE, ce qui signifie que pour la moitié des échanges, le flux initial et son flux miroir sont différents pour moins de +/- 21%. La situation varie pour l’ensemble des services par rapport au pays.

En mars 2022, Eurostat a lancé un mécanisme de résolution des asymétries (ARM) pour les statistiques du commerce international des services. Le mécanisme vise à traiter directement les asymétries les plus importantes parmi les données des États membres de l’UE.

 

Un exemple d’asymétrie est présenté dans le tableau suivant, l’Irlande ayant enregistré un excédent commercial pour les services avec l’Allemagne évalué à 15,9 milliards d’euros en 2022, tandis que le déficit commercial allemand pour les services avec l’Irlande était évalué à 11,7 milliards d’euros (tableau suivant).

Les asymétries créent des problèmes pour les utilisateurs, car en l’absence de toute autre information, ils ne peuvent pas savoir avec certitude laquelle des deux valeurs asymétriques doit être utilisée. Eurostat mesure et rend régulièrement compte des asymétries bilatérales pour aider à résoudre ce problème.

 

Top 10 des excédents et déficits commerciaux pour les services, États membres de l’UE et partenaires sélectionnés, 2022 (en milliards d’euros)

L’autre information de ce tableau, c’est que bon nombre des excédents et déficits bilatéraux les plus importants du commerce des services en 2021 concernaient une série de pays considérés parmi les principaux centres financiers mondiaux – par exemple, l’Irlande, le Luxembourg, les États-Unis, le Royaume-Uni, la Suisse, Singapour et d’autres centres financiers offshore. L’Irlande représentait ainsi la part la plus élevée (26,5 %) des importations de services de l’UE en provenance de pays tiers en 2022 (surtout des États-Unis) ; on peut s’attendre à ce que cela se répercute sur les déficits commerciaux avec un éventail de partenaires. Des informations détaillées sur le commerce des services par partenaire montrent que l’Irlande avait 3 des 10 plus grands déficits commerciaux bilatéraux pour les services.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Michel Braibant

Tableau entrées-sorties mondial (T.E.S.)